‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 24 sur 66 · DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE FRANCE

frire ses courses 9 à cause de l'émotion du cheval à conme ; de sorte qu'3 fat contrarnct, après en a voit feict quatre courses en tel estât , de ht laisser et poursuivre" ses courses , toujours masqué.

M, tte Nemours estoH hbbîllé en femme bourgeoise de viHe, avec son ohapperon et robbe de drap noir, et à sa saincture une grand bourcè de mesnage, avec un grand clavier de clefs où pour lemWns il y avoitplu* de centclefe pendantes^ervec la grosse chaisne d'argent, tousjours masqué aussy. îl fit son entrée dé camp sur on très beau roussin, qu'on appeloit'le Real, que le seigneur Jule, esciiyer de M. le vidasme, et puis à M. dé Nemours, a voit dressé à aller & deux pas et un satrlt mieux que ne fit jamais cheval, et qui alloit lé plus haut, car c'èstoit un des plus forte roussins et des plus ' beaux, bay, obscur; de sotte qn*én cette allée dû rai* tan du fardfa d'Amboise il he -fit que cinq *autz*, tafnt il se kmçoit bien, jùsques 8 fe-flridëîa carriére/M. tfé Ngnutats s'y tenant sy bien ^t de sy Ibonhè gràce,'4 u ^ en donna grand admiration à tétrt le* nioftde, tant hommes que dames. Âussy y avoft tl là une daine qu'il servait et àymoit fort 1 , àussy elle luy. Et 'ce qui testait plaisant, tfestbit -qûfe îè ttavrer ; avec ia fntiltlttidë des cléfe, faisôît tm braict comme Sycé fassent Vâé'dëg sonwettes* pour Fàmour des saute *hf éhèikï, qui , èri mesme tetàps que lûy saufctoSk en l'ayr, et tintmôïetik ains?*. Je vfctout cela, étfce fut la première f6î§ ^ùfe'jè' vins à iat-toferrt, venant tfïtalye.

À proposdé cectoevalHeal, ftfeut qtrejefecéce^cônfptë, queydeux ans avçnt, le rôy Henry ftttroé patine , W four du mardi gfrés, Wèc les jeûnes ^ij^iri^^prfiifcés ek gent&fcotanies >êë &i court, d'aMér eu masque par la

lS6 M. LE G&AJUD-MIEUR

ville de Paris, et à qui fairoit plus de follieg. Ils vinrent tous aupala is.M.de Neipours, estant sur le Real, monta de course (car ainsy 1* falloii) par* le grand degré du palais (cas estrange, estant aussy précipitant), entra dans la gallerie et grand salle dudict palais , fait ses tours, pourmeuades, courses et foliç$, et puis vint des» cendre par le degré.de la Saincte Chapelle, sans que le cheval jamais bronchait, et rendit son maistre saia et sauve dans la tasse court. Force autres de ae4 compagnons -de la masquarade entrarent bien dans la salle , et en sortirent $ mais ce fut par le petit degré. Mais ce traict de M. de Nemours Jut estrange et miraculeux, tenu et conduict par la mainxleJDieu; sy que jamais, ne se vit tel miraclç*

Four tourner çncor à ce M. le br#v,e grand prieur, je diray cecy de luy, que, s'il monstroit en jeu sa vertu, valeur et son adresse, il k moostnoit encores mieux à bon escient et en guerre, comme, il fit aux batailles de Ranty ( estant;, très jeune ) ,et de Dreux r et force . autres fy>iy>hat7- et deflaictes. ,

Il ayoit d'ordinaire sa grand.escurie- de dix ou douze pièces de grands chevaux, comme s'il n'$ust bougé de terre, et une vintaine de beau* oourtauda ; et quand il aUpit sur . mer. , il ]>aissoit . tout en » sa . maison ; et quand il tournoit il les reprenoit , .tant, il estait magnifique* et splandide, et force pages eclacquaisà Tequipolent, et. ordinairement très bien et richement vestus ; car, sy ceux de la Court estaient vestus ou de bandes ; de velours ou en broderie, les siens avoient tqusjours de ïor et de l'argent pardessus lesautres, et tousjoursblaric et incarnat, portant et ayant cesxouleurs pour l'amour d'une belle ethonneste daine ,que je congnoisjet d'elle

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et d'autres il estent fort aymtf : aussy y avoit il bien dé quoy.en luy à se faire aymer, car il estoit très beau de visage > blond , doux, courtois et gratieux et respeo tueux> défont belle, haute et très grande taille, et avec cela, comme disent les tireurs d'armes d'Italie, cm bel corpo denodato et di bella vitai*) : car il y à force grands qui sont grands landores et langoyrans, tant mal bastis et adroicts que c'est pitié; mais cestuy ma moins : il avoit les armes très bien en la main > et de très bonne grâce et adresse.

Je le vis une fois à Paris, au fauxbourg Sainfct Germain, au commencement du roy Charles IX, -entre*prendre un combat à la barrière avec le seigneur Avare t, qui estoit grand aussy et de mesme taille, et des gallants de la Court, et mourut huguenot, dans Orléans, de peste. Tous deux estoient les deux tenans, et tindrent contre plus de cinquante venans, sans jamais se rendre ny demander ayde. Mais on né vist jamais mieux faire de sy belles démarches, et mieux portans la picque, mieux la rompre, mieux combattre, à l'espée et mieux frapper, ny de meilleure grâce ; et ce grand M. de Guyse, qui estoit le parrain de son frère, qu'il faisoit très beau veoir à servir son frère et filleul. Enfin > ces deux emportarent et le prix et la voix du Roy, des princes, des reynes et des dames -qui es* toient là, encor qu'ils furent assaillis de très braves combattons, v

Pour fin, ce M. le grand prieur estoit bon à tout; et fout dire de luy ce que l'on dict le temps passé des enfans d'Israël retirez dans la ville de Hierusalem, où ils furent là contraincts, par les assauts que leur don-

(0 C'est-à-dire, de corps bien déoonplé et de belle disposition. (S.)

l58 M. LE GEAND-PftlE^U CE FRANCE.

noient lps ennemi* et les empeschenatns de bastu? et ramparer la ville, de Tune des mains tçnir l'eqpée et cpinbattre, et de l'autre l'esfructlle et bastir, syque Von disoit d'eux qu'ils estoient ad ut rumque parât iX l ). Aussy poQToitvOn dire de ce M. le grand prieur, ad ittruifique paratus.

Quand mous tournasses d'Escosse et vismes la roy nq d'Angleterre, elle luy fit un grand re*u$U fct le tint en grafyi estime, et dança une fpis ou deux aveç^Ue.} car il dançoit des mieux et dç la meilleure gm*çe» et de toute» sortes de dances, et en pointait towjgurfc q&elqw npuvelle à la Court quand il venait d'uA .ffqyagg, • Ceste reyne Wy mpnstra beaucoup de faniilwikez, comme U le merittoit pour le rang de. sa maison et de ses vertus. Je luy vis souvant due : * Monsieur, mon « prieur (amsy usoit elle de ce jnot), je vous ayme « fort, mais non pa* M* vo§tre frère, qui m'a ravy j^a « yiUe de Callais. »

Qj c'e$t assez dict ppur ce coup de ce grand pjfipce , tfiçqups à un autre endroit t. Cependant, ppur avoùr eu cejt honneur de luy qu'il a este de nies bjosrç seigneurs et maistr^s, et des premier*, et qije je l'ay suiyy en Itajje, en, ^scosse p^r mer, et en France par tepre, et qu'4 mVayxné fort et ftpcf; pju$ d'honneur que je ne merittois, à jamais je luy offre, à ses cendres et k $Qn hqnnqrable mémoire, un tprr^nt 4e me$ larmes, aussy bien à ceste heure comme le jour qu'il mow|i|.

W C !f^HN , WBfrcf à l'u^ *t l'aftp*. ( $. )

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