‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 37 sur 92 · III. = Dieu juge le pécheir · texte numérisé non relu

III. = Dieu juge le pécheir

C'est le Seigneur lui-même qui est notre juge , dit le prophète : Dominus judex noster.

Nous n'avons, en ce monde, aucune idée nette et précise de Dieu, considéré comme juge. Sa justice souveraine , infinie , combinée avec ses autres perfections qu'elle ne froisse jamais, parce que les perfections de Dieu forment un tout complet, ravissant de beauté, de sagesse et d'harmonie ; sa justice, disons-nous, échappe à nos connaissances faibles et bornées. Nous dénaturons même cette perfection de la justice de Dieu , en voulant lui prêter l'imperfection de notre justice propre ; et au lieu de trouver la lumière en voulant sonder en Dieu son impénétrable foyer, nous n'y trouvons que ténèbres, semblables à ces insensés qui affaiblissent leur vue en voulant braver les rayons du soleil, et contempler fixement le vif éclat de son disque. Adorons et craignons la justice de Dieu ; là seulement est la sagesse ; franchir cette limite , c'est une curiosité téméraire et souvent criminelle.

Dieu est donc le juge au tribunal duquel l'àme

comparait infailliblement, dès qu'elle est séparée du corps. Si, comme nous le supposons, cette âme est celle d'un pécheur mort dans son péché, quelle impression d'horreur, de haine et de vengeance ne doit-elle pas voir en son juge, qui hait souverainement le péché, qui ne hait que le péché, qui haïra éternellement le péché, et qui voit cette âme dénuée de ce qu'il aime, et couverte de ce qu'il abhorre ! Cette idée, qui n'est qu'une idée, c'est-à-dire une ombre en comparaison de la réalité, fait cependant frissonner quand l'esprit s'y attache avec fixité.

Que peut faire cette âme en face d'un tel juge ? Peut-elle essayer de le tromper, comme on trompe tous les jours les juges de la terre ? Tromper Dieu, qu'elle folie ! tromper un Dieu scrutateur des cœurs, un Dieu sous les yeux duquel se déroule toute la vie, sans qu'une seule pensée lui échappe ; quelle tentative absurde !

Peut-elle l'éviter, et se soustraire par la fuite à son autorité ? Où irait-elle pour ne le pas rencontrer ? Elle voit son immensité ; et elle en est comme investie. Elle reconnaît son autorité qui s'exerce en tout lieu ; et elle en est accablée. Elle voit l'éternité de sa puissance ; et elle est muette de stupeur et de désolation.

Peut-elle l'apaiser? elle le pouvait ; mais elle ne le peut plus , et elle voit clairement qu'elle ne le peut plus. Le temps de la miséricorde est passé ; celui de la justice commence et ne finira jamais. Hier encore elle pouvait, cette âme criminelle, se réfugier dans le sein de la miséricorde et désarmer la justice; aujourd'hui la miséricorde s'est retirée, l'inexorable justice a pris sa place.

Peut-elle le récuser ? Récuser Dieu, un Dieu maître souverain de tout ce qui existe , un Dieu de qui cette àme elle-même tient l'existence , et sur laquelle il exerce la plénitude des droits que lui donne une toute-puissance absolue ; quelle entreprise insensée !

Peut-elle se disculper ? et comment le ferait-elle ? C'est Dieu mémo qui lui révèle ses iniquités ; c'est lui qui lui en rappelle un grand nombre qu'elle ne connaissait plus, et qu'elle avait depuis longtemps oubliées ; c'est lui qui, à la lumière de sa face, lui montre les degrés de malice et de perversité de chacun de ses actes ; et en présence de ce grand jour dont elle est éclairée, elle oserait dire à Dieu : Non, je n'ai pas péché ; non, ce que vous regardez comme péché n'est pas péché ; quelle folie !

Peut-elle du moins s'excuser, apporter quelques prétextes pour pallier sa culpabilité? Sur quoi s'excuserait-elle ? sur son ignorance ? Que de lumières ne pouvait-elle pas puiser dans tant de livres faits exprès pour elle, dans toutes les instructions entendues ou qu'il ne tenait qu'à elle d'entendre, dans tous les bons exemples qu'elle avait sous les yeux, dans tous les bons conseils que lui donnaient des parents et des amis chrétiens et dévoués ? S'excusera-t-elle sur sa faiblesse, elle qui n'a été faible que parce que, commettant chaque jour de nouveaux péchés, chaque jour aussi elle s'est, par ces péchés, de plus en plus affaiblie? S'excuser sur sa faiblesse ! Et pourquoi ne prenait-elle pas les armes qui lui étaient offertes pour combattre et pour vaincre ? pourquoi ne fuyait-elle pas les lieux et les personnes qui étaient pour elle des occasions

continuelles de péché ? pourquoi ne priait-elle jamais, ou priait-elle mal le Dieu de bonté qui lui disait sans cesse : Demande et tu recevras? pourquoi fuyait-elle les sacrements institués exprès pour lui procurer les secours que réclamait sa misère ? Toute excuse est vaine ; elle le sait, et c'est parce qu'elle le sait, qu'elle n'en allègue aucune, et qu'elle redit en face de son juge irrité : Vous êtes juste. Soigneur, et votre jugement est l'équité même : Justùs es, Domine, et rectum judictum ttium.

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