‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 3 sur 92 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Classe particulière d'hommes égarés auxquels s'a<h cet ouvrage : les faux incrédules.

Nous voulons consacrer un chapitre spécial à une certaine classe d'hommes très-éloignés de la voie du salut, auxquels nous croyons pouvoir être utile dans cet ouvrage : c'est la classe des faux incrédules, dont nous avons déjà dit un mot dans le chapitre précédent.

Le monde en est rempli, de ces faux incrédules,

et U est fort important de les faire Lien connaître, non pas sans doute pour avoir le vain plaisir d'en faire une description piquante et maligne qui leur attirerait des épigrammes railleuses, mais pour les désabuser en leur faisant voir qu'ils ont beaucoup plus de foi qu'ils ne pensent, ou plutôt qu'ils possèdent réellement la foi, tout en voulant se persuader qu'ils l'ont perdue.

Nous tenons aussi à bien faire connaître la fausse incrédulité pour éclairer d'avance ceux qui, trouvant encore le bonheur et la paix dans la pratique de leur religion, pourraient être tentés d'abandonner plus tard cette pratique, et de devenir euxmêmes faux incrédules comme les autres.

Enfin, nous regardons comme très-important de démasquer la fausse incrédulité, parce que plusieurs de ceux qui se trouvent en cet état pourraient rejeter notre livre, ne croyant pas qu'il soit à leur adresse. Comme nous avons déjà dit plus d'une fois que nous n'écrivions pas pour ceux qui ont perdu la foi, les faux incrédules, qui se croient des incrédules véritables et bien constitués, se persuaderaient aisément que notre ouvrage ne leur convient point, et nous regretterions beaucoup qu'il ne fût pas lu par cette classe si nombreuse et si intéressante d'hommes égarés, qui n'ont peut-être besoin que d'un rayon de lumière pour voir qu'ils sont beaucoup plus près du salut qu'ils ne s'imaginent.

Essayons donc d'exposer nettement le vrai et le faux en fait d'incrédulité.

Nous pouvons ranger en trois catégories les hommes auxquels on donne généralement le titre d'incrédules.

Dans la première, nous plaçons ceux qui se donnent pour incrédules, quoiqu'ils sachent bien qu'ils n'en ont que les dehors,

Dans la seconde, nous plaçons ceux qui se croient incrédules, quoique réellement ils ne le soient point.

Dans la troisième enfin, nous plaçons ceux qui sont véritablement incrédules.

Le don de la foi est le plus précieux des dons. Il est le principe de l'immense bonheur que Dieu réserve à l'homme dans son éternelle patrie. Ce Dieu de bonté qui nous aime d'un amour infini, voyant l'indispensable nécessité où nous sommes de posséder la foi pour lui plaire, frappe d'impuissance les coupables efforts que nous faisons pour la perdre ; et nous ne saurions trop admirer le prodige sans cesse renouvelé de la divine miséricorde qui, jusque dans les profonds abîmes du libertinage, ne permet pas que le flambeau de la foi s'éteigne au souffle de la passion. Quelquefois sans doute ce malheur arrive ; mais souvent, et très-souvent l'homme en est préservé. Il pèche assurément contre cette foi dont il veut se débarrasser ; il en affaiblit même notablement la lumière ; mais il n'a pas aussi souvent qu'on le pense la funeste consolation de pouvoir l'éteindre . Pour en bien juger, revenons à nos trois classes.

I. — Première catégorie.— Ceux qui se donnent pour incrédule? quoiqu'ils sachent bien qu'ils n'en ont que les dehors.

Nous plaçons dans cette catégorie deux sortes de faux incrédules : l'incrédule de collège — et r incrédule par respect humain.

L'incrédule de collège : Nous appelons ainsi ce jeune homme qui n'a pas encore secoué, ou qui vient de secouer la poussière du collège, et qui déjà réclame l'honneur de grossir les rangs de lïmpiëté. >T ayant peut-être jamais eu, ou du moins n'ayant actuellement qu'une disposition très-faible à la vertu, il sent le poids du joug que la religion lui impose, et il n'en goûte pas la douceur. D'un autre coté, l'indépendance absolue lui sourit ; la liberté dans le mal lui semble un grand bien , et l'incrédulité seule lui promet ce qu'il désire. C'est donc vers elle qu'il se tourne ; c'est elle qu'il poursuit : malheureusement, il la trouve sans peine. Quelques condisciples, ses aînés en âge et en impiété, se chargent de faire son éducation sous ce rapport, et jamais éducation ne fut plus tôt achevée. Deux ou trois objections, vieilles comme le mensonge, devenues banales à force d'être reproduites, réfutées mille fois avec tant d'avantage que les vrais incrédules n'osent plus en faire usage, voilà le matériel, voilà le fond, le bagage d'incrédulité de nos jeunes philosophes. Ne leur en demandez pas davantage, car ils auraient la confusion de vous avouer que leur répertoire est à bout.

hf bonne foi, pouvons-nous supposer qu'ils se croient réellement incrédules ? Ont-ils, et peuventils avoir la conviction intime et raisonnée que les vérités religieuses qui leur ont été enseignées pendant plusieurs années, ne sont que des rêves creux et des balivernes dont leurs deux objections font pleine et prompte justice ?

Nous les honorons trop, ces chers et malheureux enfants, pour leur prêter une telle conviction. Sur

quelle base solide pourraient-ils l'appuyer, eux qui, à des questions de cette importance, n'ont pas consacré un quart d'heure d'étude ? Non assurément, leur incrédulité n'a rien de réel : non, ils ne se croient pas eux-mêmes incrédules ; c'est donc avec toute sorte de raison que nous les plaçons dans la première de nos catégories, et une nous leur recommandons la lecture tic notre ouvrage, N qui leur convient à tant de titres.

L'incrédule par respect humain est, comme tous les esclaves de ce vice, un homme faible de eara< tète, sans nerf, sans énergie, sans ombre de courage. La volonté des autres, voilà sa règle : sa volonté propre, voilà la victime qu'il immole lâchement tous les jours pour plaire à des amis dépravés qui ne lui savent aucun gré de ses nombreux sacrifices. Il possède la foi, sans oser la produite ; enchaînée traîtreusement dans un petit coin de l'âme, elle réclame d'une voix étouffée contre la violence qu'on lui fait, et contre les impiétés que l'on débite ; mais ses réclamations demeurent sans effet. L'infortuné qui passe sa vie dans les luttes perpétuelles dont sa conscience est le théâtre, rougit de lui-même quand il est seul, et a peine à comprendre qu'il puisse à chaque instant redouter plus la raillerie d'un homme frivole que les foudres vengeurs d'un Dieu courroucé. Il verrait avec bonheur qu'une conversion générale se déclarât dans la localité qu'il habite, et que les amis dont il craint la censure l'autorisassent par leur exemple à redevenir chrétien ; car il estime au fond la religion qu'il décrie ; son âme est croyante, ses lèvres seules sont incrédules. C'est un homme qui

fuit k fraude dans le plus saint des négoces : il porte l'enseigne de 1 incrédulité, et débite de la foi en

cachette. , , , ... .,,,

11 est donc très-vrai de dire qu il n a de 1 impiété que le masque, et qu'on doit le regarder comme un usurpateur du titre d'incrédule, qui rit en secret de ceuxqui le croient tel. Sa place est assurément auprès de l'incrédule de collège, et dans la même catégorie. Donc, c'est à lui plus qu'à tout autre que notre ouvrage s'adresse. Dieu veuille qu il y trouve le tombeau de sa lâcheté, le courage de ses convictions etVétineeUe électrique qui ravive sa toi ! Voici un fait qui prouve que l'incrédule par respect humain n'est pas un être chimérique et qu on e rencontre quelquefois jusque dans es plus hautes régions de l'incrédulité. Toussaint, philosophe impie du siècle dernier, auteur du livre tesMmurs le premier ouvrage, dit la Harpe, ou on se soi proposé un plan de morale naturelle, indépendant S Toute croyance religieuse et de tout culte extérieur Toussaint manifesta le plus grand repenti! Sa maladie dont il mourut, en 1788, condamna hautement le scandale de sa conduue et < ose, écrits, et reçut les derniers sacrements axée toutes les marques d'une grande piété. Le jour même do sa mort! il fit venir ses amis et, en leur présence il adressa le discours suivant a son fils alors âge de qumzp à seize ans : . Mon fils, écoutez et re en zce aue je vais vous dire : Je vars paraître

devant Dieu, et lui rendre compte de toute ma vie ; ri^ibeaueoupoffensé.etjm.grandbesoinden

» 'obtenir miséricorde. Je vous ai scandalise „ une conduite trop peu religieuse et par des

» maximes beaucoup trop mondaines : me le par- » donnez-vous ? Ferez-vous ce qu'il faut pour que » Dieu me le pardonne ?... Ecoutez bien, mon fils, » les leçons tardives que je vo > en ce mo-

» ment ; j'atteste le Dieu que je vais recevoir et » devant qui je vais paraître, que, si j'ai paru peu » chrétien dans mes actions, dans mes discours, y> dans mes écrits, ce n"a jamais été par conviction ; » ce n'a été que par respect humain, par vanité, » et pour plaire à telles et telles personnes... Met- » tez-vous à genoux, mon fils, joignez vos prières » à celles des personnes qui m'entendent et qui » vous voient ; promettez à Dieu que vous profite- » rez de mes dernières leçons, et conjurez-le de » me pardonner (1). »

Si tous nos incrédules avaient, comme ce philosophe, le courage de révéler au monde leurs sentiments intimes . combien d'esclaves du respect humain avoueraient, eux aussi, qu'ils n'ont joué le rôle de l'incrédulité que par respect humain, par vanité, et pour plaire à telles et telles personnes !

IL — Déuxèeme catégorie. — Ceux qui se croient incrédules,

quoique réellement ils ne le soient point.

L incrédule en désir, — Vincrêdulc par passion se croient souvent des incrédules complets, quoique réellement ils ne le soient point ; c'est donc à notre seconde catégorie qu'ils appartiennent.

L'incrédule en désir est, comme son titre l'indi-

(1) Thibault, Mes souvenirs de vingt ans, cité par M. l'abbé Guillois, auteur de l'excellent ouvrage Le Dogme de la cou* fession,

que, celui qui. voulant se mettre au large par l'affranchissement du joug de la foi , s'épuise en combats et en luttes contre sa conscience, et cherche de tous côtés quelques arguments spécieux qui satisfassent le désir ardent qu'il a de ne plus croire. Il envie le sort de celui qu'il voit calme dans son impiété ; et quand il s'entretient avec lui sur cette matière, c'est très-souvent pour lui dérober son secret. Voulant satisfaire plus pleinement encore le désir qu'il a de ne plus croire, il emprunte à quelque vieil impie de sa connaissance les livres les plus propres à déraciner de son âme cette foi qui le fatigue : puis, quand il a fait une ample provision de sophismes, quand il en est en quelque sorte saturé, quand il croit avoir éteint le divin flambeau dont il déteste la lumière, il se croit réellement incrédule, et s'en applaudit comme d'une victoire.

C< 'pendant, s'il allait au fond des choses, il verrait que son vœu criminel n'est pas exaucé. En fait d'incrédulité, rien n'est plus commun que de prendre pour réalité l'illusion de ses vains désirs. Que de prétendus incrédules n'ont autre chose que le désir de l'être ! Sans doute, on trouve en eux bien des traits de ressemblance avec l'incrédule vrai ; • . le langage, les allures, les actes et l'ensemble de la conduite, voilà des points de contact qui sont incontestables ; mais là n'est pas la réalité de Tincrédulité. On peut ressembler sur tous ces points à l'incrédule complet, et différer de lui sur le point essentiel. La foi n'est pas renversée de sa base par une vaine jactance, par une parole sarcastique et railleuse, par une conversation ou une lecture im-

pie ; tout cela, sans cloute, atténue sa lumière, affaiblit sa puissance, et peut même conduire plus tard à son extinction totale ; mais, jusqu'à ce qu'on soit réellement arrivé à ce déplorable terme, on a le désir et non la réalité de l'incrédulité ; on croit faiblement, mais on croit encore ; on est incrédule, si l'on tient à ce titre, mais incrédule en désir.

Or, puisque chez un incrédule de cette nature les grandes vérités de la religion n'ont pas perdu toute leur influence ; puisque, dans le fond de l'àme où elles sont reléguées, elles jettent encore de temps en temps des traits de lumière qui rappellent leur présence et inspirent des craintes salutaires ; puisque la pensée de la mort, la perte d'un parent ou d'un ami, le choc de l'adversité, l'annonce d'une maladie grave, et mille autres causes de cette nature, ravivent à l'instant une foi qu'on croyait morte, n'est-il pas certain qu'un livre qui vient au secours de cette foi, qui en rappelle la nécessité, qui dissipe les injustes préventions que l'on a contre elle, qui fait voir les consolations ineffables qu'elle procure à ceux qui la pratiquent ; n'est-il pas évident , disons-nous , qu'un tel livre est un ami précieux que la reconnaissance doit accueillir.

L'incrédule par passion ressemble au précédent sur bien des points. Comme lui, il a un ardent désir de secouer, de briser, d'anéantir même, s'il Je pouvait, le joug de la foi, qu'il trouve accablant ; comme lui encore, il se croit réellement incrédule, quoiqu'il ne le soit point ; et voilà pourquoi nous lui donnons place dans cette catégorie.

Ce qui le distingue, lui, c'est un libertinage effréné ; les passions bouillonnent dans son cœur

dégradé ; un l'eu impur court en pétillant dans ses veines. Pensées, désirs, regards, actions, lectures, conversations, tout vient en aide et sert d'aliment à la passion qui le dévore.

Cette flamme ardente s'allume dans la jeunesse, et fait dans les Ames les plus cpouvantables ravages. Comment la foi ne subirait-elle pas ses funestes atteintes ? Y a-t-il et peut-il y avoir place pour elle dans une àme asservie par la passion fougueuse que nous venons de décrire ? L'infortuné qui prend cette passion pour guide ne s'adresse pas même une semblable question. Il croit sa foi vaincue, et, tout occupé de sa passion, il ne s'applique pas à corroborer son fonds d'incrédulité par des lectures impies. En fait de livres, il aime beaucoup mieux ceux qui alimentent sa passion que ceux qui combattent sa foi. Cependant, il va sans dire qu'il se croit incrédule et qu'il se donne pour (cl ; mais l'est-il en effet ? Non. La foi* qui semble incompatible avec une passion de cette nature, a-t-ellc disparu d'une âme si peu digne de la posséder ? Non : elle est encore là ; puissance captive et désolée, sans doute, mais vigilante encore, et quelquefois même conseillère charitable. Elle est là. comme cette lumière obscure placée sur un tas dé décombres, disant à qui veut la comprendre : J'indique des ruines ; j'éclaire le chaos. Elle est là, recouverte, il est vrai, d'une couche d'ordure ; mais vienne seulement une maladie sérieuse qui glace la passion, voilà la foi qui secoue la fange dont on l'avait salie, et qui reparaît radieuse avec son glorieux cortège de salutaires frayeurs et de divines espérances.

Il n'est donc pas incrédule, cet homme passionné ; et s'il ne Test pas, si sa foi n'a besoin que d'être débarrassée de ce qui la ternit, quoi de plus propre à opérer cet heureux effet que la méditation des vérités consolantes que la religion lui propose par notre organe, pour le rendre heureux en ce monde et en l'autre ?

III. — Troisième catégorie. — Ceux qui sont véritablement incrédules.

Ici viennent se ranger tout naturellement — Y incrédule par ignorance — et Y incrédule par système étudié, par conviction raisonnéc.

L'incrédule par ignorance est celui qui, ayant eu le malheur de naître de parents sans religion, et peut-être dans un pays où l'impiété était en règne, n'a jamais été instruit des vérités de la foi, lesquelles , par conséquent , lui sont totalement étrangères. Il en est malheureusement un grand nombre dans ce déplorable état. Paris en fourmille ; et Dieu veuille que, sur ce point, plusieurs provinces, notamment au centre de la France, ne rivalisent pas avec la capitale I

Non-seulement cet incrédule n'a pas la foi ; mais il a contre cette foi des préventions qu'il est impossible de détruire. Tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend dans le monde impie qu'il fréquente, corroborant chaque jour ces préventions déjà si enracinées dans son esprit, il ne faudrait rien moins qu'un miracle de grâce pour le convertir. N'ayant pas eu d'instruction religieuse dans son jeune âge ; ignorant, par conséquent, la loi de Dieu et les oblir. 2

gâtions qu'elle impose, il enfreint ces obligations sans le moindre scrupule.

L'enseignement chrétien donné dans l'enfance, fùt-il même incomplet, est un germe de remords qui se développe plus tard, à l'occasion des fautes graves qu'on est tenté de commettre; et, lors même qu'on résisterait à l'aiguillon de ce remords, e-ntrainé par la violence de quelque passion fougueuse, on pourrait Lien ne pas y résister toujours. Après le refroidissement de cette passion, le remords se faisant de nouveau sentir, emporterait peut-être au second assaut ce qui n'aurait pu l'être au premier. Mais quelle matière de remords peutil y avoir dans une âme, quand l'autorité de Dieu y est nulle, et qu'on ne reconnaît pas de loi qui défende le mal qu'on a la fantaisie de commettre ? Quel frein peut arrêter une passion chez un pauvre aveugle, qui ne voit ni les supplices qu'elle lui prépare, ni les éternelles récompenses dont elle le prive ? Nous ne connaissons rien de plus désolant qu'une ignorance de cette nature.

À un homme qui en est là, que faut-il en fait de lecture ? Il est aisé de le comprendre : puisqu'il ignore les premiers éléments de la foi. il faut les lui apprendre ; c'est une éducation religieuse tout entière à faire ; et, sauf la forme catéehistique qu'il faut éviter pour ne pas froisser son orgueil, c'est réellement le catéchisme qu'il faut lui enseigner. L'ouvrage que nous commençons supposant la foi établie chez ceux que nous voulons éclairer, il est évident que, si on le mettait entre les mains de l'incrédule dont on vient de parler, ce serait commencer un édifice par la toiture. Tout au plus

pourrait-il, en le lisant, se sentir entraîné à étudier une religion qui promet aux bons des consolations si abondantes, et aux méchants des châtiments si terribles.

Quant à l'incrédule par système et par conviction , c'est plus triste encore que ce que nous venons de voir. L'incrédule par ignorance est un aveugle involontaire, du moins dans le principe ; l'incrédule par système est aveugle par volonté, par choix, et, assure-t-il, par conviction. Le premier est un aveugle de naissance ; le second est un aveugle qui ne le fut pas toujours, et qui l'est devenu par accident. L'un n'a ni combattu ni désiré la lumière, ne pouvant ni combattre ni désirer ce qu'il ne connaissait point ; l'autre Fa connue, mais il semble qu'il ne Tait connue que pour la maudire. Soit travers d'esprit, soit orgueil, soit amour effréné de l'indépendance, soit égarement du cœur entraîné par la passion, il a voulu s'affranchir du joug de la foi ; mais, à la différence des divers incrédules dont nous avons parlé, il a voulu raisonner son impiété, et se donner à lui-même une démonstration satisfaisante de la solidité des raisons sur lesquelles il s'appuie pour rejeter la foi. S'il faut l'en croire, il a étudié avec une égale application, et les ouvrages des défenseurs de la religion, et les ouvrages de ses adversaires ; puis il a pesé la force des raisons alléguées de part et d'autre, et c'est après cet examen sérieux et attentif qu'il a pris le parti d'arborer l'étendard de l'incrédulité.

Sa conduite, en matière religieuse comme en tout le reste, subit les influences de son tempérament.

S'il esl emporte par caractère, son incrédulité est violente et passionnée. S'il est froid par nature, son incrédulité est calme, modérée dans la forme, mais opiniâtre et tenace.

Le nombre de ces incrédules est heureusement fort restreint. Pour un qui raisonne son système antireligieux , il en est cent, il en est mille qui adoptent le leur avec une légèreté qui annonce clairement qu'il est sans racines.

Nous dirons même que l'incrédule complet dont nous parlons en ce moment, se fait très-souvent illusion, relativement à la bonne foi dans laquelle il croît être. Qu'il s'interroge sérieusement, et il verra qu'en se livrant, comme il dit l'avoir fait, à l'étude approfondie des matières religieuses , il avait, dès le début, le parti pris de trouver la religion en défaut ; il verra aussi qu'il n'était pas exempt de certaines passions , qui, ne pouvant vivre à l'aise avec une foi qui les condamnait, usaient de toute leur influence pour chasser loin d'elles cette importune voisine ; il verra enfin qu'il a beaucoup plus étudié les ouvrages hostiles à la religion, que ceux qui lui sont favorables, et qu'il regarde comme étude approfondie des principes de la foi, quelques leçons d'impiété publiques ou privées, ou quelques lectures vagues et superficielles, incapables de constituer un corps de doctrine solide et complet. Où trouver un incrédule qui ait étudié le pour et le contre, en fait de matières religieuses, avec autant de calme, de raison, d'impartialité froide, qu'il en apporterait à l'étude d'une question purement scientifique, d'un théorème d'algèbre par exemple, ou d'un fait historique? Nous ne

voulons pas affirmer que cet homme est introuvable ; mais nous osons dire qu'il est très- difficile de le rencontrer, et que, pour notre compte, depuis près de trente ans que nous sommes à sa poursute, il nous a été impossible de le découvrir.

Si pourtant il existe, nous avouons que notre Pratique du Christianisme n'est pas à son adresse. Il lui faut un livre qui sape son incrédulité par la base, et qui lui montre qu'autant cette base est ruineuse, autant celle de la foi est solidement affermie. Ce livre ne lui manquera pas, il peut en être certain. S'il cherche franchement la vérité, s'il expose son système et ses doutes à un homme instruit, en le priant de lui procurer les ouvrages qui lui conviennent, la lumière lui viendra de toutes parts et dissipera promptement ses ténèbres.

C'est ce qui arriva à un célèbre philosophe du siècle dernier. Bourguer, profond géomètre et membre de l'Académie royale des sciences , à la mort duquel d'Alembert ne put s'empêcher de dire : Nous venons de perdre la meilleure tète de l'Académie, ayant entendu quelques discours que le Père Laherthonie , dominicain , prêchait avec le plus grand éclat contre les incrédules dans les principales chaires de la capitale, reconnut ses erreurs et se détermina à se confesser. Avant de commencer sa confession, il dévoila, en présence de plusieurs personnes, le secret motif qui l'avait entraîné dans le parti de l'incrédulité : Je nai été incrédule que parce que j'ai été corrompu, s'écria-t-il dans l'amertume de son âme; allons au plus pressé, mon père ; c'est mon cœur encore plus que mon esprit qui a besoin d'être guéri. Sa conversion i. 2.

fut aussi sincère que solide, et une mort chrétienne et édifiante, arrivée au mois d'août 1758, couronna cet heureux changement (1).

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