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qui a des peines sans consolation, et des jouissances passagères sans contentement réel ?
Le cœur de l'homme qui ne cherche pas son bonheur en Dieu a sur la terre cinq ennemis déclarés, qui, comme autant de vers rongeurs, le torturent sans relâche : ce sont — le regret — le désir — la crainte — le dégoût — et le remords. 11 regrette vivement ce qu'il a perdu ; il désire ardemment ce qui lui manque ; il craint de trouver ce qui le fait souffrir, ou de perdre ce qu'il aime ; il se dégoûte de ce qu'il a le plus désiré ; il se condamne lui-même après chaque action mauvaise qu'il commet. Soyez donc heureux en cet état ! Vantez-nous donc votre bonheur au milieu de ces tyrans domestiques, qui versent à tout moment des flots d'amertume dans la coupe dorée de vos frivoles jouissances.
Le cœur du juste, au contraire, est inébranlable comme le vieux rocher de la montagne : Ftmdamenta ejus in montibm sanctis. Il place en Dieu seul son repos et son bonheur ; et ses joies sont pures, parce que c'est du ciel qu'elles découlent ; et sa paix est profonde, parce qu'elle est une émanation de celle de Dieu ; et ses peines même ont des douceurs secrètes, parce qu'il sait qu'elles lui viennent de celui qui a béatifié les larmes par ces divines paroles : Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
S'il a un regret, c'est d'avoir sacrifié plusieurs aimées de sa vie à un monde dont il connaît aujourd'hui la frivolité, ou à des passions qui n'ont jamais pu lui procurer de joies pures et sans mélange : mais ce regret, tout vif qu'il est, n'ébranle
point sa paix et ne trouble jamais son bonheur ; il y trouve même la preuve de la sincérité de son retour à Dieu, car n'est-ce pas aimer Dieu, que de regretter amèrement les jours où Ton avait le malheur de ne l'aimer pas ?
Est-il sans désirs? Non certes; mais ses désirs n'ont rien de fougueux et d'emporté ; jamais la passion n'en est le principe ou le but. De tous ses désirs, le plus ardent est celui qui a le ciel pour objet. Du reste, toujours soumis à la volonté de Dieu, qui est sa règle et sa loi suprême, il redit ce que disait avec épanchement le bon François de Sales : Je désire peu de chose ; et le peu que je désire, je le désire bien peu. Ce ne sont pas des désirs de cette nature qui tyrannisent le cœur, ou qui altèrent la sérénité de l'âme.
Est-il inaccessible à toute crainte? Non; mais'il est à l'abri de cette crainte excessive qui trouble toutes les jouissances, et ne laisse aucun repos. La crainte des grands accidents dont il peut être frappé, n'ébranle point sa paix, parce qu'il est l'enfant soumis de la Providence, et qu'il sait qu'elle ne frappe que pour guérir, qu'elle n'afflige que pour purifier, qu'elle ne punit sur la terre que pour récompenser largement au ciel. Il n'a pas non plus la crainte immodérée de perdre ce qu'il aime, parce que, tenant son cœur attaché fortement à Dieu et détaché de tout le reste, il est à chaque instant dans la disposition la plus favorable pour faire les sacrifices qui lui seront demandés, et auxquels il sait bien qu'il doit s'attendre. Que craint-il donc? Une seule chose ; mais cette crainte, loin de l'ébrauler, est au contraire sa plus sûre sauvegarde
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et le gage certain de son éternel bonheur ; il ne craint que d'offenser Dieu ; et Ton peut dire de lui ce que l'on disait de saint Jean Chrysostome : Cet homme ne craint que le péché.
Va-t-il point pourtant ses dégoûts et ses ennui..? Il en a certainement beaucoup moins que le pécheur ; car il est incontestable que l'union à Dieu, le calme de la conscience, et la pratique fidèle de la vertu, sont pour lui des sources continuelles de consolations abondantes. Cependant Dieu voulant le détacher de plus en plus d'une terre pour laquelle il n'est pas fait, lui ménage aussi quelques dégoûts et quelques ennuis. Mais il a mille compensations que n'a pas le pécheur; sa foi vive le ranime dans ses langueurs ; son espérance le relève et le soutient quand il est abattu ; son amour pour Dieu remplace et dissipe ses ennuis. Ce ne sont pas là ces dégoûts qui empoisonnent l'existence, qui répandent dans l'àmc un fonds amer de tristesse et de mélancolie, et qui rendent insensible aux joies pures de la vertu, et même aux fausses jouissances des passions et du monde. Non ; les ennuis et les dégoûts du chrétien fidèle le font soupirer avec plus d'ardeur après les ineffables délices de la céleste patrie ; quelques instants au pied de l'autel suffisent pour dissiper ses chagrins et ranimer son courage.
Quant au remords, il n'en faut point parler puisque le juste en a tari la source, qui est le péché. Quel doux calme dans sa conscience, quand il n'y entend qu'une voix approbatrice qui lui dit à chaque instant : « Courage, bon et fidèle ser- » viteur...; tout va bien.... continue de marcher
» dans la voie que tu as choisie ; au terme de cette » voie, tu trouveras 1 acouronne ! Euge, serve bone » et fidelis.... Dlcite justo quoniam ôenè.... Esta » fidelis, et dabo tibi coronam vitœ. »
Nous le demandons à tout homme de bonne foi, n'est-il pas évident qu'une vie qui s'écoule avec tant de calme et de douceur, et dans laquelle ne se trouvent ni regrets amers, ni désirs violents, ni craintes excessives, ni dégoût de l'existence, ni remords déchirants, est une vie aussi agréable quelle peut l'être dans la vallée des larmes que nous traversons pour aller au ciel? Aussi ne balançons-nous pas un instant à affirmer que l'homme le plus heureux de la terre est incontestablement celui qui sert Dieu avec le plus de fidélité. Il ne sera pas peut-être le plus riche, le plus haut placé dans l'échelle des dignités et des honneurs, le plus recherché du monde voluptueux et frivole. Mais il sera certainement le plus heureux, de ce bonheur solide qui a Dieu pour principe, la vertu pour élément, et le ciel pour terme. Sa vie sera constamment douce et paisible ; sa mort sera plus douce encore que sa vie ; et son entrée dans l'autre monde sera le commencement d'une félicité complète, qui, comme celle de Dieu même, aura l'éternité pour durée.
Voyez, au reste, comme l'expérience de tous les jours confirme ce que nous disons du bonheur du juste. Nous trouvons à chaque instant des hommes qui se repentent d'avoir été pécheurs ; en voyonsnous qui se repentent d'avoir été bons chrétiens? Quand on a vu de près tout ce qu'il y a de creux et do vide dans les joies du monde et les folies de
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la volupté, on Fcfgrêttc de s'y être livré pondant ses plus belles années avec une aveugle fureur ; mais où trouver un homme qui regrette de s'être donné à Dieu et de lavoir fidèlement servi? Et si déjà, pendant la vie. ce que nous disons est véritable, que sera-ce quand la mort nous donnera le signal du départ pour l'éternité ? C'est alors que les regrets cuisants du pécheur feront, avec les consolations abondantes du chrétien fidèle, un horrible contraste : c'est alors que la vérité, qui ne brille jamais d'un éclat plus vif qu'à la sombre lueur de la mort, nous montrera jusqu'à la plus complète évidence que la religion seule, exactement pratiquée, peut faire ici-bas le bonheur de l'homme.
Profitons de ces solides enseignements ; cherchons le bonheur au sein de la religion, et surtout dans la pratique fidèle de ses ordonnances. Là seulement nous trouverons le repos de nos âmes ; mille fois nous en avons fait la douce expérience, et notre cœur doit se souvenir encore qu'il n'a jamais goûté de joie pareille à celle dont il surabondait . quand il n'avait que Dieu seul pour maître.