XII. — Prière du soir et examen de conscience
Après nos travaux, reposons-nous en Dieu. C'est un bien bel usage que celui de placer aux deux extrémités de la journée une prière spéciale : le matin, pour demander à Dieu la grâce de ne pas l'offenser pendant le jour qui commence , et le soir, pour le remercier des grâces qu'il a accordées pendant le jour qui finit. C'est, relativement à Dieu, ce qui se voit dans plusieurs familles, de la part des enfants à l'égard de leurs parents : le jour commence et finit par un baiser. La prière du matin et du soir, c'est le baiser de l'enfant chrétien au divin Père qu'il a dans les cieux ; et ici encore nous retrouvons l'application de ce que nous avons dit plus haut, quand nous avons fait voir l'analogie qu'il y avait entre les actes de la piété envers Dieu, 3t les œuvres de la piété filiale que pratique un bon fils à l'égard de son père.
Nous n'avons point de règles particulières à tracer touchant la manière de faire la prière du soir. La préparation avant de la commencer, la pieuse et respectueuse lenteur dans la récitation, doivent être les mêmes que le matin. Nous ferons seulement quelques recommandations qui conviennent spécialement à cet exercice du soir.
Et d'abord nous dirons que ce serait un fort bon usage de faire la prière du soir en commun (c'est généralement beaucoup plus difficile le matin). 11 y a quelque chose de patriarcal et d'éminemment chrétien dans cette réunion quotidienne de tous les habitants de la même maison, pour prier Dieu en commun : on doit croire alors que la promesse de Jésus-Christ se réalise : Lors~ que deux ou trois de mes disciples seront assemblés en mon nom, je serai au milieu d'eux.
Une seconde recommandation, c'est de faire le soir une revue exacte, mais sans scrupule, des fautes que l'on a pu commettre pendant le jour, afin de s'en humilier devant Dieu. On peut voir assez facilement ce que l'on a à se reprocher, en jetant un coup d'œil sur la manière dont on s'est conduit — envers Dieu, — puis envers le prochain, spécialement dans les conversations, — puis enfin envers soi-même, par pensées, désirs, etc. Quand on a vu ainsi les diverses infidélités que l'on a commises, on s'excite vivement à la contrition ; on en produit un acte , et l'on demande instamment à Dieu la grâce de ne point retomber dans les fautes dont on se reconnaît coupable.
La troisième recommandation que nous avons à faire, relativement à cette prière et à celle du
matin, c'est de s'assurer, autant que possible, que les personnes dont on a la charge, enfants, domestiques, etc., s'acquittent fidèlement de ce devoir. 11 y a souvent, sur ce point, une négligence chez les supérieurs à laquelle il serait aisé de remédier. Si ces prières du matin et du soir sont régulièrement faites et bien faites, il est comme impossible que l'on ne persévère pas dans la voie du salut, ou qu'on n'y rentre pas promptement si l'on avait le malheur de s'en écarter. Mais nous disons : si ces prières sont régulièrement faites et bien faites ; car si elles ne se faisaient que par manière d'acquit, froidement, et sans sentiment de piété, il est certain que Ton pourrait croupir longtemps dans l'habitude de péchés graves, tout en conservant encore l'usage routinier de ces prières.