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l'étude à laquelle il pourrait aisément s'appliquer aujourd'hui et à laquelle peut-être il lui sera difficile de s'appliquer plus tard.
Vous n'avez pas le temps d'étudier ! Nous l'avouons, il y a dans quelques paroisses très-populeuses un ministère si considérable, tant de malades à visiter, tant de confessions à entendre, tant de bonnes œuvres à cultiver, tant de visites utiles à faire ou à recevoir, que si l'on ajoute, comme on le doit faire, les exercices spirituels, on a vraiment peine à trouver çà et là quelques instants pour le travail du cabinet.
Cependant les saints prêtres, qui doivent toujours être nos modèles, savent encore, même en ces circonstances, faire une petite part à l'étude, et surtout à l'étude dont ils reconnaissent plus spécialement la nécessité; car c'est alors, plus que jamais, qu'il faut renoncer aux études superflues, puisqu'il est si difficile de s'appliquer à celles qui sont nécessaires. Les saints prêtres, nous le répétons, malgré les immenses détails d'un grand ministère, cultivent encore la science.
Quel est donc leur secret ? Le voici ; pesons bien chaque mot : — Ils se font scrupule de la perte d'un seul instant ; — ils règlent aussi parfaitement que possible leurs occupations, sachant qu'une vie réglée multiplie les lieures ; — ils prennent un compagnon de voyage quand ils vont porter des consolations à quelque malade, et ce compagnon, c'est un livre ; — ils se privent d'une partie de plaisir qui les dissiperait et qu'ils peuvent si utilement remplacer ; — ils s'abstiennent d'un grand repas qui leur déroberait quelques heures ; — ils s'in-
terdisent une visite qu'ils peuvent omettre sans inconvénient ; — ils se dispensent d'un voyage qui n'est pas nécessaire ou fort utile ; — ils font le sacrifice d'une heure de repos que la nature réclame, mais qu'une santé robuste peut lui refuser sans danger.
Voilà les précieux secrets du saint prêtre ; voilà les moyens qu'il emploie pour satisfaire la pieuse ardeur que Dieu lui donne pour la science et pour l'étude. Soyons saints nous-mêmes, et comme eux, nous verrons qu'un grand ministère et un peu d'étude ne sont pas absolument incompatibles.
— Cinquième objection : La théologie du bon sens me suffit. — Un jour, nous entendîmes ce mot, et nous Tavons noté comme donnant, dans sa brièveté, une idée exacte de la conduite de quelques prêtres qui sont, selon nous, dans une illusion complète. Ces prêtres, après avoir fait un cours de théologie tel quel, retiennent, non les immenses détails qu'elle comporte, mais quelques-uns des grands principes sur lesquels elle repose ; puis, aidés de leur propre raison, sur laquelle ils s'appuient avec une confiance qui n'a pas toujours l'humilité pour base, ils déduisent comme ils peuvent de ces principes les conséquences pratiques au moyen desquelles ils résolvent eux-mêmes, sans ouvrir un livre et sans consulter personne, toutes les difficultés qu'ils rencontrent. Agir ainsi, c'est, disent-ils, suivre la théologie du bon sens.
Elle est simple, cette théologie, elle est trèssimple, et n'exige point de grandes et pénibles recherches ; aussi peut-on dire qu'elle vit en parfaite
inlelligence avec la paresse. Mais qui ne voit les erreurs grossières que doivent commettre ceux qui ne connaissent et ne su ivent que cette fausse lumière?
D'abord, n'étudiant jamais ou presque jamais, sont-ils bien sûrs de connaître encore les grands principes théologiques ? N'en ont-ils point oublié plusieurs, et ne remplacent-ils point quelquefois les principes qu'ils ignorent par ceux que leur suggère la théologie du bon sens?
Mais, en supposant même qu'ils les connaissent encore, comment peuvent-ils croire que les conséquences éloignées d'un principe sont toujours aisées à découvrir, et que le bon sens individuel tout seul suffit pour rattacher sûrement ces conséquences éloignées au vrai principe d'où elles découlent ?
Et puis, que devient la théologie du bon sens sur le terrain si étendu du droit positif? Appliquez donc la lumière du simple bon sens à la matière des empêchements du mariage, des censures, des indulgences, des donations et des testaments, des successions, des divers contrats, des lois civiles en général, qui sont si souvent obligatoires au for de la conscience, et encore une fois, à tout ce qui est du domaine du droit positif, et vous verrez, si vous venez à étudier plus tard, que de fausses décisions vous avez données au passé, que d'erreurs graves vous avez commises !
Nous affirmons, sans crainte d'être démenti, que si ceux dont nous dévoilons en ce moment l'illusion, veulent consulter les auteurs théologiques, ou quelque prêtre instruit, sur tel ou tel point qu'ils ont décidé jusqu'ici par les seules forces de leur
raison, ils reconnaîtront qne la théologie du bon sens est loin dVHre toujours la théologie dn sens commun.
— Sixième objection : L'étude ni est inutile; f ai une mauvaise mémoire qui ne retient rien de ce que je lui confie. Vous vous trompez, cher confrère ; elle retient plus que vous ne pensez, cette mémoire que vous déprimez tant. En elFet, si peu étendu que soit le cercle de vos connaissances, ne connaissez-vous pas quelque chose, en fait de science ecclésiastique ? Eh bien ! qui vous a révélé que votre mémoire qui retient le peu que vous savez, a atteint tout juste son suprême degré de capacité, et qu'en elle il n'y a plus de place pour une seule connaissance, quelque simple qu'elle soit? Non, non, il n'en est point ainsi ; vous calomniez votre mémoire; et si vous allez au fond des choses, vous verrez que votre objection n'est qu'un faux-fuyant qui vous trompe vous-même, et qui vous est suggéré par la paresse, la dissipation, ou quelque autre mauvais instinct, pour vous détourner de l'étude dont vous avez plus besoin que bien d'autres.
Au lieu de blâmer votre mémoire, aidez-la par un surcroit d'application, par l'amour du recueillement et de la retraite, par l'habitude de la réflexion, par la lecture fréquemment répétée des points essentiels dont vous reconnaissez chaque jour la nécessité toute spéciale ; aidez-la même par quelques notes écrites qui graveront mieux les choses dans votre esprit qu'une simple lecture, et vous verrez que, malgré sa faiblesse, elle vous rendra d'importants services qui vous feront regretter de
ne l'avoir pas cultivée plus soigneusement au passé. Du reste, si, ce qui n'est nullement probable, vous ne pouviez pas acquérir de nouvelles connaissances par l'étude, nous vous dirions encore : Votre mémoire étant aussi mauvaise que vous le dites, si vous n'entretenez pas vos faibles connaissances par un travail assidu, comment ne tremblez-vous pas d'oublier le peu que vous savez? Etudiez pour conserver, si vous n'étudiez pas pour acquérir.
— Septième et dernière objection : Je n'ai pas le cjoi\t de r étude. A défaut d'autre mérite, le prêtre qui parlerait ainsi aurait du moins celui de la franchise. Pourquoi ne pas l'avouer? Tous ceux dont nous avons reproduit et réfuté les objections, s'ils veulent être sincères, diront aussi que leurs mauvaises raisons étaient le voile qui cachait la raison véritable. On n'abandonnerait pas l'étude si on l'aimait, c'est le dégoût qu'on en a, qui fait qu'on l'abandonne.
Mais qu'il est triste pour un prêtre de trouver en lui cette funeste disposition ! Qu'il est à craindre qu'en disant : Je n'ai pas de goût pour l'étude, cela ne veuille dire : Je n'ai pas de goût pour le recueillement, pour la retraite, pour la piété, pour le saint tribunal, pour la prédication, pour le catéchisme, pour la visite des malades, pour les œuvres de zèle et pour l'ensemble du ministère !
Vous n'avez pas le goût de l'étude? Sondez-vous profondément, cher confrère; hélas! ce goût n'aurait-il point cédé la place à plusieurs autres qui sont si loin de le valoir? N'auriez-vous point le goût des vovages, le goût du jeu, le goût de la bonne
chère, le goût de la dissipation, le goût des lectures frivoles ? En un mot, et ce mot coûte à dire, n'auricz-vous point le goût de ce que Dieu condamne, et le dégoût de ce qu'il aime?
— Nous sommes heureux de pouvoir confirmer et compléter nos observations sur la science ecclésiastique par une citation qui nous paraît bien propre à faire impression sur nos lecteurs. Quel est le prêtre qui ne connaisse et ne révère l'illustre cardinal de Cheverus, que nous pourrions appeler le Fénelon du xix** siècle? Or, voici ce que nous lisons dans sa vie, liv. V, n° 4.
Il plaignait sincèrement ceux qui, pour couler des jours heureux, ont besoin de passe-temps frivoles, de repas, sociétés, soirées, jeux ou romans. « Est-ce que l'Ecriture sainte, disait-il, l'histoire, » la littérature, les sciences naturelles, n'ont pas » assez d'intérêt pour occuper notre coiuie exis- )) tence? Quand on a entre les mains et sous les » yeux tant de choses si propres à intéresser l'es- » prit et le cœur, si dignes d'enrichir notre intelli- » gence et d'orner notre mémoire, comment peut- » on perdre le temps au jeu et à la frivolité ? Pour » moi, ajoutait-il, je n'ai besoin de personne pour » passer des heures délicieuses : la prière et l'étude » ont toujours fait le charme de ma vie. » Jamais, en effet, on n'a trouvé le cardinal oisif, ou se livrant h un amusement quelconque. Cette âme forte était toujours occupée de choses sérieuses et ne connaissait de repos que le changement d'occupation. Ainsi, quand il était fatigué des affaires, il se reposait dans l'étude de l'antiquité. « Quand
» les vivants me fatiguent, disait-il, je viens me » délasser avec les morts. »
Il avait un attrait tout particulier pour l'étude de rEcriture sainte. Voici ce que nous dit son biographe à ce sujet :
« Il ne concevait pas que les catholiques étudiassent si peu les livres saints, et en connussent si peu l'histoire. Il en faisait souvent des reproches aux personnes avec qui il était plus libre. « Vous » lisez des livres frivoles, leur disait-il, peut-être » même des romans, et vous ne lisez pas le plus » beau de tous les livres, la plus touchante de » toutes les histoires... » Il voulait quon le lût, ce livre, dans des sentiments de piété, de foi, de prière, et surtout avec le désir de devenir meilleur par cette lecture. C'était ce qu'il faisait lui-même ; à force de relire la Bible, il la savait presque toute par cœur, et l'Ancien Testament lui était aussi familier que l'Évangile ; il en avait médité les traits historiques, les sentences morales et l'application qui se pouvait faire des uns et des autres aux diverses positions de la vie, de sorte que, quelle que fût la matière qu'il eût à traiter, il avait toujours sous sa main tous les passages qui revenaient le mieux à la circonstance... »
Nous regrettons d'être obligé de borner là notre citation, et nous conseillons à nos lecteurs d'en voir la continuation dans la vie si intéressante de l'illustre cardinal.
Terminons ici la matière si grave de la science ecclésiastique. Nous l'avons traitée avec étendue, parce que nous avons été vivement frappé de son importance. Puissions-nous avoir convaincu nos
dignes confrères de la nécessité de la science et de rétnde I Les résultats de cette conviction seront immenses, au triple point de vue de la gloire de Dieu, du salut des âmes et de la sanctification du clerffé .