‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 20 sur 92 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

•Dieu Sauveur. — Bienfait de la Rédemption par Jésus-Christ.

I. — Exposé du mystère. — Ineffable amour de Dieu eiivei-s l'homme.

Nous croyons d'une foi ferme cet adorable mystère. Rappelons-le cependant en quelques mots.

Dieu avait créé l'homme dans l'état d'innocence. Il lui avait donné une compagne innocente comme lui. Tous les deux avaient pour la pratique de la vertu une inclination uniforme et réglée, qui les portait constamment vers Lieu, et no les portait vers les créatures que par rapport à Dieu.

Le paradis terrestre, séjour délicieux, orné de la main même de leur Créateur, était le splendide domaine où leurs jours s'écoulaient purs et tranquilles. La peine, quelque légère qu'on put la supposer, leur était totalement inconnue ; et Dieu, par des visites fréquentes, mettait le comble au bonheur de ses enfants chéris.

Un jour, le démon, jaloux d'une félicité qui rendait plus pénibles encore les tourments qu'il subissait en punition de sa révolte, essaya de faire partager la rigueur de son châtiment à ceux qui, jusque-là, n'avaient cessé de trouver le bonheur dans la soumission la plus parfaite aux volontés de Dieu. Cet esprit infernal les séduisit par l'appât de l'orgueil. Dieu leur avait fait la défense formelle de manger d'un certain fruit ; le démon leur persuada qu'il avait de bonnes raisons pour faire une telle défense, puisqu'il savait que s'ils mangeaient de ce fruit , ils deviendraient semblables h lui en toutes choses. La tentation était attrayante ; le démon la rendit plus attrayante encore par ses discours artificieux, et par le tableau fantastique d'un bonheur inouï qu'il montrait sans cesse à leur imagination. Cette trame, si malignement ourdie, eut le déplorable effet qu'en attendait son perfide auteur. La désobéissance fut consommée. L'autorité de Dieu fut méconnue : sa volonté suprême fut nié-

prisée; filais le châtiment ne se lit pas attendre. Les coupables furent chassés immédiatement de leur paradis de délices ; ils tombèrent, eux et toute leur postérité, dans la disgrâce de leur Créateur ; les peines, les maladies, les douleurs de toute espèce fondirent sur eux sans un jour de relâche, et la mort leur apparut comme le hideux couronnement de toutes leurs misères.

Cependant, le plus grand de leurs maux n'était pas extérieur. Au fond de leur âme, il y avait une tache que l'œil de Dieu seul pouvait découvrir, tache horrible à ses yeux, et qui lui rappelait sans cesse le crime dont elle était la marque et la perpétuelle empreinte. Cette tache devait se communiquer à toute la race humaine jusqu'au dernier des jours , sauf une seule exception en faveur de l'auguste Mère du divin Réparateur de tous ces maux; et l'effet de cette souillure native était de tenir suspendues sur la tète de tout enfant d'Adam les foudres de la justice de Dieu. Chacun de ces enfants était et est encore, en venant au monde, un enfant de colère, selon l'expression de l'Esprit saint lui-même. Impossible de trouver grâce devant la majesté souveraine de Dieu avant de l'avoir apaisée par une expiation suffisante.

Que faire, o homme, que devenir ?

Te voilà souillé non-seulement de ta lèpre originelle, mais d'une multitude d'autres péchés qui découlent chaque jour de la perversité de ta nature comme d'une source empoisonnée. L'enfer est ouvert sous tes pieds ; qui le fermera ? Le ciel est fermé sur ta tète; qui pourra l'ouvrir? Il faut une hostie pure pour désarmer Dieu, et tu

es pécheur ! Il faut une victime d'un mérite proportionné à l'outrage fait à un Dieu ; et cet outrage étant infini, du côté de l'objet auquel il s'adresse, nulle créature, fùt-elle le plus saint des anges, ne saurait l'expier de manière à satisfaire pleinement la divine justice. Dieu seul, Dieu seul pourrait offrir une satisfaction suffisante ; mais comment la lui demander puisque c'est lui qui l'exige ? comment prendre pour médiateur celui qui crie vengeance contre le coupable? comment espérer de Dieu la remise d'une dette à laquelle s'opposent les droits imprescriptibles de sa justice ?

0 profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! 0 mystère ineffable de la divine miséricorde ! C'est de Dieu seul que peut venir le remède à la misère de l'homme ; eh bien ! l'homme ne périra pas. à moins qu'il ne le veuille ; il aura Dieu même pour libérateur et pour victime. Et comment s'opérera cet incompréhensible mystère ? Cieux et terre, écoutez ! La seconde personne de l'adorable Trinité, le Fils de Dieu, ne pouvant souffrir comme Dieu, et voulant souffrir pour sauver l'homme, s'unira dans le sein de Marie à notre nature dégradée qui est devenue mortelle parle péché ; en sorte que, par cette union, il sera vrai homme sans cesser d'être Dieu : et ce Dieu fait homme s'appellera Jésus-Christ; et ce Dieu fait homme deviendra passible ; et ce Dieu fait homme mourra dans les tourments, et lavera dans son sang divin les souillures de l'humanité. Ainsi donc, voilà le Fils de Dieu, vrai Dieu lui-même, égal en toutes choses à son père, qui se substitue à l'homme pécheur, et qui êc sacrifie pour le sauver d'une ruine éternelle.

» Quel autre moyen que celui-là, dit un écrivain » déjà cité, eût pu nous marquer autant la bonté » et l'amour infini de Dieu envers les hommes , » puisque pour les sauver, non-seulement il leur » a donné son Fils, mais il l'a livré à une mort » cruelle ? et par là il s'est engagé à les sauver » par une espèce de justice ; car le Juste étant mort » pour les pécheurs, il est juste que les pécheurs » soient délivrés (1). »

Pourquoi faut-il que ces vérités si imposantes, et qui nous touchent de si près, fassent sur nos esprits et sur nos cœurs une impression si légère? Les ignorons-nous ? Non ; elles nous furent enseignées sur les genoux de nos mères, et plus tard par nos vénérables pasteurs. Les croyons-nous ? Oui; du moins nous le supposons , puisque dans tout cet ouvrage nous ne parlons qu'aux chrétiens croyants. Les regardons-nous comme peu importantes? Qui oserait le dire? et qui pourrait en trouver de plus dignes des méditations dune âme chrétienne ?

O enfants des hommes, jusqu'à quand donc aurezvous le cœur appesanti vers la terre? Jusqu'à quand courrez-cous après la vanité et rechercherez-cous le mensonge (2) ?

II.— Enumération des biens que nous trouvons en Jésus.— Dialogue entre lui et un pécheur.

Écartons quelques instants cet amas de frivolités qui met comme un nuage épais entre notre âme et les vérités graves que la foi nous propose.

(i) Espvft Ùe XkoJp, eh. iv. — (2) Ps. tv, 3.

Rcelieillons-nous aux pieds de Jésus à qui nous sommes redevables de tant de bienfaits, et qui ne nous appelle à lui que pour nous communiquer abondamment ce qui nous manque, le bonheur ; oui, un bonheur pur en ce monde, un bonheur ineffable dans l'autre pendant l'éternité tout entière. Figurons-nous que ce divin Sauveur, touché de notre aveuglement et de notre misère., et brûlant du désir de sauver notre âme qu'il voit suspendue sur l'abîme infernal, se manifeste à nous, et daigne nous accorder la faveur d'un entretien particulier :

— Prête l'oreille, mon enfant, à la voix de Jésus ton Seigneur et ton Dieu qui veut sauver ton âme.

— Parlez. Seigneur, votre enfant vous écoute.

— Tu crois que je suis le Fils unique de Dieu, Dieu comme lui et son égal en toutes choses ; tu crois cela, n'est-ce pas?

— Oui, Seigneur, je le crois : car ma foi est intacte.

— Tu crois aussi sans doute que, par un effort de ma toute-puissance et de mon infinie miséricorde, je me suis abaissé jusqu'à unir ma nature divine à la nature humaine, afin de pouvoir souffrir et mourir pour te sauver de l'enfer, toi et tes semblables ; tu crois cela, mon enfant, n'est-il pas vrai ?

— Oui, Seigneur, je le crois ; je vous l'ai dit, ma foi est intacte.

— Tu crois donc aussi qu'après avoir fait accepter à mon Père mon dévoùment et mon sacrifice, je me suis renfermé comme les autres hommes dans le sein d'une de mes créatures pendant neuf mois entiers ; — que je suis né pauvre, dans une

étable pauvre, dénué de toutes choses comme les pauvres ; — que je suis sorti de cette masure abjecte pour fuir une persécution cruelle qui s'organisait déjà contre moi ; qu'après quelques années d'exil sur une terre idolâtre, je suis revenu dans ma patrie pour y vivre obscur, ignoré, confondu avec le commun des hommes ; — que j'ai gagné mon pain à la sueur de mon front, travaillant sous les ordres de Joseph, et lui obéissant en tout ce qu'il me commandait ; — que pendant les trois dernières années de ma vie, j'ai prêché de tous côtés la céleste doctrine qui a confondu l'enfer, brisé les idoles, enchaîné les passions, étonné et converti l'univers, convaincu les prétendus sages de folie, et fait goûter au monde le plus corrompu la morale la plus pure qui eût jamais été enseignée à la terre. Crois-tu cela, mon enfant, le crois-tu ?

— Oui, Seigneur, j'ai toujours cru et je crois encore ces vérités saintes.

— Crois-tu que pour autoriser ma doctrine et lui imprimer le cachet divin, j'ai fait des miracles que la malignité la plus astucieuse ne pouvait contester, que j'ai parcouru la Judée dans toute son étendue, cherchant les malades pour les guérir, les affligés pour les consoler, les morts même pour les ressuciter, et les pécheurs surtout pour les éclairer et les convertir? — Crois-tu que j'ai terminé ma vie de privations et de sacrifices par une mort dont rien n'approche dans les annales de l'humanité souffrante, sous le triple rapport de la cruauté, de l'injustice et de l'ignominie? — Crois-tu que je me suis vu, moi ton Créateur, ton Sauveur et ton Dieu, que je me suis vu pendant trois heures de la plus

affreuse agonie, cloué sur une croix entre deux scélérats, conspué par un peuple comblé de mes bienfaits, escorté de ma tendre mère qui augmentait mes douleurs en les partageant, rejeté de la terre comme un objet d'opprobre, repoussé du ciel comme le représentant de tons tes pécheurs, placé entre l'un et l'autre pour remplir ma fonction de médiateur, et occupé jusqu'à mon dernier souffle de reconcilier l'homme criminel avec le Dieu juste, par cette prière qui s'échappait amoureusement de mon cœur brisé : Pardonnez-leur, ô mon Père, car ils ne savent ce qu'ils font? — Crois-tu qu'après ce violent effort de mon amour, j'ai remis doucement mon âme entre les mains de mon Père, et que le dernier battement de mon cœur a été, comme la dernière goutte de mon sang, pour le salut des hommes, oui, pour ton salut, mon enfant? Crois-tu cela, dis-moi, le crois-tu ?

— Mes yeux vous répondent, Seigneur ; voyez mes larmes ; elles attestent ma foi plus éloquemment que ne le pourraient faire mes paroles.

— Crois-tu que j'ai légué aux hommes par testament le seul bien que je possédais, c'est-à-dire les vérités saintes que j'ai consignées dans mon Evangile ? — Crois-tu que ce livre sacré est le code du chrétien? — qu'il renferme le précis de la loi? — qu'il sera la base de l'arrêt irrévocable qui fixera le sort éternel de chacun? Crois-tu cela, mon enfant ?

— Oui, Seigneur, je le crois ; où serait ma foi si je reniais 1 Evangile ?

— Tu crois donc, o mon enfant, qu'il n'y a qu'une seule affaire véritablement importante pour l'homme; le salut de son âme, — que la vie est une

ombre dont la courte durée est connue de moi seul, — que la mort peut frapper à chaque instant l'iiomme le plus robuste, — qu'il faut être toujours prèl à rendre ses comptes au souverain Juge , — c[ue je viendrai surprendre le pécheur comme un voleur au milieu de la nuit, que son dernier soupir sera le signal de son immuable destinée, — que les supplices de l'enfer seront son partage, — que l'éternité de ces supplices sera tout aussi longue que l'éternité de ma gloire. Tu crois donc tout cela, mon enfant; car tout cela c'est mon Evangile.

— Oui, Seigneur, je crois ces vérités, et je plains de toute mon âme l'incrédule qui les combat et l'insensé qui les méprise.

— Et ne plains-tu pas aussi l'aveugle qui les croit et qui vit exactement comme celui qui les nie? Croire mon Évangile, et ne pas faire ce qu'il commande ; est-ce prudence ? est-ce sagesse ? est-ce raisonnable et chrétien? Révérer ce livre sacré

jjuand il dit : Crois, et le repousser quand il dit : Pratique ; dis-le moi, est-ce le moyen de fléchir ma justice ? est-ce le moyen de gagner mon amour ? Réponds, mon enfant ; j'en appelle à ta droite raison ; j'en appelle à ton cœur.

— Hélas ! Seigneur , que voulez-vous que je réponde à des questions qui m'accablent ? Que voulez-vous que je dise, en présence de ces vérités qui me brisent et me confondent ? Je ne puis que vous prier de tenir encore la foudre suspendue jusqu'à ce que mon repentir ait apaisé votre juste colère ; je ne puis que vous dire avec David : « Je » me suis égaré comme une brebis qui court à sa » perte ; cherchez votre serviteur, ô mon Dieu !...

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v Ayez pitié de moi, Seigneur, selon l'étendue de » votre grande miséricorde... C'en est fait, je l'ai » dit, oui, mon parti est pris, je mets la main à » l'œure : » Dixi, nunc ccepi.

III, — Réflexions sur l'insensibilité des hommes à l'égard de Jésus-Christ

Si Ton voulait examiner la chose avec attention, on verrait qu'il n'y a rien de plus étonnant, pour ne pas dire de plus révoltant, que l'insensibilité d'une multitude de chrétiens à l'égard de Jésus- Christ, qui. par pur amour, et sans y être aucunement obligé, leur a rendu un service qui leur était absolument indispensable , et que toutes les créatures réunies, anges et hommes, et Marie à leur tête, eussent été incapables de leur rendre.

Ce qui augmente encore Fétonnement que cause cette insensibilité des hommes, c'est de penser que le sacrifice de Jésus-Christ a été consommé non pas seulement pour ses amis, mais pour ses ennemis les plus déclarés, pour ceux dont il connaissait et dont il prévoyait la noire ingratitude.

Enfin, ce qui met le comble à l'étonnement que cause une telle ingratitude, c'est la pensée des horribles souffrances que Jésus-Christ a voulu endurer pour sauver nos âmes et pour nous prouver son amour. On l'a dit cent fois, tout en lui et de sa part étant infini, puisqu'il était Dieu, il pouvait sauver le monde entier, et des milliers de mondes, par un seul de ses soupirs ou une seule de ses larmes. Mais non ; par un dessein de miséricorde et de justice combinées, qui épuisera nos admirations pendant les siècles éternels , il s'est fait homme de

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douleur , selon l'expression de nos saints Livres ' virum dolorum, il s'est réduit à un état tel, que son apôtre le compare à un véritable anéantissement : semètipsum exinanivit; et que lui-même nous dit par son prophète : » Considérez attentivement, et » voyez s'il est douleur pareille à ma douleur. » Attendue et vide te si est dulor sicut dolor meus.

Pourquoi, dira-t-on, tant de douleurs, tant d'opprobres, tant d'atroces souffrances, quand une seule larme peut suffire pour atteindre le but qu'on se propose ?

La réponse à cette question est bien simple, mais elle est accablante. Pourquoi toutes ces souffrances ? Ah! si, tout horribles qu'elles sont, elles nous laissent encore froids et insouciants, qu'eùt-ce été si Jésus, s'installant dans un palais, ne s'imposant aucune privation, n'éprouvant aucune douleur, se procurant au contraire des joies abondantes, surpassant les plus heureux du siècle par l'éclat de sa gloire , l'étendue de ses domaines et la réunion \le tous les éléments qui constituent ce que nous appelons ici-bas le bonheur ; qu'eùt-ce été, disonsnous, si pendant une vie si prospère, terminée par une mort sans souffrance et douce comme le sommeil, il n'eût répandu qu'une larme pour le rachat de l'humanité ? Où serait la reconnaissance de l'homme pour cette larme répandue par un Dieu ? (les cœurs froids et glacés en face du divin Enfant dans sa pauvre crèche se fussent-ils attendris en le voyant sommeiller sous la soie dans un berceau royal ? Ces hommes qui voient d'un œil sec la naissance de leur Dieu dans une chétive étable eussentils senti leur cœur brisé de compassion en l'adorant

dans son palais? Eussions-nous été reconnaissants devant une larme, qua:id des flots de sang nous laissent insensibles ?

Soyez béni, Seigneur Jésus, soyez éternellement béni! Pour forcer notre reconnaissance, pour nous contraindre à vous aimer, pour attirer irrésistiblement nos cœurs, c'est-à-dire pour nous sauver d'un malheur éternel, et pour récompenser notre reconnaissance et notre amour par d'éternelles délices, vous n'avez reculé devant aucune humiliation , devant aucune douleur. Votre vie tout entière a été une longue chaîne de souffrances et de privations. Divin pèlerin sur la terre, vous l'avez arrosée de vos sueurs, de vos larmes et de votre sang. Parti de Bethléem, vous êtes arrivé tout broyé au sommet du Calvaire ; la crèche et la croix, voilà les deux termes de votre divine course ; et entre ces deux termes , quelle vallée , quelle profonde vallée de toutes les misères ! Ah ! sans doute, malgré tant de preuves de votre immense amour pour vos enfants chéris, vous verrez encore parmi eux des ingrats qui ne vous sauront aucun gré de toutes vos souffrances, qui n'y penseront pas même , et qui se feront un jeu de payer vos bontés par l'outrage ; mais au moins vous n'aurez rien négligé pour les convaincre de votre tendresse; vous pourrez, au jour de vos vengeances, les terrasser avec une souveraine justice par ces paroles , qu'ils devraient bien méditer aujourd'hui avec amour, pour ne pas les entendre alors avec effroi : Quai-jc dû faire pour vous , et que je n aie pas fait? Paroles foudroyantes ! Quid debui facere... et non feci.

Je me suis souvent demandé comment il se faisait

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que des hommes qui ont dans le commerce de la vie des sentiments de prévenance, de délicatesse, d'attachement et de reconnaissance envers ceux qui leur rendent quelque service, n'avaient que de la froideur et de l'ingratitude envers Jésus-Christ, qui cependant a fait pour eux non-seulement ce qu'aucun de leurs semblabl es n'a fait, mais ce qu'ils ne pourraient même pas faire quand ils en auraient la volonté, puisqu'il n'est au pouvoir de personne de se faire Dieu, et de s'anéantir ensuite en se revêtant des haillons de l'humanité pour la sauver de sa ruine. Comment expliquer tant de reconnaissance pour l'homme et tant d'ingratitude pour Dieu ? tant de reconnaissance pour l'homme qui ne nous rend que de légers services, et tant d'ingratitude pour un Dieu qui, rassasié de douleurs et d'opprobres, meurt au haut d'une croix pour nous arracher à l'enfer et nous conduire au ciel ? Il y a là deux mystères impénétrables : mystère d'amour du côté de Dieu, mystère d'ingratitude du côté de l'homme. v Disons-le cependant , si nous avions vu mourir Jésus pour nous ; si nous avions vu l'infâme Judas coller ses lèvres d'apostat sur celles de son bon Maître; si nous avions vu sa chair voler en lambeaux, et tout soncorps couvert de plaies vives par une flagellation cruelle ; si nous avions vu d'énormes épines entrelacées en forme de couronne et et enfoncées avec violence sur sa divine tète ; si nous l'avions accompagné sur le chemin du Calvaire ; si nous l'avions vu succombant trois fois sous le poids de sa lourde croix; si nous l'avions vu étendu sur cette croix comme un pauvre agneau sans défense ; si nous avions compté les coups de

marteau qui enfonçaient les clous dans ses pieds et dans ses mains : si, debout au pied de la croix , tout près de Marie, dont l'àme était alors transpercée du glaive de douleur qu'on lui avait prédit, nous avions vu Jésus les bras étendus pour nous recevoir, la tête inclinée poumons donner le saint baiser, le cœur ouvert pour laisser tomber la dernière goutte de son sang, et faire voir au monde que la source en était tarie : si. avant de recevoir son dernier soupir, il nous eût été donné (rappliquer n<>s lèvres sur ses plaies adorables, et d'essuyer le sang dont la couronne d'épines couvrait son visage : si. enfin, en retour de ce léger service, nous avions entendu cette ravissante parole : 0 mon enfant, donne-moi ton cœur : Prxbe, fui mi, cortuum mihi: ah', sans aucun doute nous le lui eussions donne, ce cœur, et mille autres avec lui, si nous en avions eu mille à lui offrir; sans doute, aujourd'hui comme alors, si nous revenions à la vie, la reconnaissance s'échopperait de nos cœurs impétueuse et abondante; sans doute, la pensée seule de l'ingratitude envers un bienfaiteur si dévoué îmus glacerait d'horreur. Cela est vrai, cela est très-vrai, et tout homme qui lira ces lignes redira comme nous et avec nous ; Cela est vrai, cela est très-vrai.

Mais, u homme de peu de foi ! n'y a-t-il donc de vrai que ce que tu as vu? Faudra-t-il que ton bienfaiteur se sacrifie sous tes yeux pour avoir droit à ta reconnaissance ? Si. de ton propre aveu, il te rend un immense service, croiras-tu pouvoir être ingrat parce qu'il lui plaît de se dérober à tes regard- ?Jésu -Christ, qui tut mort pour foi seul

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comme il est mort pour tous les hommes, cesse-t-il d'être ton Sauveur et de mériter ton amour, parce que dix-huit siècles avant ta naissance, tu étais déjà l'objet de sa tendresse? Ton ingratitude envers ton divin libérateur est-elle excusable, parce que connaissant et voyant déjà les péchés que tu devais commettre, il les expiait dix-huit cents ans à l'avance en mourant sur la croix pour te sauver ?

Chétien sans christianisme, réveille donc ta foi, et en présence de cette foi, résumons tout ce qui précède, et réponds-moi :

— Crois-tu que Jésus-Christ est Dieu ?

— Oui.

— Crois-tu qu'il s'est fait homme, qu'il est né dans une étable et mort sur une croix ?

— Oui.

— Crois-tu que rien ne l'obligeait de souffrir et de mourir comme il Fa fait ?

— Oui.

— Crois-tu quïl est mort pour toi, et qu'il t'a sacrifié sa vie avec autant d'amour que s'il ne fut mort que pour toi seul ?

— Oui.

— Crois-tu que, par ses souffrances et sa morly il ta procuré le moyen d'éviter l'enfer et de gagner le ciel ?

— Oui.

— Crois-tu enfin que tu étais dans l'impossibilité absolue de te sauver par toi-même et sans son divin secours ?

— Oui.

— Je n'ai plus rien à te dire ; choisis : — ou la reconnaissance, et la vie chrétienne qu'elle exigé ;

— ou l'ingratitude , et les châtiments éternels qu'elle mérite.

Nous regardons comme impossible qu'un chrétien dans l'àme duquel est encore allumé le flambeau de la foi, et qui considérera, à la lumière de ce divin flambeau, ce qu'est pour lui Jésus-Christ, ce qu'il doit à Jésus-Christ, ce que Jésus-Christ a fait poulie salut de son âme, ce qu'il trouvera de paix, de calme et de bonheur en s'attachant à Jésus-Christ, ce qu'il a à redouter de la part de Jésus-Christ si, lassant sa patience par ses retardements et la prolongation de ses désordres, il le force de remplacer la tendresse de sa miséricorde par les éclats de sa colère ; oui, nous regarderons comme impossible qu'il ne mette pas un terme à ses infidélités, et que, moitié par crainte, moitié par reconnaissance et par amour, il ne revienne pas avec empressement à ta pratique d'une religion qui, seule, lui a procuré des consolations solides et des joies sans mélange.

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