‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 49 sur 92 · V. — Quatrième motif. — Danger de perdre les autres par · texte numérisé non relu

V. — Quatrième motif. — Danger de perdre les autres par

son exemple, et espoir de les ramener au bien, si l'on y revient

soi-même.

Cette double considération devrait bien retirer de la voie tortueuse d'une fausse incrédulité ceux qui ont le malheur d'y être engagés.

Nous avons dit que lorsqu'on voulait émousser le remords, afin de s'asseoir paisiblement au milieu de ses vices, on communiquait à ses amis certains légers doutes sur les vérités de la foi, espérant qu'ils fortifieraient ces doutes par des réflexions analogues. C'est ce qui se voit tous les jours.

Quand on est seul à combattre des vérités jusque-là respectées, on sent en soi je ne sais quelle faiblesse qui réclame un appui ; et c'est cet appui que l'on va solliciter de quelques amis que l'on sait être dans des dispositions semblables à celles où l'on est soi-même. La passion régnant en maîtresse au fond de tous ces cœurs ; et, d'un autre côté, le besoin de repos se faisant sentir au fond de toutes ces consciences, on s'entre-communique

ce que ion croit le plus propre à calmer la conscience sans détrôner la passion. Il se fait donc alors un échange mutuel de certains arguments recueillis, ou dans des livres qui attaquent la foi, ou sur les lèvres de quelques impies déclarés. Comme, dans ces réunions, tons veulent être séduits, est-il possible qu'ils ne le soient point ? Aussi ehacuu se retire-t-il emportant dans son àme le pernicieux poison qui va bientôt la gâter et la corrompre.

Quelques-uns, plus fortement constitués* si Ton peut ainsi parler, sous le rapport de la foi, pourront résister aux effets délétères de ce poison subtil, et recourir à l'heureux antidote des pratiques religieuses ; mais combien d'autres, entraînés par l'exemple de leurs amis, plongés plus profondement que jamais dans des erreurs qui leur plaisent, passeront d'abîmes en abîmes jusqu'à re qu'ils tombent dans le gouffre d'une incrédulité complète !

Or n'est-il pas terrible de prendre sur soi la responsabilité d'un tel désastre , dont les suites sont éternelles ? N'est-ce pas assez de se perdre soi-même sans coopérer à la perte des autres, et surtout à la perte de ses amis intimes ?

Quel heureux contraste avec ce qui vient d'être dit, si. au lieu de fortifier les doutes de ceux qui nous les communiquent, nous essayions au contraire de faire ressortir, dans des conversations franchement chrétiennes, ce que ces doutes ont de faible et de pitoyable ! Se figure-t-on l'immense étendue du service qu'on rendrait à un ami qui voudrait s'aveugler et s'étourdir, quand, au lieu de seconder la disposition perverse de son cœur, on

lui dirait avec uuc ronde franchise : « Écoule, mon » ami ; ne te lance point dans la voie tortueuse à » l'entrée de laquelle je te vois placé. Je connais » le fond de ton àme ; tu n'es pas incrédule : tu » luttes contre ta foi ; donc tu la possèdes. Malheu- » reusement, je ne suis pas, en pratique, plus » chrétien que toi : mais je ne veux pas abdiquer » des croyances qui, je le sens, seront plus tard )> le principe de mon retour à une religion que je » regrette de ne plus pratiquer. Voilà mes sen- » tirnents intimes, et en les révélant, je révèle les » les tiens propres. Ne nous jetons pas, crois-moi, » au milieu des écueils ; nous sommes déjà dans » un triste état devant Dieu et en face de notre » conscience ; ne nous enfonçons pas davantage » dans le gouffre, et reconnaissons franchement » qu'il serait bien plus sage d'aviser de concert » aux moyens d'en sortir. »

On ne se figure pas l'heureux effet que produirait ce langage de la part d'un homme foncièrement croyant , à l'égard d'un ami qui espérait trouver en lui du renfort contre la foi, et qui est tout étonné de le voir défenseur zélé de cette foi dont il veut s'affranchir.

Quand donc verrons-nous nos chrétiens dégénérés reprendre vigueur et courage pour manifester et défendre les nobles doctrines qu'ils ensevelissent honteusement dans la fange de leurs vices ? Quand donc seront-ils aussi ardents à prêcher la vertu, que tant d'autres le sont à étaler et à répandre leurs funestes principes ? Qu'il est triste de voir des hommes, d'ailleurs raisonnables , cacher leur foi comme un haï1 Ion, ou la jeter de côté

comme une ruine ! Puisqu'elle vit au fond de notre âme, puisque nous savons bien qu'elle seule peu! nous procurer le bonheur qu'elle nous fit goûter aux beaux jours de notre vie, ne repoussons pas une amie si dévouée . el faisons-lui plutôt le gracieux accueil qu'elle mérite.

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Défaut contraire à La sainte vertu. — Troisième obstacle à la conversion.

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