‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 15 sur 92 · V. — Conservation de l'existence. — Création continuée · texte numérisé non relu

V. — Conservation de l'existence. — Création continuée

Nous succombons déjà sous le poids de la reconnaissance., et cependant voici une nouvelle avalanche de bie nfaits qui nous arrive, et qui, bien entendu, réclame à son tour un supplément de gratitude. ' Etre tiré du néant par la toute-puissance et la libre volonté de Dieu, qui veut nous associer éternellement à son bonheur et à sa gloire, c'est assurément un bienfait que nul autre ne peut avoir la fastueuse prétention d'égaler; mais nous ne pensons pas assez à la conservation de cette existence, qui se j>r< «longe. en dépit d'une multitude de causes cou-

stamment disposées, ce semblera en interrompre le cours.

Ne l'oublions pas cependant, nous ne devons la prolongation de notre vie qu'à celui qui nous Ta donnée. La main qui nous a créés, nous conserve. Aucune créature ne possède en elle-même un principe de vie qui lui soit propre, qui lui appartienne, qu'elle tire de son fonds, qu'elle ne doive qu'à ellemême, et dont elle puisse à son gré perpétuer la durée. Le monde n'a été créé que parce que Dieu a voulu qu'il le fût ; et il ne continue d'exister que parce que Lieu continue de vouloir qu'il existe. A l'instant même où cette volonté suprême se retirera, le vaste édifice que nous nommons Univers, qui n'a que cette volonté pour appui, s'écroulera subitement comme si la foudre l'avait frappé.

Quand vous voyez un homme mourir subitement, vous dites : C'est une apoplexie qu'il l'a enlevé ; vous feriez mieux de dire : C'est Dieu qui a cessé de vouloir qu'il existât, et qui a notifié son ordre par l'apoplexie ; la cause de la mort est en Dieu, et non dans l'apoplexie qui n'est que l'instrument aveugle dont Dieu s'est servi pour exécuter sa volonté. Dans le moment que j'écris ces lignes, ou dans le moment que vous les lisez, que ce grand Dieu dise un moi... c'est trop ; qu'il veuille seulement, car il n'a qu'à vouloir, et le soleil va s'éteindre ; les montagnes vont s'affaisser sur leurs bases ; les rochers vont se dissoudre ; le monde, selon l'énergique expression de l'Ecriture, va chanceler comme un homme ivre ; la terre va s'enrou-» 1er sur elle-même, tomber dans le néant sans qu'il en reste un atome : et Dieu, immobile sur le trône

de son éternité, dira à ses anges : Voyez comme je les ai engloutis ! J'ai retiré ma main, et les voilà tombés dans le néant comme une pierre au fond de l'eau : Desccnderunt in profondum quasi lapis. Que fais-tu donc, homme aveugle, quand tu continues d'offenser ton Dieu, en présence de ces vérités devant lesquelles s'inclinent ta raison et ta foi? Si tu ne les croyais pas, ces vérités, nous gémirions profondément sur ton incrédulité, et nous prierions Dieu de dissiper tes ténèbres ; mais, le fait de cette incrédulité une fois constaté, nous dirions : Sa conduite, à nos yeux, est déplorable sans doute ; toutefois, avec ses principes, nous concevons sa froide impassibilité au milieu des désordres auxquels il s'abandonne. Mais, écoute, ô homme, et ne passe pas légèrement sur ces lignes : Croire que Dieu qui t'a créé par amour, te conserve l'existence par suite de ce même amour ; — croire que chaque moment de vie qu'il t'accorde n'est dû qu'à son infinie bonté ; — croire qu'il lui est mille fois plus aisé de trancher le fil de tes jours, qu'il ne Test pour toi d'écraser l'insecte sur lequel tu tiens ton pied suspendu ; — croire que chaque nouvelle offense dont tu te rends coupable, est l'acte de rébellion le plus audacieux qui puisse jamais être; — croire que cet acte est une provocation, un défi porté à sa toute-puissance et à son effroyable justice ; — croire que c'est le comble de la malice et de l'ingratitude, que d'employer à offenser Dieu le temps qu'il ne t'accorde que pour le désarmer et l'attendrir ; — croire qu'à tout moment tu t'exposes à mettre sa patience à bout, et que si cela arrive, ru vas tomber en enfer pour une éternité :

croire tout cela, et rester pécheur, dis-le, est-ce raisonnable? ou plutôt n'est-ce pas le comble de la déraison, et n'appellerait-on pas trois fois insensé, celui qui se conduiraitde la sorte dans une affaire qui intéresserait sa fortune ou sa vie ?

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