‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 35 sur 66 · H. LE PRINCE DE COUDÉ · texte numérisé non relu

H. LE PRINCE DE COUDÉ

reffusa : surquoy s'estaeut question-,' et M. de Longue- ♦ville jura qu'il né sortiroit autrement de là ville, et le brava fort , jusques à mettre un gros corps de garde devant son logis et fermer les portes delà ville. À quoy M. d'Espernon prit pied et appréhension qu'on luy en voulait prester une > tout de mesme comme à Angoulesme, qu'on le faillit à tuer un jour de Sainct Laurens, comme il dict depuis; et pour ce, se résolut .bravement se deffendre et mourir les armes en la main. Mais sur ces entrefaictes il se moyenna quelque espèce d'accord, sy bien que par la menée et : dextérité de quelques honnestes gens M. d'Espernon sortit hors de la ville et emmena ses gens.

*' L'accord ne s'ensuivit pourtant tel qu'ils départirent amis; car si M. d'Espernon l'eust trouvé après, il l'eust querellé à bon escient, comme je sçay fort 'bien. Enquoy plusieurs dirent que. M. de Lortgueville en devoit faire plus ou moins; et les autres qui moyen- •nererit la sortye de M. d'Espernon les dévoient aussy accorder du tout absolument, et les faire bons amys, et embrasser ces deux grands, qui estoient assez bas- -tans, par le moyen de leurs amis, serviteurs et creditz,

• esmouvoir toute la France.

Plusieurs dirent que M.. d'Espernon avoit tord, et

* que, du premier abord , il devoit présenter ses prisonniers au lieutenant gênerai du. lieu où ils .avouent esté

.pris, et recongnoistre le lieutenant gênerai. et gouverneur de là, bien qu'il fust grand et eust charges et grands grades; mais la représentation d'un roy en

' sa lieutenance c'est une grande chose.

Je laisse cela aux meilleurs discoureurs^ pour tourner encôr au prince de Condé , lequel laissa après soy

M. LE PRINCE DE CORDÉ. 3a 5

une très belle et bonne lignée, messieurs le prince du ' Condé, son hçritier principal , le prince de Conty et le cardinal dé Bourbon; et, du second mariage, M. le comte de Sbissons , gentil prince certes , et tout plein d'honneur et de vertu.

Sy M. le-, prince de Condé dernier ne ftist este mort par poison (comme on dict ), il fust esté aussy grand capitaine comme M. son père; car il avoit rin tÉes bon et beau commencement; et lors qu'il mourut il estoit fort jeune. Il sçavoit aussy bien attirer les hommes à spy comme M. son peré, car il estoit très libéral, doux, gracieux et très éloquent., choses fort attrayantes. J'ay ouy dire à feu M. de Mont-» pensier, et le debattoit contre moy, qu'il estoit beaur' coup plus éloquent que M. son père. Tant y a que s'il estoit sy bien disant, il avoit le deffaut de. l'oreille, car il n'oyoit pas bien. Il estoit brave, vaillant, généreux et fort adroict aux armes et à cheval, biei* qtt'iï fust fort petit comme le père.

Oi* de 1 tous tes braves frères j'espère en parler aux % vies ide nostre feu roy Henry troisiesme et le nostre dé pfleaent quatriesme. Je les remetz doiioques là, pour dire que quand mondit sieur le- prince le premier fut mort en cette bataille, la pluspart des Catholiques, et mesmes de ceux de nostre armée, entrèrent en cette sotte créance, que c'estoit fait des Huguenotz, que puis qu'ils avoient perdu leur grand et principal.chef; et capitaine, qui certes l'estoit, grand et suffisant, et qu'on tenoit avoir sy bien appris de M. l'Admirai, qu'il s'en alloit esgâl à luy, voyre aucuns terioient qu'il le» surpassoit, ce qui estoit faux, et croy oient que les Huguenotz n'auroient point la créance, ny,porteroient

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