M. L ADMIRAL
comme un nommé Castille (0 , que j'ay vçu , n'a pas quarante ans, n'avoir vaillant que ce qu'il portoit de ses habillemens et ce qu'il deroboit à taslons. Il fit sy bien, que luy ou ses héritiers ont vaillant aujourd'huy plus de quarante mille livres de revenu.
C'est graté cela , mieux que ne sçauroit faire un frippier sur le drapt. Que pouvoient faire les grands surintendans? Âvoient ils raison,, ces messieurs, de crier tant après les guerres civiles , leurs mères nourrices ?
Que peut on dire de messieurs de la justice, sy non qu'ils ne s'y sont pas trop apauvris? Comment apauvris ! mais très enrichis et accréuz en très grands biens et acquestz. Je m'en rapporte aux pauvres plaidoyans qui ont passé par leurs mains. Et ce qu'on a trouvé en eux de mauvais, c'est qu'ils sont estez fort peu doux et gracieux (au moins aucuns) à l'endroict des pauvres Huguenotz, leurs demy pères nourriciers ; car ils en ont faict mourir (au moins aucuns) une infinité par leurs sentences, arrestz et cousteaux. de leur exécution, plus pour porter seulement le nom d'Huguenotz que pour autres grands sujets. Grande rigueur , pourtant, de faire mourir leurs bieniacteurs !
Que dira on aussy d'un tiers estât, qui avec les autres en disoit sarastellée, et desbagouloit pÎ6 cpie pendre après M. l'Admirai et sa guerre? Y ont ils beaucoup perdu ? Non certes, mais beaucoup gaigné et enrichis; car, marchans, artizans, gens de mestier, et autres de ce tiers estât ? se sont si bien accreuz, que ce qui se vendoit -paradvant un teston,. aujourd'huy se yend l'escu pour le moins. Aussy, comme dit Corne*
( x ) Jeannra de Castilie, financier.. (lu D.)
DE CHÀSTILLOH. àoQ
lius Tacilus, parlant de l'empire de Tibère lors f loris- 1 sant, que l'empire romain s' estant accreu en une. tre» haute grandeur et magniffioence, les biens des particulliers s'en accreureni aussy : de mesme en accrust la France ses enfans et nourrissons.
De sorte que, sy tant d'estrangers, gensde guerre, par trop mercenaires, n'en eussent emporté tant d'orvet d'argent au dehors , ne faut douter que la France estoit plaine comme un œuf, et ne l'eust on sceu jamais espuiser.
Mais, disent aucuns, qui les p. faicts venir ces messieurs lfcs est rangers, plus promptz aux trompettes et tabourins» d'argent que de cuivre? Il fout sçavoir cela, et est fort aisé. Aux premières guerres, nous en eustries premiers dès Suisses et des lansquenetz du comte de fôntgrave. M . d'Andelot partit pour avoir des reistres, et les amena fort bien. .,-..•.
• Nous eusmes des Espagnolz en Guyenne et puis en France : ceux là ne nous coustereut rien, par 1 le bon secours et' gente liberallïté de ce grand , auguste rôy d'Espagne. Lies Hugtoeûots eurent Quelques ' Anglois dans Rouan et le Havre, par le bon secours aussy et liberallité delà reyne d'Angleterre.
• - Mais tant y a^ j'ay veu les Huguenots nous donner deux batailles sans aucuns estrangers, qui est celle de Sainct Denis, où nous en avions des Suisses six mille. Celle de Jarnac, ils n'en avoient non plus : nôtis en avions des Suisses, et mesmes des reystres, fort peu^ pourtant, que le jeune comte Ringrave avoit. Les Huguenotz puis après en ont eu prou., et trop> pour avoir nuit à la France beaucoup pour lors, et peu de-
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pui#» selon ce que j'ay dict. Je laisse cela du superflus à en parfaire le discours plus grand à gens les plus curieux. Etquaad tout est dict, puisque c'estôit une guerre intestine de nation: à la mesura nation , nous la devions desmeler entre nous autres ensemble, sans y appeller la nation estrangere, comme l'on faict d estranger contre, estrtoger.
. Certes la guêpe en fus! esté plus noble , voir en mesme campagne mesme* enseignes, pareilles et mesmes armes , mesmes sonneries de tabourins et trompettes, et munies façons et ordre de guerre; ainsi qu'on vist au? plaines de Pharsalie mesmes Romains (dît Lucai»), mesmee aigles, mesmes armes et pareilles ordonnances {kagens et formes de guerre; ai bien que Pompée mist force estrangers ramassez et vraye racaille. César en a voit aussy, mais plus disciplinez et aguerris pourtant à, la milice romaine.
Pour moy , et pour en faire fin, je sçais bien ce que j'en ay yeu dire et jurera M. l f Admirai (ainsy qoej'ay 4h4 cy devant ) f combien cela le fascha d'avoir esté pontrainct de s «être jamais aidé de ses reystres, et de* f uoy ils estoient jankais venus en Trmxée ; et que, s'il estoit à refaire, ou que la guerre recommençast jamais (que Dieu l'en engardast, ) il n'appellerait plus de telles gens pour s'en servir»; ils estaient trop fascheux, avarres, importuns, et trop mal ai6ee à contenter. Nos* tre gcaad et brave roy d'aujourd'àuy en a pris l'instruction, qui a faict et parfaict ses guerres, et acquis son reaume sans ces gens là, fors quelques trouppes que M. y àe Turaine hay amena , qui ne servirent guienes : aussy il sten dpflit bientost.
M. LE PMXfCE DE COHDÉ. îll
En quoy il m*nstra son grand Odeur fit sagesse, de se passer de tels gens et desme&ler sa guerre parles sien* propres»
J'en ay parlé ailleurs, rô je les louje pourtant, he voulant mal dire nullement de la valeur qu'ils ont, ny de leur belliqueuse nation ; car on ne leur sauroit rien reprocher, que un peu trop grande avarice; car en tout ils sont braves et vaillants gens de guerre. .