CHAPITRE PREMIER
Du zèle. — Motifs pressants qui en démontrent la nécessité.
— Je suis prêtre, et, comme prêtre, il est certain que je suis obligé d'imiter tout spécialement Jésus- Christ.
Ne suis-je pas sur la terre son lieutenant, son ministre, son disciple de prédilection? N'est-ce pas son propre ministère que je continue? Dans mes plus augustes fonctions, au saint tribunal et à l'autel, ne suis-je pas un autre Jésus-Christ, comme on me l'a dit tant de fois, Saccrdos aller Christns ? Ne faut-il donc pas que je marche sur ses traces? N'est-il pas nécessaire que je règle ma conduite sur sa conduite, que mes desseins soient conformes à ses desseins, mes sentiments à ses sentiments, mes œuvres à ses œuvres ?
Eh bien ! qu'a fait ce divin Sauveur pour le salut des âmes? Par le plus prodigieux abaissement qui fut jamais et qui puisse jamais être, il s'est fait homme dans le sein d'une de ses créatures. Oui, vraiment, il s'est donné un cœur d'homme; et, dans ce cœur, il a placé une fournaise d'amour qu'il n'a cessé d'entretenir pendant sa vie mortelle, qu'il entretient encore au plus haut des cieux, et qu'il veut voir entretenir jusqu'à la fm du monde par les continuateurs de son œuvre.
« L'amour dont ce divin cœur a brûlé, dit le )) cardinal de la Luzerne, a été un amour plein de » tendresse qui l'a fait courir avec ardeur après » une brebis égarée ; un amour de père qui lui a » fait recevoir son pauvre prodigue avec im épa- » nouissement de joie qui ne se peut décrire ; X) un amour infatigable qui lui a fait oublier la las- » situde, la faim, la soif et tous les besoins pour » instruire et sauver une pécheresse de Samaric; ». un amour généreux qui lui a arraché des larmes » sur le sort de l'ingrate Jérusalem dont un regard » prophétique lui découvrait déjà l'épouvantable » ruine ; enfin, un amour inépuisable, et qui vou- » lant se produire par quelque chose de frappant, » le faisait soupirer après le baptême de sang dont » tout son- corps devait être baptisé sur la croix. »
Voilà, voilà le zèle de Jésus-Christ ! Voilà les exemples admirables qu'il propose à ses prêtres : Exemplum dedi vobis.
— Sous peine de damnation, nous sommes obligés d'aimer Dieu. Anathème à qui naime pas le Seigneur Jésns ! s'écrie saint Paul.
Que nous serions heureux, si nous pouvions nous (lire avec une intime conviction que nous aimons sincèrement Dieu ! Quel bonheur surtout si nous pouvions positivement savoir que nous l'aimons de cet amour ardent et généreux qui fait en un instant du plus coupable des pécheurs un saint du premier ordre î
Yoici une bonne règle pour mesurer en quelque sorte notre amour ; que chacun de nous s'interroge ; voyons :
Suis-je animé d'un véritable zèle pour le salut des âmes? Est-ce après la conversion des pécheurs que mon cœur soupire? Leurs profonds égarements m'arrachent-ils des larmes ? Quand, dans des oraisons ferventes, je tiens en main la croix de mon Jésus ; quand je la presse affectueusement sur mon cœur ; quand je l'applique amoureusement sur mes lèvres, la pensée de tant de malheureux pécheurs dont le salut m'est confié, et qui tous les jours crucifient de nouveau mou Sauveur, fait- elle au fond de mon âmeuneimpressionvive!Mespensées,mesdiscours, mes actions, mes prières, mes travaux, mes souffrances, tout, en un mot, est-il employé pour obtenir à ces enfants égarés le tendre baiser de la réconciliation que le bon Père céleste me charge de leur offrir ?
Très-certainement, si je suis en cet état, je puis me donner l'assurance la plus positive que le divin amour est au fond de mon cœur.
Le zèle est en proportion de l'amour qu'on a pour Dieu : si je n'ai pas de zèle, je n'ai pas d'amour, je suis mort; si j'ai peu de zèle, j'ai peu d'amour, je suis tiède ; si j'ai un grand zèle, j'ai un grand amour,
jo suis fervent ; si ie suis embrasé, dévoré, consumé des ardeurs du zèle, c'est un signe assuré que tous les feux du divin amour pénètrent mon âme ; je suis un sai7it, un apôtre, un vrai prêtre.
Aimer les âmes et ne pas aimer Dieu, c'est impossible. Quoi! j'aimerais les images et je n'aimerais pas le divin original ! J'aimerais les âmes tout empourprées du sang de Jésus , et je n'aimerais pas Jésus lui-même! J'aimerais les pécheurs jusqu'à tout sacrifier pour leur procurer le ciel, et je n'aurais pas au fond de mon cœur ce divin amour faute duquel je serais plongé pour toute l'éternité dans les brasiers de l'enfer! Encore une fois, c'est impossible.
Un fervent religieux de la compagnie de Jésus^, qui avait consumé sa vie en travaillant à la conversion des pécheurs, étant sur le point de mourir, était si rempli de joie et de confiance pour le salut de son âme, que quelques Pères, trouvant cette confiance excessive, lui dirent qu'au moment de la mort il fallait sans doute se confier en la miséricorde de Dieu, mais qu'il fallait aussi craindre sa justice. Eh quoi ! répondit-il, ai-je donc servi Mahomet? J'ai servi un Dieu fidèle et reconnaissant, quelle crainte puis-je avoir ?
— Je suis prêtre, c'est-à-dire que je suis par état un sauveur crames.
Donner des soins corporels aux malades, c'est le devoir du médecin ; faire rendre justice à ses clients, c'est le devoir de l'avocat; appliquer la loi avec impartialité, c'est le devoir du juge; mais sauver les âmes, c'est la charge du prêtre.
Décidément je ne suis pas prêtre pour occuper la place d'honneur dans le temple de Dieu ; je ne suis pas prêtre pour demeurer oisif au fond d'un presbytère ; je ne suis pas prêtre pour déposer chaque jour quelques pièces de monnaie dans un coffre qui ne doit être vidé que par des héritiers qui ne me sauront aucun gré de mes sordides épargnes; je ne suis pas prêtre pour prendre part à tous les festins de la contrée, et pour couronner chaque festin par une partie de jeu qui se prolonge jusqu'au milieu de la nuit ; je ne suis pas prêtre pour viser à l'élévation et aspirer à des dignités effrayantes aux yeux de la foi, et dont je suis indigne par cela seul que je les convoite. Disons plus : jene suis pas prêtre pour porter le saint habit qui me distingue des séculiers ; je ne suis pas prêtre pour porter imprimé sur mon âme un caractère sacré et à jamais ineffaçable; jene suis pas prêtre, au moins je ne le suis pas seulement pour réciter l'office divin et célébrer la sainte messe. Non : je suis prêtre pour procurer abondamment la gloire de Dieu en travaillant avec ardeur à sauver les âmes ; oui, des âmes, la mienne d'abord, celles de mes frères ensuite.
Comme prêtre, voilà ma fin véritable, ma fm capitale et essentielle. Malheur à moi si je m'en propose une qui lui soit opposée !
C'est pour ne pas me détourner de cette fin que je dois éviter les vices que je viens de rappeler, l'oisiveté, l'avarice, l'ambition, l'amour du jeu et de kl bonne chère ; c'est pour l'atteindre, cette fin, que je doisréciterl'office divin, célébrerla sainte messe, administrer les sacrements, faire respecter par des vertus solides et toute sorte de bonnes œuvres le
caractère sacré gui décore mon amc. Ainsi donc, je suis réellement et par état un sauveur d'âmes ; ce n'est point une expression hyperbolique et forcée; c'est le mot propre , le mot peut-être qui rend le mieux l'idée que je dois avoir de la nature de mon emploi.
— Des milliers de pécheurs couvrent la face de la terre. De quelque côté que nous nous tournions, nous en sommes environnés. Un très-grand nombre de pécheurs meurent en état de péché mortel. Tous les jours l'enfer dilate ses entrailles pour recevoir une multitude d'àmes qui y tombent pour n'en sortir jamais, chargées qu'elles sont des malédictions éteraelles de Dieu.
Est-ce vrai ce que je dis là? Si c'est vrai! Eh! je ne prêche autre chose aux peuples. Oui, c'est vrai, et je n'ai pas à cet égard le plus léger doute.
Mais, mon Dieu! s'il est vrai que tous les jours, sous mes yeux, une foule d'hommes se damnent; et si, d'un autre côté, je suis par état un sauveur d'âmes, quel nom dois-je donner à ma froideur, à mon indolence, à mon insensibilité? Non, en présence de ces réflexions, l'illusion n'est plus possible.
Ne savons-nous pas, en effet, qu'il y a de tous côtés, dans nos paroisses, des brebis égarées ? Ne savons-nous pas, ou du moins ne devons-nous pas raisonnablement présumer que plusieurs de ces infortunées n'attendent peut-être qu'un petit mot du pasteur pour se replacer à l'ombre de sa houlette? Et ce petit mot, qui nous coûterait si peu, nous ne le disons pas! Et ce conseil donné à propos, qui pourrait produire de si bons effets, nous ne
le donnons pas ! Et cette prière, ces bonnes œuvres, CCS pénitences mêmes que nous pourrions offrir à Dieu pour obtenir le retour de nos prodigues ; c'est ù quoi seulement nous pensons à peine! Seigneur, ayez pitié de notre aveuglement et réchauffez notre zèle.
— Une multitude d'âmes seront à jamais perdues parce qu'elles auront eu pour pasteur un prêtre indolent et sans zèle ; et plusieurs seraient sauvées si ce pasteur eût été fervent et zélé.
Yoilà une réflexion aussi vraie qu'elle est accablante pour le prêtre sans zèle. Quelques mots vont la mettre dans tout son jour.
Supposons deux paroisses dont les besoins spirituels sont immenses, et qui sont devant Dieu dans le plus désolant état. Dans l'une et dans l'autre, même nombre de pécheurs et endurcis au même degré. Chacune d'elles reçoit en même temps un pasteur : l'unestpieux, fervent, animé d'un saint zèle; l'autre n'est pas ce qu'on appelle communément un mauvais prêtre ; non, c'est un prêtre mou, indolent, peu touché de l'état présent et du sort futur des pécheurs; c'est un prêtre sans zèle et qui dort tranquille, parce qu'il se tient attaché à ce qu'il regarde comme le gros, le capital de son ministère. Voyons-les à l'œuvre.
Dans la paroisse qui possède le pasteur fervent et zélé , quel ébranlement ! quel renouvellement ! que de Lazares ressuscites! que d'enfants égarés dans les bras de leur tendre père ! comme la ferveur du pasteur a gagné le troupeau! et par une suite nécessaire, qne d'àmes sauvées !
DansTaiitre paroisse, au contraire, quel eugourdissemcnt! quelle froideur de glace, quel éloigneinent du saint tribunal et même de l'église! quelle ignorance profonde et de jour en jour plus profonde encore! quel endurcissement dans les âmes! quelle effrayante insensibilité précisément chez les plus coupables ! que de morts affreuses! et, par une suite nécessaire, que d'âmes damnées ?
D'où vient cette énorme différence entre deux paroisses naguère semblables? N'est-ce pas évident ? Le pasteur de l'une a du zèle ; celui de l'autre n'en a point,
— Oh! si nous faisions pour sauver les âmes et les gagner à Jésus-Christ, non pas autant, mais la moitié de ce que font les mondains pour obtenir des honneurs, acquérir des richesses et se procurer de vains plaisirs!
Quelle honte de voir que les enfants du siècle ont plus d'ardeur pour les frivolités de ce monde que nous n'en avons pour procurer à nos frères les biens impérissables de la vie future !
Ils poursuivent des honneurs qui fuient devant eux comme les papillons devant les enfants et qui perdent leur vain prestige dès qu'ils les saisissent ; ils amassent des trésors dont ils ne jouissent pas en ce monde et qui ne les suivent pas dans l'autre; ils procurent à leurs sens et à leur corps des plaisirs de toute espèce ; et au moment où ils y pensent le moins, la mort les frappe et les couche dans un cimetière où ils pourrissent sous cinq pieds de terre, et perdent bientôt jusqu'au nom même de cadavre. Et cependant, pour ces honneurs, ces
richesses et ces plaisirs, que de soins ! que de démarches ! que d'inquiétudes ! que de sacrifices ! que de travaux ! que de soucis ! que de larmes même ! Quoi donc ! nous verrons ces insensés courir tout haletants après de vains fantômes ; et nous refuserons, nous, de courir après des âmes dont nous sommes les pasteurs, après des âmes qui fuient devant nous chargées du sang adorahle de Jésus-Christ, après des âmes immortelles qui seront demain peut-être la proie des enfers, si nous ne leur ouvrons aujourd'hui la porte du ciel par l'activité de notre zèle ! Jésus ! miséricordieux Jésus ! ne permettez pas qu'il en soit ainsi.
— Autre considération. Si nous ne sommes pas des hommes de zèle ; si les œuvres de zèle ne remplissent pas nos journées, quelle sera notre occupation habituelle ?
Le temps que les saints prêtres consacrent à ces œuvres, à quoi l' emploierons-nous ? A des lectures inutiles ? Temps perdu. A des visites interminables et qu'aucune vue d'utilité ne motive ? Temps perdu et souvent scandale. A des voyages fréquents et sans but? Temps perdu, dissipation, relâchement, dépenses inutiles. A des jeux et à des festins ? Temps perdu, scandale, prodigalité, évaporation de l'esprit de piété , occasion prochaine de plusieurs péchés.
Grand Dieu ! que d'âmes sauvées pendant tout ce temps-là si on le voulait !
— Nous sommes jaloux de la bonne opinion des peuples. Outre qu'elle nous est nécessaire pour le
succès de notre ministère, nous aimons à penser que nous sommes honorés de l'estime et de l'affection de notre troupeau. Aveugles que nous sommes de ne pas voir que le vrai moyen d'obtenir ce que nous désirons, c'est de nous adonner avec ardeur aux œuvres de zèle !
Nous ne savons pas au juste ce que l'on pense et ce que l'on dit de nous ; nous ignorons les reproches qui nous sont faits. On a trop de politesse ou plutôt trop peu de hardiesse ou de franchise pour nous révéler nos misères ; mais puisque c'est à nos propres réflexions qu'on nous abandonne, voyons, réfléchissons un peu.
Quels sont ceux de nos confrères dont nous entendons faire les plus pompeux éloges ? Quels sont ceux, au contraire, dont nous entendons censurer plus ou moins amèrement la conduite?
Quels traits de lumière jaillissent de ces deux questions ! Il faut bien en convenir : l'estime, le respect, raffection, l'admiration, les éloges sont pour nos confrère^ fervents et zélés. Toutes leurs œuvres sont exaltées, toutes leurs entreprises approuvées, tout leur ministère béni.
Au contraire, rindifTérence, la froideur, le dégoût, la critique mordante, la censure maligne, les médisances, les calomnies même, sont le partage de ceux en qui ral)sence du zèle ne se fait que trop remarquer. Le monde, et même le monde le plus corrompu, estime tout homme qui fait son devoir, quel que soit d'ailleurs l'emploi qu'il exerce. Il est ronpli de V esprit de son état ; ces paroles ont été de tout temps et seront toujours un éloge ; et cet éloge appartient pleinement au prêtre zélé, puisque
le zèle est Tobligation essentielle que son état lui impose.
— Les prêtres fervents et zélés nous édifient et nous font désirer de leur ressembler. D'où nous devons conclure que si nous étions fervents et zélés nous-mêmes, il est très probable^ il est même moralement certain que nous contribuerions par notre exemple à réchauffer le zèle de quelque confrère froid et indolent. Que si nous ne changions pas le fond de ses dispositions, dumoins le déterminerionsnous peut-être à entreprendre certaines œuvres extérieures qu'il n'eût jamais exécutées si nous n'eussions pas pris l'initiative.
Quand une paroisseapourpasteur un prêtre zélé, on parle dans toute la contrée des fruits de son ministère ; on publie les œuvres de zèle qu'il produit, on va en foule se faire inscrire sur le registre do la confrérie qu'il vient d'ériger ; on se presse pour assister aux instructions d'une neuvaine ou d'une retraite qu'il donne de temps en temps pour convertir les pécheurs et affermir les justes. Le prêtre le plus froid, en entendant parler d'im ministère si fructueux avec tant d'éloges, voudra nécessairement en mériter de semblables, il craindra des comparaisons dont tout l'odieux retomberait sur lui, et encore une fois, le fond de ses dispositions ne fûtil pas changé, sa conduite extérieure ne sera plus la même.
Que de bonnes œ.uvres n'ont été opérées que par de tels motifs ! Que de Via cnicis érigés ! que do congrégations formées ! que d'instructions faites ! que de pieux usages établis 1 lesquels ne l'eussent
jamais été, si la charge engourdie de tels et tels pasteurs n'eût été réveillée, excitée, provoquée par le zèle édifiant de quelque confrère !
— Autre avantage infiniment précieux que doit nécessairement nous procurer le zèle. Il nous préservera des dangers épouvantables qui nous attendent dans le monde et qui nous ont fait tant de fois frémir, surtout au temps de notre séminaire, quand on nous les représentait avec autant de vérité que d'énergie dans les instructions des retraites.
En effet, quel danger puis-je courir si je suis tout le jour en haleine pour vaquer aux œuvres du zèle ? En cet état, si je suis animé d'une intention pure, qu'ai-je à craindre de la part des ennemis de mon salut ?
Mon esprit s'ingénie sans cesse à trouver de nouveaux moyens de convertir les pécheurs ; mon cœur ne soupire qu'après leur conversion ; mon corps ne se meut que pour courir après eux ; mon imagination ne se repaît que du bonheur de les voir bientôt à mes pieds repentants et heureux ; mes travaux, mes courses, mes pénitences, mes prières, tout est pour eux. Que dis-je, pour eux ? en définitive tout est pour Dieu avec qui je les réconcilie, et à la gloire de qui tout retourne avec une merveilleuse abondance.
Prends courage, mon âme ; Dieu combat pour celui qui combat pour Dieu, et jamais ton propre salut ne sera mieux assuré que quand tu l'emploieras activement à sauver les pécheurs.
— Nous venons de dire un mot du bonheur de
voir à ses pieds un pécheur repentant et heureux. Quand Dieu n'aurait pas accordé au bon prêtre d'autre récompense de son zèle que ce bonheur si pur et si délicieux, il est certain qu'il devrait se trouver suffisamment et même abondamment dédommagé de ses soins et de ses fatigues.
Quel est le cœur de prêtre qui n'ait pas été inondé de consolations en entendant les soupirs d'un vieux pécheur sincèrement revenu de ses longs égarements I Ses larmes, l'expression de ses regrets, l'aveu des fautes qu'il a commises et la manière touchante dont il les déclare, tout cela remplit l'àme du saint prêtre d'une joie véritablement ineffable et que ceux-là seuls peuvent connaître, qui ont eu le bonheur de la goûter : Datum est ?iosse, cui daium est experiri. Et de même que les enfants que la mère de famille chérit davantage, sont ceux qu'elle a eu plus de peine à nourrir, de même aussi ces brebis rebelles après lesquelles s'est tant de fois fatigué le bon et zélé pasteur, sont précisément celles dont le retour procure à son cœur les consolations les plus douces et les plus abondantes,
0 Dieu I qu'il y a de délices, même ici-bas, pour un prêtre zélé ! Mais qu'un prêtre sans zèle est à plaindre, sous quelque rapport qu'on le considère l
— Si les consolations du prêtre zélé sont déjà si douces dans cette vallée de misères, que serontelles dans le ciel ! Quelle auréole de gloire formeront autour de ce digne pasteur tant d'âmes qui lui seront, après Dieu, redevables de leur béatitude éternelle !
Ici, nous ne pouvons que bégayer ; les mer-
veilles dont nous parlons sont infiniment au-dessus de nos conceptions et de nos discours ; elles sont trop en dehors de nos connaissances actuelles, et trop supérieures à la plus séduisante image que nous puissions nous former du bonheur, pour que nous fassions autre chose que de redire avec le prophète ces paroles si consolantes et si propres à ranimer notre zèle : Seigneur, quand votre gloire, cette gloire à laquelle vous daignez m' associer, me sera manifestée, la mesure de mon bonheur sera remplie, je n'aurai plus de désirs à former, je serai rassasié : Satiabor cùm apparucrit yloria tua.
— Pour achever de nous entraîner, considérons ce qu'ont pensé les saints sur le sujet que nous méditons.
Saint Paul est à leur tcte et profère ces paroles étonnantes : Optabam cnim ego ipse cmathcma esse a Christo pro fratrihus meis : paroles si fortes que les interprètes mitigent le sens naturel qu'elles présentent en disant que l'anathème dont le saint apôtre désire être frappé, est un anathème temporaire et non éternel.
Saint Jean Chrysostome disait que si, pour sauver les âmes qui lui étaient confiées, il ne fallait que sacrifier ses deux yeux, il s'y résoudrait avec une joie sans égale ; M illies optarem esse cœciis, si per hoc liceret animas convcrterc (S. Chrys., hom. 3^, in Act. Ap.)
Saint Bonaventure proteste qu'il aurait volontiers consenti à mourir autant de fois qu'il y a de pécheurs dans le monde afin que tous pussent se sanver (Stii7i. div, amor. p. 2, c. 11.)