CHAPITRE Y
Le Péché.
Le péché seul ruine l'affaire du salut. Après avoir établi la nécessité du salut, nous devons donc attaquer sans délai le péché qui lui fait obstacle.
C'est encore un point sur lequel se produit d'une manière bien frappante chez l'homme, l'opposition complète entre sa croyance et ses œuvres. Demandez au chrétien prévaricateur qui néglige
r Oraison funèbre de la reine d'AngMerm : Oraison funèbre du P. Bourgoing.
depuis longtemps le salut de son àme, ce que c'est que le péché, et très-certainement il vous dira sans balancer que c'est une désobéissance à la de loi Dieu, une transgression libre de cette divine loi.
Cette simple réponse qui est juste, qui est théologique- considérée sans commentaire avec une attention sérieuse, ne doit-elle pas faire voir aussitôt que, puisque le péché est une désobéissance à la loi de Dieu, le pécheur est un sujet révolté, un serviteur insolent , un enfant ingrat , qui ose opposer résolument sa volonté à la volonté divine ; qui, par conséquent, fait injure à Dieu et outrage sa souveraine majesté. Tout le monde sait qu'il ne faut point iei de longs raisonnements pour arriver a conclure que Dieu étant l'autorité suprême, le Créateur de toutes choses, le juge inflexible des actions des hommes, c'est une véritable folie de la part du pécheur, d'oser se révolter contre celui qui peut en un clin d'oeil le frapper de mort et le plonger en enfer.
Cette conséquence n'est-elle pas toute naturelle ? Faut-il déployer les ressources de l'éloquence, ou recourir aux industries de la dialectique pour faire ressortir sa justesse ? Non assurément ; cela se voit, cela se déduit de soi-même. Eh bien ! cette conséquence si naturelle, le pécheur ne la déduira point, ou s'il la déduit, ce ne sera qu'en spéculation et nullement en pratique. Il dira : C'est vrai, le péché est horrible, c'est un outrage fait à Dieu par sa créature, et cet outrage, vingt fois, cent fois par jour peut-être, il s'en rendra coupable sans qu'on le voie plus triste, plus soucieux, plus in- • - .1. 10
quiet, et moins ardent à rechercher les vains plaisirs que le monde et ses passions lui procurent.
Q'est-ce donc que l'homme, ô mon Dieu, et comment daignez-vous encore penser à lui, quand il ne pense à vous que pour mépriser vos ordres et braver vos foudres? Quid est homo quod memor es cjus?
Nous l'avouons, en présence de cette froide insensibilité du pécheur ; en l'entendant se condamner lui-même et ne tenir aucun compte de cette condamnation; en le voyant braver la colère de Dieu comme s'il dépendait de lui d'en arrêter à son gré les funestes effets ; en considérant cette froide impassibilité et ce rire d'insensé, sur les bords de l'abîme infernal où il sait que ses péchés peuvent le précipiter à chaque instant ; nous nous sentons profondément abattu, découragé, tenté même de renoncer à convaincre celui qui oppose à toute conviction une infranchissable barrière. Et pourtant, non, nous ne céderons pas à cette tentation ; nous ferons effort pour surmonter le découragement qui nous gagne , et nous espérons de la divine miséricorde qu'elle nous suggérera quelques bonnes pensées qui produiront dans la conscience du pécheur de salutaires remords.
Mais ici l'embarras du choix se fait vivement sentir; les raisons qui combattent le pécheur sont si nombreuses et si convaincantes, qu'on ne sait, dans l'impossibilité où l'on est de les produire toutes, auxquelles il convient de donner la préférence.
Le péché est si odieux de sa nature ; il renferme quelque chose de si révoltant et de si difforme, qu'il n'offre pas un seul aspect qui rend tant soit
pou plausibles les raisons que croit avoir le pécheur pour le commettre. Essayons de mettre en relief les traits qui le caractérisent,