‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 72 sur 92 · II. ~ Faut-il adopter un grand nombre de pieuses pratiques · texte numérisé non relu

II. ~ Faut-il adopter un grand nombre de pieuses pratiques

Ceci dépend des circonstances. Tel homme est excessivement occupé, tel autre ne Test point du tout, ou l'est fort peu ; il est clair qu'on ne demandera pas autant d'ceuvres de piété au premier qu'au second. Cependant, nous pouvons dire, en principe général, que, sauf un attrait tout particulier que l'on suit de l'agrément du directeur, il est de la prudence de^ne pas s'imposer un grand nombre de pratiques pieuses. lien résulte quelquefois des inconvénients assez graves,

Ainsi, par exemple, il arrive souvent que, pour s'acquitter de ses nombreuses pratiques, on prend une partie du temps dont on n'est pas maître de disposer; ce qui, outre le préjudice que l'on porte au prochain , excite des mécontentements et des murmures.

D'un autre coté, cette surcharge considérable de pratiques finitpar produire la fatigue et l'ennui. Dans la ferveur primitive de la conversion, on ne sentait point cette fatigue ; on n'en soupçonnait pas même la possibilité ; mais cette première ferveur , qui n'était guère que du sentiment, une fois dissipée , l'abondance de pratiques devient un poids pénible i. 28.

dont on se débarrasse peu à peu et que Ton finit quelquefois par déposer entièrement.

Très-souvent aussi . n'ayant plus , comme on vient de le dire, le courage de s'acquitter de toutes les pratiques qu'on avait adoptées, on en supprime plusieurs ; mais une conscience peu éclairée s'alarmant outre mesure de cette suppression , on se figure que Dieu est mécontent, que l'on redevient faible, qu'on ne reverra jamais l'heureuse ferveur qu'on goûtait dans le principe, et que bientôt sans doute on retombera dans ses anciennes misères : de là des troubles, du découragement, des inquiétudes qui affaiblissent l'âme et la prédisposent à des chutes.

Enfin, les nombreuses pratiques, quand il y a surcharge, se font ordinairement à la hâte et sans beaucoup d'attention. Ce qui domine chez celui qui les fait, est-ce l'onction delà piété? est-ce l'amour de Dieu , est-ce le sentiment du besoin qu'il a do ses grâces ? Non ; c'est souvent le désir de terminer promptement des pratiques qui fatiguent. Or, quels fruits peut produire une disposition de cette nature?

Donc , nous le répétons , pas de surcharge ; un nombre convenable d'œuvres pieuses, choisies avec discernement et approuvées du directeur : voilà le principe dont il est important de ne pas s'écarter.

Iil. — Quelles pratiques doit-on rejeter ?

Déjà nous avons touché ce point légèrement et en passant ; touchons-le de nouveau avec un peu plus de détail.

On doit d'abord rejeter les pratiques qui sont en-

tachées de superstition ; nous l'avons dit plus haut, la vraie piété les abhorre.

On doit rejeter celles qui, n'étant point absolument nécessaires, comme le sont les sacrements, par exemple, ne peuvent se faire sans mécontenter les personnes avec lesquelles on est en rapport, et surtout les supérieurs dont on dépend.

Od doit rejeter encore celles qui nuisent notablement à la santé ; car il arrive quelquefois que des pratiques ou trop nombreuses, ou trop pénibles, produisent des maladies, ou du moins des indispositions assez graves qui mettent dans la nécessité de renoncer non-seulement aux oeuvres de piété qui ont produit ces maladies, mais encore à celles dont on aurait pu très-utilement continuer l'usage, si l'on n'avait pas commis les imprudences qui en nécessitent la suspension.

On doit rejeter aussi les pratiques de piété qui nuisent à l'accomplissement des devoirs de son état. Agir autrement, ce serait un renversement d'ordre que Dieu, qui est l'ordre même, ne saurait bénir. Seulement il faut voir si, sans retomber dans les inconvénients signalés plus haut, on ne pourrait pas s'y prendre de manière à faire marcher de front — et les devoirs de l'état — et un nombre convenable de pieuses pratiques.

Enfin, on doit généralement renoncer aux exercices de piété pour lesquels on ne sent aucun attrait, ou pour lesquels même on sent un fonds de répugnance. Si pourtant ce défaut d'attrait ou ce fonds de répugnance s'étendait à toutes les œuvres de la piété, ce serait une disposition très-fàcheuse qui ouvrirait la porte au relàchemeut et à ses sui-

tes funestes, et qu'il faudrait combattre sans ménagement en s "imposant l'obligation d'adopter quelques pratiques, en dépit de la répugnance qu'on éprouve à les faire. 11 arrivera souvent que Ton sera récompensé de son courage par un surcroit de consolations qu'on était loin d'attendre.

IV, — Quelles pratiques convient-il d'adopter ?

On conçoit aisément qu'il nous est impossible d'assigner, d'une manière fixe et bien déterminée, le nombre et la nature des exercices de piété dont chacun de nos lecteurs devra s'imposer la pratique. Cela es! tellement subordonné à une foule de circonstances, qu'il ne serait pas sage de tracer pour tous une règle uniforme. L'un dirait qu'on l'accable, l'autre qu'on l'épargne, et presque aucun ne serait content du règlement que nous aurions proposé. Que faire donc? Il nous semble que le mieux est de mentionner ici, l'un après l'autre, les divers exercices de piété que pratiquent les chrétiens fervents et fidèles, qui veulent sincèrement opérer le salut deleuràme. Les voyant sous ses yeux, appréciant, d'après le peu que nous en dirons, leur haute importance, apprenant enfin la manière de s'en acquitter avec fruit, chacun pourra faire un choix judicieux en rapport avec ses occupations, son attrait particulier, son degré de ferveur, et le reste.

Toutefois , nous dirons ici que tous doivent adopter l'usage généralement reçu de la prière du matin et du soir. Xous dirons encore qu'il e.t excessivement avantageux de faire de temps en temps une bonne lecture dans un livre qui détache du

péché, qui attache à Dieu et qui ravive le désir de sauver son âme. Nous dirons enfin qu'il est trèscomenable d'assister souvent aux offices publics de sa paroisse. Nous reviendrons, bien entendu, sur les trois points que nous venons d'indiquer ; mais nous voulions en faire déjà ressortir l'importance.

V. — Principes yënùraux pour bien faire les exercices de piété- Un des plus grands abus que l'on soit en droit de reprocher aux chrétiens qui s'occupent du salut de leur âme, c'est de faire sans mérite les pratiques pieuses dont ils ont contracté l'habitude. Ils les font avec tant de négligence, de promptitude et d'inattention, qu'ils n'en retirent à peu près aucun fruit. Dans ces saintes communications avec Dieu, les lèvres seules agissent ; le cœur ne sait ce qu'elles disent, et cependant pas une seule prière n'arrive au cœur de Dieu^si elle ne part du cœur de l'homme. C'est donc à eux que Jésus-Christ s'adresse quand il dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. N'est-il pas vraiment déplorable d'avoir la peine de la prière (car c'est une peine pour ceux-là) et de n'en avoir pas le profit ? Cependant, voyez-les : ils ne font rien pour corriger le défaut de leurs prières ; ils se reprocheraient pourtant, et avec raison, de manquer à les faire ; et leur aveuglement est tel, que l'on peut dire d'eux avec vérité qu'ils se feraient scrupule d'omettre des prières qu'ils ne se font pas scrupule de rendre inutiles.

Posons ici, pour leur venir en aide, quelques principes fondamentaux sur la manière de prier avec fruit.

La première condition nécessairement requise, c'est l'état de grâce. Tout homme en péché mortel est un sujet révolté contre son divin Roi. Le bien qu'il fait en cet état ne lui est point compté pour le ciel. S'il prie, et il doit prier plus que jamais, il ne doit espérer pour fruit de sa prière que les grâces nécessaires pour obtenir le pardon de sa révolte.

La seconde condition requise est d'avoir toujours le vif désir do sauver son âme. Prier, c'est demander le salut. Sous une forme ou sous l'autre, voilà le but de la prière. Or, comment demandera-t-on une grâce avec zèle, si l'on n'y attache presque aucun prix ?

La troisième condition de succès des œuvres de piété, c'est d'éviter une dissipation excessive qui jette l'âme hors d'elle-même et la met dans une quasi-impossibilité de penser à Dieu dans la prière. Cela vient souvent d'un encombrement d'occupations et d'affaires qu'on pourrait éviter, ou d'une surabondance de jeux et de plaisirs, ou d'une perte de temps considérable et habituelle dans la compagnie de quelques personnes désœuvrées et ennemies de tout ce qui est grave et sérieux. Comment apporter à Dieu dans la prière un cœur calme et recueilli, s'il est continuellement distrait par des frivolités de cette nature ?

Enfin, la règle fondamentale que nous recommandons pour assurer le succès d'une prière quelconque, c'est de ne la commencer jamais sans avoir fait une préparation convenable. Que nous serions heureux si nous pouvions avoir la certitude que tous nos lecteurs adopteront cet usage ! Nous en parlerons bien souvent encore, tant nous y atta-

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clions d'importance ! une prière précédée d'une préparation attentive est toujours une bonne prière. En peut-on dire autant de relie que l'on commence sans trop savoir ce que Ton va faire, et que l'on achève sans savoir ce que Ton a dit ? Voici le fond de cette préparation : — Se rappeler d'une manière bien fixe que c'est à Dieu que l'on va parler. — Lui demander instamment la grâce de faire une excellente prière. — Renoncer d'avance à toutes les distractions qui vont survenir. Voilà tout : et tout cela peut se faire en quelques instants. En effet, nous le demandons, quel temps faut-il pour dire quand on vient de tomber à genoux :

« Mon Dieu ! je crois fermement que c'est à vous » que je vais parler dans cette prière. — Mon Dieu ! » je vous supplie de m' accorder la grâce de la bien » faire. — Mon Dieu ! je vous déclare que je rc- » nonce d'avance à toutes les distractions qui vont » survenir. »

Prenons donc la résolution de faire cette préparation ou telle autre que nous jugerons convenable ; mais surtout ayons soin de la faire avec la plus sérieuse attention, car si elle devenait elle-même une œuvre de routine, il est clair qu'elle serait sans mérite comme tout le reste.

Tels sont les principes généraux que nous voulions établir, pour assurer le succès des pieuses pratiques dont nos lecteurs adopteront l'usage. Venons maintenant au détail de ces pratiques.

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