‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 17 sur 51 · TV · texte numérisé non relu

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Si nous ne nous adressions pas spécialement dans cet ouvrage aux prêtres employés dans le ministère ordinaire , lesquels , à cause de leurs travaux multipliés, ne peuvent souvent étudier que ce qui leur est strictement nécessaire, nous ajouterions aux branches de la science ecclésiastique dont il vient d'être parlé , le Droit canonique et la discipline de rÉglise, et la langue hébraïque. Les pré- Ires qui appartiennent à des sociétés dans lesquels les hautes études sont cultivées, et ceux qui, par motif de santé ou autre, ne sont pas chargés du ministère paroissial, feront très-bien, s'ils ont reçu de Dieu des talents plus qu'ordinaires, de ne pas négliger la double étude dont nous venons de leur indiquer la matière. Il serait triste et presque honteux pour le corps clérical que l'Église n'eût pas dans son sein des prêtres instruits qui conservassent la connaissance de ses traditions et de ses règles disciplinaires; de même qu'il serait humiliant pour nous, que la langue sacrée, qui doit nous être chère à tant de titres, fût connue et cultivée par des laïques et répudiée par les prêtres.

Yoilà donc la science ecclésiastique , la science qui domine toutes les autres, sans ombre de contestation, voilà la science, la propre science du prêtre. Malheur à lui s'il la met de côté pour se livrer avec ardeur aux études profanes! Il cesse d'être prêtre par cet endroit ; il sort de son élément pour se plonger dans un élément étranger qui, nonseulement ne vivifiera pas son ame, mais qui peutêtre la desséchera bientôt et lui donnera la mort ; il fait ce que ferait un jurisconsulte qui, tout en continuant d'exercer sa charge, renoncerait à l'étude

des lois pour n'étudier que la médecine. Saconduite est un renversement d'ordre et une violation habituelle de la volonté de Dieu qui lui défend ce qu'il fait, et qui lui prescrit ce qu'il néglige.

Avant tout, le prêtre doit donc étudier, étudier sans cesse, étudiera fond la science ecclésiastique; jamais il n'en sera trop saturé; plus il l'étudiera, plus il sera prêtre, si nous pouvons parler ainsi. Cette science, s'il s'y applique avec les dispositions que nous allons bientôt recommander, étendra son esprit, rehaussera ses idées, purifiera ses sentiments et ses affôctions, développera et fécondera les ressources de son zèle, en même temps qu'elle en dirigera l'exercice.

C'est alors que, fermement attaché aux vérités de la foi, comme dit saint Paul , il sera capable d'exhorter selon la sainte doctrine et de convaincre ceux qui la contredisent : Amplectantem..,. fîdelcm sermoiiem ut potens sit exhortari in doctrinâ sanâ, et eos qui contradicunt arguere. C'est alors qu'il verra clairement , par lui-même et en lui même , combien sont vraies ces paroles du grand Apôtre, que l'Écriture divinement inspirée, est utile pour enseigner , pour reprendre , pour corriger , pour conduire à la piété et à la justice, et pour faire que l'homme de Dieu soit parfait et disposé à toutes les bonnes œuvres : Ut perfectus sit homo Dei et ad omnc opus bonum instructus.

— Donc, nous le répétons, le prêtre doit s'appliquer, incomparablement plus qu'à toute autre étude, à acquérir la science ecclésiastique (1). Mais doit-il

(1) Outre les connaissances queDous avons indiquées plus

renoncer entièrement à la science profane, et n'est-il point convenable qu'il n'y reste pas totalement étranger ?

Nous l'avouons tout d'abord : quand nous voyons le temps qu'absorbent les travaux du saint ministère, lorsqu'on s'y livre comme on doit s'y livrer ; le temps que réclament les œuvres de zèle, quand on les embrasse avec une sainte ardeur; le temps qu'exigent les exercices spirituels si nécessaires pour l'entretien de l'esprit de piété ; le temps que Von emploie à la préparation des prônes, des sermons et des catéchismes ; et enfin le temps que l'on dépense en visites indispensables, ou de juste bienséance, nous pensons qu'il reste bien peu d'heures à consacrer à l'étude ecclésiastique , et qu'il n'en reste point ou excessivement peu pour l'étude profane.

Cependant, si tout ce que nous venons de dire est parfaitement en règle ; si l'étude ecclésiastique a sa part et sa large part avant toute autre, et qu'il reste encore chaque jour ou chaque semaine un peu de temps disponible, nous ne voyons aucun inconvénient, et nous voyons même quelque avantage à étudier certaines branches de la science profane, non pas à fond, mais assez pour pouvoir en parler, à l'occasion, d'une manière intéressante.

Ainsi, on pourra étudier l'histoire de France et quelque abrégé de l'histoire universelle ; on pourra se livrer avec modération à l'étude des sciences

liaut, à l'arliclo dos diverses branches de la science ecclésiastique, un pasteur doit étudier les ineilleui\s ouvrages relatifs au bon gouvernenumt spirituel et à radiuinistratiou temporelle des paroisses, les lois et xoglement? sur les fabriques, etc.

naturelles ; on pourra se donner la satisfaction de parcourir quelques ouvrages d'archéologie, ce qui est aujourd'hui une étude à la mode et que nous devrions peut-être connaître mieux que les hommes du monde, puisque c'est spécialement sur notre terrain qu'ils viennent exercer et perfectionner leurs études; enfm l'on pourra faire des excursions utiles dans le vaste champ de la littérature, en ayant soin toutefois de ne pas dessécher son âme et refroidir son cœur par la lecture de certains morceaux, sinon obscènes, du moins frivoles, légers et trop éloignés, par leur genre, de ce fonds d'austère gravité dont doit toujours être empreint ce que le prêtre se permet.

Au reste, un prêtre qui est animé d'un vrai zèle, se propose encore un but élevé et des vues utiles en s'occupant, dans ses moments de loisir et de délassement, à augmenter ses connaissances littéraires. Il a l'espoir de s'en servir, selon les occasions, dans l'intérêt de son ministère, par exemple, pour se mettre en rapport avec des hommes indifférents, ou même hostiles à la religion, gagner la considération, et, par ce moyen, la confiance de certains laïques , qui dédaignent la société des prêtres, par suite de préjugés que leur a inspirés l'ignorance de quelques ecclésiastiques.

— Voyons maintenant quel but nous devons nous proposer dans nos études.

La première pensée que cette question fait naître en nous, si l'esprit de piété nous anime, c'est que nous ne devons étudier que pour procurer plus abondamment la gloire de Dieu, pour mieux as su-

rer le salut de notre âme, et pour travailler plus utilement au salut de nos frères. Toute étude à laquelle on se livre sans se proposer, au moins indirectement, cette noble fin, est une étude inutile au salut, pour ne rien dire de plus.

Ce seul principe nous fait voir combien nous serions blâmables si nous étudiions —machinalement et sans aucun but, — ou par un motif de vanité, — ou pour satisfaire une curiosité frivole, — ou par entêtement à étudier et à soutenir certains systèmes que l'esprit de parti aime à propager , sans qu'il en résulte aucun avantage, — ou par le seul plaisir de s'adonner à des lectures ou à des compositions légères et badines qui absorbent souvent un temps considérable.

Non, de telles études, animées de telles intentions, ne mériteront jamais les bénédictions de Dieu. Pourrait-il approuver ce qui l'ofTense? Pourrait-il bénir ce qu'il condamne?

Revenons donc à notre point de départ, et prenons la résolution ferme de n'appliquer jamais notre esprit à quoi que ce soit, sans nous rendre le témoignage que la gloire de Dieu, le salut du prochain et notre propre sanctification seront le résultat de notre étude.

— Nous avons un magnifique exemple de l'amour du travail et de la pureté d'intention avec laquelle on doit s'y livrer, en la personne de saint Charles Borromée, cardinal-archevêque de Milan. Cet homme de Dieu, que le zèle de la religion dévorait sans relâche, au milieu des occupations de tout genre sous le poids desquelles il était comme

accablé, savait encore trouver du temps pour se livrer, avec une prodigieuse application, à l'étude de l'Kcriture-Sainte, de la théologie, des saints Pères, de l'histoire ecclésiastique et même de la philosophie. On est étonné en voyant le grand nombre de lettres pastorales pleines de doctrine qu'il nous a laissées, et ces décrets admirables et si féconds en fruits de salut pour la réformation du clergé, et cet ouvrage intitulé : Sylva pastoralis, recueil qu'il avait composé d'après l'Écriture et les Pères, pour l'usage des pasteurs.

Oubliait-il, au milieu de ses immenses travaux, de les faire tourner à la gloire de Dieu, au triomphe de l'Église et à la sanctification des âmes? (Ju'on en juge par cette réflexion d'un de ses biographes (1) : « La fin principale de saint Charles, » dit-il, n'était pas de devenir savant, mais d'ap- » prendre les moyens de gouverner saintement son » Église et d'être utile au prochain. 11 a été facile » de remarquer qu'il n'employait toute sa science » que pour établir une parfaite réforme parmi le » clergé et son peuple. »

— De quelle manière faut-il s'appliquer à l'étude pour que Dieu la bénisse et qu'elle soit fructueuse ; en d'autres termes, comment faut-il étudier?

Si nous sommes bien convaincus par les raisons précédemment exposées de la nécessité de ne travailler qu'en vue de la gloire de Dieu et du salut des âmes, nous devons par là même comprendre de quelle importance il est de sanctifier notre étude. En etfet, d'après ce que nous avons vu, la science

(1) Le P. Juissano, de la congrégation des Oblats.

est un instrument, un puissant instrument de zèle que Dieu place entre les mains des ouvriers évangéliques employés à sa vigne ; mais c'est lui, c'est lui seul qui est le grand moteur sans lequel l'instrument est inerte et les ouvriers sans action, du moins sans action productive et efficace : Nisi Do- 77iinus œdificavcrit domim, in vamim laboravenmt qui ipAificant cam.

Nous avons beau amasser des trésors de science ; si la charité ne nous embrase pas, si l'esprit de piété ne féconde pas nos œuvres, si nous ne les faisons pas avec les saintes dispositions qui attirent le secours d'en haut, nous ne sommes que des ballons gonflés, que des cymbales retentissantes; nous frappons les oreilles, mais nous laissons le cœur froid; nous provoquons peut-être des applaudissements, mais nous ne gagnons pas à Jésus- Christ les pécheurs qui nous les donnent ; on nous admire comme savants, mais on ne nous bénit pas comme prêtres-sauveurs.

Ce n'est donc pas assez d'étudier, ni même d'étudier ce qu'on doit étudier. C'est beaucoup, sans doute ; mais cela ne suffit pas : il faut étudier utilement, ce qui veut dire qu'il faut étudier pieusement, méthodiquement, courageusement, sobrement et humblement.

— Nous devons étudier pieusement, offrant à Dieu notre travail, renonçant pour lui plaire à toutes vues mauvaises ou imparfaites, implorant ses lumières et ses grâces, et lui déclarant que nous ne voulons étudier que pour sa gloire et pour le salut des âmes. Ces divers sentiments doivent

être exprimés avec une amoureuse effusion de cœur, et avant d'écrire une seule lettre, ou de lire une seule ligne. On ne se figure pas avec quelle facilité, avec quelle sainte ardeur on travaille, et quelles bénédictions on attire sur son étude, quand on s'unit intérieurement au divin Sauveur avant de le commencer, et que, comme saint Augustin, on ne cherche que lui seul dans les livres que l'on parcourt : Jcsum qiiœrens in lihris.

— 11 faut étudier méthodiquement. Dieu est ordre, dit saint Thomas, Beus est ordo ; oui Dieu est essentiellement ordre, règle, sagesse ; et par conséquent il s'éloigne de tout ce qui est trouble, désordre, confusion : Non in commotione Domimis, Il faut donc observer une exacte méthode dans nos études ; il le faut non-seulement pour plaire à Dieu, mais encore parce que, même au point de vue rationnel et humain, une étude méthodique est la seule qui soit généralement couronnée de succès.

On voit des ecclésiastiques qui passent du temps et même beaucoup de temps à l'étude ; mais comme ils n'observent aucune règle, le caprice, le goût du moment, voilà ce qui les détermine à faire aujourd'hui telle lecture et demain telle autre, à commencer un livre par le dernier chapitre, à entreprendre un travail auquel ils ne pensent bientôt plus et que le plus souvent ils n'achèvent jamais. Agir ainsi, ce n'est pas agir sous l'influence de l'esprit de Dieu; on pourrait presque demander si c'est étudier qu'étudier de la sorte.

Pour remédier à cet inconvénient, voyons sérieusement et devant Dieu ce qu'il nous importe le plus

d'apprendre; ce qui procurera le plus abondamment la gloire de Dieu et le salut des âmes; et après cet examen, appliquons-nous à cette étude d'une manière régulière et suivie, et rejetons impitoyablement toutes les inspirations que nous aurions de quitter cette étude pour une autre, à moins que ce changement ne soit rendu nécessaire par quelques circonstances impérieuses.

La méthode, si nous la prenons pour guide, réglera aussi l'heure de l'étude, autant, bien entendu, que les exigences du ministère le permettront. Si, ayant la liberté de travailler presque toujours à telle ou telle heure de la journée, on ne la choisit pas comme l'heure consacrée à la science, il n'y aura plus d'ordre, il n'y aura plus de zèle constant et régulier pour l'étude, et le travail se ressentira nécessairement de ce défaut de fixité.

La méthode veut encore que Fou n'étudie pas pour étudier, qu'on ne lise pas pour lire, qu'on n'écrive pas pour écrire, comme ces hommes à qui le médecin commande l'exercice et qui vont pour aller, sans avoir pour but de visiter tel lieu plutôt que tel autre : non; on doit étudier pour s'instruire et se rendre plus utile par un supplément de science. Il faut donc utiliser ses études ; et pour cela, nous engageons fortement à prendre note de ce qu'on lit, et à avoir un cahier spécial dans lequel on dépose par ordre alphabétique le sommaire de ce que l'on trouve d'utile dans ses lectures, avec indication de l'endroit précis où l'on pourra retrouver ce passage au moment du besoin.

— Il faut étudier coîtragcttscmoif, c'est-à-dire ne

pas se rebuter quand on rencontre quelques difficultés, mais recourir aussitôt à Dieu, à l'exemple d'un saint Thomas, d'un saint Bonaventure, et de plusieurs autres qui ont avoué qu'ils trouvaient au pied de leur crucifix plus d'ardeur pour surmonter les difficultés, et plus de lumières pour éclaircir leurs doutes que dans les livres des plus savants écrivains.

Si les païens eux-mêmes, par la seule force de leur raison, se roidissaient contre les obstacles qu'ils rencontraient dans leurs études profanes, et posaient comme axiome qu'un travail opiniâtre brise toutes les entraves : Labor improbus omnia vincit, quelle honte si nous, qui nous proposons une fin si noble et si sublime, et qui sommes d'ailleurs assistés de tant de grâces, et encouragés par tant de beaux exemples, nous reculions lâchement devant un obstacle que la gloire de Dieu et le salut des âmes nous commandent de renverser !

— Il faut étudier sobrement et ne Jamais perdre de vue ce mot de saint Paul : Oportet sapere, sed sapcre ad sobrictatcm. Il y en a, ce n'est pas le grand nombre, qui ont une telle passion pour l'étude, que tout autre travail leur est insupportable; cette passion, chez eux, est comme un gouffre qui absorbe la piété, les œuvres de zèle et les travaux communs du ministère. Tout livre nouveau dont ils apprennent la publication, il faut qu'ils se le procurent. Quelle que soit la matière traitée dans les ouvrages dont un séduisant prospectus leur fait l'éloge, dès qu'ils croient y trouver de la science, ils l'achètent et le lisent d'un seul trait ; rien ne

leur coûte pour satisfaire leur désir immodéré d'ac quérir de nouvelles connaissances. Il est clair qu'un tel excès n'est pas selon Dieu, et qu'il doit produire dans l'esprit beaucoup de confusion, de désordre, de sécheresse, d'incohérence, et cette espèce à'indigesta moles plus nuisible qu'utile au véritable savoir.

« Les personnes instruites, ditFénelon, et occuw pées à des choses sérieuses, n'ont d'ordinaire » qu'une curiosité médiocre : ce qu'elles savent » leur donne du mépris pour beaucoup de choses » qu'elles ignorent; elles voient l'inutilité et le » ridicule de la plupart des choses que les petits » esprits, qui ne savent rien et qui n'ont rien à » faire, sont empressés d'apprendre. » Sur toutes les principales parties de la science ecclésiastique, achetez un petit nombre de livres excellents, et en quelque sorte classiques, et mettez à les lire et à les relire un temps que d'autres emploient à en parcourir un grand nombre.

Que d'exercices spirituels on omet quelquefois pour satisfaire la passion désordonnée de l'étude ! Que d'œuvres de zèle on pourrait exercer pour la conversion des pécheurs pendant le temps que l'on donne à de stériles lectures ! Que de pauvres on pourrait soulager avec l'argent qu'exige l'achat de livres superflus! Que de malades, sur le seuil de l'éternité, attendent impatiemment, et peut-être en vain, la visite de leur savant pasteur qui oublie de leur porter les consolations suprêmes dont ils ont besoin, tant il est perdu dans ses livres !

Prenons garde, prenons bien garde de nous laisser entraîner par cet attrait passionné pour l'étude.

« Ne pas étudier, dit un pieux auteur, c'est tenter » Dieu; ne faire qu'étudier, c'est oublier son mi- » nistère. »

La science ne doit jamais alisorber la piété et les saintes œuvres; elle doit au contraire la seconder et la raviver en élevant les vues, en dirigeant les sentiments, et en épurant les opérations de celui qui s'y livre.

— Enfin, il faut étudier humblement. Les vrais savants, si la piété dirige leur science, se font toujours remarquer par un grand fonds d'humilité. Rien n'annonce moins de piété que la conduite, la conversation et la manière d'être d'un savant orgueilleux. Pour lui, la science est tout, et jamais il ne vante un homme que sous ce rapport.

Si quelqu'un vient à relever en sa présence la vertu d'un saint prêtre qui a peu de talent ; si l'on exalte sa douceur, sa modestie, son zèle, sa piété, notre savant laisse tomber froidement ses éloges et arrive brusquement au chapitre de la science, à l'occasion duquel il fait voir par quelques mots piquants, et par un sourire sardonique, que celui dont on vient de vanter la piété n'est qu'un minus habcnSj au regard du talent.

De même, si devant ce savant orgueilleux, on vient à parler d'un homme vénérable qui, nonseulement est très-instruit, mais qui joint à son instruction ime vraie et tendre piété, notre savant glisse sur la piété avec une excessive légèreté, et s'étend longuement sur la science, pour laquelle seule il semble professer le culte de l'estime et de l'admiration.

Il fera bien, ce prùneur enthousiaste et exclusif de la science, de lire et de méditer ces paroles si simples, mais si vraies et si profondément chrétiennes de l'Imitation : « Tout homme désire natu- » rellement de savoir ; mais la science sans la » crainte de Dieu que vaut-elle ? Un humble paysan » qui sert Dieu est certainement fort au-dessus du » philosophe superbe qni, se négligeant lui-même, » considère le cours des astres. » Et ailleurs : « Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science..., car » elle est bonne en soi et dans Tordre de Dieu ; » seulement, on doit préférer toujours une con- » science pure et une vie sainte... Certes, au jour M du jugement, on ne nous demandera pas ce que » nous avons lu, mais ce que nous avons fait ; ni » si nous avons bien parlé, mais si nous avons » bien vécu. »

— Nous croyons devoir, en terminant cette importante matière, réfuter les principales objections qui se font contre la nécessité de la science et de rétude.

Première objection : La piété supplée la science. Qui donc tient ce langage, je vous prie? Est-ce la Sainte-Écriture, elle qui déclare que les lèvres du prêtre sont les dépositaires de la science, et que c'est de sa bouche qu'on doit recevoir l'interprétation de la loi : Lahia sacerdotis custodicnt scicntiam et legern requirent de ore cjus? Est-ce saint Paul, qui ne cesse de recommander à Timothée, son disciple, [de s'appliquer de toutes ses forces à la lecture, à la méditation des saintes lettres, et à l'instruction des fidèles : Attende lectioni et doctrinœ?

Sont-ce les saints Pères, qui rappellent si souvent au prêtre Tobligation où il est crétuclier sans cesse pour combattre les erreurs, instruire les peuples, et travailler plus efficacement au salut des âmes?

Sont-ce les théologiens, qui, tous, requièrent comme condition indispensable, pour recevoir licitement les saints ordres, de posséder non-seulement une sainteté éprouvée, sanctitas probata, mais encore une science compétente, scientia compctcns, laquelle doit être de plus en plus considérable à chaque nouvel ordre que l'on reçoit? Sont-ce ces mêmes théologiens, qui, après avoir fait observer que les prêtres retirés du monde et uniquement appliqués à la vie contemplative, ou qui n'exercent pas les fonctions actives du saint ministère, ne sont pas obligés d'être aussi savants que les autres, changent aussitôt de langage à l'égard de ceux qui sont chargés de la direction des âmes et de l'instruction des peuples, et disent positivement qu'ils ont besoin d'un fonds de science bien plus considérable que les précédents : Multo majori opus est sciciitiâ ?

Est-ce l'Église enfm, qui, dans ses conciles, exige que celui-là soit rejeté comme indigne du sacerdoce qui ne possède pas la science suffisante, et qui met le défaut de cette science au nombre des irrégularités dont aucune puissance ne peut dispenser?

Ahl si la piété pouvait suppléer la science, de quel pénible embarras seraient déchargés les directeurs de séminaires, qui sont si souvent obligés de se faire violence pour exclure des saints ordres

tant de jeunes gens ornés de toutes les vertus, animés des meilleures intentions, modèles parfaits de piété, et auxquels la science seule fait défaut. Mais, dira peut-être quelque prêtre dépourvu de talent, la nécessité de la science, l'obligation où sont les supérieurs de s'assurer qu'on la possède quand on se présente aux saints ordres, le péché que l'on commettrait en les recevant sans avoir la science compétente, tout cela regarde les ordinands et non pas les prêtres; c'est une affaire de vocation et pas autre chose : pour moi, je n'étudie point, il est vrai, mais je prie, je confesse, je catéchise, je prêche, j'exerce toutes les fonctions du saint ministère, et j'espère bien que des œuvres si saintes suppléeront à ce qui me manque du côté de la science. — Erreur! cher confrère, erreur! Quoi! ce que nous avons dit ne regarderait que les ordinands! mais, en vérité, est-ce donc en vue des œuvres du séminariste dans son séminaire que la science est exigée, et n'est-ce pas plutôt en vue du saint ministère que, devenu prêtre, il aura à remplir? — Mais enfin, j'ai été admis aux saints ordres, je suis prêtre; donc, on a reconnu en moi une capacité suffisante. — Oui, suffisante dans ce temps-là, mais insuffisante peut-être aujourd'hui. Le supérieur du séminaire, en vous présentant à révêque, et l'évêque en vous imposant les mains, ne vous ont point délivré un brevet de science inamissible; vous aviez peut-être, à force de travail, accumulé dans votre esprit les connaissances rigoureusement nécessaires pour être admis aux saints ordres ; mais plus vous laissiez à désirer du côté de la science, plus vos supérieurs espéraient

que vous feriez effort pour la développer, ou du moins pour la conserver et l'entretenir parFélude. Disons-le donc : non, la piété ne supplée pas la science. Bien plus, elle n'est pas même une vraie piété, une piété solide et éclairée, si elle n'inspire pas à celui qui la possède un goût prononcé pour la science ecclésiastique.

— Deuxième objection : Je ne puis pas prétendre à une haute science, je n'en suis pas capable. On en disait autant du savant Suarez, lorsqu'il alla prier les jésuites de l'admettre dans leur docte Compagnie ; sa supplique faillit n'être pas exaucée ; cependant on finit par le recevoir, et l'on vit bientôt quelle perte on eut faite en le refusant. L'étude, secondée par une haute et tendre piété, développa sa science à un tel degré, qu'il fut et qu'il est encore considéré comme une des gloires les plus éclatantes de la théologie.

Au reste, si vous n'êtes pas capable d'une haute science, ce n'est pas non plus une science de premier ordre que l'on exige de vous; on demande simplement que vous cultiviez le faible talent que vous avez reçu, et que, sous prétexte d'incapacité pour vous élever à une science émincnte, vous ne négligiez pas d'acquérir par l'étude une science ordinaire et suffisante.

— Troisième objection : J'en sais assez pour mon petit ministère. Mais si vous en saviez davantage, ne pourriez-vous point exercer un mhiistèrc plus étendu? Si vos prônes et vos sermons étaient mieux travaillés et mieux appris; si vos catéchismes

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