X. LE PKIHCE DE CORDÉ
respect , crainte et honneur à M. l'Admirai comme à un prince qui estoit un grand prince du sahg, de grade et d'auctorité, qu'ils avoient sy bien honnoré et tenu pour leur grand defienseur et protecteur, qu'aucuns furent sy impudens de l'appeller leur Roy (0.
Mais il en arriva bien autrement; car, de tant qu'il y en a eu, il n'y eut aucuns qui branlassent, fors un ou deux de ses plus privez, et tous se rangearent spubs la tuition, auctorité et obeyssance, qui, se targuant et couvrant de l'umbre de messieurs les princes de Navarre et de Gondé, tous deux fort jeunes, conduisit sy bien leur barque, qu'ils ne trouvarent nullement à dire leur grand pillotte mort; qui fut un grand heur et honneur à M. l'Admirai, et demeurarent tous fermes et affectez à leur party .
Aussy, il n'y a ligue ny association sy ferme ny $y obstinée que celle qui se fait pour la religion, et mesmes pour une nouvelle et contraincte , comme je tiens d'un grand personnage; et ce qui afifermist et appuya eiicor mieux cette colonne, qu'on croyott à demy penchée et tombante, ce furent leurs braves et vdillans capitaines qui restèrent encor sur pied, comme M. d'Andelot , l'un des vaillans et renommez de la France; mais il mourut tost après M. de LaRochefoucaud, très grand seigneur en Guyenne, et qui avoit beaucoup de créance parmy ceux de la religion du pays, et principalement parmy la noblesse, de laquelle il estoit fort révéré.
U estoit aussy fort vieux capitaine, bien. qu'il fust jeune , pour les guerres estraugeres qu'il avoit veues défi son petit aage, estant à la suitte de M. d'Orléans,
(') Voyez ci-dessus page 3 16. (S.)
H. LE PRLNCE Ï>P C ^ D ^ ^?7
çt tousjoi^ continué soubs le roy Henry, qui l'py moit uniquement et luy estoit plus privé et famillier qu'aucuns de ses favoris, et se jouoient ordinairement ensemble 9 «comme 6'jls eussent este? pareils ; car ledict comte estoit de ti es bonne et très plaidante compagnie , et disoit des mieux lejnotrau reste, fre$ bon seigpçur^ et qui n offensoit .jamais personne. Toutesfoif , ^jj* guçrres civilles., se voyant beau frère du prince roy des HuguenoU, devint ijp peu glorieux : jnais quant à moy, je ne le trouvay jamais tel, car il estoit trop de gaillarde humeur . JLes bons trompettes des François et rentres parmy leurs clairons sonnoient souvent ce^te chanson et quinte :
lie prince de Condé,
Il a esté tué ,
Mais monsieur l'Admirai
Est encore, k cheval ,
AyPP ï* Rochefoucaut,
Four chassej tous ces papaux, papaux, papaux.
Il y avoit M. de Mouy, un très brave et vaillant capitaine. Il le monstra à la bataille de Dreux , car ce fut luy qui • fit la première charge avec les cinquante ou soixante cazaques blanches esliies. On le tenoit pour plus vaillant que sage capitaine ; mais il monstra et l'un et l'autre' quand il conduisit le duc des Deux- Pontz jusques en Guyenne avec ses trouppes, et prit La Charité contre une infinité d'obstacles qu'il trouva par les chemins. Il avoit aussy fort pratiquéles guerres estrangeres, et s'y estoit faict signaller bien fort.
Il y avoit aussy M. de La Noue, qui porte le nom aujourd'hùy et à l'heure que je parle, du plus grand
3a8 M. LE PRINCE DE COMDÉ.
capitaine de la France, pour les grandes expériences qu'on a'feongneués£n luy: j'en parle ailleurs fort au long(î).^ t ' '
Il y avoft aussy le seigneur de La Loue, pareilz en nom fors (Tune lettre, et pareils aussy en valeur : il avoit eu chargé de la vénerie du Roy ; mais il ne s'amusa tant à la chasse des cerfs que des hommes, et menôit mieux ses gens à la guerre que les chiens à la châsse; et sy fut fort bon. pour l'un et pour l'autre
chasse. f - *
; ' Il y avoit aussy M. de Thëligny , beau frère de M. de La Kbuë, un sage et brave gentilhomme, et qui estoit bien accompliy de touttes vertus. ' '
Il y avoit M. de Boucard , jadis fort aymé et fevory du feu roy Henry II, et son escuyér quand il estoit dauphin, et qui avoit fort veu les guerres estrangeres et s'y estoit faict fort renommer; comme aussy M. d'Es-
ternay et M. de Genlys, M. d'Acier, duquel je parle ailleurs, et le bon vieillard M. de Briquemaud, leur mareschal gençral de camp, très bon et grand capitaine, qui ^YQiï s y fidellement seryy ses roys en Piedîpont et en France, et pour ce i ne devoit point mou? rir de tçlle façon qu'on fit, et mesmés en sy vieil aage qu'il estqit, et4evqit oi* attendre son heure.
Il estoit un fort homme de bien , et qui ne combattoit que pour sa religion , ^insy que j'ay ouy raconter à un gentilhomme qui ^voit esté nourry son page, que trois ou quatre jours avant la bataille de Jarnac il avoit esté blessé en une jambe; et ainsy que M. le prince et M. l'Admirai relièrent yeoyr en son lictet y tenir le conseil, à M. le prinpe il eschapp§
(OTomeiv. (S.)