Réflexions prélimina
L'homme est naturellement amateur du beau. Le beau, dans Tordre physique, flatte ses sens, les charme et les captive. Le beau, dans Tordre moral, parle à son cœur, ravit les puissances de son âme, et l'élève quelquefois dans une sphère qui semble n'avoir presque rien de terrestre et d'humain. Oui senti s'émouvoir les plus nobles facultés de son âme, au récit ou à la vue d'un acte sublime de courage ou d'héroïque dévoùmént? Quel cœur n'a pas délicieusement frémi sous les touches vibrantes de 1 admiration, en voyant un grand acte de désintéressement et de charité? Oui n'a pas comblé d'éloges lame vraiment chrétienne dans laquelle toutes les vertus étaient réunies comme dans leur sanctuaire ? qui n'a pas envié le bonheur pur et suave qu<1 ces divines vertus procuraient au chrétien fidèle, comme pour le remercier de l'hospitalité qu'il leur donnait dans son cœur?
Oui , l'homme est fait pour la possession ihi beau: c'est le beau qu il recherche5 c'est le beau qu'il estime ; et quand il cesse de le rechercher et de l'estimer, on peut dire à coup sur que le génie du mal a passé par là ; on peut dire de cet homme, que ^e? nobles instincts ont été remplacée dans
son cœur par les froides inspirations do quelque passion mauvaise.
Si l'homme est fait pour la possession du beau, il est donc fait pour Dieu ; car où trouver la source primitive, essentielle, unique de la beauté, si ce n'est en Dieu, d'où émane toute beauté ? Que sont les étincelles en comparaison du vaste foyer d'où elles s'échappent? Quelle beauté que celle qui a l'infini pour horizon ! Oui, puisque la beauté ravit l'homme ; puisqu'il se sent instinctivement poussé vers le beau, il est donc fait pour Dieu; il se fait donc violence quand il s'éloigne de Dieu ; il doit donc retrouver le repos et le bonheur quand, revenu de ses longs égarements, il se replonge en Dieu ; et c'est ce qu'exprimait admirablement le grand Augustin, qui avait si bien connu par lui-même les peines de l'éloignement et les joies du retour, quand il laissait tomber de sa plume, ou plutôt de son cœur, ces tendres paroles : a Vous nous avez » faits pour vous, Seigneur, et notre cœur est per- » pétuellement dans le trouble jusqu'à ce qu'il se » repose en vous : Fccisti nos ad te, Domine, et » inquietum est cor nostrum douée requiescat in te. »
Mais si nous sommes faits pour Dieu, nous sommes donc faits pour la religion qu'il nous a donnée. Car qu'est-ce que la religion, si ce n'est l'expression de la volonté divine, la source des grâces abondantes dont l'homme a besoin, le lien doux et puissant qui le rattache à Dieu, et qui lui apprend à profiter du temps pour conquérir les trésors de l'éternité?
Rompre avec la religion et ses salutaires préceptes, c'est donc rompre avec Dieu, qui ne l'a i. 3
faite que pour relier la terre au ciel par des communications incessantes et nécessaires. Hélas ! pourquoi faut-il que nous soyons si souvent témoins de cette double rupture ?
Et pourquoi donc rompre avec cotte religion sainte, qui est incontestablement le type le plus parfait de la beauté morale, ou plutôt de la beauté divine, qu'il puisse être donné à l'homme de contempler ici-bas? Qu'il faut être aveugle, qu'il faut être ennemi de soi-même, qu'il faut être antipathique à sa propre nature pour abandonner une religion magnifique en elle-même, et seule capable de procurer à l'homme la masse de bonheur dont il est si avide !
Essayons de faire ressortir la beauté de cette religion : c'est pour nous un devoir, puisque dans cet ouvrage nous ne proposons que d'y ramener l'homme qui s'en est éloigné. Puisse-t-il, en revoyantles richesses qu'il a perdues, laisser échapper un de ces vifs regrets qui annoncent le désir de les recouvrer !
La religion chrétienne est une institution divine que le ciel a donnée à la terre, afin d'apprendre à l'homme comment il doit servir Dieu pour éviter les châtiments de l'autre vie et mériter la béatitude éternelle.
Avant d'entrer dans aucun détail, et en jetant seulement un coup d'oeil d'ensemble sur la religion ainsi définie, quelle grandeur elle annonce! quelles richesses elle déploie ! quel respect elle commande!
Pour nous convaincre tout d'abord de la beauté de la religion chrétienne, il nous devrait suffire de penser qu'elle a Dieu pour auteur, et qu'après l'avoir élaborée au flambeau de sa sagesse et au
foyer de son amour, il a voulu lui-même la révéler à l'homme pour gagner son cœur, et l'attacher à son service par des liens indissolubles et sacrés.
Les grandes œuvres du Créateur sont toutes marquées au coin de sa divinité. Considérez-les, ces œuvres, dans des ordres de diverse nature, et dites si chacune d'elles ne porte pas la marque et le cachet de Dieu.
Voyez l'homme, par exemple, tout obscurci qu'il est par les ténèbres du péché ; voyez les deux substances qui le constituent, si opposées par leur nature, si rapprochées par le nœud mystérieux qui les confond : le doigt de Dieu n'est-il pas manifestement imprimé sur l'ensemble de son être?
Voyez la voûte céleste avec cette myriade de mondes qui la décore et qui l'illumine : son imposante majesté n'est-elle pas la brillante image de la Souveraine majesté de son auteur ? Sa splendeur n'est-ellepas lcrejaillisementdecelle de Dieu même?
Voyez la vaste mer avec la sérénité de son calme et la fureur de ses bouillonnements : qui ne voit reflétée sur ses vagues l'infinie grandeur du Maître dont elle respecte ponctuellement les ordres, quand il lui assigne un grain de sable pour limite, avec défense de le franchir jamais?
Voyez la terre solide, étonnante par sa fécondité, ravissante par ses milliers de grands et de petits prodiges : qui ne voit la main de Dieu cachée sous cette masse inerte ? Qui ne reconnaît, au premier coup d'œil, la puissance de celui qui fait jaillir d'un vil fumier des fleurs éclatantes et des fruits savoureux ?
Voyez dans un autre ordre, voyez l'Évangile, ce
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livre sacré devant lequel s'inclinent ceux-là mêmes qui le repoussent : faut-il en lire deux pages pour reconnaître à sa sublime simplicité qu'il est écrit comme on écrit au ciel?
Oui donc , les grandes œuvres qu'il nous est donné de contempler, nous révèlent spontanément et sans le moindre effort la puissance infinie du Dieu qui les a faites. Et la religion qu'il a conçue pour le salut du monde ; la religion qu'il a fait inaugurer par son propre Fils, et dont il a voulu qu'il fût le fondateur et le premier apôtre ; la religion à laquelle il a donné pour mission de briser les idoles et de purifier la terre des souillures païennes ; la religion qu'il a plantée sur un roc du haut duquel elle voit tout crouler à ses pieds sans chanceler jamais ; la religion ne porterait pas la divine empreinte de son auteur ! Cela ne peut être : aussi faut-il avoir un triple bandeau sur les les yeux, pour ne pas voir sur-le-champ qu'elle n'est point une institution sortie du cerveau de l'homme, mais une institution dont il n'appartenait qu'à Dieu de doter la terre.
C'est donc par condescendance et par surabondance de démonstration, que nous allons esquisser à grands traits les principaux caractères de beauté qui éclatent dans la religion chrétienne.
II. — Caractères de beauté qui distinguent la religion chrétienne.
Nous l'avons dit, la religion chrétienne est une institution divine : Institution, attachons-nous à ce mot. Quels sont, en général, les traits qui caîa.'térisent une belle institution?
C'est d'abord la splendeur de son origine. Quand cette origine est glorieuse, l'institution qui on provient partage son lustre et se colore de sa gloire. Rarement même une institution prospère, si elle n'émane pas d'une autorité imposante qui l'accrédite et qui la propage. Quelle est donc la splendeur de la religion chrétienne, puisqu'elle est fille du du ciel, et qu'elle ne reconnaît d'autre fondateur que Dieu même !
Le second trait d'une belle institution, c'est son ancienneté. Toute nouveauté est faible et vacillante par cela seul qu'elle est nouveauté ; la sanction du temps lui est nécessaire pour prendre racine. Mais, hélas ! toutes les œuvres de l'homme sont comme lui fragiles et périssables. Le temps sur lequel il compte pour la consolidation de son œuvre, est précisément le génie destructeur qui la renverse ; de là vient cette succession rapide d'institutions humaines, qui tombent pêle-mêle avant d'avoir acquis le brevet d'ancienneté qu'elles convoitent.
En est-il ainsi de la religion ? Voyez et jugez : nous l'avons déjà dit, tout tombe autour d'elle; elle seule est immobile. Dix-huit siècles se sont écoulés depuis que Jésus-Christ lui a garanti qu'elle durerait autant que le monde : que d'institutions évanouies depuis cette époque ! Laquelle a survécu ? S'il en est une, elle est divine celle-là, puisque toutes les humaines sont tombées. Mais quoi ! n'a-t-elle
donc que dix-huit siècles de date ? Ce serait trop peu pour sa gloire ; aussi remonte-t-elle au premier jour de l'homme.
« La religion chrétienne, dit Lhomond, à la considérer dans toute son étendue, est aussi ancienne que le monde. Elle consiste essentiellement à n'adorer qu'un seul Dieu créateur de l'univers, et à croire au Rédempteur des hommes, qui est Jésus- Christ. Cette foi, qui fait le fond du christianisme, a toujours été la principale partie du vrai culte et le moyen nécessaire pour parvenir au salut : elle remonte jusqu'à l'époque de la promesse qui fut faite à Adam, aussitôt après son péché. »
Elle est donc bien helle, elle est donc hien respectable par son antique majesté, cette institution qui a traversé tous les siècles, et que l'on peut appeler avec tant de raison : beauté toujours ancienne et toujours nouvelle.
Le troisième trait d'une belle institution, c'est sa perfection réelle et ses qualités intrinsèques. Voilà ce qui fait sa gloire; voilà ce qui lui assure un long avenir. Qu'est-ce en effet qu'une institution vicieuse, qui ne se soutient par aucun mérite réel, et qui est vulnérable par mille endroits ? Qu'est-ce qu'une institution faible, imparfaite, incohérente dans les éléments qui la constituent, aussi aisée à attaquer que difficile à défendre? Évidemment, de telles institutions n'ont point de beauté réelle ; la base qui les soutient est mal assurée ; et, dans un avenir plus ou moinsprochain. leur décadenceest infaillible, etbien-
lut après, leur ruine complète. Cela doit être. L'œuvre doit porter le cachet de l'ouvrier ; l'homme, qui n'est qu'imperfection, ne produira point une constitution parfaite ; l'homme, qui meurt, ne fera jamais une œuvre immortelle.
En est-il ainsi de la religion ? Qu'on la considère avec attention, et l'on verra si sa sublime perfection n'est pas évidente, si ses qualités intrinsèques ne publient pas sa gloire, ou plutôt la gloire de son divin fondateur. Quelle institution que celle qui peut dire : Tout ce qui est mauvais, à quelque degré de malice que ce soit, je le rejette, je le condamne, je le punis : Tout ce qui est bon, à quelque degré de bonté que ce soit, est un fruit de mon domaine ; je le prescris ou le conseille, et je le récompense !
Tout est dit, quand on tient ce langage : Le doigt de Dieu est là ; digitus Dei est hic. Un mot de plus serait superflu,
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Le quatrième trait d'une belle institution est Y admiration qu'elle provoque chez ceux-là mêmes qui ri ont pas le courage de se soumettre à ses ordonnances. La suprême gloire dune œuvre, c'est de forcer l'admiration de ceux qui lui sont opposés, ou à plus forte raison de ceux qui la détestent. Où trouver parmi les œuvres de l'homme une institution haïe de ceux à qui elle est imposée, et dont ils fassent eux-mêmes le pompeux éloge ? Fut-elle aussi belle que l'homme peut la faire, si, par telle ou telle considération, elle encourt la disgrâce de quelques individus qui se déclarent ses adversaires,
n'attendez jamais de leur part un mot à l'avantage de cette institution qui leur est antipathique.
Elle est donc divine, cette auguste religion qui peut dire à son ennemi le plus déclaré : Tu m'admireras en dépit de ta haine ; pendant ton délire, tu me jetteras l'outrage, mais après ton délire, tu publieras ma gloire. Ta rage aura ses accès ; mais un accès n'est pas un état continu; ta raison, voilée pendant les paroxysmes, reparaîtra dans les intervalles, et démentira tes folies. Tu auras beau faire, la vérité te trahira : et ses trahisons seront si frappantes, et les aveux qu'elle t'arrachera seront si nombreux, qu'on pourra faire un ouvrage complet qui aura pour titre : Voltaire apologiste de la religion chrétienne 1 .
« C'est, dit le cardinal de la Luzerne, dans les x> écrits mêmes de plusieurs adversaires de la reli- » gion que se trouvent les plus pompeux élog. s » des préceptes de la religion ; c'est du sein de » l'incrédulité que s'élèvent les témoignages les » plus forts en faveur de la morale chrétienne. » Quelle est donc cette morale qui soumet ses » plus ardents ennemis, leur commande le respect, m leur arrache l'admiration ? Nous repousserons » constamment ceux des incrédules qui calomnient » la loi de Jésus-Christ par les aveux solennels » des chefs mêmes de leur secte, et nous les acca- » blerons du poids de ces autorités qu'ils se font h un funeste honneur de respecter. »
Le cinquième trait qui caractérise une belle in- (1] Vov. cet ouvrage, composé par M. l'abbé M^rault.
stitution, c'est le bien qu'elle fait quand on l'observe, les avantages considérables quelle procure à ceux qui s'y soumettent. Ici encore les institutions de l'homme se montrent défectueuses. L'intention de leurs auteurs est parfois excellente ; mais l'œuvre répond souvent si mal à l'intention qui l'a conçue, que sa révocation est quelquefois opérée par celui-là même qui avait cru faire quelque chose d'éminemment utile. Et quand elles sont vraiment utiles, les œuvres de l'homme, le hien qu'elles opèrent a-t-il une vaste étendue? L'utilité de ces œuvres n'est-elle pas en rapport avec le peu de capacité de l'homme qui les produit? Non-seulement cela est, mais cela doit nécessairement être. Ne demandez point à l'homme ce qu'il ne peut fournir; ne demandez point à l'homme, mais à Dieu seul, le bien général de l'humanité dans des proportions grandioses.
A la religion, à la religion seule, l'honneur d'opérer le bien sur une vaste échelle ! Aussi, de quels bienfaits n'a-t-elle pas comblé l'homme depuis que le ciel l'a donnée à la terre ! Et de quelles faveurs nouvelles ne peut-elle pas le combler encore, s'il veut la pratiquer avec fidélité ! Laissezla devenir la conseillère de nos grands politiques, l'àme de nos familles, le mentor du riche, l'assistante du pauvre, la consolatrice des affligés, la reine de nos cités, la protectrice de nos campagnes, la providence de tout le monde ; et vous verrez si la face de la terre n'est pas subitement renouvelée, sous la féconde influence de la divine charité dont elle est le foyer.
Le sixième trait qui distingue une belle institution, c'est Yumversalitè du bien qu'elle opère. Ici encore la faiblesse de l'ouvrier se révèle souvent dans son œuvre. Voyez les institutions de la terre ; quelle variété, pour ne pas dire quelle bigarrure ! Trouvez deux royaumes qui possèdent des institutions identiques ; imaginez une institution ou constitution morale qui s'adapte aux usages, aux mœurs, aux lois, aux exigences sociales de deux empires différents ; nous osons vous défier de la leur imposer avec succès, et surtout avec quelque chance de durée. Telle institution fera le bonheur d'un État, qui non-seulement ne fera pas le bonheur d'un autre, mais qui même y sera l'occasion de trouble et de désordre. Bien plus, dans l'État même où elle sera profitable au plus grand nombre, à chaque instant elle froissera des individualités et provoquera leurs murmures ; et quand bien même, ce qui n'a jamais lieu, cette institution ferait le bonheur de tous les individus ; que quelques circonstances notables surviennent ; que les prédicateurs du mensonge séduisent lès esprits et les indisposent contre elle ; voilà l'échafaudage humain qui s'écroule, et l'institution déclarée, par son auteur lui-même, incapable d'opérer désormais le bien qu'elle faisait dans le principe. Ne serait-il pas aveugle celui qui ne verrait pas, à ce trait, la faiblesse de l'homme se manifestant dans ses œuvres?
Qu'il est loin d'en être ainsi de notre auguste religion ! La terre entière est son domaine : elle
s'y promène dans toute la pompe de sa divine majesté, et elle offre à quiconque se soumet à son empire, un bonheur solide pour ce monde, et des promesses d'éternelles délices pour l'autre.
C'est un fait qui ne sera jamais assez admiré, que la religion chrétienne est excellente dans tous les pays, quelque opposés qu'ils soient de mœurs et d'usages, et qu'elle est partout une source infaillible de paix et de bonheur, quand les gouvernants et les peuples ont l'heureuse inspiration de ne lui susciter aucune entrave.
C'est un fait non moins admirable, que, si elle est excellente en tous pays, elle est excellente aussi pour chaque individu, quelle que soit la disposition de son cœur. Elle tempère la joie si elle est excessive, elle tarit, ou du moins elle sanctifie les larmes ; elle éclaire le riche, elle soulage le pauvre elle abaisse les superbes, elle élève les humbles; elle menace le méchant, elle encourage le juste, et lui donne sur la terre l'avant-goût du bonheur qui l'attend au ciel.
Disons-le bien haut, l'institution qui, partout et toujours, opère ces prodiges, ne doit rien à l'homme et doit tout à Dieu seul : A Domino factura est istud.
Le septième trait qu'on remarque dans une belle institution, c'est son invariabilité. Ce trait rehausse et complète le précédent d'une manière admirable. Qu'une institution convienne à tout le monde en général, à chaque homme en particulier, et à toutes
les circonstances dans lesquelles il se peut trouver, c'est beaucoup sans doute ; c'est même d'une perfection telle que jamais l'homme n'en sera capable. Mais quand tout s'efface dans les empires; quand ils disparaissent eux-mêmes et ne laissent plus que dans l'histoire des traces de leurs lois, de leurs mœurs, de leurs croyances et de leurs coutumes ; quand, sous ces divers rapports, la terre est totalement renouvelée, comme nous voyons qu'elle Test, en la mettant, à dix siècles d'intervalle, en regard d'elle-même ; quand au milieu de ces transformations complètes, une institution, une seule, véritable arche de Noé, survit au naufrage universel; quand enfin, sans subir une ombre d'altération ou de modification quelconque, elle continue paisiblement son règne, et convient aussi parfaitement aux générations nouvelles qu'elle convenait aux anciennes, qui pourrait dire qu'elle n'a pas eu le ciel pour berceau, et le Dieu du ciel pour auteur?
Le huitième trait qui caractérise une belle institution, c'est de récompenser abondamment ceux qui se soumettent aux ordonnances quelle impose. Faire le bien général des peuples et des individus, en harmonisant leurs intérêts avec les exigences de l'institution qui les régit, nous l'avons dit plus haut, c'est un trait frappant de gloire et de beauté. Mais accorder une récompense spéciale, une magnifique récompense à chaque acte de fidélité que produiront ceux qui observeront les préceptes de cette institution, c'est une surabondance da mérite
qui étonne d'autant plus que les législateurs de la terre et les faiseurs de constitutions ne nous habituent guère à ce luxe de générosité. En effet, voyez les lois humaines : elles punissent si on les enfreint ; mais récompensent-elles si on les observe ? Nullement. La religion seule dit à celui qui l'embrasse : Sois fidèle à ma loi, et tu recevras de Dieu la couronne que le temps ne peut flétrir : Esto fulelis usque ad rnortem, et dabo tibi coronam vitœ. Donne un verre d'eau froide au pauvre qui te le demande, et quoique tu n'aies fait qu'accomplir la loi de l'aumône, je te déclare que, pour ton verre d'eau froide qui ne t'a rien coûté, tu recevras de Dieu même une récompense éternelle.
La religion qui tient un tel langage est assurément l'amie de l'homme et la fille de Dieu.
Enfin, le dernier trait qui couronne la beauté d'une institution, c'est la perpétuité de sa durée en dépit des obstacles qu'on lui suscite, et des violentes attaques dont on la harcèle. Voilà le comble de la gloire d'une institution, et l'indubitable révélation de sa puissance. Quand elle est à l'épreuve des traits acérés d'ennemis qui conspirent sa ruine ; quand, toujours attaquée et toujours victorieuse, elle s'enracine de plus en plus au lieu de s'affaiblir, et continue sa marche triomphale au mépris des obstacles perpétuels que la malignité lui suscite, elle a fait ses preuves ; l'admiration des hommes lui est acquise, et les annales de l'histoire transmettront aux âges futurs la splendeur de son règne.
Mais, hélas! où trouver, parmi les œuvres de l'homme, une institution de cette nature ? Essentiellement variables, comme nous F avons dit, les institutions humaines se succèdent avec une rapidité déplorable; mais ce qui hâte leur ruine, c'est la guerre incessante que des ennemis furieux leur déclarent. Qui ne sait que la résistance même de ceux qui veulent sauver une institution du naufrage, est précisément quelquefois ce qui précipite sa chute? Si, d'elles-mêmes et sans obstacles, les œuvres de l'homme tombent promptement, quelle durée peuvent-elles avoir quand la perversité des méchants les poursuit sans relâche? Il en doit être ainsi : ce que l'homme édifie, l'homme doit avoir le pouvoir de le détruire.
Et voilà ce qui prouve que la religion n'est pas l'œuvre de l'homme. Elle vit parce que Dieu lui a donné la vie ; elle vit malgré l'homme, parce que l'homme ne peut pas abattre ce que soutient le bras de Dieu; elle sort plus radieuse des persécutions qu'on lui fait subir et des flots de sang qu'on répand autour d'elle, parce que, modelée sur Jésus- Christ son fondateur, c'est de la croix qu'elle tire sa puissance et sa gloire.
Qui pourra jamais expliquer, si l'on n'avoue pas qu'elle est divine, la perpétuité d'une religion qui, dès son origine et toujours depuis, enchaîne les passions, foudroie tous les vices, et se trouve incessamment en butte aux subtilités de l'hérésie, aux aveugles fureurs des tyrans, à la haine des impies, au mépris des libertins, et à la rage de l'enfer? Résister à de telles attaques pendant dixhuit siècles, et, à la suite de ces innombrables
combats, ne rien perdre de sa gloire ; briller au contraire d'un nouveau lustre ; ne s'inquiéter nullement des assauts qui se préparent encore ; demeurer fixe et invariable au dix-neuvième siècle comme au premier, et ne se venger des outrages dont on l'abreuve que par un surcroît de faveurs et de bienfaits ; en vérité, une telle religion est-elle émanée du cerveau d'un fanatique ?
Gloire, honneur, éternelle bénédiction au Dieu d'amour qui nous a donné cette religion sainte î Rallions-nous autour d'elle ; et nous surtout qui proclamons sa divinité, ne la déchirons pas par nos œuvres après l'avoir glorifiée par notre foi.