‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 57 sur 92 · III. — Tr >isi< . le l'homme, satisfait par la confession · texte numérisé non relu

III. — Tr >isi< . le l'homme, satisfait par la confession

Le besoi -on.

Voici le triomphe de la confession, et ce qui devrait transformer en actions de grâces et en perpétuels éloges? les récriminations injuste passionnées que l'on ose se permettre contre cette

institution si bienfaisante et si profondément amie de l'homme.

Nous défions que l'on nous cite une peine, une adversité, une douleur, une affliction quelconque, soi! dans l'ordre physique soit dans Tordre moral, qui ne pi ire rendue supportable par une

bonne confession. Donnez-moi l'homme le plus violemment éprouvé par une de ces grandes calamités dont il semble humainement impossible de support;-!' le poids : qu'il vienne armé du poignard dont il dirige la pointe vers son cœur, pour en finir avec une vie dont le fardeau l'écrase ; et s'il veut écouter ma voix, ou plutôt la voix de Dieu don! la mienne n'est que l'écho; s'il veut tomber à mes pieds, m'ouvrir son âme, épancher sa vaste

douleur dans mon cœur dilaté pour la recevoir ; j'affirme, et dix-huit siècles d'expérience affirment avec moi, que la paix va renaître dans son cœur brisé, que le poignard homicide va tomber de sa main, qu'une larme de consolation va briller dans son œil, et qu'il va laisser échapper un de ces soupirs qui sont bien plus un soulagement et une décharge qu'une marque d'oppression.

Oui, tout prêtre qui s'installe miséricordieusement au centre des douleurs et des misères humaines dans l'obscur réduit du confessionnal, peut emprunter a Jésus-Christ et dire après lui, sans y changer une lettre : Venez à moi tous, et vous surtout qui êtesypuisés; vous qui êtes accables de pesants fardeaux, venez, et je vous soulagerai.

Quel immense réservoir de consolations il faut avoir, pour faire appel à toutes les douleurs de la terre, venue ad me omnes, et pour s'engager formellement à soulager tous ceux qui les endurent, et ego reficiam vos !

Jamais on ne dira les larmes que la confession a taries, les douleurs qu'elle a calmées, les suicides qu'elle a prévenus, elles flots de consolation qu'elle a fait couler dans les âmes. Lors même qu'elle n'aurait pas pour effet d'arracher l'homme à l'enfer et de lui ouvrir le ciel, on ne saurait assez remercier Dieu de l'avoir établie, en voyant les services qu'elle rend tous les jours à des milliers d'infortunés, qui trouvent en elle le moyen de supporter avec une patience' calme et résignée, et même quelquefois avec bonheur, les peines accablantes de la vie présente.

Quel magnifique éloge ne fait pas de la confes-

sion, un homme profondément affligé qui, comme cela se voit tous les jours, va lui demander et en obtient les consolations qu'il a vainement quètées au milieu du monde !

Mais quoi ! dira-t-on peut-être, est-ce que la confession délivre instantanément de toutes les peines et tarit toutes les larmes ? Non ; ce n'est point là ce que nous voulons dire. Consoler, ce n'est pas enlever en un moment et faire totalement disparaître la douleur; ceci tiendrait du miracle. Les plus grandes consolations, celles même que la religion procure par le moyen de la confession, ne produisent pas ordinairement cet effet; après les avoir goûtées, les yeux s'emplissent encore de larmes, le cœur laisse encore échapper des soupirs, la langue articule encore de ces paroles entrecoupées qui déchirent les bons cœurs qui les entendent.

Qu'est-ce donc que consoler ? C'est donner à la douleur un cours paisible et modéré, ce qui se fait en suggérant à celui qui souffre quelques doux sentiments qui contre-balancent sa douleur. Ces sentiments occupant son âme, et l'empêchant d'être appliqué tout entier à ce qui fait sa peine, produisent cette heureuse diversion qui le soulage. Il faut donc à l'homme souffrant un contre-poids qui soit en rapport avec le degré d'intensité de sa souffrance. Mais où le trouver, ce contre-poids? L'humanité est atterrée en la personne de ce pauvre affligé ; tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend, tout ce qu'on lui propose dans l'ordre humain, le laisse en proie à la douleur qui le consume. Rien donc de ce côté qui puisse être la matière d'une vraie consolation.

0 cœur désolé ! puisque tu ne trouves rien sur la terre qui te soulage, tourne-toi vers le ciel. Crois-moi, frère bien-aimé , quand l'homme est accablé, c'est Dieu seul qui le relève. Aussi Jésus- Christ, qui connaissait si bien la nature humaine et sa grande misère, ne dit point aux affligés : Allez trouver le monde ; mais il dit : Yenez tous à moi, Venue ad me omnes. Et où le trouveronsnous maintenant, cet adorable Sauveur, si ce n'est à ce tribunal de paix où il siège, représenté par un homme investi de son autorité, et toujours prêt à distribuer les consolations dont il est la source inépuisable ?

Au reste, le monde lui-même sait bien que le rôle de consolateur ne lui convient point. Sans qu'on ait besoin de lui démontrer son impuissance à cet égard, il en fait tacitement l'humiliant aveu, en fuyant ceux qui pleurent, et en ne recherchant que ceux qui sont propres à goûter ses plaisirs.

Le monde sait blesser, il ne sait pas guérir ; le monde, par son ingratitude et ses folies, fait couler bien des larmes, il n'en tarit aucune. Youlez-vous connaître vos amis véritables ? Ne les cherchez point parmi ceux qui vous entraînent dans leurs bruyantes assemblées. Ce n'est point en ces lieux, ce n'est point au sein de ces joies folâtres du monde qu'on connaît ses amis. On est tellement fasciné par le plaisir en ces jours d'ivresse, qu'on ne sait pas distinguer l'amitié sincère de celle qui n'en a que la trompeuse apparence. Quelquefois même, cela est triste à dire, mais cela est vrai, quelquefois, dans ces moments de folie, la rencontre d'un ami véritable, d'un ami chrétien sur-

tout, produit dans l'âme je ne sais quoi de sombre, de fatigant et d'importun. Mais quand l'heure de l'infortune a sonné, c'est alors qu'il se fait comme de soi-même un discernement exact ; c'est alors que le vrai et le faux se montrent tels qu'ils sont, sans ombre et sans nuage. L'ami du monde se retire ; cela doit être : il ne vous recherchait, ce faux ami, que parce que vous lui apportiez des éléments de plaisir, et que vous contribuiez pour votre part à l'animation de ses salons, au luxe de ses pompes et à l'embellissement de ses fêtes ; et maintenant il vous fuit parce que vous n'avez à lui offrir que des gémissements qui le refroidissent et des larmes qui l'embarrassent. Ces gémissements et ces larmes contrastant d'ailleurs péniblement avec ses folles joies, il jette à votre cœur brisé deux ou trois mots plus froids que la glace, et retourne à ses jeux.

Ainsi donc, à vrai dire, ce n'était pas vous que ie monde recherchait et aimait ; c'était votre ombre ; oui, c'était l'ombre de vous-même, c'était cette frêle apparence qui se colore des noms de jeunesse, d'enjouement, de fraîcheur et de beauté. Voilà tout ce que le monde goûtait en vous ; voilà ce qu'il jugeait digne de sa haute estime, quand il vous prodiguait ses sourires et son encens. Mais vous, votre personne même, car évidemment l'ensemble de frivolités que nous venons de nommer, ce n'est pas vous, c'est à peine votre ombre comme nous l'avons dit ; vous donc, encore une fois, vous qui êtes encore là quand toutes ces frivolités n'y sont plus ; vous qui restez, quand la jeunesse, la fraîcheur, la beauté, l'enjouement ont disparu ; vous aime-t-on dans le monde ? Aimaient-

ils, ces amis du monde, aimaient-ils autre chose en vous que ces futilités éphémères que le temps et la douleur ont balayées? Jugez-en par l'isolement dans lequel on vous laisse ; jugez-en par la retraite précipitée de tous ces faux amis quand l'adversité vous opprime.

C'est alors que vous êtes tenté de maudire ces ingrats pour lesquels vous avez tout -sacrifié sans excepter votre âme, et qui vous abandonnent précisément quand vous avez le plus pressant besoin de soulagement et de consolation ; c'est alors que vous vous comparez, et avec raison, à ce pauvre enfant prodigue de l'Évangile , abandonné , lui aussi, de ses amis de débauche, qui le laissent garder des pourceaux après l'avoir conduit au dernier degré de l'infortune.

Cependant, si vous le voulez, rien n'est perdu pour vous. ^ Si, par un effort de foi, de confiance et d'amour, vous vous redressez dans votre douleur; si, rappelant à votre pensée les joies délicieuses dont la confession fut autrefois pour vous la source abondante, vous vous écriez : C'en est fait, je me lève, et je vais à mon père ; si en effet vous exécutez courageusement cette résolution ; si vous tombez aux pieds de cet ami fidèle qui siège aii tribunal sacré où Dieu lui ordonne de vous attendre et de vous recevoir; si vous implorez, à deux genoux, en ce lieu de miséricorde, les grandes consolations que réclament vos grandes misères ; si vous dilatez votre cœur oppressé pour recevoir ces douces paroles qui purifient et qui consolent ; si vous vous mettez en état de sentir dans votre âme cette action divine qui touche, i. 23.

qui ébranle, qui entraîne, qui rattache à la vie par un doux rayon d'espérance ; enfin, si au lieu du monde, vous cherchez le ciel ; si au lieu de l'homme, vous cherchez Dieu ; alors, n'en doutez point, alors vous direz avec l'accent de la plus vive reconnaissance : 0 confession ! ô sainte et divine confession ! sois bénie, sois éternellement bénie ! ou plutôt qu'il soit à jamais béni le Dieu des miséricordes qui t'a fondée, pour le salut de l'homme et pour le soulagement de ses misères !

Mais si la confession est déjà si propre à adoucir les peines ordinaires de la vie, que dire de son action bienfaisante sur le pécheur, plongé, depuis tant d'années, dans la fange de tous les vices,, dont la conscience est un bourreau domestique qui le ronge sans lui accorder un moment de relâche, et qui retrouve en quelques instants, aux pieds d'un prêtre, cette paix profonde et ces ineffables consolations qui lui rappellent les jours heureux de son ancienne innocence !

Le moment de la réconciliation d'un grand pécheur avec Dieu dans le secret intime du confessionnal a réellement des charmes infinis et totalement inexprimables. Nous plaignons vivement celui qui ne voit pas là l'action de Dieu manifestée dans toute son évidence.

Je me suis souvent demandé lequel était le plus heureux en ces circonstances, du confesseur ou du pénitent. C'est un mystère du cœur dont Dieu seul a le secret. Ce qu'il y a de certain, c'est que rien, dans notre divin ministère, ne nous procure autant de consolation, autant de douces émotions qae celles que nous cause la conversion sincère

d'un grand pécheur, quand nous avons le bonheur d'en être les instruments. Oui, nous pouvons dire que c'est là, sans aucune comparaison, que nous trouvons avec le plus d'abondance cette joie si pure et si suave dont il a plu à la divine bonté de récompenser ici-bas nos travaux. Les folles joies du monde, nous y avons renoncé ; les satisfactions charnelles, nous en avons fait à Dieu le généreux sacrifice ; mais quel dédommagement ce Dieu d'amour nous accorde, quand il met à nos pieds un vieux pécheur qui, à la première de nos paroles, se réveille, s'attendrit, et voit ses yeux se changer en deux fontaines de larmes ! Non, cette joie-là n'est point l'œuvre de l'homme ; on la goûte sur la terre, mais sa source est au ciel.

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