‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 34 sur 92 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le jugement de Dieu.

S'il est dans la vie de l'homme un moment horriblement solennel, c'est celui qui la termine. Le pécheur sécherait d'épouvante, il serait glacé d'effroi, si, se recueillant profondément en lui-même, il s'appliquait à considérer froidement dans la lumière de la foi la scène qui l'attend inévitablement à son dernier soupir. S'il pouvait, d'un regard anticipé, aidé d'un rayon de foi vive, complètement dégagé pour quelques instants des passions, des créatures, des affaires, des plaisirs, des frivolités de toute espèce qui s'interposent sans cesse entre lui et la vérité ; s'il pouvait, disons-nous, en cet état si favorable à l'action de la lumière divine, voir actuellement les choses comme il les verra quand il entendra sonner sa dernière heure ; oui, nous le répétons, il en sécherait d'épouvante et d'effroi.

Un jour, un jeune libertin fit ce que nous venons de dire : obéissant à l'impulsion d'une grâce puissante, il se transporta par une pensée de foi lumineuse au tribunal de Dieu, et il fut si frappé de ce qu'il se représenta que, sans rien voir ni rien entendre autour de lui, il s'enfuit en s'écriant : Laissez-moi ; j'ai vu mon juge! j'ai vu mon juge! et, rentrant en lui-même, il mit ordre à sa conscience sans différer d'un seul jour.

Conçoit-on que l'homme, doué de raison, éclai-

ré de la foi, ennemi déclaré de tout ce qui peut troubler son bonheur, témoin chaque jour de la brièveté de la vie, de la fragilité des faux biens de la terre, sachant qu'il mourra bientôt, qu'une tombe l'attend au cimetière, qu'il laissera infailliblement après lui tous les objets de ses affections, et que son dernier soupir sera le signal du jugement de Dieu qui le condamnera à des supplices éternels ; conçoit-on que l'homme, en de telles circonstances si propres à l'impressionner et à le convertir, non-seulement ne se convertisse pas , mais multiplie chaque jour ses désordres, invente à tout moment de nouveaux plaisirs pour s'étourdir plus encore , et arrive , noir de crimes, au moment suprême où il va comparaîtra au tribunal de celui qui trouve des taches jusque dans les anges, et entre les mains duquel il est horrible de tomber quand on est coupable ? Un tel aveuglement peut-il s'expliquer? Est-il vraiment un homme raisonnable celui qui agit de la sorte? Serait-il estimé et réputé sage au milieu du inonde, s'il se conduisait exactement dans ses affaires temporelles comme il le fait dans l'affaire de son salut éternel? Ses parents, ses amis, tous ceux qui connaîtraient ses imprudences et ses désordres, ne lui prédiraientils pas une ruine infaillible? Le plaindraient-ils quand elle arriverait, cette ruine, et n'appelleraient-ils pas folie son inexplicable conduite ?

Grand Dieu ! que l'homme est misérable quand il rompt les liens qui l'attachent à vous ! qu'il est misérable quand il éteint votre lumière pour se plonger dans les ténèbres du vice !

Essayons encore de l'attendrir sur son propre sort, cet infortuné pécheur, en lui mettant sous les yeux ce qui l'attend dans un avenir prochain.

C'est une vérité fondamentale enseignée par la foi, que quand notre âme se séparera de notre corps, elle paraîtra devant Dieu et lui sera présentée comme à son juge. A la fin des temps, au dernier jour du monde, il y aura un jugement général où tous les hommes seront rassemblés pour y entendre une sentence définitive et un arrêt solennel ; mais avant l'avènement de ce grand jour, il y a pour chaque homme un jugement particulier à subir, jugement qui a lieu au moment de la mort, et qui se passe secrètement entre Dieu et l'âme. C'est un arrêt porté contre les hommes, nous dit l'Esprit-Saint, de mourir une fois; ajwès quoi vient le jugement. Personne depuis Adam n'a été dispensé de ce jugement, et nous devons regarder comme aussi certain que nous le subirons nous-mêmes, que si actuellement nous étions aux pieds de notre juge. A chaque instant nous pouvons, par un de ces accidents dont nous sommes si souvent témoins, nous trouver subitement au tribunal de Dieu, pour y rendre un compte exact de toutes nos pensées, nos paroles et nos œuvres.

Prévenons, autant qu'il est en nous, la rigueur de ce jugement, en examinant sans aucune exagération ce qui se passe, aussitôt après la mort, entre Dieu et le pécheur dont le sort éternel va être invariablement fixé.

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