‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 28 sur 51 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Rapports avec la personne que l'on a à son service.

— Le litre de ce chapitre surprendra peut-être plus d'un lecteur au premier abord ; mais nous pensons qu'un moment de réflexion suffira pour convaincre qu'il n'est pas inutile de dire quelques mots de ce qui a été, pour plusieurs prêtres, l'ocsion de bien des peines, et quelquefois la cause du peu de succès de leur ministère.

Le premier devoir d'un ecclésiastique sur le point

qiii nous occupe, est de se conformer exactement aux statuts diocésains, relativement à Tâge que doit avoir la servante dont il fait choix. Souvent, des peines ecclésiastiques sont attachées à l'infraction de ces statuts ; et ces peines sont quelquefois si graves que la suspense d'abord, l'irrégularité ensuite, pourraient atteindre l'infracteur, ce qui serait infiniment déplorable.

Jamais donc de ruses, de duplicités, de fauxfuyants, de pitoyables prétextes pour obtenir la dispense que l'on désire vivement, mais à laquelle on sait bien que l'on ne peut pas légitimement prétendre.

— Les statuts diocésains scrupuleusement observés, il reste à faire un bon choix parmi les diverses personnes qui offrent leurs services.

Nous disons hardiment que ce choix est d'une très-grande importance. En effet, si la servante qui se présente a la langue légère ; si elle n'a aucune discrétion ; si elle aime à apprendre des nouvelles pour avoir le plaisir de les débiter; si elle passe en conversations longues et inutiles le temps qu'elle devrait employer au service de son maitre ; si, par nature, elle est portée à exagérer et même à envenimer les intentions des personnes dont elle publie les défauts; si enfin elle est étourdie, bavarde et médisante, peut-on penser sans frémir au mal qu'elle fera chez un ecclésiastique, s'il a l'imprudence de la prendre à son service?

Que sur tel ou tel point, il vienne à la mécontenter; qu'il lui fasse une remontrance un peu ferme, peut-être même sévère, cela suffira pour

que, se trouvant péniblement froissée, elle se répande contre lui en discours peu mesurés, souvent même pleins de malignes exagérations. De là, bien entendu, un mal plus ou moins considérable, mais toujours Irès-fàcheux, et de nature à diminuer dans le troupeau l'estime et la considération que l'on avait pour le pasteur.

— Si elle est brusque dans ses manières, vive et insolente dans ses reparties, haute, tranchante et impérieuse dans son air et dans ses discours; si elle reçoit mal les personnes qui viennent demander son maître; si elle les congédie d'un air de suffisance et d'autorité, sans vouloir seulement entendre un mot d'explication; elle se fera détester, c'est bien vrai ; mais tombera-t-elle seule sous Fanathème du public? Aura-t-il, ce public, assez de charité pour supposer que celui qui a autorité sur cette servante, ignore complètement un défaut si généralement connu et si aisé à découvrir? Et si le public ne pousse pas la charité jusqu'à ce point, ne pensera-t-il pas que le maître est responsable du défaut qu'il tolère en sa servante, au grand mécontentement de tous ceux qui le visitent? Ne dira-t-on point que sa faiblesse et sa condescendance passent les bornes; qu'il aliène sa supériorité au profit de celle qui devrait être la première à la reconnaître et à la respecter; et que, par suite, le maître perd en considération et en estime ce qne la servante gagne en domination usurpée?

Quand une lille de ce caractère s'est implantée dans la maison d'un ecclésiastique, plusieurs personnes craignent d'aborder celui-ci ; et quoique sou-

vent on ait besoin d'un bon conseil dans une afTaire importante, on scprivedeledemander,dansla crainte d'une mauvaise réception de la part de la servante. Mais, ce qui est plus déplorable encore, quelquefois elle recevra même, avec sa brusquerie et son insolence ordinaires, des personnes qui viendront cberc'ier son maître pour quelques malades en danger. Exposer une telle conduite, c'est assez dire com- I)ien elle est répréhensible, et combien un prêtre, et surtout un curé, doit veiller à ce que toujours la servante fasse un accueil aimable et poli aux personnes qui s'adresseront à elle pour le demander.

— D'autres servantes sont, à l'égard des ecclésiastiques qu'elles servent, sur le pied d'une certaine égalité qui clioque les bienséances et qui, très-certainement, n'édifie pas les peuples. Elles leur parlent avec une liberté qui atTecte péniblement ceux qui les entendent; et la voix qui domine n'est pas toujours celle du supérieur. Elles taillent, elles tranchent, elles décident de leur propre autorité, sans s'inquiéter le moins du monde si leurs décisions seront ou non ratifiées par celui qui seul devrait prononcer.

Tout le monde gémit d'une telle conduite ; tout le monde en parle et s'en afflige. Le maître lui-même, devenu esclave et petit enfant, gémit comme les autres ; mais il comprime ses gémissements dans la crainte de blesser et d'irriter celle qui les provoque, aggravant par cette condescendance si déplacée un mal déjà beaucoup trop considérable, et dont les suites sont bien plus fâcheuses qu'il ne pense.

Et que dire de ceux qui, non-seulement font ce

que nous venons d'exposer, mais qui, comme nous avons eu la douleur de le voir, admettent leur servante à leur propre table? Tant, que nos mœurs publiques n'auront pas subi une réforme considérable sur ce point, il est certain que tout homme sage pensera que c'est pousser beaucoup trop loin l'égalité que d'ériger sa servante en commensale. Disons-le hautement : tout cela contribue à ternir cette auréole de respect et de vénération qui doit être constamment l'apanage du ministre de Jésus- Christ.

— Il est encore une imprudence qui peut avoir des conséquences fort graves. Certains ecclésiastiques, prenant ordinairement leurs repas dans leur cuisine, et se trouvant en ce lieu, soit avec leur vicaire, soit avec un prêtre de leurs amis, se permettent de parler, sans prendre aucune précaution, de quelques affaires que la prudence voudrait qu'on traitât en secret. Sous prétexte que la servante est discrète, et que, d'ailleurs, elle ne fait aucune attention à ce qu'on dit, occupée qu'elle est des détails de son ménage, on abaisse un peu le ton de la conversation, et puis on parle librement et sans nulle contrainte de mille cboses qu'elle recueille avec une avidité perfidement dissimulée sous une apparence de simplicité et de bonbomie.

Oh ! que de secrets importants ont été dévoilés de cette manière, sans qu'on ait pu deviner comment le public en avait élé instruit ! On ne sait pas assez combien une servante de presbytère aime à faire savoir à ses intimes qu'elle est initiée aux secrets détails du ministère de la paroisse.

— Une serv«intc légère dans ses discours, dans SCS manières, dans sa toilette et dans rensemblo de sa conduite, est encore extrêmement déplacée dans la maison d'un ecclésiastique. Tout ce qui environne le prêtre doit refléter l'austère gravité do ses mœurs ; et s'il tolère dans sa propre maison une légèreté qui donne prise à la malignité, cette même malignité ne manquera pas de l'attaquer à son tour. S'il recommande en chaire cette belle simplicité, cette aimable pudeur, cette modestie si édifiante qui, de l'aveu de tous, est le plus noble ornement de la femme; que pensera-t-on, que dirat-on même du prédicateur qui prendra pour servante une fille si peu simple et si peu modeste ?

Permettre chez soi des abus contre lesquels on tonne dans l'église, est-ce bien le moyen de se concilier le respect et l'estime des peuples ? en do telles circonstances, des prédications de cette nature portent-elles bien la conviction dans les esprits? Quelques auditeurs, à la suite de certains rapprochements qui se présentent d'eux-mêmes, ne fontils pas entendre à demi-voix le fameux Medicc, cura te ipsiim de l'Evangile.

Oh ! qu'il faut être irréprochable pour annoncer avec indépendance et autorité du haut de la chaire chrétienne, les vérités sévères dont Jésus-Christ nous a constitués les docteurs !

— Nous conseillerons encore à un ecclésiastique, quel qu'il soit, mais plus particulièrement à un curé, de ne pas prendre pour servante une fiJlc d'un mauvais caractère. On en voit qui sont d'une susceptibilité excessive, ou d'un entêtement que

rien ne peut vaincre, ou d'une vivacité grossière qui éclate à la moindre occasion. D'autres sont raisonneuses, hargneuses, boudeuses, etc.

Or, il est certain que les scènes qu'occasionnent chaque jour ces défauts de caractère, bannissent la paix domestique, et empêchent de goûter ce calme et ce bien-être qui sont plus nécessaires qu'on ne pense pour remplir avec une sainte ardeur les fonctions du saint ministère.

S'il était possible de se débarrasser entièrement des soins du ménage, et de s'affranchir des menus détails qu'exigent la tenue d'une maison elles rapports avec les domestiques, assurément les œuvres de zèle y gagneraient beaucoup ; et voilà pourquoi les prêtres qui appartiennent à des sociétés reUgieuses, et qui ne se mêlent en aucune façon de tout ce matériel, travaillent au salut des âmes avec cette liberté, ce dégagement et cette indépendance qui contribue puissamment au succès de leur apostolat.

^lais puisque le prêtre employé au saint ministère, dans les conditions ordinaires, ne peut pas s'affranchir de ce bagage domestique, il doit du moins, si son zèle est condamné à subir des entraves, s'appliquer à les rendre aussi légères que possible; il doit entretenir son à me dans un état habituel de paix et de contentement, et supprimer, autant qu'il dépond de lui, ce qui serait de nature à le détourner pénii)lement de la voie dans laquelle l'engagent ses augustes fonctions.

— Comme résumé des divers détails dans lesquels nous venons d'entrer, nous dirons que la servante d'un ecclésiastique doit être grave, mo-

dcstc, solidement pieuse et d'un bon caractère. Elle doit avoir un fonds de politesse et d'affabilité qui se manifeste dans ses rapports avec toutes les personnes qui viennent au presbytère. Elle doit être constamment respectueuse et réservée à l'égard de son maître et des autres ecclésiastiques dont il reçoit la visite. Elle doit fuir avec le plus grand soin les personnes connues pour leur penchant à quêter et à débiter des nouvelles, faisant elle-même sa plus douce occupation des affaires de son ménage. Elle doit éviter toute légèreté, badinage et familiarité tant soit peu déplacée, et montrer, parla régularité de sa conduite et la solidité de sa piété, qu'elle met à profit les leçons de vertu que son maître lui donne.

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