CHAPITRE II
L'homme créature de Dieu. — Sa vie sur la terre. I. — Notions préliminaires sur la vie de l'homme.
Puisque c'est à Dieu que nous sommes redevables du bienfait «le l'existence, arrêtons-nous quelques instants à la considérer, cette existence. .Qu'est-ce donc que cette vapeur que nous nommons la vie de l'homme ? Qu'est-ce que cette ombre qui s'enfuit, pour faire place à l'éternelle réalité qui s'avance? Quoi de plus di, urne d'occuper l'homme, que l'étude de lui-même?
Nous appelons vie, selon l'acception commune de ce mot, l'espace de temps qui s'écoule depuis notre naissance jusqu'à notre mort.
Considérée de la sorte, la vie se compare tout, naturellement à une route que l'homme parcourt ici-bas. Aussi l'usage a-t-il adopté cette image sensible et vraie, pittoresquement rendue par les mots chemin de la vie; aussi dit-on, en parlant de l'homme, qu'il est un pèlerin sur la terre, et que ses jours sont des jours de pèlerinage. 11 y a bien longtemps que ces expressions sont consacrées, puisque nous lisons dans le plus ancien des livres,
la Genèse, cette scène si naïve dans sa noble simplicité :
« Joseph (qui avait été vendu par ses frères) » conduisit son père vers le roi (d'Egypte) et le » plaça devant lui. Jacob bénit le roi, et interrogé » par lui : Quels sont les jours des années de votre » vie ? il répondit : Les jours de mon pèlerinage » sont de cent trente ans, courts et mauvais ; et » ils ne sont pas parvenus jusqu'aux jours de » mes pères, jusqu'aux jours de leur pèlerinage. Et » ayant béni le roi, il sortit. » Quel parfum patriarcal, pour le dire en passant, quel suave arôme des temps antiques s'exhale de ces ravissantes paroles, qui sont si bien dans le style biblique !
Le chemin de la vie a, comme tons les chemins, sou principe et sa fin. Le point de départ est le berceau ; le terme, est la tombe.
La vie est encore fort bien représentée par l'idée d'un fleuve ; aussi dit-on poétiquement le fleuve de la vie. La source de ce fleuve est la naissance ; la mort est son embouchure. C'est là que s'opère cette grande et irrévocable catastrophe, où la vie de l'homme se brise, et où l'homme lui-même avec tout ce qu'il a recueilli de bien et de mal, tombe comme le fleuve dans les gouffres de ce vaste Océan sans fond et sans rive, qui a pour nom : t' Eternité.
La vie de l'homme, dans les desseins primitifs de Dieu, ne devait pas être assombrie par la mort. C'est le péché originel seul qui a amené ce dénoùment fatal de toute existence humaine. Les hommes n'auraient eu, sans ce péché, aucune des misères de l'enfance, ni des diverses souffrances qui rendent la vie si amère. Après avoir passé quelque temps
en cet étal déjà si heureux, ils auraient été transportés dans le ciel sans mourir, pour y jouir à tout jamais d'une félicité consommée.
Mais le péché originel a tout bouleversé. La race humaine est tombée dans la disgrâce de son Créateur . et la vie de riiomme , depuis cette grande ruine, n'a [dus été au moral comme au physique qu'un tissu de misères, avec la mort pour terme.
Au nombre de ces misères, il en est une bien frappante ; c'est l'aveuglement des hommes qui s'appuient sur leur vie comme sur un fond solide, malgré les preuves innombrables qu'ils ont tous les jours de son instabilité. Ni la mort de leurs parents et de leurs amis, ni l'atfaiblissement de leurs propres organes, ni le poids des années, ni les maladies plus ou moins graves qui sont comme les messagères de la mort, ne peuvent détruire cette illusion trompeuse qui leur cache la tombe et ses suites terribles. Essayons d'éclairer ces aveugles, en leur soumettant sur ce point si important des réflexions solides, et que très-certainement ils ne combattront point ; car, ici comme dans toutes les parties de cet ouvrage, nous ne proposons à nos lecteurs croyants que des vérités qu'ils admettent comme nous, mais dont malheureusement ils refusent de déduire les conséquences pratiques, ce qui rend leur foi vaine et complètement stérile : Fides sine opérions mortua est ; la foi sans les œuvres est une foi morte.