‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 57 sur 66 · M. LE MARESCHAL DE BOURBILLON · texte numérisé non relu

M. LE MARESCHAL DE BOURBILLON

Son compagnon , M. de Bourdillon , fut aussy mareschal de France, qui avoit esté en ses jeunes ans escuyer d'escurie de M. le Dauphin, qui estoit de ce temps là un très bel estât pour avoir souvant l'oreille de son maistre quand il va par les champs, près lequel se doit tous jours tenir et le suivre partout là, où quelquefois le peut entretenir à part comme il luy plaist, et quand il le botte aussy. Il estoit de bonne maison et puisné de sa maison , estant son aisné le sieur Desbordes, qui suivoit M. d'Orléans; tous deux braves et vaillants gentils hommes.

Ce M. de Bourdillon fut lieutenant de M. de Nevers en son gouvernement de Champagne , où il a très bien jervy le Roy tant que la guerre a dure'. Les histoires en

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sont foutes plaines de ses valeurs et services , sans que je les die.

La paix estant firicte, le Roy le retira dé là, et Feu* toya son lieutenant-général en Piedœont quand il en revocqua M. le mareschal de Brissae.

Or, par ce traicté de paix entre 1& deux grands roys, il avoit esté diet que Thurin et autres places seroient rendues, qui sont comprises audict traicté, au bout de quelque* temps, et lors qu'il en sortiront un fils né du mariage de M. et madame de Savoye, M. de Savoye, fin, trinquât et corrompu, fit tout ce qu'il peut, et madame sa femme, pour avoir un fils, et, aussi tost eu, ne faillit d'en sommer le Roy et les luy demander , prenant le temps bien à propos, car ce fut sur sa minorité et le commancement des guerres civile.

Cela fut mis au conseil, et débattu par diverses rai-

Les uns opinèrent que les roys n'estoient tenus de tenir ce, que leurs, prédécesseurs avaient faict et ao» cordé, et que, selon les changement des roys, les opinions et efl^ctE se pouvoient changer.

- Autres «dirent qu'il falloit attendre la majorité du Boy , et qu'estant mineur, il ne pouvoit rien ordonner pour affaires de telle conséquence sans une convoquatîon cPEétata, comme cela s'estoit veu; et que de les assembler ne se pouvoit, à cause que la France estait toute en trouble, division, sédition et guerre, et qu'il fallait attendre qu'elle fust paciffiée , comme l'on estoit tous les jours après. Tant d'autres raisons alléguaient là dessus, qu'ils fitfsoient cette opinion meilleure que des autres, qui dirent qu'il falloit contenter M. de Savoye, qui ne voudrait point attendre et se pourroit

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mutiner et nous faire la guerre, et que ce qu'il demandent par douceur, qu'en luy refusant il l'auroit par force; et , Dieu sçait, d'un an il n'eust pris la moindre ville de celles qu'il nous demandoit, estant des lorfc très foible encor, et qu'il n'avoit mis ordre à s'establir et fortifier comme quand il receut ses places.

Autres disoient que ce n'estoit pour l'amour de M. de Savoye qu'on le devoit faire, au moins qu'on le fist pour l'amour de madame de Savoye , qui estoit sy bonne fille de France ; à quoy les plus zellez respondoient : « Que le diable y ait part ! elle en avoit trop « eu et emporté, et qu'elle s'en devoit contenter; et a que jamais fille de France, non pas dix autres ence semble, n'en eurent jamais tant en mariage. »

Autres disoient que le roy d'Espagne s'en forjnaliseroit. Alors disoient les braves du conseil : «Quand ce ce viendroit là, il y songeroit trois fois; et s'il nous « recommance la guerre, nous la luy soustieqdrons, «e et fairons aussy bravement que jamais, et possible ce n'y gagnera rien, et sera cause que nous nous accorce derons et rallirons tous, comme de la jeunesse de « l'empereur Charles firent les Espagnols révoltez concc tre M. de Chievres, lorsque nous leur allasmes faire ce la guerre en leurs fouyers soubs M. d'Esparre. »

Le roy de Navarre , tenant le premier lieu en France, s'abbattit lors sur l'escot, et débattit qu'il falloit faire cette restitution résolument; autrement il n'aur oit point le royaume de Sardaigne tant compromis; et que M. de Savoye luy avoit mandé et promis qu'il luy ayderoit beaucoup à l'endroit du roy d'Espagne : et Dieu sçait encor que le roy d'Espagne eust rien en cela faict pour luy, sy non qu'il eust redondé et tourné à son proffict

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Madame de Savoy e luy en manda de m es m es, et qu'elle en sollicitèrent fort M. son mary, parce qu'elle aymoit fort aussy la royne de Navarre Marguerite, sa tante et sa marrine, et cousine de la vivante la reyne Jeapne Pour fin, ampres force altercations, le plus foy])le party emporta le plus fort; et pource fut depesché en Piedmont du bois de Vincennes, ampres la prise de .Bourges, conime je vis, le seigneur d'Aluie, l'un des quatre secrétaires des commandemens, lequel estoit fort amoureux pour lors de mademoiselle de Piahne qu'il desiroit fort espouser; et le roy de Navarre luy promit que s'il faisoit bien le négoce à son contente* ment, qu'il la luy fairoit espouser; où il n'y avoit nulle apparence autrement sans cette faveur , d'autant que cette damoiselle estoit fille de l'une des meilleures maisons de France, et des belles et honnestes, et qui avoit reffusé en son temps de sy. hauts et grands party s, qu'il n'y avoit point de raison qu'un petit secrettaire des commandemens l'espousast, qu'il espousa pourtant après, plus par humeur et capriche qu'il en prit à la fille que par raison; ainsy l'ay je veu et dire à force gens de nostre Court alors, et congneu ; et non par la faveur du roy de Navarre, car il estoit mort plus d'un an auparavant; mais ce fut luy pourtant qui premier luy tint le menton à cet amour et l'y encouragea et luy assista le plus qu'il peut, ainsy qu'en ces choses à la Court les grands y peuvent et servent beaucoup , mesmes leurs compagnons et amis particuliers. Voylà donc le seigneur. d'Aluye depesché.

Cependant ledict seigneur de Bourdillon brave fort en parolles et rodomontades que résolument il ne fairoit aucune restitution de places, et qu'elles luy avoient

esté données en garde par un roy majeur, et qu'il attendoit la majorité, quelque commandement qu'il receust,et qu'un jouril en pourrait estre recherché êe sa vie, de son honneur et de ses biens. Les bons François zellés loûoient et exaltoient ledict sieur de Bourdfllontout ce qui se peut, etquec'estoitfaict en homme de bien et d'honneur, et qu'il devoît ains y foire.

Ceux de Thurin et des autres villes l'y poussent et se resjouyssent fort de sa belle résolution. En, cela eussy bien différante est la domination du roy de France, grand et puissant , à celle d'un duc , quelque grand qu'il soit; car ils ne se veulent disjoindre s'ils peuvent de leur roy acquis, plu$tost que «de leur seigneur naturel , bien que nous tenons le Fiedmont de "droict de la couronne.

Tout ce beau jeu se joua l'espace île quelque temps; mais ledict sieur d'Àluye arrive , qui promet «udict sieur de Bourdillon un estât de mareschal de France , le premier vacquant, voyre un superiromeraire ; promet aussy des pentions et hîensfaicts du Boy et roy de Navarre. M. de Savoye promet aussy la pièce d'argent, et disoît on pour sa manche, comme dict l'Italien.

M. ïe président de Brragues, beau père dudrct de Bourdillon, à qui il a voit donné sa fille unique en mariage, avec de bon argent, le gaigne aussy par bettes promesses et offres de beaux et grands eàtâtzen France, <akisy qu'il n'y fut point trompa, car il fut du -conseil privé," et donné à Monsieur, frère du iRoy , pour un ée ses principaux conseils aux armées, car ilestoft homme de plume et d'espée, pour avoir fort traisué les guerres au.Pfedmont, comme je luy ayveu. H fut gouverneur de Lyon en Lyonnois en l'absence de M. deîïemours,

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car je Fy ay veu en tre& grande auctorité et respect, et marcher avec sa garde ordinaire comme un prince ; fttst après garde des sceaux, puis chan cellier , et pour fin cardinal et riche en biens d'église ; cç qu'il ne voulait point, et accepta le chappeau en despit de luy, parce, disoit il, qu'il n'estoit pas bien né ny adextre à far tutu qu&te gentillesse et cereotonie ecclésiastique ( f ) ; usant de ce& mesmes mots, encor d'un autre plus estrange qu'il n'est pas bien séant de dire pour la révérence de la religion : niais, ce n'estoit pas là l'encloueure qui le picquoit, car il ne se vouloit deffaire des sceaux qui luy portoient tous les jours de sy bons fruictsd'escu$*quele seigneur de Goutery, $<mx secrétaire, faisoit ordinairement changer d'air et passer de là les Montz en quelque banque, ce disoit on, tan* pour son maistre que poux luy, qui est mort à Thwin pauvre prestre, n'ayant que sa inesçe et son breviere luy produisaient, comme j'ay ouy dire. Touchant son maistre, on n'a trouve après sa mort tant que l'on disftjt durant sa vie; et quant à moy avec d'autres , je ne l'ay trouvé tant rapineux comme on l'a feict et en oryoit on, et d'autres sçs pareils ont faict; car je l'ay tousjoun» veu et conçue u pour un fort homme de bien et d'honneur, et qui aymoit plus la noblesse française qu'on ne disoit; car il estait très bon français et biçn afleçLé à la couronne, dont pour ce en fut banuy de Millau at ses biens confisques , luy et les siens. Aussy fut-il fort aymé et honnoré de ses roys et Bey ne*nere , luy vivant; et, luy mort, le roy Henry dernier luy ordonna des ob-

(0 Ceatrà-dke, à frire tevUt» ki gnntflfrMe» il eérémoak» ecclésias.

tiques. (S.)

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seques très belles et touttes pareilles à celles d'un très grand prince.

Voylà donc ce président gaigné, qu'on n'eust jamais pense qu'il deust abandonner Thurin, d'où ilestoit premier président, où de longue main ils'estoit accassé et habitué, et y estoitfort aymé, et y commandoit en Piedmont mieux que son gendre, qui n'y avoit sy grande créance que le beau perë, qui l'avoit acquise là de longue main.

Pour fin, et l'un et l'autre se laissèrent aller avecques un très grand mescontentemènt des Piedmontois franchisez, qui les maudirent en diable ètleurrepfochoient qu'ils avoient faict una bella spanpanata et mente (0; autres disoient qu'ils avoient faict una bella cagatai*); et les François disoient que ledit sieur de Bourdillon avoit faict une fort belle leVée de bouclier, et qu'il n'avoit après faict que chier dessus.

Aucuns disoient qu'il devôit tenir jusques au boulet laisser veoyr venir le temps, et qu'il n'est pas bon quelquesfois en tels subjectz etoccurrances d'obeyr tous jours à son roy et à son prince; car bien souvent commandet-il une chose, soit par prière ou importa nité, ou pour autre occasion, que tout aussy-tost il s'en repent: comme fit nostre roy Henry III, quand il accorda à Monsieur, son frère, la ville d'Àngoulesme, et puis contremandâ en cachettes au sieur de Ruffect de la rendre, ainsy que j'en parle ailleurs. Lors qu'il accorda là aussy la ville de Sainct Jean à M. le prince de Gondé dernièrement mort, pour sa seuretté, il en fit

(0 C'est4-diro une belle fanfaronnade* et rien. (S.) — (*) C'est-àdire une belle caeade. (&A

DE BOURD1LLON. foi

ladepesche au maire de la ville, car il n'y en avoit d'autre pour lors qui commandast que luy, pour la rendre; ce qu'il fit aussy-tost: mais, deux jours après, il luy renvoya un courrier en togtte dilligence, pour hiy commander qu'il ne le fist pas; mais il n'estoit plus temps, car M. de Sainct Mesme, qui depuis y a tous jours demeuré gouverneur, y estoit deux jours devant seulement. Je pense avoir dict et escript cecy en autre lieu ; il y faut adviser : un bon correcteur en feict l'office.

Si celuy qui livra le connestable de Sainct Paul de par le duc Charles deBourgoigne au royLouysXI,eust un peu temporisé à le livrer, il eust veu arriver le courrier qui luy en apportait un contraire mandement , et ledict duc s'ei\fust mieux trouvé; car oncques despuis cette perfidie et livraison il ne profil ta, ce disent nos lristoires.

Sy ceux qui livrarent la ville de Pize, Serzanne et autres places que le Roy s'estoit réservé à son voyage de Naples , eussent creu M. de Ligny , très sage chevallier, qui sous bourre leur deffendoit tousjours, et -qu'ils temporisassent un peu, possible n'eussions nous perdu le royaume de Naples, ou, pour le moins, nous l'eussions secouru et les chasleaux qui nous tendoient les bras.

En ces choses donc de telle conséquence il y faut bien adviser et attendre un peu le boiteux, que nos roys et supérieurs 1 ayent un peu meury leurs advis, comme Ton faict des fruicts verts sur la paille , que le temps .aâsaizôniie.' Ainsy qu'une fois très bien rencontra un gallant homme que je sçay, qui, voyant un jour un de nos roys porter en esté un chappeau de paille ,

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