‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 4 sur 51 · IV · texte numérisé non relu

IV

Saint Gaétan se trouvait à Naples pendant la grande révolution de 1647. A la vue du grand nombre d'âmes qui se perdaient pour une telle cause, il éprouva tant de tristesse et d'accablement que son cœur se brisaet qu'il en mourut de douleur.

Saint Ignace de Loyola disait que lors même qu'en mourant actuellement, il serait certain du salut de son âme, néanmoins il serait bien aise de risquer son salut en restant encore sur la terre afin de continuer à gagner des âmes à Jésus-Christ ; sur quoi, quelqu'un lui ayant dit qu'il n'était pas prudent d'exposer le salut de son âme pour sauver celle d'autrui, il répondit avec cette fermeté de zèle et de confiance que donne une foi robuste : « Dieu » est-il, par hasard, quelque tyran qui, voyant » que je mets en danger mon salut pour lui » gagner des âmes, voudra ensuite m'envoyer en » enfer? »

Saint Charles Borromée disait qu'un curé qui veut prendre toutes ses aises, se donner toutes les commodités de la vie, et faire tout ce qui peut être utile à la santé du corps, ne pourra jamais remplir les devoirs de sa charge.

Sainte Thvjrèse, en lisant la vie des saints martyrs et des saints ouvriers évangéliques, disait qu'elle portait plus d'envie aux seconds qu'aux premiers, à cause de la gloire que procurent à Dieu ceux qui s'occupent de la conversion des pécheurs.

Sainte Catherine de Sienne baisait respectueusement la terre par où passaient les prêtres qui travaillaient au salut des âmes. Elle avait de si vives ardeurs pour le salut des pécheurs que, dans un de SCS saints transports, elle disait qu'elle voudrait

se mettre à la bouche de l'enfer pour empêcher les âmes d'y être précipitées.

Sainte Marie-Madeleine de Pazzi était souverainement admirable en ce point : « J'envie, disait-elle, » le sort des oiseaux qui peuvent voler partout où » bon leur semble. Ah 1 si j'avais des ailes comme » eux, et que je pusse quitter le monastère sans » préjudice de ma profession, je prendrais au- » jourd'hui mon essor et je volerais jusqu'aux In- » des. Là, je rassemblerais les enfants de ces pau- » vres infidèles autour de moi, et je les instruirais » des principes de notre sainte religion, pourles met- » tre enpossessiondeJésusetlui donner des âmes. »

Un jour, après avoir entendu le récit des voyages de saint François Xavier, elle dit à ses novices : « Mes filles, demandons à Dieu la conversion d'un » infidèle, et offrons pour cela toutle bien que nous » pourrons faire aujourd'hui, ou plutôt, prions-le » de convertir autant de ces pauvres âmes que nous » allons faire de pas dans la journée, ou de points » de couture, ou prononcer de paroles dans la ré- » citation de l'office divin. »

Elle dit une autre fois : « Si le Seigneur me de- » mandait, comme à saint Thomas d'Aquin, quelle » récompense je désire obtenir de sa bonté, je lui » répondrai : le salut des âmes. »

Un jour, on la trouva profondément triste et fondant en larmes ; lui ayant demandé la cause d'une telle douleur : « Hélas ! dit-elle en soupirant, » c'est que je passe ma vie dans l'oisiveté, sans » rien faire pour le service de Dieu et le salut des » âmes. )) Elle faisait cependant pour la conversion des pécheurs des prières presque continuelles, et

elles s'imposait pour les plus endurcis des pénitences vraiment épouvantables , comme de se revêtir d'un cilice, de se frapper avec une chaîne de fer, de tenailler ses membres jusqu'à en faire couler le sang, et de brûler sa chair avec de la cire fondue. Elle prit un jour en main un crucifix et s'écria avec un accent de zèle et de ferveur : (( Vous avez voulu, mon Jésus, mourir pour les » pécheurs sur la croix et leur donner tout le sang » qui coulait dans vos veines ; et moi aussi, à votre » exemple, je voudrais verser le mien et donner » ma vie pour les convertir. »

« Quelle honte, disait un jour, en notre présence, » un saint religieux parlant à des ecclésiastiques, » si au dernier des jours il se trouve que l'acte le » plus parfait de zèle et d'amour n'aura pas été » produit par un prêtre, mais par un séculier, » peut-être par une simple fille (1) ! »

— Tels sont les principaux motifs de zèle dont il faut se pénétrer profondément, si l'on veut lire avec fruit et mettre fidèlement en pratique les règles de conduite qui vont suivre. Chacun de ces motifs pourrait servir de sujet de méditation, soit pour l'oraison du matin, soit au pied de l'autel, le soir, pendant les visites au Saint-Sacrement. Il sera très-utile^de relire souvent ce chapitre préliminaire, surtout quand on verra que la ferveur du zèle semble se ralentir.

(1) Le P. Gloriot, de la Comp. de Jésus.

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