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CHAPITRE VI

Embarras et difficultés de la confession. — Sixième obstacle à la conversion.

« La connaissance de l'homme civil et moral, b dit Chateaubriand dans son Génie du christianismel

» que l'on découvre dans l'institution des sacral » ment s, prouve que celui qui a si bien pénétré » dans le cœur humain, ne peut être que celui-là » même qui en a pétri l'argile. »

Cette réflexion judicieuse s'applique tout spécialement à l'institution si salutaire de la confession, institution dont les immenses bienfaits surpassent de beaucoup tout ce qui s'en peut dire.

Et cependant, quoi de plus violemment attaqué que ce sacrement auguste, qui rattache tous les jours l'homme faible au Dieu qui fortifie ; l'homme triste et consterné, au Dieu qui console ; l'homme criminel, au Dieu qui pardonne? Au reste, il en doit être ainsi : le bien n'a point d'ennemi plus acharné que le mal ; la vertu serait partout et \ toujours une rjine honorée, si le vice, usurpateur triomphant, ne prenait point sa place.

« Si. entre tous les dogmes et pratiques du chris- >> tianisme, dit un écrivain célèbre, M. Nicolas, » on veut savoii\ quels sont les plus admirables,

» on n'a besoin que de rechercher quelles ont été » les plus insultées : l'écume honore le frein (I). »

Cependant, en ce qui touche la confession, nous pouvons dire que, si elle a ses détracteurs, elle a certainement aussi, et même dans le camp de l'impiété, de nombreux apologistes. Tant est vraie cette parole de l'Écriture, que l'iniquité se dément elle-même : Mcntita est iniquitas sîbi.

« Tous les hommes , dit Chateaubriand , les philosophes même, quelles qu'aient été d'ailleurs leurs opinions, ont regardé le sacrement de pénitence comme une des plus fortes barrières contre le vice, et comme le chef-d'œuvre de la sagesse. » « Que de restitutions, de réparations, dit J.-J. Rous- » seau, la confession ne fait- elle point faire chez » les catholiques (2) ! » Selon Voltaire, « la con- » fession est une chose très-excellente, un frein » au crime, intenté dans l'antiquité la plus reculée: » nous n'avons pas besoin de signaler le ridicule » de cette assertion, on se confessait dans la celé- » bration de tous les anciens mystères ! Nous avons » imité et sanctifié cette sage coutume : elle est » très-bonne pour engager les cœurs ulcérés de » haine à pardonner (3). »

Après ces témoignages si peu suspects et si honorables pour notre sainte Religion ; après ces témoignages rendus par nos ennemis eux-mêmes à la bienfaisante institution de la confession ; après les flots de consolations, de paix et de pures jouissances dont elle est la source féconde, comment

(I) Études philosophiques, eh. xvi. — (2) Emile. (3) Quèst. cnctjclop. Notre critique historique a fait justice de cette assertion de faux aloi.

se fait-il que tant d'hommes n'aient pour elle qu'indifférence et dégoût ? N'ont-Us plus besoin de lumière ? Hélas ! le propre du vice étant d'aveugler celui qui s'y livre, leur aveuglement n'est-il pas à son comble ? N'ont-ils plus de force et de soutien? Ah ! quelle faiblesse égala jamais la leur depuis que les passions les ont envahis? N'ont-ils plus besoin de consolations ? Qui le pourrait dire, grand Dieu? Quels sont les yeux qui n'aient versé d'abondantes larmes, et qui ne doivent en verser encore ? Quel est le cœur qui n'ait pas poussé de profonds soupirs, et qui ne doive gémir et soupirer jusqu'à ce qu'il cesse de battre ?

Nous avons donc besoin de recourir à cette inépuisable source, que la divine bonté nous propose comme l'infaillible remède à toutes nos misères.

On convient généralement de cette vérité : la raison, d'accord avec la foi et la conscience, s'incline devant elle ; on se souvient, peut-être même avec émotion', des confessions si candides et si consolantes de son jeune âge ; et cependant on demeure dans son apathie ; on croupit dans cette indolente torpeur qui énerve F âme, refroidit le cœur, et permet aux passions d'exercer librement leurs funestes ravages.

0 homme ! quand donc te servira s -tu de ta raison pour mettre en pièces ce tissu d'absurdités et de contradictions qui déshonore ta conduite et que ta foi condamne?

La nécessité de la confession pour revenir à Dieu est incontestablement, à l'égard de plusieurs, un obstacle à la conversion. Pour le faire surmonter cet obstacle, nous espérons démontrer que la con-

fession est bien loin d'être telle qu'on se la représente ; nous ferons voir quelle satisfait, et qu'il n'y a qu'elle qui satisfasse pleinement tous les besoins de l'homme dans la vallée de larmes qu'il habite ! d'où il sera tout naturel de conclure que, dans ses plus chers intérêts, il doit mettre autant d'empressement à recourir à ce divin sacrement qu'il en met à s'en éloigner.

Bénissez, Dieu de miséricorde, bénissez chaque mot qui va tomber de notre plume ; joignez-y, à ce mot, une grâce vive et féconde qui pénètre tous ceux sous les yeux desquels il passera.

Nous attachons d'autant plus d'importance au succès de cette prière, que la confession est le but final que nous nous sommes proposé d'atteindre dans tout cet ouvrage. Ce que nous avons dit jusqu'ici, ce que nous avons à dire encore, tout sera frappé de stérilité si nous n'amenons pas nos lecteurs au tribunal sacré de la réconciliation. Nous l'avouons, la crainte de ne point obtenir cet heureux résultat nous a fait bien des fois sentir, dans le cours de cet ouvrage, les atteintes du découragement. Mais la divine miséricorde a dissipé nos langueurs, et nous aimons à penser qu'elle ne nous a relevé de notre abattement que pour le salut de nos lecteurs bien-aimés.

I. — Avantages de la confession : Premier besoin de l'homme, satisfait par la confession. — Le besoin de lumière.

Quiconque aura lu ce que nous avons écrit jusqu'ici, devra, ce nous semble, être frappé de l'égarement incroyable et des inconséquences grossières et nombreuses que nous avons eu, à chaque page,

l'occasion de faire remarquer chez les hommes qui ont rompu avec Dieu et avec la pratique de la religion.

Quand ils étaient des chrétiens fidèles ; quand ils ne se bornaient point à admirer vaguement les beautés du christianisme, et qu'ils en faisaient bien plus léloge par leurs œuvres que par leurs discours ; quand enfin, pour dire le mot, le chemin du tribunal sacré de la pénitence était pour eux un chemin fréquenté et battu ; tout était dans leur conduite parfaitement en règle. Une lumière vive et vraiment divine rayonnait dans leur àme ; leur foi était sans nuage, et on ne les voyait point, comme depuis, essayer de la trouver en défaut pour pécher plus à l'aise. Ce qui était bien, ils le trouvaient bien, et ils le pratiquaient naturellement et sans effort ; ce qui était mal, ils le trouvaient mal, et ils s'en préservaient avec une sagesse digne des plus grands éloges.

Qu'ils nous disent, la main sur la conscience, si cette éclatante lumière qui les "guidait si sûrement au travers des écueils, n'était pas pour eux la source d'une joie pure et d'une paix profonde ; qu'ils nous disent aussi si cette paix et cette joie n'étaient pas les heureux fruits des divins sacrements qu'ils ne recevaient jamais sans y trouver un surcroit de lumière et de bonheur. Comment pourront-ils expliquer la déplorable transformation qui s'opéra dans leur conduite, dès qu'ils cessèrent d'être des hommes pratiques en fait de religion? Comment expliqueront-ils — qu'ils étaient parfaitement conséquents avec leur raison et leur foi, quand ils étaient des chrétiens fidèles et agissants,

— et qu'ils n'ont cessé de marcher d'inconséquences en inconséquences, quand ils n'ont plus été que des chrétiens spéculatifs et théoriques ?

Non, la lumière ne leur a failli, ou plutôt ils n'ont failli à la lumière que quand ils ont eu le malheur, nous allions dire la folie, de se soustraire à son foyer. Alors sont venues, et en foule, les légèretés, les imprudences, les contradictions et les absurdités de toute espèce. Alors on a faussé un esprit naturellement judicieux et droit, en l'habituant à des subtilités, à des incohérences,, à des sophismes pitoyables, dont on eût promptement découvert le vide et le faux, si l'on eût voulu remonter à la source, au lieu de suivre le torrent du vice et de l'erreur.

La lumière, cet immense besoin de l'homme, la lumière est donc dans cet auguste sacrement de la pénitence institué pour l'homme. Quand il an approche, la sagesse l'accompagne dans toutes ses voies ; quand il s'en éloigne, la sagesse l'abandonne, et sa conduite n'offre plus qu'un tissu d'imprudences choquantes et téméraires.

Au reste, il doit en être ainsi. En effet, qu'est-ce qui aveugle l'homme, quand il secoue le joug de la religion ? Ce sont les passions auxquelles il se livre. Or, ces passions, n'est-ce pas au tribunal de la pénitence qu'elles expirent ? Trouvez un lieu qui leur soit plus funeste, et qui soit plus réellement leur tombeau.

Qu'est-ce encore qui aveugle l'homme quand il s'éloigne de Dieu ? C'est le monde avec son tourbillon de jeux, d'honueurs, de dissipation, de vanités et de folies de toute espèce. Mais qu'est-ce i. 22.

que le monde et toutes ses frivolités, pour le vrai pénitent agenouillé pieusement aux pieds d'un confesseur, qui, par de douces paroles, lui fait verser des larmes de repentir et d'amour ?

Qu'est-ce encore qui aveugle l'homme infidèle ? Ce sont les flatteurs . ces amis perfides qui semblent prendre à tâche de lui dérober la lumière de la vérité pour le retenir avec eux dans les sentiers du vice. Mais cherchez donc la flatterie chez un confesseur : quel flatteur que celui qui nous aide à découvrir nos misères 1 quel flatteur que celui qui descend dans notre àme avec le double flambeau de l'expérience et du zèle, pour y trouver un fonds de corruption qui nous échappait à nousmêmes ! quel flatteur que celui qui, non-seulement découvre nos misères, mais nous en montre la source, nous en fait remarquer les funestes progrès , et nous assigne d'avance l'épouvantable terme où elles aboutissent !

Qu'est-ce enfin qui aveugle le pécheur ? Hélas I c'est le pécheur lui-même. Il craint de se connaître ; il fuit la lumière ; il redoute la solitude et le silence ; il étouffe le remords ; il renonce à toute réflexion sérieuse ; moins il pense à son âme et à la grande affaire qui la concerne, plus il se trouve heureux. Mais quelle transformation soudaine quand il se détermine à aller chercher au divin tribunal l'innocence et la paix ! A peine y a-t-il fait son entrée, que des flots de lumière l'inondent de toutes parts et changent tellement ses idées, ses sentiments et ses inclinations, qu'il se croit un autre homme. C'est saint Paul frappé de cécité sur le chemin de Damas : il entend la parole du prêtre Ana-

nie, et retrouve subitement la lumière à ses pieds.

Que d'incrédules, du moins se croyant tels et passant pour tels, retrouveraient sur-le-champ les divins rayonnements de leur foi éclipsée, s'ils tombaient aux pieds d'un prêtre pour lui confesser leurs misères, au lieu de s'engager, presque toujours sans fruit, dans des discussions frivoles et opiniâtres ! Qu'ils le fassent, et ils verront si, s'étant agenouillés incrédules, ils ne se relèvent pas croyants et fidèles.

Un jour, Bourdaloue reçut la visite d'un homme du monde qui voulait, disait-il, avoir quelques explications sur plusieurs points de la religion qui lui semblaient plus qu'obscurs. Il allait ouvrir une discussion en règle, lorsque le bon prêtre le devançant lui dit : Je ne demande pas mieux, monsieur, que de discuter tant qu'il vous plaira sur les matières religieuses ; seulement, je vous en conjure, avant de discuter, confessez-vous. — Mais, monsieur... — Confessez-vous, je vous'en supplie, nous discuterons ensuite; confessez-vous. Pressé par les instances chaleureuses du saint prêtre, il fléchit les genoux, se confesse, voit une vive lumière descendre dans son âme, se sent touché juqu'aux larmes et tout pénétré d'un sentiment de bonheur qu'il ne peut expliquer. La confession terminée, le confesseur lui dit : Eh bien, mon bon ami, voulez-vous discuter maintenant? — Discuter ! dit-il, en tombant dans ses bras ; ah ! comment discuterais-je, quand mes larmes annoncent le retour de ma foi ?

Imitons ce pécheur repentant et heureux , et bientôt, comme lui, nous verrons se rallumer dans notre âme le flambeau de la vérité.

II. — Deuxième besoin de l'homme, satisfait par la confession : Le besoin de force.

Le grand obstacle à la conversion de plusieurs est, comme nous l'avons souvent dit, le charme et l'entraînement des passions. Naturellement ardentes et impétueuses, elles attaquent le cœur de l'homme avec une telle violence, qu'il est souvent vaincu, avant même d'avoir eu l'idée de la résistance. Mais c'est bien autre chose quand, au lieu de les repousser, on les appelle ; quand au lieu d'amortir leur feu, on en seconde l'ardeur ; quand au lieu de les gouverner en maître, on leur obéit en esclave. Alors les passions font de l'homme ce qu'elles veulent ; son cœur, pauvre petite nacelle dans laquelle elles s'installent, jetée sans le moindre secours au milieu des vagues d'une mer en furie, ballottée dans tous les sens par d'horribles tempêtes, ne tarde pas à se briser contre un de ces mille écueils qui l'environnent.

Où trouver une faiblesse comparable à celle d'un homme qui a dit à la religion : Laisse-moi ; ton joug me pèse ; je ne suis plus un enfant ; qu'ai-je besoin de tes lisières ? je marcherai bien seul.

Je marcherai bien seul ! suivez-le, et vous verrez s'il est faiblesse pareille à sa faiblesse. Dieu seul est notre force : rompre avec lui, c'est tomber au fond de toutes les misères. « Ils se sont évanouis » dans leurs pensées, dit saint Paul en parlant des » hommes qui ont voulu marcher seuls et sans » l'appui de Dieu, et leur cœur insensé a été ob- » scurci.... Comme ils n'ont pas fait usage de la » connaissance de Dieu, ils ont été remplis de toute

» sorte d'injustice , de méchanceté, d'impureté, » d'avarice, de malice ; envieux, meurtriers, que- » relieurs, trompeurs, pleins de malignité, semant » en secret la calomnie ; détracteurs, ennemis de » Dieu, injurieux, superbes, hautains, inventeurs » de crimes, rebelles à leurs pères et à leurs mè- » res ; insensés, déréglés, sans foi, sans pitié. »

Ainsi marchent les hommes quand ils veulent marcher seuls ?

Au reste, plusieurs reconnaissent sans difficulté, instruits qu'ils sont par une triste expérience, que sous la conduite des passions, quand on les prend pour guides, les choses se passent comme il vient d'être dit. Mais s'enracinant dans le mal par la considération du mal même, ils se persuadent que leurs chutes nombreuses sont inévitables ; que la violence des passions, d'une part; la faiblesse humaine, de l'autre, ne peuvent que produire ces égarements qu'on leur reproche avec énergie, et que l'on devrait, disent-ils, excuser plutôt avec indulgence.

Voilà le subterfuge à l'ombre duquel s'abrite la passion, quand elle se sent attaquée et vivement poursuivie. Qui n'a pas netendu, qui n'entend pas tous les jours de longues lamentations sur la faiblesse humaine et ses suites funestes ?

Hélas ! nous ne le savons que trop, nous qui passons notre vie à sonder les profondes misères de l'humanité , nous qui sommes , moralement parlant, les anatomistes du cœur humain ; oui, les passions sont violentes ; oui , la faiblesse de l'homme est extrême ; nous ne craignons nullement d'en convenir. Mais ce dont il faudrait que nos

adversaires convinssent eux-mêmes, c'est que les grands maux appellent les grands remèdes ; c'est, qu'une extrême faiblesse réclame une force puissante et un solide appui. Or, c'est cette force, c'est cet appui, qu'ils trouveraient infailliblement dans la confession, s'ils y voulaient recourir. Nous l'affirmons avec l'aplomb d'une inébranlable conviction, elle est dans la confession, la force qui leur manque, il est dans la confession, le ferme appui que leur faiblesse invoque ; et c'est parce qu'ils refusent d'aller chercher le remède qui leur est proposé' que, malgré notre fonds d'indulgence, nous croyons cependant devoir leur adresser quelquefois d'assez vifs reproches.

Oui, encore une fois, la force morale de l'homme est dans la confession. Ah! si le voile impénétrable qui couvre et enveloppe le tribunal sacré pouvait être quelques instants soulevé î Si ces pasteurs vénérables, si ces fervents missionnaires qui passent les jours et les nuits à panser et à guérir les plaies purulentes et profondes de la pauvre humanité, pouvaient mettre au jour ce qu'ils tiennent enseveli dans le plus inviolable secret ; que de milliers de preuves ils produiraient à l'appui de notre affirmation ! Que d'hommes ils nous feraient connaître, lesquels plus faibles que le roseau avant la confession, se trouvèrent, aussitôt après l'avoir faite, solides sur leur base comme le vieux chêne de la montagne ! Que d'hommes, esclaves depuis trente ou quarante années, des passions les plus impétueuses, auxquelles ils regardaient comme impossible de n'être pas perpétuellement asservis, les ont vues, ces passions, expirer sur-le-champ

au tribunal sacré, après l'humble aveu du repentir,

et les paternels avis du digne ministre des miséricordes divines !

Ec il en doit être ainsi pour plusieurs raisons qu'il est aisé de concevoir, et qu'il n'est pas inutile de faire ressortir.

Première raison qui prouve que la confession fortifie l'homme contre ses passions. — Dieu qui connaissait mieux que nous -même l'étendue de nos misères, devait nécessairement , en fondant une institution destinée h y apporter remède, la constituer de telle sorte qu'elle put produire les heureux effets qu'il en attendait. 11 devait accorder à tout homme qui recourrait à cette institution, ces secours abondants que nous appelons grâces, à l'aide desquels il put triompher de ses vices et les remplacer par des vertus solides. S'il en était autrement. , il faudrait dire que Dieu a trompé l'homme en lui offrant pour tous les maux de son âme un remède inutile.

Deuxième raison. — Qu'est-ce qu'aller à confesse? C'est rompre avec des amis pervers, et les remplacer par l'ami charitable et fidèle que Dieu nous envoie pour guérir les plaies de nos âmes. Or, ce qui fait naitre et ce qui entretient les passions et les vices de l'homme, et par conséquent sa faiblesse, ce sont très-souvent, et en premier lieu, peut-être, les mauvaises compagnies qu'il fréquente , les amis dangereux avec lesquels il se lie dès sa tendre jeunesse. Quand il fait de ces amis sa société habituelle, il écarte bientôt ceux qui. par

leurs sages avis et leurs bons exemples, pourraient le détacher des passions dont il se souille, et le ramener à la religion dont il s'éloigne. N'entendant que la voix du vice et jamais celle de la vertu, les passions s'établissent en souveraines et régnent en despotes sur son cœur faible et corrompu.

Mais quand, par un généreux effort, il s'arrache de son bourbier et se traîne au tribunal de la pénitence , la scène est totalement changée. Le confesseur, ami sincère et dévoué, prend au fond du cœur, pour le purifier, la place que des amis dangereux y occupaient pour le corrompre ; les oreilles, qui n'étaient ouvertes qu'au mensonge, s'ouvrent enfin à la divine vérité ; l'àme opprimée sous le poids du vice secoue son lourd fardeau, reprend son autorité violemment usurpée, et revient forte et courageuse à la plénitude la vie. Ce que l'on trouve dans le confesseur, la ferveur de sa charité, la vivacité de sa foi, le charme de sa douceur, le désintéressement de son zèle, la sagesse de ses conseils , tout se réunit pour inspirer au pénitent des sentiments d'estime, d'attachement et de confiance qui lui font dire avec bonheur après la confession : Oui, vraiment il est mon ami, celui que je viens d'entendre.

Et quant on l'a goûté, cet ami, comment goûter les autres? comment goûter ceux qui tiennent un tout autre langage, qui ne donnent que des conseils infâmes, et dont l'amitié ne repose que sur le vice?

On le voit, un tel changement doit nécessairement retremper l'àme, et lui rendre en force et

en énergie pour le bien ce qu'elle perd de son ancienne énergie pour le mal.

Troisième raison. — Ce qui fait naître encore et ce qui entretient les passions et les vices de l'homme, et par conséquent sa faiblesse, c'est l'absence de toute réflexion sérieuse , et cette étourdissante dissipation dans laquelle il se plonge.

Voilà l'état des hommes du monde qui renoncent aux pratiques religieuses. Du moment qu'ils les abandonnent , ils se laissent emporter dans un tourbillon de vains plaisirs et de dissipation perpétuelle, en sorte que , s'oubliant pour ainsi dire eux-mêmes, ils échappent à toute réflexion grave qui pourrait être, et qui serait assurément le germe de leur conversion.

Or cet état favorise singulièrement la passion ; elle est parfaitement à l'aise dans ce continuel désordre ; aussi ne manqiie-t-clle pas d'y exercer librement ses ravages, sans permettre même qu'on ait la pensée de lui opposer le plus petit obstacle. Quelle force voulez-vous que Ton déploie contre un ennemi dont on aime les blessures, et auquel même on fournit des armes pour se procurer le plaisir d'une défaite ?

Mais quand l'homme-esclave, illuminé d'un rayon de grâce, vient à découvrir l'horreur de son état ; quand il sent qu'il est enlacé dans les liens de mille vices ; quand il reconnaît sa faiblesse et qu'il en entrevoit les conséquences; s'il est docile à l'inspiration qui le presse d'aller aux pieds d'un confesseur, quelle subite métamorphose! La dissipation le perdait, la réflexion le sauve. L'embarras i. S3

des affaires l'absorbait; l'étourdissement des plaisirs le conduisait aux abîmes et ne lui donnait de force et d'activité que pour le mal ; le retour aux idées sérieuses, aux pensées graves et imposantes de la foi, le ramène à la vertu et lui rend, pour la pratiquer, le courage et la force dont il se croyait incapable.

Et ce changement qui étonne tout le monde et que personne ne peut expliquer, s'opère en quelques instants, et souvent dès la première séance au tribunal sacré.

Quatrième raison. — La dissipation, l'embarras des affaires et l'entraînement des plaisirs qui affaiblissent tant l'àme, comme nous venons de le voir, ont nécessairement pour effet de faire totalement oublier les grandes et terribles vérités de la religion „ et cet oubli fatal achève d'épuiser l'àme et de lui enlever toute son énergie.

Ce qui est le principal ressort, et, si l'on peut parler ainsi, le nerf de l'àme chrétienne, c'est la considération des vérités éternelles que la foi propose. Quand elle se demande, sous le regard de Dieu : Qui suis-je ? D'où viens-je? Où vais-je ? Quand elle s'arrête à scruter avec une pensée de foi ces mots de mort — jugement — enfer — éternité , qui pourrait dire le courage qu'elle puise dans cette méditation, pour combattre les passions qui l'attaquent ?

Aussi quoi de plus fort contre ces vices que le chrétien fervent et fidèle qui peut dire comme David : J'applique mon esprit à méditer les années éternelles, Ànnos œternos in mente habuit

Quoi de plus faible, au contraire, que le chrétien lâche et prévaricateur qui, bercé par ses passions, s'endort dans une molle oisiveté , pour ne pas même penser à l'éternité vers laquelle cependant il vogue à pleines voiles !

Qu'il y fasse attention, et il verra que sa téméraire conduite et sa coupable insouciance ne datent que du jour où il fit ses adieux au tribunal sacré de la pénitence. Tant qu'il eut le bonheur de le fréquenter, les grandes vérités du salut produisirent leur effet. Le confesseur aimait à les lui rappeler et il aimait, lui, à nourrir son âme de leur méditation salutaire. Cela se conçoit aisément. La pensée des vérités terribles de la religion n'est effrayante pour l'homme en état de péché que parce qu'il sait combien il serait terrible pour lui, disposé comme il l'est, de faire son entrée dans l'éternité. Quand donc il renonce aux pratiques religieuses et'spécialement à la confession, il éloigne la pensée de la mort, parce qu'il sait bien qu'il n'est pas disposé à mourir; il éloigne la pensée du jugement qui doit suivre la mort, parce qu'il sait bien qu'il a son juge pour ennemi ; il éloigne la pensée de l'enfer, parce qu'il sait bien qu'il n'a que ce lieu de supplices à attendre si la mort le frappe.

Mais si , par une confession accompagnée d'un sincère repentir, il rend le calme à sa conscience agitée ; s'il a le honneur d'entendre ces mots si consolants et si doux: Allez en paix, mon enfant, Vos péchés sont effacés ; il ne craint plus de rappeler, et il rappelle en effet sans qu'il soit besoin de lui en doîïnér le conseil, la pensée si utile des

grandes vérités de la religion. Hier il chassait cette pensée comme importune ; aujourd'hui il la saisit et s'y attache comme à une ancre de salut. Hier il la trouvait terrible ; aujourd'hui il la trouve éminemment salutaire; elle l'est en effet, puisque, bien médit amortit les feux de la passion et affer-

mit dans l'âme le ri gne de la vertu.

El c'esl la confession qui a produit presque subitement cet heureux passage bres à la lumière, du crime à l'innocence, de la folie à la sagesse, et d'une faiblesse extrême à une force invincible.

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