II. — Examen du pécheur au tribunal de Dieu
Sur la terre, l'instruction des procès est et doit nécessairement être longue. En effet, quelle que soit la perspicacité d'un juge, il est homme, et ses vues sont bornées ; il est homme, et ses jugements, malgré toutes ses précautions et toute son expérience , sont souvent encore erronés. D'ailleurs, il ignore complètement ce qui s'est passé ; ce sont les témoins et le coupable lui-même qui l' éclairent ; il faut donc qu'il recueille et qu'il pèse leurs déclarations.
Mais au tribunal de Dieu, tout est nu et découvert aux yeux du juge, comme aux yeux du pécheur : Omnia nuda et aperta oculis ejus. Dieu, . pour qui il n'y a ni passé ni avenir, et devant qui tout est actuel et présent ; Dieu qui, par l'infinie compréhension de ses connaissances , embrasse tout ce qui a été, tout ce qui est, et tout ce qui sera, comme un seul point fixe et lumineux incessamment placé sous son regard ; Dieu n'a besoin ni de témoins, ni des aveux du coupable , ni de temps pour délibérer et pour formuler son jugement. Tout ce que le pécheur, présent devant lui, a pensé, tout ce qu'il a désiré, tout ce qu'il a
fait, tout ce qu'il a omis depuis le jour où il a pu pécher avec réflexion, tout cela est nu et découvert aux yeux de Dieu comme aux yeux du coupable : Omnia nuda et aperta oculis ejus.
Ce n'est pas l'un après l'autre que Dieu rappelle ces innombrables péchés au pécheur qui les a commis; non, Dieu qui les voit tous d'un seul regard, communique sa lumière à l'âme, qui. en moins d'un clin d'œil, voit clairement et distinctement son état, et se connaît dans les plus minutieux détails, comme jamais elle ne s'est connue.
« D'un seul trait de sa lumière divine , dit » Bourdaloue , Dieu rapprochera les objets les » plus éloignés, et sans nulle confusion, il les » réunira tous dans un même point, et me les » présentera, chacun aussi distinctement que s'il » était séparé des autres, et que je n'eusse en » particulier que celui-là à considérer. Je les ver- » rai donc tous dans le même moment, et malgré » leur innombrable variété, mon âme d'un coup » d'œil les démêlera tous, parce qu'elle ne dépen- » dra plus des organes qui l'arrêtaient et qu'elle » agira selon toute l'étendue de ses puissances et » toute leur activité. »
De là, bien entendu, l'impossibilité non-seulement de se disculper, mais de penser même à se disculper, à dissimuler, à contester, ou à séduire un juge à qui rien n'échappe, et qui connaît mille fuis mieux les péchés du coupable et toutes leurs circonstances, qu'il ne les connaît lui-même.
Rien donc encore une fois de plus simple et de plus prompt que l'examen du pécheur au jugement de Dieu. L'àme chassée du corps par la mort, trouve
à sa sortie son juge qui l'attend. D'un rayon de sa lumière infinie, il la pénètre et met tous ses actes à nu. L'àme éclairée de ce même rayon, se voit telle qu'elle fut et telle qu'elle est : cela suffit, et cela est l'affaire d'un instant ; et l'àme s'incline devant l'infinie justice de son juge, et elle dit ces paroles que la force de la vérité lui arrache : Vous êtes juste, Seigneur, et votre jugement est l'équité même : Justiis es, Domine, et rectum judicitim tuum.