IV. — Résumé de ce chapitre
Comme résumé du contenu de ce chapitre, nous dirons hardiment qu'il est une multitude de prétendus incrédules qui n'ont réellement de l'incrédulité que l'apparence, et auxquels par conséquent un ouvrage de la nature du nôtre peut être fort utile. Pour achever de les éclairer et de leur faire voir que la foi n'est pas éteinte dans leur âme comme ils se le persuadent, nous les prions de prendre en considération ce que, l'expérience en main, nous allons leur dire.
Etes-vous jeune ? La pratique de la religion, la confession surtout, vous est-elle très-pénible? Avezvous le désir de vous en affranchir? Avez-vous accueilli avec empressement quelques objections banales contre la religion, sans daigner en chercher la solution dans un livre sérieux ? — Vous n'êtes pas incrédule.
Avez-vous honte de paraître respectueux envers la religion? Entendez-vous, quand vous parlez contre elle , une voix intérieure qui vous dément et vous condamne ? Ne rougissez-vous pas quelquefois en secret, de la lâcheté qui vous empêche de vous montrer au dehors tel que vous êtes au fond? — Vous le savez mieux que personne, vous n'êtes pas incrédule.
(1) Relation de là conversion et de la mort de M. Bouguer, p. C, 153, citée par M. l'abbé Guillois, Dogme de la confession
Àvez-vous un vif désir de vous débarrasser d'une foi qui vous gène ? Pour satisfaire ce désir, cherchez-vous à vous entretenir avec quelques impies de vieille date ? Lisez-vous avec ardeur les livres qu'ils vous recommandent comme spécialement propres à ébranler vos croyances ? Et malgré tout cela , sentez-vous toujours un fonds de foi qui résiste? Entendez-vous les gémissements étouffés dune conscience inquiète? Désirez-vous des raisons plus péremptoires, des arguments plus convaincants et une incrédulité plus complète ? — Vous n'êtes pas incrédule, puisque vous avez le désir de le devenir.
N'est-il pas certain que c'est pour satisfaire vos passions et vivre à votre aise, que vous aspirez à l'incrédulité ? Si votre foi vous permettait d'être voluptueux, au lieu de lui faire la guerre et de la chicaner sur ses dogmes,, ne la salueriez-vous pas comme une bienfaitrice ? Ne l'embrasseriez-vous pas comme une amie? En descendant jusqu'au fond de votre âme, ne vous dites-vous pas même que, le temps des orages une fois passé, vous rappellerez cette foi que vous bannissez aujourd'hui ? — Vous n'êtes pas incrédule.
Quand vous êtes subitement terrassé par l'annonce qu'on vous fait de la mort d'un parent ou d'un ami, voyez-vous un éclair de foi traverser votre âme? Faites-vous, comme malgré vous, un pénible retour sur le triste état où vous êtes? Réfléchissez-vous quelques instants sur la brièveté de la vie, sur la certitude de la mort, et sur la sombre horreur qui l'accompagne? Si la personne que vous pleurez est morte saintement, ne vous réjouissezvous pas qu'elle soif morte ainsi? Si elle est morte
en impie, ne redoutez-vous pas pour vous-même une mort pareille ? — Ne vous abusez point, si vous êtes ainsi disposé, vous n'êtes pas incrédule.
On sera peut-être surpris que nous soyons si tranchant dans nos affirmations ; mais on reviendra bien vite de sa surprise . si l'on veut consulter l'expérience et *e rappeler l'histoire de tant de faux incrédules que l'on a connus, et qui ont déposé subitement leur apparente incrédulité quand ils ont vu la mort en face. Que de .prêtres, appelés pour rendre les derniers devoirs à ces infortunés, croyaient avoir à combattre des impies, et n'avaient qu'à soulever le léger voile qui recouvrait leur foi !
A l'appui de ce qui précède, nous citerons un fait très-authentique, que nous tenons d'un respectable ecclésiastique qui habitait la ville où la scène" &yœt passée.
Un officier, homme de beaucoup d'esprit, passait pour impie et presque pour athée. Il tombe malade ; la maladie est grave, très-grave. Un prêtre l'apprend : il va le voir. Avant d'arriver à sa chambre, il trouve dans la pièce voisine quatre ou cinq officiers, amis du malade, qui, voyant un homme en soutane, sourient et lui disent : « Que demandezvous, monsieur? — Je demande à voir M. N..., qui. m'a-t-on dit, est fort malade. — Cela ne se peut pas, monsieur ; ce n'est pas un homme comme lui qui voudra voir un prêtre ; ses principes, en religion, sont tels, que nous ne pouvons pas vous le laisser voir. — Messieurs, je ne me retirerai point sans l'avoir vu. et vous allez comprendre mes raisons, si vous voulez vous mettre un instant à ma
place. Je suis profondément convaincu, comme de
mon existence, qui si votre ami meurt sans se confesser , il va tomber en enfer, où il sera éternellement malheureux. J'ai, d'un autre côté, la conviction intime que, s'il revient smcèrementà la religionpar une bonne confession, il sera éternellement heureux dans le sein de Dieu. Croyez-vous en vérité qu'ayant au fond de mon âme la conviction que je viens d'exprimer , je vais me retirer sur votre injonction? Non certes, je ne le ferai point, et je ne céderai qu'à la force. » Le malade entend ce débat, appelle ses amis ; ils entrent et lui expliquent ce qui vient de se passer. — « Faites entrer ce prêtre, dit-il. et vous, sortez un instant. » Le prêtre vient, et il lui dit : « Vous avez bien dû désespérer de mon salut , n'est-ce pas ? — Moi ? nullement ; je ne désespère du salut de personne. — Mais je passe généralement pour impie, pour athée même. — N'importe , je ne perds jamais confiance, et je n'ai pas surtout désespéré de vous, parce que je ne désespère jamais des hommes d'esprit et de jugement : j'ai toujours cru que vous reviendriez à la religion, si Dieu vous donnait le temps d'effectuer ce retour. — Vous avez eu raison ; confessez-moi. » Il se confesse une fois. deux fois, plusieurs fois, se convertit parfaitement, revient à la santé, continue de se bien conduire, et meurt plus tard en bon chrétien.
Nous pourrions terminer ici cette narration , puisque le fait principal est raconté. Qu'on nous permette cependant de la compléter par un trait qui peint au naturel le genre militaire. Après sa confession, l'officier dont nous venons de parler
^'entretenant avec son confes îlui-ci lui dit :
« Vous devez vous trouver bien heureux maintenant.— C'est vrai: oui, je jouis d'un grand bonheur ; mais après tout. Dieu me le devait, ce bonheur. — Que dites-vous? Pourquoi donc Dieu vous le devait-il? — Pourquoi ? Voici : parce que je l'ai vengé en une circonstance grave. J'étais avec quelques amis, officiers comme moi. Nous entrons par curiosité dans une église, déserte en ce moment, et je ois se conduire mal. Je m'adresse à l'un d'eux, plus coupable que les autres, et je lui fais d'assez vifs reproches ; il continue : j'insiste ; il se moque de mes observations : impatienté, je lui donne un coup de pied ; il s'indigne, me fait signe de sortir, me propose un duel ; nous allons sur le terrain, et d'un coup de sabre je lui ouvre le ventre. Tous voyez bien que j'ai vengé Dieu, et qu'il me devait le bonheur dont je jouis. » 11 croyait, par ignorance de sa religion et erreur de conscience, qu'il avait fait une bonne œuvre.
Napoléon, tout le monde le sait, réclama et reçut les secours spirituels de la part de son aumônier. C'est ce qu'a attesté, avec des détails remarquables, le général Montholon dans une de ses lettres : « Je » suis heureux, me dit Napoléon, après avoir reçu » l' extrême-onction, je suis heureux d'avoir rempli » mes devoirs. Je vous souhaite, général, à votre » mort le même bonheur. J'en avais besoin... Je » n'ai ^as pratiqué sur le trône, parce que la puis- » sance étourdit les hommes ; mais j'ai toujours eu y> la foi : le son des cloches me fait plaisir , et la » vue d'un prêtre m'émeut. Je voulais faire un » mystère de ceci, mais c'est de la faiblesse. Je
» veux rendre gloire à Dieu ; général, donnez des » ordres pour qu'on dresse un autel dans la cham- » bre voisine : on y exposera le Saint-Sacrement. » Je doute qu'il plaise à Dieu de me rendre la santé, » mais je veux l'implorer ; vous ferez faire les » prières des Quarantc-Heures. — Puis, se ravi- » sant, l'empereur dit : Non : pourquoi vous char- » ger de cette responsabilité ? On dirait que » vous, noble et gentilhomme, qui avez tout com- » mandé de votre chef ; je veux donner les ordres » moi-même (1). »
Nous le disons avec assurance, dans les vastes contrées où l'instruction religieuse est encore la base de l'éducation, et où presque tous les enfants ont l'inappréciable avantage d'avoir, sinon des parents pieux, du moins une mère sincèrement attachée à la religion, les vrais incrédules sont, excessivemeirt rares et les faux incrédules sont innombrables. Nous nous évertuons à les combattre, et très-souvent ils rient en secret du sérieux de nos attaques. C'est ce que nous tenions à constater avant d'aller plus loin, afin d'atteindre classe nombreuse qui nous inspire le plus vif intérêt.
Mort d'un enfant impie et men
par le chevalier de Beauterne : cité par M. l'abbé Guilloi? , Dogme de la confession,