‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 80 sur 92 · MO · texte numérisé non relu

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sos ombres. N'écoutons pas ces hommes aveugles qui croient éloigner la mort en n'y pensant point, cl qui ne veulent pas voir que la pensée de la mort produit une bonne vie, et que la bonne vie produit à son tour les consolations les plus douces sur la terre, et l'éternel bonheur dans le sein de Dieu.

XIV. — Fréquentation des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie.

Voici incontestablement le point capital et décisif. Ce sont les sacrements qui réconcilient l'homme avec Dieu ; et ce sont les sacrements qui le maintiennent dans l'heureux état où le place cette réconciliation. La souveraine bonté les a institués tout exprès pour cette double fin, et nous sommes par conséquent bien coupables, lorsque nous ne recourons pas aux moyens infaillibles que la divine miséricorde nous propose, pour sauver notre âme si nous le voulons.

Avant les diverses recommandations que nous allons faire, relativement au 'sarrement de pénitence, il en est une que nous plaçons en dehors de toutes les autres, et à laquelle nous donnons le premier rang pour appeler sur elle l'attention spéciale de nos lecteurs. Nous voudrions pouvoir la graver en caractères de feu dans le fond de leur âme, tant elle sera féconde en fruits de salut s'ils veulent y être parfaitement fidèles. La voici :

Ne passez jamais un jour entier avec un péché 3i0rtel sur la conscience.

Nous prions que l'on revoie, à l'appui de cette recommandation, le trait historique que nous avons

cité plus haut (1). Remarquons bien que ce n'est pas seulement parce que la mort peut survenir et nous plonger en enfer quand nous sommes en état de péché mortel, que nous insistons si vivement sur cette recommandation ; c'est aussi parce que, si notre conseil est suivi, il n'y aura point de mauvaise habitude possible, puisqu'on coupera sur-lechamp la première racine qu'elle poussera.

Venons maintenant aux autres conseils, qui ont aussi une extrême importance, comme il est aisé de s'en convaincre à la simple lecture.

1° Choisissez un confesseur qui ait un grand zèle pour le salut de votre âme, et qui vous presse vivement d'aller fréquemment à confesse. Vous ne saurez bien que dans l'éternité, l'immense service qu'il vous rend en agissant ainsi. Priez-le vousmême de vous solliciter sur ce point.

2° Choisissez un confesseur avec lequel vous soyez tellement à l'aise, relativement à la confession, que vous n'ayez presque aucune répugnance à l'aller trouver pour vous confesser. S'il y a quelque chose, soit en sa personne, soit dans sa manière de confesser, qui vous éloigne du saint tribunal, choisissez-en un autre, si vous en connaissez qui vous conviennent mieux : ceci est très-important.

3° Faites choix d'un confesseur que vous soyez sur de trouver à poste fixe quand vous aurez besoin de son ministère. S'il est excessivement occupé, et qu'il vous faille faire ordinairement plusieurs démarches infructueuses avant de le

(!) Voir à la fin du ehap. V de la troisième partie.

rencontrer; ou si, à plus forte raison, il est souvent absent, malade, etc., tenez pour certain qu'il ne vous convient point, et qu'il y a pour vous de tics-fortes raisons d'en choisir un autre. Toutes ces difficultés que l'on éprouve pour se confesser, retardent la confession, et il peut arriver que ce retard favorise le retour d'habitudes mauvaises, qui ayant poussé de nouvelles racines, jettent dans le découragement et compromettent comme au passé l'œuvre du salut.

Nous avons connu les membres d'une société de missionnaires très-zélès , qui avaient adopté pour règle de n'être les confesseurs habituels d'aucune personne dans le lieu de leur résidence ordinaire. Ils y étaient cependant fort souvent, puisqu'ils y revenaient après chaque mission; mais comme leurs absences étaient assez fréquentes, ils ne voulaient pas que des pénitents, en attendant leur retour, restassent des semaines entières en état de péché mortel ; et c'était, de leur part, un zèle très-intelligent et tout à fait selon Dieu.

4° Après une conversion, quelque parfaite qu'elle puisse être, retournez promptement à confesse. Attendre un mois, c'est beaucoup. Nous conseillons de ne pas laisser passer plus de quinze jours sans se confesser de nouveau. Cela consolide et affermit singulièrement la conversion. Les sacrements étant reçus dans d'excellentes dispositions, l'âme y puise une force incroyable ; elle y trouve d'ailleurs une grande douceur qui l'attache merveilleusement au service de Dieu. Jl convient donc, pendant assez longtemps, d'aller fréquemment à confesse. Sans doute il est à désirer qu'on y aille toujours fort

souvent ; mais cela est particulièrement nécessaire jusqu'à ce qu'on ait résolument embrassé une vie chrétienne , et qu'on en ait contracté la sainte habitude.

5° N'approcher des sacrements qu'au temps pascal, c'est, en général, compromettre essentiellement l'affaire de son salut. Si l'on excepte quelques bonnes et froides natures, exemptes de passions et même de tentations, du moins un peu fortes, on peut dire que les occasions mauvaises étant si communes, le cœur si faible, les passions si près de renaître, les tentations si violentes ; si l'on n'oppose pas à tout cela le frein puissant de la confession fréquente, on fera certainement des chutes ; et ces chutes se multipliant , formeront les habitudes ; et les habitudes ayant eu le temps de s'enraciner d'une pàque à l'autre, ou bien l'on ne retournera point à confesse, parce qu'on sera découragé, intimidé et dégoûté du service de Dieu; ou bien on y reviendra avec des dispositions pitoyables qui embarrasseront le confesseur, et empêcheront le pénitent de goûter les consolations d'une vie vraiment, chrétienne, et de se donner même l'assurance morale qu'il est dans la voie du salut. Nous supplions nos lecteurs, au nom de Dieu, et dans les plus chers intérêts de leurs âmes, de prendre en haute considération le conseil que nous leur donnons en ce moment.

G0 II faudrait, au moins, si l'on voulait s'assurer que l'affaire du salut est en bon état, s'approcher des sacrements aux fêtes principales de l'année, c'est-à-dire cinq ou six fois environ d'une pâque à l'autre. Mais si l'on avait le courage d'aller à

pou près tous les mois à confesse, nous oserions bien garantir le salut de ceux qui adopteraient cet excellent usage. Quelle délicieuse pensée font naître ces mots : Certitude d'être sauvé! Certitude déposséder bientôt le ciel! le paradis! une éternité de bonheur!... Confessons-nous fréquemment, trèsfréquemment suri ont, et, n'en doutons point, ces certitudes seront les nôtres.

7° Comment faut-il se confesser? Nous allons donner quelques régies à cet égard.

— Il faut d'abord examiner sa conscience : cet examen doit être d'autant plus long* qu'il y a plus de temps qu'on ne s'est confessé. Il ne faut pas tellement compter sur les interrogations du confesseur, que l'on néglique de s'examiner soimême. 11 est bon de s'aider d'un livre d'examen. On commence par demander à Dieu la grâce de bien découvrir ses fautes ; puis on parcourt successivement les commandements de Dieu et de l'Eglise, les péchés capitaux et les devoirs de son état, ce qui fait que l'on voit aisément ce que l'on a à se reprocher depuis sa dernière confession.

— Après l'examen , on doit s'occuper de l'article si important de la contrition. Voilà certainement l'essentiel. Dieu ne pardonne pas plus les péchés sans contrition, qu'un père ne pardonnerait une faute grave à son fils , s'il pouvait voir au fond de son cœur qu'il ne s'en repent point et qu'il est disposé à l'offenser encore. Jamais, depuis la création de l'univers, un seul péché, même véniel, n'a été remis en ce monde sans contrition. Cette contrition, Dieu ne la refuse point quand on la lui demande : il faut donc le supplier de nous

l'accorder, et nous y exciter par des considérations puissantes.

La méthode de Mgr de la Mothe, ancien évèque d'Amiens, est excellente. Ce pieux pontife, avant de se confesser, faisait trois stations, par la pensée. Il se plaçait, en premier lieu, sur le bord de l'enfer et en considérait les tourments ; puis il se disait à lui-même : Misérable que je suis ! voilà ce que j'ai mérité par mes péchés ; j'ai fait, de mon côté, tout ce qu'il fallait pour tomber dans ce lieu de supplices ; c'est Dieu seul, par sa bonté, qui m'en a préservé : Et je l'offense!!... Alors il faisait jaillir de cette pensée des actes de contrition et d'amour. — Puis il se transportait, toujours par la pensée, à la porte du ciel, et là il considérait le bonheur dont on jouit éternellement en ce beau lieu. Après cette considération, il se disait : Voilà le paradis de délices d'où je m'étais exclu moimême par mes péchés ; c'est Dieu seul, dans son infinie bonté, qui veut bien m'en ouvrir l'entrée : et au lieu de l'en remercier, je l'offense !l... Et alors il produisait de nouveaux actes de contrition et d'amour. — Enfin, il se transportait au Calvaire, s'agenouillait en esprit dans le sang de Jésus au pied de la croix, embrassait cette croix sanglante, baisait les pieds du divin Sauveur et se disait avec émotion : Yoilà le Dieu d'amour que j'ai crucifié par mes péchés ; il pensait à mes péchés sur sa croix, il a pleuré, il a gémi, il a souffert, il est mort pour mes péchés, et au lieu de mourir moimême par excès d'amour, je l'offense !!... Je pèche encore !!... Et alors venaient en foule des actes d'amour, de reconnaissance et de contrition.

Cette manière de s'exciter à la douleur de ses fautes est une des meilleures que nous puissions indiquer.

Il est bon, pour s'assurer mieux encore que Ton a une vraie contrition, de s'interroger tout spécialement sur les péchés graves dont on se reconnaît coupable, afin de voir, comme si l'on était au tribunal de Dieu, si réellement on se repent de les avoir commis, et si l'on est sincèrement déterminé à ne les plus commettre.

— Vient ensuite la confession proprement dite. Elle doit être parfaitement sincère. Quelquefois, quand on est retombé dans des fautes graves après une bonne confession générale , on pourrait être tenté, par timidité, de ne pas les déclarer à son confesseur. Ce serait souverainement déplorable : combattons cette mauvaise honte qui mène droit au sacrilège. v

La confession doit être claire et précise, sans détails longs et inutiles qui embrouillent les choses, au lieu de les éclaircir.

Enfin, elle doit être aussi exacte que possible, relativement au nombre. Si on ne le connaît pas précisément, on dit à peu près combien de fois on est ordinairement tombé chaque jour , chaque semaine, ou chaque mois. Ceci ne s'applique rigoureusement qu'aux fautes mortelles, la même précision n'étant pas nécessaire pour les fautes certainement vénielles.

— Après la confession, vient enfin la satisfaction , ou, selon l'expression commune, la pénitence. Il faut tâcher de s'en bien souvenir, et ne pas diffères trop longtemps à s'en acquitter. Cette pénitence

étant une partie du sacrement, doit être faite avec une attention toute particulière.

Quelques personnes, après avoir reçu l'absolution, retournent sur-le-champ au milieu du monde et à leurs affaires. sans remercier Lieu du pardon qu'il vient de leur accorder. On devrait sentir que cela est inconvenant, et que s'il faut témoigner à Dieu des sentiments de reconnaissance, c'est surtout quand il vient de nous rendre ses bonnes grâces que nous avions perdues.

La Communion. Nous n'entrerons pas dans de longs détails sur cette action toute divine ; car ce que nous avons dit dans l'article précédent sur la fréquentation des sacrements, sur les grands avantages qu'ils procurent, sur le malheur de ceux qui s'en éloignent, et sur les fruits que produit leur fréquente réception, s'applique au sacrement de l'Eucharistie comme à celui de Pénitence. Nous dirons seulement que les effets de la communion sont toujours en rapport avec les dispositions qu'on y apporte. Plus ces dispositions sont saintes, plus la communion est fructueuse. Une seule communion très-bien faite peut élever subitement une àme à une haute sainteté ; tandis qu'un très-grand nombre de communions, nous ne dirons pas mauvaises , mais seulement imparfaites , n'opèrent dans L'âme presque aucun changement, et n'affaiblissent pas sensiblement les défauts auxquels on est sujet.

Il faut donc se préparer le plus saintement possible à cette divine action : ce qui a lieu en vivant habituellement dans la crainte ef l'amour de Dieu ; en veillant avec soin sur ses sens et sur les mou-

vements de son cœur ; en priant très-régulièrement et selon les règles) que nous avons tracées ; en s'abstenani du péché quel qu'il soit, quand on s'aperçoit qu'on est tenté de le commettre, et enfin en adoptant une chaîne plus ou moins longue d'exercices de piété, selon les principes ci-dessus posés.

Quand le jour de la communion approche, il faut tacher de redoubler de ferveur, se rappeler la sublimité de l'action à laquelle on se prépare, s'éloigner autant que possible de ce qui empêche de penser à Dieu, et faire quelques prières particulières pour obtenir la grâce de communier saintement.

Le jour même de "cette communion, il faut faire une préparation aussi bonne que possible, entendre la sainte messe avec plus de perfection qu'à l'ordinaire, et, sj l'on n'a pas l'habitude de parler à Dieu sans le cours d'un livre, lire les actes préparatoires à la communion, qui se trouvent dans les eucologes ou autres livres, et enfin s'approcher de la table sainte avec le respect le plus profond et l'amour le plus tendre.

Après la communion, il est très-convenable de passer quelques instants, la tète respectueusement inclinée et les yeux fermés, oubliant toute la terre pour ne penser qu'au Roi du Ciel que l'on possède. Nous voudrions bien qu'on n'ouvrit pas un livre aussitôt après qu'on est revenu à sa place, mais qu'on s'entretint avec Jésus au fond de son cœur, lui parlant comme si on le voyait réellement, non point par de longs discours, mais par des paroles vives et ardentes, qui, comme des traits enflammés,

partent du cœur pour aller à Dieu ; disant par exemple : « 0 Jésus ! je vous possède !... oui, en » vérité, vous êtes en ce moment, dans mon âme ! . . . » que vous êtes bon, Seigneur ! ayez pitié de votre » pauvre enfant, ô mon Dieu î... donnez -moi votre » saint amour, ô mon Jésus !... accordez-moi la » grâce de ne plus vous offenser... de me corriger » de tel et tel défaut... de faire bientôt une nou- » velle communion, etc. » Quand on sentira le besoin de recourir à un livre, on l'ouvrira et on y lira les actes qui sont indiqués pour le temps qui suit la communion. Avant de quitter l'église, on ne manquera pas de promettre à Dieu de venir bientôt communier de nouveau.

Nous avons quelquefois remarqué avec peine que l'on sortait de l'église très-peu de temps après la messe où Ton avait communié. Cela n'est ni convenable ni édifiant. Il faut tâcher de passer au moins un quart d'heure en actions de grâces après la messe. Souvenons-nous que ce temps est incontestablement le plus précieux de notre vie.

Enfin, pendant tout le jour où l'on aura communié, et pendant ceux qui le suivront, on s'observera avec plus de soin que de coutume, pour ne pas perdre par le relâchement le fruit de la communion que l'on a eu le bonheur de faire.

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