‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 28 sur 92 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La mort.

La mort, dit l'apôtre saint Paul, est la solde du péché : Stipendium pcccati, mors ; elle en est la conséquence. Nous avons vu l'horreur du péché; voyons-en le châtiment.

La mort ! voilà ce qui a fait peut-être plus de conversions que tous les prédicateurs du monde. Leur éloquence provoque les admirations de la foule ; mais, hélas ! trop souvent la foule se disperse sans remporter autre chose que le plaisir d'avoir entendu un discours sublime. Du reste, on n'en est souvent, après ce discours, ni plus déterminé à se donner à Dieu, ni plus dégoûté du monde, ni plus désabusé de ses vains plaisirs.

Mais que la mort se présente sans rien dire ; qu'on la voie dans sa hideuse nudité, consommant son œuvre de destruction, ou subitement et d'un

soûl coup, on graduellement pendant le cours d'une grave maladie ; qu'on la voie enlevant pièce à pièce tous les avantages corporels , amaigrissant le corps, défigurant les traits, paralysant les organes, tarissant la source de la vie, donnant à sa victime l'aspect d'un cadavre quoiqu'elle vive encore, et annonçant la catastrophe qui va s'opérer par le râle effrayant d'une pénible agonie. Qu'on la voie suspendre l'âme au dernier souffle qui va s'exhaler, et, quand il s'exhale, disant aux parents en larmes : C'est fini ! Qu'on la voie roulant sa proie dans un linceul, l'étendant dans une bière* et faisant porterie tout au cimetière pour y pourrir sous cinq pieds de terre, dans la compagnie silencieuse d'une multitude de générations qui dorment sous l'herbe, jusqu'au réveil de l'éternité ; qu'on voie ce spectacle, et les plus aveugles ouvriront les yeux, à la lumière ; et les plus endurcis se sentiront frémir ; et les plus effrénés mondains diront tout stupéfaits : Vanité des vanités ! Yanitas vanitatum ! et les impies eux-mêmes reconnaîtront sans l'avouer que teur incrédulité faiblit fén face d'un cercueil.

Parlons donc de cette mort, puisqu'elle est si féconde en bons résultats.

S'il est une vérité incontestable , c'est que l'homme n'avait pas été fait pour mourir. La mort qu'il subit est un châtiment, et non pas une loi essentiellement inhérente à sa nature primitive. Dieu, principe de vie, n'a pas voulu, en créant l'homme, le détacher de son principe par la mort, il l'a créé pour vivre et non pour mourir. La mort, encore une fois, est un châtiment ; et, quand nous

n'aurions pas d'autres prouves de la déchéance de l'homme, par suite du péché originel, que lardent fl Insatiable désir de la vie, que la sombre et terrible horreur de la mort, nous devrions dire avec assurance : Il y a eu chez l'homme un désordre grave, une révolte contre son Créateur, et son Créateur, qui lavait créé pour vivre, a dû le châtier en le faisant mourir. C'est bien aussi L'enseignement de La foi.

L'arrêt est donc porté, la sentence de mort est il >:i • prononcée contre i'h >m u : et, depuis l'origine du monde jusqu'au jour de son embrasement général, nul n'a pu. nul ne pourra se soustraire à l'exécution de cette formidable sentence. Marie elle-même, cette créature si sainte et si parfaite, Marie a vu se briser un instant sous la main de la morl les liens qui unissaient sa belle âme à son corps virginal. Bien plus. Jésus-Christ . Roi immortel des siècle*, principe et auteur de la vie, a vu s'éteindre dans les angoisses d'une mort cruelle cette vie d'homme qu'il s'était donnée pour sauver l'homme.

Il est donc arrêté, comme le déclare saint Paul de la part de Dieu, il est donc arrêté que les hommes mourront une fois : Statutum est hommibus semel mori.

Étudions cette mort, et tâchons de profiter de cette étude pour sanctifier notre vie. Voyons comment elle agit à l'égard de l'homme, ou plutôt, voyons la conduite miséricordieuse de Dieu , se servant de la mort comme d'un instrument pour le salut de l'homme.

I. — La mort donne des avertissements à l'homme, avant Je le frapper.

Soyons justes envers la mort : nous parlons souvent de ses surprises, pourquoi ne pas parler aussi de ses avertissements ? Si la mort nous surprend, et cela n'est que trop vrai, disons-le, elle ne nous surprend que parce que nous voulons être surpris.. La mort subite elle-mmie ne surprend pas le chrétien fidèle ; sous une forma ou sous l'autre, il l'attend tous les jours ; pourquoi ? Parce qu'il n'est pas sourd aux avertissements que Dieu lui donne relativement à ce dernier passage. Oui, la mort s'annonce avant de nous foudroyer. Comment cela ? De mille manières toutes plus frappantes les unes que les autres, si nous voulions y prêter une attention tant soit peu soutenue.

Quand, par exemple, une maladie un peu sérieuse nous arrive et idu^ donne quelques inquiétudes ; quand, sans en rien dire à personne, nous nous disons à nous-mêmes avec un commencement d'anxiété : Eh ! mais, c^ que j'éprouve ne va-t-il point avoir une mauvaise issue ?... Cette maladie , cette inquiétude qui l'accompagne , qu'est-ce, si ce n'est un avertissement que la mort nous donne ?

Quand, sans être malades, nous sentons pourtant les rouages de la machine refuser une partie de leur service ordinaire ; quand nous éprouvons un affaiblissement qui ne nous permet plus de jouer, de courir, de voyager, de consacrer des nuits entières au plaisir ; qu'est-ce que cet engourdissement général? qu'est-ce que cette pesan-

tour qui nous fait fouler la terre comme d'un

double poids que notre corps semble avoir acquis ? qu'est-ce que ce besoin de repos après une fatigue que nous n'eussions nullement ressentie il y a quelques années? qu'est-ce que tout cela , si ce n'est autant d'avertissements que la mort nous donne ?

Quand les glaces de l'âge refroidissent le corps ; quand la face se ride comme un friiit passe; quand ou ne peut faire vingt pas sans le secours de cet appui si justement appelé le bâton de vieillesse; quand on est tout courbé vers la terre, comme si le corps cherchait instinctivement le lieu de sa sépulture; quand on se sent chaque jour mourir en détail, c'est-à-dire quand les infirmités se multiplient et s'aggravent, que les yeux ne distinguent plus aisément les objets, que les oreilles s'épaississent, que la mémoire s'éteint : en vérité, qu'est-ce que cela , si ce n'est pas un avertissement quotidien que la mort nous donne ?

Quand on voit passer devant soi toute une génération que la tombe engloutit, et que l'on s'étonne de se voir encore languir quelques jours sur la terre, semblable à ces grappçs de raisin rares et et desséchées que le vendangeurs oublié de cueillir ; quand on se sent poussé vers le tombeau par une génération nouvelle qui vient occuper la terre à son tour ; quand tous les vieux amis ont disparu, et que Tonne peut plus en trouver ni en former de nouveaux, accablé que l'on est sous le poids des ans et des infirmités : n'est-ce pas un avertissement que la mort nous donne ?

Quand , de la part de Dieu , le ministre de sa

miséricorde nous rappelle avec énergie celle pensée de la mort qui nous importume ; quand il fait retentir à nos oreilles celte effrayante et salutaire parole : Soyez prêl • parati; quand il nous

assure que le jour du Seigneur viendra comme un voleur au milieu do la nuit, et qu'une ruine soudaine nous surprendra lorsque nous nous croirons parfaitement en assurance ; qu'est-ce que cela, si ce n'est pas un avertissement que la mort nous donne ?

Quand les exigences de l'amitié ouïes bienséances du monde nous obligent à honorer de notre présence un convoi funèbre, et que nous s mimes témoins des tristes cérémonies et des pompes lugubres que l'Eglise déploie autant pour toucher les vivants que pour soulager les morts ; qu'est-ce^ que cela, si ce n'est un avertissement solennel que la mort nous donne ?

Mais quand nous sommes forcément témoins de cette mort qui nous fait frémir, et qu'elle nous apparaît , non plus voilée d'un drap mortuaire comme à l'église, mais à découvert et telle qu'elle est, en le personne d'un parent tendrement chéri dont il faui les dernières larmes et rece-

voir le dernier baiser ; qu'est-ce que cela, si ce nesl pas un avertissement sévère que la morl nous donne ?

Qn le voit, oui, nous recevons' chaque jour des avertissements salutaires, qui auraient infailliblement pour effet de nous porter à la réforme de notre conduite, si nous n'opposions pas une résisé.niàtre aux efforts que fait la divine miséricorde pour sauver uqs ouieo.

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