V. — Réfutation de quelques objections contre la confession
Nous ne dirons rien de ces banalités grossières, tombées aujourd'hui dans l'ornière du ridicule, qu'on a cru pouvoir à une autre époque ériger en armes terribles contre la c mfession, unis qui ne sont considérées maintenant crue comme de misérables rapsodies plates et usées, que les esprits sérieux et cultivés auraient honte de reproduire. Nous voulons parler de ces puériles objections qui cousis-
taient à dire que l'Évangile ne prescrit point la confession, — qu'elle a été inventée par les prêtres — qu'ils s'en servent pour divulguer les secrets des familles..., et autres sottises de cette nature auxquelles nous dédaignons de répondre, d'autant plus que nous parlons à des lecteurs qui vénèrent la confession, tout en refusant d'y recourir par insouciance ou par lâcheté. Essayons d'aplanir les obstacles qui les arrêtent.
Première objection. — Je liai pas le temps d'aller à confesse. — À quoi donc remployez-vous, votre temps? — À traiter mes affaires. — Vos affaires? Mais, dites-moi, en avez-vous de plus importantes à traiter que celle de votre salut? Éviter une éternité de supplices où vous pouvez entrer à chaque instant, et mériter une éternité de bonheur dans le sein de Dieu ; connaissez-vous quelque chose de plus sérieux et de plus urgent à traiter ?
Vous n'avez pas le temps ! S'il vous arrivait à l'instant, outre vos affaires ordinaires, une affaire nouvelle qui vous fit espérer de très-grands avantages temporels, une riche succession, par exemple, y renonceriez-vous en disant froidement : j'ai bien assez de mes occupations courantes, ne me parlez point de celle-ci? Oh! pour cela, dites-vous, c'est une autre affaire. — Oui ; mais celle que je vous propose, moi, est une autre affaire aussi ; et elle l'emporte autant sur cette affaire de succession dont je viens de parler, que le ciel l'emporte sur l'enfer. Ouvrez donc les yeux, pauvre aveugle, et voyez l'affreux malheur qui vous menace.
Tous n'avez pas le temps ! Et quand l'aurez-vous, ce temps qui vous manque aujourd'hui? Ke voyez-
vous pas que vous teniez le même langage, il y a vingt ans, trente ans peut-être, et qu'alors comme maintenant vous espériez être plus tard moins [surchargé d'affaires, et plus en état de penser à celle du salut de votre âme ? Qu'est-il arrivé cependant ? Les affaires se sont succédé sans relâche ; vous en avez créé de nouvelles quand vous n'en aviez point d'autre ; et ainsi, d'affaires en affaires, vous vous êtes cru légitimement dispensé de vous occuper de celle qui prime toutes les autres par son importance. Comment ne voyez-vous pas que vous êtes sous le charme trompeur de la plus dangereuse illusion, et que vous comptez toujours sur des circonstances qui n'arrivent jamais ?
Vous n'avez pas le temps ! Hélas ! il y aura peutêtre, et probablement même, un jour où vous tiendrez ce langage avec vérité. Yous désirerez du temps pour penser à votre âme, et vous n'aurez plus, en ce jour, d'autre temps que l'éternité, c'està-dire ce gouffre sans fond où le temps s'absorbe pour ne revivre jamais. Jour affreux! nous dit Dieu dans la sainte Ecriture, jour de misère et de calamité: Dies calamitatis et miseriœ ! Oh! que nous sommes aveugles de compter , pour nous sauver, sur le frivole espoir qui en a perdu tant d'autres !
Yous n'avez pas le temps de vous confesser ! Mais vous pensez donc que cela vous demanderait un temps considérable ? Si vous le pensez, vous êtes dans une erreur grossière. Yous pouvez faire une confession, et une très-bonne confession, et une confession de cinquante ou de soixante années, sans y employer plus de temps que vous n'en pas-
sez, pendant une soûle semaine, au jeu, à la promenade ou à un sommeil que vous pourriez abréger un peu sans le moindre inconvénient. Pour vous dire enfin quelque chose de plus précis, vous pouvez faire, moyennant le sacrifice de trois heures, une excellente confession qui apaisera la colère divine, édifiera le prochain, rendra la paix à votre conscience, et vous délivrera des frayeurs de la mort et de ses suites affreuses. Encore ne vous demandet-on pas trois heures consécutives ; mais trois heures divisées, morcelées, et réparties comme il vous plaira dans le cours d'une ou deux semaines. Je vous le déclare, aidé, comme vous le serez trèscertainement, par un confesseur expérimenté, le temps que je vous demande est suffisant, et plus que suffisant, pour mettre parfaitement en règle la plus grande affaire dont l'homme puisse être chargé sur la terre. Ne dites donc plus : je n'ai pas le temps de me confesser ; dites plutôt : j'ai le temps, si je veux, de faire et de bien faire ce que Dieu, ma religion et ma conscience me commandent. Ne nous abusons point, voilà la vérité.
Deuxième opjectiox : // est trop difficile de se confesser. — Cependant vous espérez bien vous confesser plus tard, et ne pas mourir surtout sans avoir rempli cet impérieux devoir ; comment se fait-il donc que , trouvant cette confession trop difficile aujourd'hui, vous en augmentiez encore chaque jour la difficulté par vos interminables, délais? Est-ce la vue d'une multitude confuse do péchés entassés dans votre âme, qui vous fait reculer ? Mais pourquoi donc en augmentez-vous encore à chaque instant le nombre ? Est-ce la
pensée de débrouiller et de régulariser une conscience depuis si longtemps en désordre, qui vous rebute et vous décourage? Mais pensez-vous que ce désordre ne sera pas plus grand encore, si vous persistez à ajourner l'œuvre de votre conversion d'époque en époque jusqu'à la fin de votre vie ? N'y aura-t-il point alors, d'une part, beaucoup plus d'embarras et de confusion dans votre conscience ; et de l'autre, beaucoup moins de facilité pour en régler les comptes, à cause des infirmités qui surviendront, de la mémoire qui s'affaiblira, des facultés intellectuelles qui s'émousseront, de l'insouciance qui aura fait du progrès, et de l'endurcissement peut-être , dans lequel vos longues résistances à la grâce vous auront plongé? Vous le voyez donc : vous vous plaignez d'une difficulté que vous aggravez tous les jours.
Il est trop difficile de se confesser ! Est-ce la recherche de vos péchés qui vous semble si difficile ? Mais cette recherche ne doit point être scrupuleuse. Dieu ne vous demande, pour bien faire votre confession, que l'application que vous mettez à une affaire importante et sérieuse. Si, après vous être convenablement appliqué à rechercher vos fautes, il vous en échappe encore, et même de trèsgraves et en grand nombre, elles seront pardonnées comme les autres, puisque l'on n'est obligé qu'à déclarer les fautes dont on se souvient après lin sérieux examen. D'ailleurs, comptez-vous pour rien les interrogations multipliées d'un confesseur habile, qui a cent fois, mille fois peut-être, remis en ordre des consciences comme la vôtre, et plus embarrassées encore que la vôtre ?
Est-ce la démarche en elle-même qui vous coûte? Oui, dites-vous, cela me coûte beaucoup ; si je me trouvais tout à coup transporté aux pieds d'un confesseur de mon choix et de mon goût, il est certain que je me confesserais, et il est probable que je serais, après cette confession, plus tranquille et plus heureux que je ne suis maintenant; mais cette démarche est si pénible que je n'ai pas le courage de l'entreprendre. Quelle lâcheté ! Le croirait-on? Voilà pourtant ce qui retient un grand nombre d'hommes du monde hors des voies du salut ! Ils aiment la Religion ; ils estiment souverainement ceux qui la pratiquent ; ils regardent comme les plus belles années de leur vie celles où ils la pratiquaient eux-mêmes ; ils seraient désolés de mourir avant d'avoir fait, et bien fait, cette confession, qu'ils ajournent sans cesse ; et tous ces bons sentiments viennent échouer contre un fonds de faiblesse et de lâcheté, qui sera peut-être la cause de leur perte éternelle ! Un peu de courage, chers et tendres amis, que nous appelons de toute la ferveur de nos prières et de nos vœux ; un peu de courage, et vous allez recevoir de la main de Dieu même la palme de la victoire.
11 est trop difficile de se confesser î Mais cette difficulté fût-elle cent fois plus grande, il faudrait encore la surmonter. Nous disons il faudrait, remarquez ce mot : se confesser n'est pas seulement une chose avantageuse, utile, importante ou même excessivement importante ; c'est bien tout cela sans doute ; mais c'est infiniment plus que tout cela ; c'est c'est nécessaire, c'est absolument nécessaire, c'est d'une nécessité telle qu'il n'y en eut,
et qu'il ne saurait jamais y en avoir de pareille, puisqu'il s'agit de gagner le ciel en se confessant, ou de tomber en enfer en ne se confessant point.
Troisième objection : Je ri ose avouer mes péchés... Que dira mon confesseur ? — Un homme sortant un jour d'un mauvais lieu rencontra un philosophe, et cette rencontre le fit rougir. Le philosophe s'en aperçut, et lui dit : Il fallait rougir d'entrer en ce lieu ; mais il ne faut pas rougir d'en sortir. Nous en dirons autant à celui qui n'ose avouer ses fautes au saint tribunal ; rougissez d'avoir commis vos péchés, c'est fort bien, mais ne rougissez pas de les avouer; car cet aveu est une chose excellente et infiniment méritoire.
Vous n'osez avouer vos péchés ! On dirait que c'est à un tyran que vous allez faire cet aveu ; tandis que c'est à un homme pécheur comme vous, et qui ne reçoit autre chose chaque jour que la confidence de mille misères semblables aux vôtres. Mais, que dis-je? vous la faites, cette confidence, à un père plein de tendresse et de miséricorde, qui vous bénit avant de vous entendre, qui ne vous dit que des paroles de bonté, qui vous épargne, par ses interrogations, la peine d'une accusation complète, qui compte parmi les jours les plus heureux de sa vie celui où il vous réconcilie avec Dieu, qui pleure d'attendrissement et de bonheur au moment de cette réconciliation, et qui pense bien plus à la joie qu'il vous procure , qu'aux péchés nombreux que vous lui faites connaître. Vous demandez ce qu'il va dire ou du moins ce qu'il va penser, en entendant le récit de vos fautes? 11 va penser qu'il vous est arrivé ce qui arrive à
tout homme qui secoue le joug de Dieu pour se charger de celui de la passion ; il va penser que vous faites preuve de courage et de grandeur dame, en venant lui faire une déclaration devant laquelle tant de lâches reculent ; il va penser que vous méritez tous les empressements de son zèle, toutes les effusions de sa charité, tous les témoignages de l'intérêt le plus paternel, puisque vous le choisissez pour le confident de vos secrets les plus intimes. Voilà les pensées d'un prêtre en entendant la confession des pécheurs, et surtout des grands pécheurs, que Dieu lui envoie pour lui procurer les plus douces consolations de son ministère.
Que de fois nous avons regretté qu'on ne connut pas dans le monde les vrais sentiments d'un confesseur, quand il entend les fautes graves que ses pénitents lui déclarent ! Chacun ne pensant qu'à ses péchés propre-, et rougissant peut-être de luimême au souvenir de ses criminelles folies, se figure que le confesseur, qu'il se représente comme un saint, va frémir au fond de l'âme en entendant les monstruosités qu'il va lui révéler ; et l'on ne veut pas voir que non-seulement son indulgence toute miséricordieuse, mais encore l'habitude qu'il a d'entendre à chaque instant de pareilles misères, émousse en lui ce sentiment d'horreur qu'on lui prête, et l'émousse à tel point, qu'il entend comme une chose ordinaire et commune, ce que le pénitent ne lui avoue qu'en tremblant, ce que peutêtre même il est tenté de lui cacher.
Rassurons-nous donc, et sachons mépriser une crainte que notre imagination seule nous représente comme sérieuse.
Quatrième objection : On me demandera des cho* ses que je ne pourrai pas accorder. — Qu'en savezvous ? Plusieurs, arrêtés d'abord comme vous par cette considération, mais finissant par n'en tenir aucun compte, ont été fort surpris en obtenant de leur confesseur une décision plus favorable que celle qu'ils attendaient. Vous n'êtes pas théologien ; vous regardez souvent comme peu de chose ce qui est un grand mal ; mais quelquefois aussi vous regardez comme criminel ce qui, sans blesser les principes de la morale, peut à la rigueur se permettre.
— Non, répliquez-vous, ce que je veux dire ne peut pas être toléré ; mon confesseur m'en demandera certainement le sacrifice. — Je n'en sais rien, moi ; mais ce que je puis affirmer, c'est qu'il ne vous demandera pas d'autre sacrifice que celui que vous devez nécessairement faire pour gagner le ciel et éviter l'enfer. Or, je ne concevrai jamais qu'en présence d'une telle nécessité, vous puissiez être détourné de la voie du ciel par l'idée d'un sacrifice quelconque.
Au reste, que risquez- vous ? Suivez toujours la divine inspiration qui vous pousse vers le saint tribunal I Ah ! vous ne savez pas les bonnes paroles qui vous y attendent ; vous ne savez pas l'empire des sages conseils que va vous donner l'ami le plus dévoué, le plus charitable et le plus désintéressé que vous ayez au monde ; vous ne savez pas combien d'autres, disposés comme vous l'êtes en ce moment, ont fait avec bonheur des sacrifices plus pénibles encore que celui qui vous effraye ! Allez donc, et soyez sûr que vous ne i. M.
regretterez jamais d'avoir fait la démarche que je vous conseille.
Cinquième objection : La confession ne me servira de rien, je retomberai. — Qu'en pouvez-vous savoir? Plusieurs retombent, c'est vrai ; mais plusieurs aussi ne retombent point, du moins dans des fautes qui compromettent essentiellement le salut de leur âme. Pourquoi voulez-vous vous persuader d'avance que c'est aux premiers que vous ressemblerez et non pas aux seconds ?
Vous retomberez ! eh bien ! quand il en serait ainsi, votre malheur serait-il sans remède ? Où donc avez-vous vu que la confession, même parfaitement faite, rendait l'homme impeccable ? Il est un péché dans lequel on ne retombe jamais : c'est le péché originel que nous apportons en naissant ; aussi, admirez la sagesse de Dieu ; le sacrement qui remet ce péché, le baptême, ne peut être conféré qu'une seule fois. Mais tous les autres péchés pouvant être, et étant en effet commis une infinité de fois jusqu'au dernier souffle de vie du pécheur, il lui fallait, pour le secourir en une telle misère, un sacrement qui put èire conféré autant de fois qu'il en aurait besoin ; et voilà ce qu'a fait l'infinie miséricorde de Dieu, en établissant le sacrement do pénitence.
Un pécheur d'habitude vient trouver un jour saint Philippe de Néri ; il gémit à ses pieds, il s'accuse, il promet en pleurant de ne plus retomber. Le saint lui donne l'absolution. Le lendemain, le pécheur revient ; il est retombé ; mais il donne encore des marques évidentes de repentir ; le saint lui donne de nouveau l'absolution. La même scène se renouvelle
plusieurs fois ; mais enfin l'heureux pénitent remporte la victoire ; il ne retombe plus dans son péché, et devient en peu de temps un fervent chrétien.
Qui sommes-nous, grand Dieu ! pour mettre des bornes à votre miséricorde infinie ? Faisons tout ce que nous pourrons pour ne pas tomber, dit saint Chrysostome ; mais si nous tombons, relevonsnous sur-le-champ par un acte de confiance et d'amour. Allons à l'instant même, s'il se peut, nous jeter aux pieds du ministre de Jésus, et jamais la divine bonté ne nous fera défaut.
Sixième objection. Plusieurs se confessent et n'en sont pas meilleurs. — Mais plusieurs se confessent et deviennent excellents. Ressemblez à ceux-ci, puisque la conduite des autres vous scandalise.
Ètes-vous bien sûr, d'ailleurs, que ceux qui se confessent n'en sont pas meilleurs ? Ah ! si vous pouviez savoir ce qu'ils étaient quand ils ne se confessaient point, et ce qu'ils deviendraient s'ils cessaient de se confesser, vous verriez si, pour ceux-là mêmes dont vous blâmez la conduite, la confession n'est pas un frein puissant et salutaire. Gardonsnous d'imiter ces hommes sans charité et sans justice, qui voudraient que la confession fit une telle refonte de l'humanité, que jamais les pénitents n'en ressentissent la faiblesse. C'est demander que l'homme ne soit plus homme ; c'est demander qu'il soit au ciel par ses œuvres, quand il est encore collé à la terre sous le poids de ses misères. Ne soyons pas plus exigents que Dieu, et pensons à nos crimes quand nous serons tentés d'accuser les faiblesses de nos frères. Yous êtes criminels, parce que vous ne vous confessez point. — Ils sont
faibles encore, quoiqu'ils se confessent : en vérité, croyez-moi, la confession est plus utile que vous ne le pensez.
- Puissent les pages que nous venons d'écrire sur la confession, conduire ceux qui les liront au tribunal sacré, où la divine miséricorde leur réserve des consolations dont malheureusement ils ignorent la douceur !