‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 66 sur 92 · III. — Bonne et solide conversion · texte numérisé non relu

III. — Bonne et solide conversion

Tout ce qui vient d'être dit laisse déjà bien voir ce que doit être une conversion solide et véritable. Disons-le cependant plus clairement encore :

Le chrétierî qui ouvre les yeux sur la profondeur de ses égarements, et qui revient à Dieu avec un grand cœur et une volonté ferme, selon la parole de saint Paul, corde magno et anima volenti, rompt ses chaînes tout d'abord, et se dit à lui-même avec une pleine confiance en la divine miséricorde : C'en est fait, mon parti est pris ; je mets la main à l'œuvre. Dixi, nunc cœpi. Il tombe aux pieds de Dieu avec les sentiments du Prodigue dans les bras de son père, et se relève en disant avec le grand Apôtre : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Domine, quid me vis facere ? La voix de sa conscience lui disant comme à Paul d'aller trouver un prêtre, il y va sans balancer : Mon père, lui dit-il, bénissez-moi, car j'ai beaucoup péché. Déjà

l'accent de foi avec lequel il dit ces premiers mots inspire au confesseur le sentiment d'une douce espérance qui ne tarde pas à se réaliser. Le vrai pénitent ouvre son âme comme un livre, et met parfaitement à jour ses plus secrètes misères. Il expose ses sentiments intimes, et déclare qu'il veut être à Dieu comme il était au monde, c'està-dire de tout cœur et sans partage. Il reconnaît sa faiblesse, et ne se dissimule point qu'il aura des luttes à soutenir contre des passions à l'empire desquelles il a été si longtemps asservi ; mais il attend tout de la grâce dont il se propose de seconder les opérations par une volonté généreuse. Le zélé confesseur, ravi de ces dispositions qui annoncent évidemment une conversion solide, une conversion d'éclat, donne de sages conseils qu'il a le bonheur de voir ponctuellement suivis. La confession fréquente est acceptée sans ombre de répugnance ; la prière partant d'un cœur fervent est accompagnée d'une telle douceur, qu'au lieu de s'y traîner avec peine, on s'y livre avec joie. Voulant édifier le inonde à l'égal du scandale qu'on lui avait donné , on pratique ostensiblement sa religion, sans orgueil assurément, mais aussi sans vaine crainte et sans honte. Sachant que rien n'attache à Dieu comme la céleste charité dont il est le foyer, notre pieux néophyte demande comme une grâce, et obtient comme un bienfait, d'être admis dans les sociétés de sa localité qui se consacrent à l'assistance des pauvres. Il est heureux non-seulement de racheter sespéchés par l'aumône, mais de ramener à Dieu les indigents qu'il visite. Il étend même le cercle des opérations de son zèle,

et saisi* avidemenl toutes les occasions qui se présentent pour essayer d'attirer autanl d'âm< à la religion, qu'il eh entraîna peut-être autrefois dans le vice.

Du reste, ses rapports avec le monde sont combines de manière qu'il possède son estime, sans faire brèche aux pratiques religieuses dont il s'esl imposé l'habitude. On dirait qu'il a pris à tâche de réhabiliter aux yeux du monde la dévotion si injustement décriée, cl qu'il a chargé sa douceur, sa bonté, son affabilité, sa complaisance, et toutes les vertus qui rendent l'homme aimable, de faire l'éloge de la pieté qu'il professe.

Sans doute il n'est pas à l'abri des tentations qui attaquaient saint Paul jusque dans les travaux de son apostolat et l'austère Jérôme au fond de son désert ; mais constamment muni des deux armes puissantes qu'il tient de Jésus-Chrit, la vigilance ct^la prière, il affronté sans crainte et soutient avec gloire les assauts de l'enfer. Au reste, ce n'est pas une blessure qui ébranlerait son courage. Fidèle à la résolution fondamentale qu'il a prise, en se donnant à Dieu, de ne s'endormir jamais le péché mortel dans l'âme, qu'at-il à craindre s'il recourt aussitôt au remède offert à sa faiblesse ? Une chute pourra l'humilier, mais le décourager et le perdre, jamais.

Tels sont les sentiments, telle est la conduite d'un homme qui ne fait rien à demi, et qui, comme il l'a dit, au premier jour de sa pénitence, veut être tout à Dieu comme il était tout au monde.

Remarquons, avant de finir cet important chapitre, que le vrai pénitent dont nous venons de

révéler les actes, ne fait rien qui dépasse les forces spirituelles de tout homme qui voudra sincèrement opérer le salut de son âme. Nous ne l'ayons point montré armé d'une discipline sanglante pour châtier une chair coupable ; nous ne l'avons pas mis en méditation pendant des heures entières ; nous ne l'avons point fait coucher sur La dure ; nous ne l'avons pas confiné dans sa maison comme dans un cloître : tout cela sans doute est excellent et mérite notre estime ; mais, ne voulant pas effaroucher nos lecteurs par le tableau d'une pénitence austère , nous n'avons fait pratiquer à notre homme du monde , sincèrement converti, que des œuvres ordinaires et communes que nous pourrons aisément pratiquer nous-mêmes , quan4 nous voudrons comme lui, franchement, fortement et constamment sauver notre âme, c'est-à-dire l'arracher à l'enfer, et la mettre en possession de l'éternel Royaume.

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