IV. S
étaient mieux préparés et pins instructifs; si Tétude et la science qui en résulterait, rendaient vos rapports avec votre troupeau plus intéressants et plus utiles; si, en étudiant avec soin la théologie dogmatique, morale et mystique, vous exerciez avec plus d'autorité, plus d'assurance, plus de facilité, plus de zèle et de succès, le ministère si important de la confession ; si enfin, par vos liabitudes de piété, de recueillement et d'étude, vous étiez généralement connu pour un prêtre parfaitement régulier, n'est-il pas évident que vous gagneriez à un plus haut degré la confiance des peuples, et que cette confiance augmenterait le nombre de vos pénitents, étendrait par conséquent votre petit ministère, et déterminerait peut-être vos supérieurs à vous en confier un plus considérable ?
Aveuglement étrange, et qui produirait un grand mal s'il venait à se propager ! Parce que l'on n'est chargé que d'un petit ministère, on néglige la science ecclésiastique, et l'on perd en courses, en jeux, en festins et en mille autres frivolités le temps précieux que l'on pourrait sanctifier si utilement par l'étude.
L'aveuglement ([ue nous signalons cnce moment, est le fléau des petites paroisses. Plusieurs pasteurs n'ayant pour troupeau qu'un nom])re d'àmes fort restreint, ne savent comment dépenser le temps qu'ils ont à leur disposition; ce temps leur pèse et les ennuie; point de malades à visiter; point ou fort peu de pénitents à entendre; que faire de ces longs jours qui se succèdent avec une monotonie désolante?
ijuc faire, bien-aimés confrère^.? Étudier, étudier
beaucoup. — Mais je ne vois pas le but, le résultat, Futilité pratique de mon travail. — Eh ! n'est-ce pas un but, n'est-ce pas un précieux résultat que (le combattre l'oisiveté, d'édifier les peuples par une vie de retraite et d'étude, de donner de salutaires remords aux confrères qui n'agissent pas ainsi, de conjurer les tentations qui s'agitent dans l'ombre et de s'élever à Dieu, porté sur les deux ailes de la piété et de la science?
Les saints prêtres, même dans les plus petites paroisses, ne s'ennuient jamais ; le zèle qui les anime leur fournit toujours quelque occupation; le temps que ne réclame pas un ministère actif et abondant, ils le consacrent à la prière et à l'étude, et leur vie s'écoule heureuse, tranquille, précieuse devant Dieu et les hommes ; et ils arrivent sans trouble aux pieds du souverain Juge ; et, tout aussi bien que les pasteurs des grandes paroisses, ils emportent des joints plcms dans l'éternité : Et dies pleni invenientur in eis.
Nous avons connu le pieux curé d'une toute petite paroisse de village que Dieu avait, ce semble, suscité pour prouver à tant d'autres, placés dans les mêmes circonstances, que l'on pouvait avoir à gouverner un troupeau fort peu nombreux sans s'ennuyer jamais et sans se plaindre de n'être pas assez occupé. Ce digne pasteur n'avait pas trois cents brebis sous sa houlette ; sa haute vertu et ses talents plus qu'ordinaires lui eussent certainement permis d'administrer une paroisse beaucoup plus considérable; mais, outre qu'il n'avait pas un grain d'ambition, il aimait beaucoup mieux se charger de peu d'àmes et les conduire aussi bien
que possible, que d'en gouverner un grand nombre qu'il n'eût pas pu diriger selon les pieuses inspirations de son zèle.
Sous le rapport de la régularité, son petit troupeau était presque unique dans son genre ; mais aussi on peut dire qu'il était comme le reflet du pasteur qui le gouvernait, car lui aussi avait pen d'imitateurs parmi ses confrères, et était presque unique dans son genre.
Sa paroisse était administrée comme une famille parfaitement réglée, ou comme une communauté soumise aux lois de la plus exacte discipline. Il connaissait le fond de chacun de ses paroissiens comme il se connaissait lui-même, et il cultivait le plus petit d'entre eux comme s'il n'eût été chargé que de lui seul. La piété florissait dans cette paroisse, et la grande confiance qu'inspirait le curé lui permettait d'exiger mille choses que la loi divine ne prescrivait pas avec rigueur, mais qu'il demandait et obtenait au nom de la perfection chrétienne dont il avait le bonheur de pouvoir suivre et appliquer les règles.
Comme il avait tout son troupeau pour ainsi dire sous sa main, il l'avait habitué à venir matin et soir à l'église pour assister à la prière qu'il y faisait publiquement tous les jours de l'année. Ses prônes, ses sermons, ses catéchismes étaient toujours parfaitement préparés. Les exercices spirituels, l'étude, les visites fréquentes à ses paroissiens pour leur porter des conseils, des encouragements, des consolations et de bonnes paroles tout imprégnées de foi et de divin amour, remplissaient tellement ses journées qu'il se plaignait beaucoup moins
de leur longueur que de la rapidité de leur course.
Ainsi s'est écoulée la vie de cet homme de Dieu jusqu'au jour où, craignant de ne pouvoir plus paître convenablement son troupeau, il crut devoir s'en préparer pour ne s'occuper que de son propre salut, et se préparer au terrible passage de l'éternité.
Imitons, chers confrères, un si bel exemple; et si nous avons peu d'âmes à conduire, faisons spécialement pour chacune d'elles ce que nous serions obligés de faire généralement pour un grand nombre. Plusieurs curés gémissent de ne pas pouvoir entrer dans une foule de détails pour le bon gouvernement de leurs paroisses, à cause de leur vaste étendue : faisons ce qu'ils voudraient faire, nous qui n'avons pas l'inconvénient dont ils se plaignent. Donnons des soins assidus à chaque brebis en particulier, puisque nous avons le temps d'individualiser notre zèle. Trois cents enfants ! quelle charge ce serait pour un père ! Eh bien ! figurons-nous (au sens spirituel, ce n'est point une figure), que nous avons à notre charge une famille de deux ou trois cents membres, et cultivons chacun d'eux comme devant un jour rendre compte à Dieu de cette pieuse culture. Faisons cela, et très-certainement l'ennui ne viendra plus dessécher notre cœur et assombrir notre âme.
— Quatrième objection : Je nai jms le temps cl' étudier ; le ministère m' absorbe. Excellente leçon pour le séminariste paresseux qui, abusant du riche talent que Dieu lui a confié, ou négligeant de développer la faible dose de capacité qui lui est échue en partage, remettrait à un avenir indéterminé