‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 58 sur 92 · IV. — Confession d'un homme du monde sincèrement converti · texte numérisé non relu

IV. — Confession d'un homme du monde sincèrement converti

A l'appui de ce qu'on vient de lire, nous éprouvons le besoin de donner ici quelque idée de ce qui se passe au saint tribunal, quand un vieux pécheur , sincèrement converti , vient implorer notre miséricorde et solliciter par ses larmes le pardon de ses crimes. Puissent quelques-uns de ceux qui liront ces lignes, se sentir animés du désir de figurer bientôt eux-mêmes comme acteurs dans la scène si touchante et si vraie que nous allons reproduire ! Qu'on ne croie pas que le tableau qui va passer sous les yeux de nos lecteurs soit la conception fantastique d'une imagination exaltée. Ah ! quand la réalité est si belle, qui pourrait penser à la ternir par une exagération menteuse ?

La scène se passe dans un coin retiré d'une

église silencieuse. Il fait nuit; l'église n'est éclairée que par une lumière douteuse placée à quelque distance du confessionnal, et par la lampe toujours allumée devant le saint Tabernacle. L'église est déserte. Quelques rares et pieux fidèles, placés ça et là dans les diverses parties du temple, sont en prières. Le confessionnal, surmonté de sa croix de bois, symbole de la miséricorde et du pardon, est dans une chapelle particulière ou dans un des coins les moins saillants de l'église, tel qu'il y fut placé, il y a peut-être deux ou trois siècles, par quelque pieux pasteur qui dort son sommeil sous l'herbe du cimetière, et qui, alors comme aujourd'hui, voyait se grouper autour de ce tribunal de paix des masses de pécheurs qui venaient y chercher de divines consolations. Quelques âmes pieuses environnent ce confessionnal, en attendant que chacune d'elles y entre à son tour. Le confesseur y est installé ; à sa droite et à sa gauche il y a deux coupables agenouillés. L'un s'accuse déjà ; l'autre prépare son acte d'accusation. Parmi les pieux fidèles qui entourent le confessionnal, se trouve un homme du monde qui attire les regards ; la curiosité dont il est l'objet indique assez que ni lui, ni les hommes de sa classe ne sont habitués à fréquenter ce saint lieu. Sa présence, au reste, n'en est que plus édifiante. D'un regard furtif, le confesseur l'aperçoit, et ne le reconnaissant point pour une brebis de son bercail, il se réjouit en pensant que c'est peut-être quelque prodigue que la divine miséricorde lui envoie. Il a raison, c'est cela même. Encore quelques instants, et l'homme du monde, le prodigue, le vieux pécheur est à ge-

noux près de celui qu'il appelle son père, sachant bien d'avance qu'il Test en elfet, et qu'il en a le dévouement et la tendresse. Cet excellent père qui sent déjà son cœur s'émouvoir; voulant dès l'abord épargner à son nouvel enfant la peine et rembarras d'une première ouverture, s'empresse de la faire lui-même, et alors s'établit le dialogue suivant :

— C'est, je crois, la première fois que je vous confesse, n'est-ce pas, mon enfant ?

— Oui, mon père.

— Il y a peut-être bien longtemps que vous ne vous êtes confessé....

— Ah I mon père, s'il y a longtemps !...

— Vous soupirez, mon pauvre ami ; oîi ! que j'aime les confessions qui commencent par un soupir ! elles finissent presque toujours par des larmes.

— Ah ! c'est que vous ne savez pas, mon père, combien je suis misérable ; jamais peut-être vous n'avez eu à vos pieds un pécheur comme moi ; il y a près de cinquante ans que je n'ai mis le pied dans un confessionnal ; et depuis ce temps-là, grand Dieu, quelle conduite ! quelle vie ! quelle masse de crimes !

— Tout cela n'est rien, mon pauvre enfant, si le repentir est au bout. Oh ! que vous allez me procurer de joie ! Quels moments délicieux vous allez me faire passer quand je vais recevoir les épanchements intimes de votre cœur oppressé ! Écoutez , mon enfant ; commencez par vous mettre parfaitement à l'aise ; dilatez votre cœur par une confiance sans bornes ; soyez convaincu que plus vous allez nVexposer de misères, plus vous allez

développer en moi les sentiments de la compassion, de l'intérêt et du zèle. Croyez bien aussi que rien de ce que vous allez me confier, ne va me causer le plus léger sentiment de surprise. Lors même, ce qui n'est pas probable, que vous me feriez connaître quelque crime dont mes oreilles n'auraient jamais entendu l'aveu , tenez pour certain que je ne vais pas encore éprouver le moindre étonnement.

— Est-ce possible, mon père, est-ce possible ?

— Oui, mon enfant, cela est possible ; cela est même plus que possible ; cela est réellement tel que je vous le déclare. Non rien, en fait de péchés, ne me cause de surprise ; je sais si bien ce que c'est que la faiblesse humaine vaincue par la passion ! je sais si bien ce qu'est l'homme quand il a rompu tous les liens qui l'attachaient à Dieu ! Ah I mon cher enfant, écoutez-moi bien, je vous en prie : s'il y a quelques péchés que vous n'ayez pas commis, et il y en certainement, savez-vous pourquoi vous ne les avez pas commis ? C'est — ou parce que vous n'en avez pas eu la pensée, — ou parce que vous n'avez pas eu l'occasion de les commettre, — ou parce que vous n'aviez pas naturellement d'inclination pour ces péchés-là. Dans aucun cas, vous n'avez été retenu par la pensée de Dieu, puisque Dieu n'était plus rien vous, puisque vous n'aviez plus avec lui le moindre rapport, et qu'entre lui et vous il y avait des espaces infinis. Je m'attends donc à tout, en fait de misères ; oui je m'attends à tout ce que les passions les plus fougueuses vous auront suggéré dans leur aveugle délire. Calmez-vous donc, mon enfant, et rempla-

cez par la confiance les vaines frayeurs que l'imagination vous inspire.

— Que vous otes bon, mon père ! Que votre douceur me fait de bien ! Je sens déjà dans mon âme quelque chose qui ressemble à la paix et au bonheur.

— Que sera-ce donc, mon enfant, quand votre cœur sera déchargé du fardeau de péchés qui l'oppresse ! Si vous êtes déjà presque heureux avant que votre confession soit commencée, que sera-ce quand vous déclarerez votre dernière misère ? que sera-ce quand je pourrai vous dire : Tout est fini, mon enfant, le ciel est à vous I Pour hâter ce délicieux moment, entrons en matière, et vous allez bientôt. voir que la confession la plus longue est loin d'être aussi difficile que les gens du monde se le persuadent.

— Vous allez m'aider, n'est-ce pas, mon père?

— Si je vais vous aider 1 en doutez-vous , mon enfant ? Ah ! vous allez bientôt voir si ce n'est pas le confesseur plutôt que le pénitent, qui recherche les péchés et qui les révèle.

Ici commence, à proprement parler, la confession. Le confesseur, avec un tact exquis, avec une douceur angélique et les précautions du vrai zèle, parcourt l'un après l'autre les commandements de Dieu et de l'Église, et fait sur chacun d'eux les questions qu'il croit nécessaires pour connaître l'état du pénitent. En entendant des péchés graves, il évite avec un soin extrême de témoigner la plus légère surprise ; il s'abstient de questions inutiles et surtout de celles qui, outre leur inutilité, seraient de nature à humilier le pénitent ou à blesser sa

susceptibilité. De temps en temps, il s'arrête pour lui faire observer combien Dieu a été bon à son égard, avec quelle patience il l'a attendu de préférence à une infinité d'autres ; et il fait jaillir de ces considérations des actes de reconnaissance, de repentir et d'amour qui disposent merveilleusement l'âme à obtenir le pardon qu'elle désire. Il lui dit aussi avec bonté :

— Vous êtes peut-être fatigué, mon enfant ; si vous voulez, nous pouvons en rester là aujourd'hui.

Presque toujours il obtiendra pour réponse :

— Oh ! non, mon père, si vous n'êtes pas fatigué vous-même, je serai heureux de continuer....

— Vous serez heureux de continuer ! ah ! vous reconnaissez donc, mon enfant, combien est vrai ce que nous disons si souvent aux pécheurs, que la confession est une source d'ineffables jouissances ; que la première démarche est tout ce qu'il y a de pénible dans l'accomplissement de ce devoir, et qu'on s'en fait dans le monde l'idée la plus fausse.

Enfin, quand la confession est terminée, ce qui peut très-bien avoir lieu quelquefois dès la première séance ; si le pénitent est convenablement disposé à recevoir la grâce de l'absolution, on lui annonce crue cette précieuse faveur va lui être accordée. Moment délicieux où de profondes émotions vont se faire sentir !

— Réjouissez-vous, mon enfant, vous allez recevoir l'absolution générale de tous les péchés de votre vie.

— Ali ! mon père, pensez-vous que je sois en étal Je recevoir une telle grâce?

— Oh ! oui, mon enfant, je le pense, et je n'ai

pas à cet égard le plus léger doute. N'avez-vous pas fait tout ce qu'il fallait pour apaiser Dieu ? Il vous demandait l'aveu de vos misères ; ne l'avezvouspas fait avec sincérité ?

— Ah ! mon père, je vous l'ai fait, je vous jure, comme je l'aurais fait à Dieu même.

— Je le sais bien, mon enfant ; voilà pourquoi je vous rassure. Que faut-il, outre cela, pour fléchir la justice divine? Une seconde chose qui est encore en vous, j'en suis certain : le repentir, c'est-à-dire le regret de vos fautes passées, et la ferme résolution de les éviter à l'avenir.

— Oh ! pour cela, !mon père, je crois pouvoir vous faire une réponse vraiment satisfaisante ; car jamais, depuis que je suis au monde, je n'ai senti en moi autant d'horreur pour le péché que j'en sens en ce moment. Oui, je crois sincèrement que j'aimerais mieux mourir ici à vos pieds que de commettre a l'avenir un seul péché grave.

— Soyez donc parfaitement tranquille , mon enfant ; car — faire l'aveu de ses fautes — et s'en repentir : voilà tout ce qu'il faut pour être absous au tribunal de Dieu, si différent de celui des hommes. Le moment est donc venu, mon enfant, où l'enfer ouvert sous vos pieds va se fermer pour jamais, où le ciel fermé sur votre tète, va s'ouvrir et se dilater pour vous recevoir. Oui, quand vous allez ça' entendre prononcer ces trois mots : Ego absolvo te, Je vous absous, la miséricorde de Lieu va s'incliner tendrement pour vous donner le saint baiser ; tous vos crimes vont s'évanouir comme la fumée, sans que jamais ils puissent reparaître ; l'innocence va remplacer le

vice dans votre âme ; le calme le plus profond va descendre dans votre conscience ; le bonheur le plus pur va remplir toute la capacité de votre cœur, et la cour céleste tout entière va s'associer à votre joie et à la mienne ; car c'est Jésus-Christ lui-même qui nous dit ces paroles : Je vous assure qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingtdix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. Confiance donc, o mon enfant, confiance et repentir.

— Ah ! mon père, quelles douces larmes vous me faîtes répandre ! Je ne comprends pas ce qui se passe en ce moment dans mon âme ; j'y sens une vive douleur à la vue de mes crimes, et cette douleur, au lieu de m'abattre et de m'accabler comme la douleur ordinaire, produit en moi une paix et un bonheur que je ne puis exprimer que par mes larmes...

— Que Dieu soit béni ! mon cher enfant ; vous êtes la conquête de sa miséricorde. Pour exciter plus vivement encore votre repentir et votre amour, figurez-vous que vous êtes agenouillé sur le bord de l'enfer où vous avez tant de fois mérité de tomber ; figurez-vous que vous tenez dans vos bras la croix sanglante de Jésus qui y est mort pour vous sauver, et qui va vous appliquer les mérites infinis de son sang ; figurez-vous enfin que c'est lui-même qui, du haut de sa croix, va vous absoudre par la bouche de son ministre. Produisez, sous linfluence de ces grandes pensées, un acte de vraie contrition, comme si vous deviez mourir après l'avoir exprimé, et je vais, au

nom de Dieu même, vous donner l'absolution de tous les péchés de votre vie.

Nous renonçons à n'écrire, et la joie du pénitent, et celle du confesseur, au moment où l'absolution vient d'être prononcée. Très-souvent, en ces circonstances, ils versent tous les deux des larmes bien douces. Le confesseur, avec une émotion profonde, termine la séance par ces dernières paroles : Allez en paix, mon enfant, et ne péchez plus ; et lheureux pénitent lui répond : Merci, mon père, merci, mille et mille fois mer cil... Et il va répandre son âme et pleurer à son aise au pied du divin tabernacle, d'où Jésus le contemple d'un regard de complaisance et d'amour.

0 religion catholique, que tu es belle ! Et qu'il est malheureux, qu'il est aveugle celui qui se refuse ou qui seulement balance à te proclamer divine ! En vérité, nous le demandons, une scène comme celle qui vient d'être esquissée appartientelle à la terre? ou n'est-ce pas plutôt au ciel qu'elle se passe ?

« Non , jamais , disait un ancien officier au » P. Brydaine qui venait de le convertir, je n'ai » goûté de ma vie de plaisirs aussi purs que ceux » dont je jouis depuis que je suis rentré en grâce » avec Dieu. Je ne crois pas en vérité que Louis XY, » que je sers depuis trente-six ans, puisse être plus » heureux que moi. Non, ce prince, dans tout l'éclat « qui environne son trône, au sein de tous les » plaisirs dont il regorge, n'est pas si content et » si joyeux que je le suis depuis que j'ai déposé » l'horrible fardeau de mes péchés. »

Et toutes ces joies, qui le croirait? toutes ces

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consolations, c'est un coupable qui les goûte, un

coupable cité au tribunal de la justice divine, un coupable aux pieds de son juge ; mais un coupable qui cesse de l'être, et qui retrouve l'innocence dans le repentir.

Après des réflexions si encourageantes, après tout ce que nous avons dit des précieux avantages et des joies abondantes que la confession procure à tous eux qui y ont recours, en quelque situation qu'ils se trouvent, conçoit-on qu'il se rencontre des hommes assez pervers pour essayer de flétrir une institution si salutaire, qui a rendu, qui rend encore, et qui rendra jusqu'à la consommation des siècles les plus signalés services à l'humanité si souffrante et si désolée? Que ces hommes aveugles et ingrats se privent eux-mêmes des avantages de cette divine institution ; en nous plaçant au point de vue de leur impiété, nous le concevons encore ; mais qu'ils essayent d'entrainer dans leur mauvaise voie ceux qui ne trouvent de bonheur que dans la paix d'une bonne conscience, et la pratique de leurs devoirs religieux; qu'ils s'efforcent particulièrement de les éloigner de la confession qui les rend si heureux, en décriant avec malignité l'institution miséricordieuse qui les préserve des plus grands malheurs, et qui leur procure de si douces consolations; non, ce ne peut être que l'enfer qui souffle dans le cœur de l'homme des inspiraiions si criminelles.

Au reste, bénissons Dieu de nous avoir à peu près délivrés de ces prétendus amis de l'humanité, qui en étaient les plus redoutables fléaux. On osait soutenir, il y a peu d'années, que le Chris-

tianisme avait fait son temps; mais il est bien plus vrai de dire que c'est l'impiété qui a fait le

sien. Qm est-ce qui discale aujourd'hui la Religion? Supprimez quelques vieux disciples de l'école voltâîrienne, épars çà et là comme de tri s les débris ; fils malheureux d'un père coupable, qui disparaissent l'un après l'autre sans se reproduire, frappés qu'ils sont cl' impuis sauce et de stérilité; et après cela que voyez-vous? Une génération neuve, vierge de l'affreuse impiété du dernier siècle, dont elle ne parle que pour la maudire ; génération sans cloute qui n'est" pas encore universellement croyante , mais qui no craint point de le devenir, et à laquelle il suffit de montrer la Religion telle qu'elle est avec son gracieux cortège de vertus et d'éternelles récompenses, pour quelle s'y attache et qu'elle la pratique. Voilà le beau spectacle que la divine bonté nous découvre", voilà ce qui ravive notre espérance et ce qui nous fait dire avec un indicible bonheur ; Les vieilles misères ont disparu ; tout se renouvelle sous la main de Dieu ; Vetçra transicrwit, ecco facta sunt omnia nova.

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