‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 31 sur 51 · IV · texte numérisé non relu

IV

malheur d'Aire en guerre avec leur instituteur ou avec leur institutrice, d'examiner sérieusement au pied de leur crucifix, si, en ne s'inspirant que des raisons pressantes et fortes qu'un zèle charitable leur dicte pour établir la bonne harmonie entre l'école et le presbytère, ils ne prendront pas un parti infiniment plus sage et plus avantageux pour le bien spirituel de la paroisse, que si, perpétuant la lutte, ils continuaient de se retrancher dans des considérations dont ils se grossissent la valeur, mais qui, au fond, sont faibles, très-faibles, peutêtre même pitoyables et frivoles, surtout si on les met en regard de celles que le zèle et la foi leur suggèrent.

En effet, si nous examinons quelques-unes de ces considérations, nous verrons tout à l'heure leur faiblesse se produire.

« Le tort n'est pas de mon côté, » dit-on d'abord. Est-elle déjà bien édifiante, dans la bouche d'un prêtre, cette raison que nous réfutons tous les jours avec tant d'énergie, quand nous prêchons le pardon des injures ? Est-elle édifiante surtout de la part d'un curé qui, uniquement parce que le tort n'est pas de son côté, se détermine à prolonger une division funeste à laquelle un léger sacrifice d'amonr-propre mettrait peut-être subitement un terme? Et d'ailleurs, « le tort n'est pas de mon côté, » est-elle aussi vraie qu'elle le parait, cette proposition? Pour nous, il nous semble que, considérée sous un double rapport, elle est vraie et fausse tout à la fois. Le tort n'est pas de votre côté, en ce sens que le principe du désaccord et de la division n'est pas votre fait, nous en convenons ; mais le tort

est de votre coté en ce sens, que, prêtre et surtout pasteur de la paroisse, vous devez savoir vous imposer quelque sacrifice pour arrêter un grand mal et opérer au sein de votre troupeau un bien considérable.

« Mon autorité, dit-on encore, sera compromise » si je fais ce que vous me conseillez. » Votre autorité sera compromise ! Illusion grossière! Prétexte frivole suggéré parFamour-propre! Ah! mettez votre autorité sous la sauvegarde de l'humilité, de la charité, de la piété, de l'abnégation et du zèle, et soyez convaincu que, bien loin d'être compromise, elle n'en sera que plus puissante et plus respectée.

« J'ai déjà fait des démarches et employé des )) moyens de conciliation; tout a été infructueux. » Si vous avez fait tout ce que, moralement et chrétiennement, vous pouviez faire, c'est-à-dire tout ce qu'eût fait un saint à votre place, un François de Sales, par exemple, ou un Vincent de Paul, il n'y a plus rien à vous dire, assurément. Mais, de bonne foi, n'est-il point possible de faire plus et mieux que vous n'avez fait? Les démarches ontelles été ce qu'elles devaient être? Tous les moyens de conciliation ont-ils été épuisés ? Ce que l'on n'a pu obtenir par soi-même, a-t-on tenté de le gagner par l'intermédiaire de quelques personnes influentes ? En un mot, lesressources du zèle, qui sontinépuisables quand il est ardent, sont-elles réellement à bout? Je le souhaite vivement; mais franchement, j'ai quelque peine à me le persuader.

Oh I s'il était possible, dans ces circonstances, d'arracher de son cœur jusqu'à la dernière libre

de l'amoiir-propre, et de remplacer subitement cet amour-propre par une humilité profonde, que d'obstacles qui semblent insurmontables s'aplaniraient d'eux-mêmes comme par enchantement !

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