‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 33 sur 51 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Rapports extérieurs avec les pécheurs pour les engager h se couvertir.

— Si nous avions une foi vive, nous aurions un zèle ardent pour le salut des âmes ; car comment croire fermement que les pécheurs qui nous environnent sont suspendus sur des brasiers éternels, sans effort pour les arracher aux tourments effroyables dont ils sont menacés? Mais quand surtout il existe entre nous et ces infortunés pécheurs des liens intimes et sacrés ; quand ils font partie du trou-

peau dont nous sommes les pasteurs ; quand on sait qu'un Dieu n'a pas cru qu'il fut indigne de sa souveraine majesté de verser pour le rachat de leurs âmes jusqu'à la dernière goutte de son sang; quand on connaît les énergiques paroles qu'il adresse à ses ministres pour leur rappeler le compte à rendre des âmes qui leur sont confiées : Scmgiiiiicm eorwn de manu tiicl rcqtnram ; en vérité, on ne peut comprendre, et en efTet nous ne croyons pas qu'il y ait des prêtres, des pasteurs surtout, assez indifférents et assez froids pour rester tranquilles spectateurs de la damnation de leurs frères.

Si pourtant il en était de tels , en voyant lenr calme profond, et peut-être, liélas! leur oisiveté pei'pétuelle, leur enjouement excessif, leur dissipation turbulente, pourrait-on penser qu'une grande partie de la famille spirituelle qui leur est donnée, s'endort chaque soir sur la bouche de l'enfer, au risque de se réveiller dans ses profondeurs ?

Si, dans le silence de la nuit, nous entendions, à la porte de notre maison, la voix étouffée d'un malheureux qu'un assassin vient de poignarder, et qui nous conjure de lui porter secours; ah! fùt-il notre ennemi déclaré, nos entrailles seraient tellement émues de compassion que nous ne reculerions devant aucun sacrifice pour lui sauver la vie. C'est bien ! sans doute, c'est très-bien ! Mais ce qui ne serait pas bien, ce qui serait une inconséquence inexplicable au point de vue d'une foi vive, ce serait de montrer tant de zèle pour porter secours à un ennemi déclaré, pour l'arracher à une mort temporelle qui, après tout, ne serait que retardée, et de voir suspendus sui' l'enfer des amis, des frères,

des brebis dont on serait le pasteur, sans employer tant de moyens qu'on pourrait aisément mettre en œuvre pour les délivrer d'une éternité de supplices.

Pour nous déterminer à les employer, ces moyens, que faudrail-il donc? Nous l'avons dit; il faudrait une foi vive. La foi, nous l'avons ; la foi vive, lumineuse, pénétrante, peut-être ne l'avons-nous pas. En effet , supposons que nous voyons réellement et de nos propres yeux un de nos paroissiens, n'importe lequel, s'endormir paisiblement ou courir en insensé sur le bord entr'ouvert de la voûte infernale, resterions-nous froids, insensibles, sans mouvement, sans entrailles? Lui refuserions-nous tout secours, même un simple conseil? A ces questions, notre cœur fait, sans balancer un instant, la réponse que la cbarité lui suggère. Oui, nous volerions à son secours avec une ardeur qu'aucun obstacle ne saurait arrêter. Voyez le dévouement des prêtres dans un incendie !

Pourquoi notre zèle serait-il si ardent? Parce que nous verrions le danger de nos yeux. Pourquoi notre zèle est-il si froid quand il s'agit de travailler à la conversion des pécheurs? Parce que nous ne sommes pas frappés de la vue actuelle du danger ; disons-mieux, parce que l'œil de notre foi est tellement altéré, obscurci, atfaibli, qu'il ne sait pas plonger au fond des brûlants abîmes un de ces regards vifs et pénétrants qui saisissent l'invisible comme le visible, ainsi qu'il est dit de Moïse dans la sainte Écriture : Invisibilem tanquàm vidcns sustinuit.

Car enfin, nous savons parfaitement, et il est de foi que tout pécheur en péché mortel mérite l'enfer.

B'im autre coté, nous savons par rexpériencc do tous les jours que nombre de pécheurs meurent en cet état et se damnent. Enfm nous savons, et les saints prêtres sont là pour nous l'attester, qu'il ne faut souvent qu'un service rendu, un conseil donné, un acte quelconque de dévouement et de zèle pour déterminer la conversion d'un pécheur. Ranimons donc notre foi, réchauffons notre zèle, et prétons au moins l'assistance de nos charitables avis à tant de pécheurs qui, peut-être, n'attendent que ce faible secours pour éviter l'enfer et mériter le ciel.

— C'est de ce moyen de conversion que nous allons nous occuper dans ce chapitre. Courir après les péclieurs : leur donner de charitables conseils ; leur rappeler l'importance du salut; les presser, les conjurer de mettre en repos leur conscience agitée; réfuter les objections qu'ils allèguent pour différer leur conversion; faire, en un mot, le siège de leur âme pour les gagnera Jésus-Christ, pour les arracher à l'enfer et les porter au ciel, en dépit de leur folle résistance, voilà quelle devrait être l'occupation de tout prêtre, chacun dans la sphère d'action où la divine Providence l'a placé. Puissions-nous donner des règles sages sur l'exercice de cette sainte occupation, pour ceux qui veulent s'y livrer avec une généreuse ardeur I

Mais avant de poser ces règles, rappelons brièvement quels sont les prêtres qui ont le moins de dispositions à les adopter. Cela pourra ouvrir les yeux de plusieurs qui, hors du confessionnal, ne font peut-être pas, dans le cours d'une année, une

seule démarche pour déterminer un pécheur à se convertir.

Il en est qui ont des jours et d(îs heures réglés pour entendre les confessions; ils sont constamment à leur poste avec une louahle exactitude. C'est fort hien ; mais pour un grand nombre de pécheurs lâches, mous, apathiques, timides, il est évident que cela ne suffit pas, et qu'ils n'iront pas à leur pasteur, si leur pasteur ne vient pas à eux le premier. Cependant, les prêtres dont nous parlons ne font rien de plus que ce que nous avons dit. Ils reçoivent au tribunal de la pénitence tous ceux qui se présentent ; mais aller trouver les pécheurs à domicile pour les engager à se convertir, c'est ce qu'ils ne font jamais. Le compelle intrare est im moyen de conversion qui n'est point à leur usage.

D'autres reconnaissent le grand avantage de ces conseils donnés à propos ; mais ils sont d'une timidité excessive quand il s'agit de dire un mot de conversion à quelque pécheur. Ils ne peuvent parler piété qu'au tribunal de la pénitence et en chaire. Partout ailleurs, il semble que leur langue soit liée quand l'occasion se présente de donner un bon conseil ou de placer un mot d'édification. C'est de l'embarras, c'est de la timidité; disons le vrai mot, c'est une pointe de respect humain pour plusieurs.

(JueUpies-uns se persuadent que ce moyen est inutile, (pie Ton imporlune les pécheurs sans les converlir, que Ton lu^ fait pas aimer la piélé par ces sollicitalions pénibles, que c'est une exagération de zèle, et que d'ailleurs c'est à l'église, du haut de la chaire évangélique, que Ton a grâce

abondante pour parler de Dieu et du salut aux pécheurs.

Pitoyables prétextes ! Ah ! tentez-le, ce moyen, et vous verrez s'il est inutile; allez trouver les pécheurs, parlez-leur, avec discernement sans doute, mais surtout avec la douceur et l'aménité du vrai zèle, et vous verrez si l'on trouve vos conseils fatigants et pénibles ; vous verrez si vous ne gagnez pas quelquefois mieux les pécheurs par ces entretiens particuliers que par de grands sermons qu'ils entendent froidement, et auxquels même ils évitent presque toujours d'assister. Qui les éclairera, ces pauvres aveugles, s'ils ne viennent pas à la lumière et si personne ne la leur porte ?

Il en est d'autres qui ne refusent pas de parler conversion aux pécheurs ; mais ils le font sur le ton de la plaisanterie ; on leur répond sur un ton pareil, et tout est dit. Comme rien n'annonce qu'ils attachent une grande importance aux conseils qu'ils donnent, ces conseils demeurent et doivent naturellement demeurer infructueux. Qui sait même si les pécheurs ne s'endurcissent pas davantage encore, en voyant qu'on semble faire si peu de cas du salut de leur âme?

Enfm (et ceci comprend non-seulement les prêtres dont nous venons de parler, mais certains autres dont nous pourrions parler encore), plusieurs n'aiment pas à employer le moyen de conversion que nous proposons, parce qu'ils n'ont pas assez de zèle pour le salut des pécheurs. Les grands mots : A7nc, Paradis y Enfer, Eternité, Sang de Jésus- Christ, Mort d'un Dieu, qui devraient leur faire éprouver une sainte et vive émotion, laissent leur IV. 17

cœur froid et insensible ; et ces autres mots qui ont avec les premiers une corrélation intime : Foi, Charité, Zèle, Dévoiionent ; ces mots, ou plutôt les vertus qu'ils rappellent, n'ayant leur siège qu'à la surface de l'âme, n'en secondent que faiblement les opérations.

C'est à tous les prêtres de ce caractère que nous adressons spécialement, et ce que nous avons déjà dit sur cet important sujet, et ce que nous allons dire encore sur les moyens de pratiquer l'exercice de zèle que nous recommandons.

— Les bons conseils, tendant à procurer la conversion des pécheurs, peuvent se donner à trois classes de personnes, savoir : — Aux personnes d'une classe élevée ; — à celles de la classe moyenne ; — à celles de la classe inférieure. Cette distinction est nécessaire, car ce serait tout perdre que de vouloir parler aux uns comme aux autres. Le zèle, s'il doit être ardent, doit être aussi sage et discret; et de cette discrétion, bien ou mal observée, résulte souvent le succès ou l'insuccès d'une démarche entreprise pour la conversion d'un pécheur.

Parlons d'abord des précautions à prendre pour donner des conseils aux personnes d'une classe élevée.

Après avoir recommandé à Dieu la pieuse tentative que l'on va faire et lui avoir demandé les grâces nécessaires pour obtenir un bon résultat, ce qu'il ne faut jamais omettre non-seulement dans la circonstance présente, mais encore avant tou exercice de zèle, il faut examiner avec attention

quelles sont les dispositions du pécheur avec lequel on va traiter.

Nous savons déjà qu'il appartient à la classe supérieure de la société; mais cela ne suffit pas. 11 faut voir en outre s'il a du talent ou s'il en est dépourvu ; car on pourra ordinairement se mettre un peu plus à Taise et parler plus librement s'il est peu instruit que s'il l'est beaucoup. Il faut voir s'il a im bon caractère ; s'il est doux, franc, enjoué, communicatif et disposé à recevoir un conseil sans se fâcher; car s'il en est ainsi, on pourra bien plus aisément entrer en matière, tout en restant cependant dans les limites que prescrivent les convenances respectueuses dont il ne faut jamais s'écarter.

Il faut voir, au contraire, s'il n'est pas, par humeur, sombre, austère, taciturne, susceptible et peu disposé à recevoir un avis ; car alors il faut des précautions extrêmes. L'orgueil, chez un homme de cette trempe, étant en plein règne, un mot quelquefois suffirait pour s'attirer une de ces réponses sèches et piquantes qui ne permettent pas d'aller plus loin.

Enfin il faut voir s'il est foncièrement impie, ce qui est encore assez rare, ou bien s'il est comme tant de gens qui, au fond, ont la foi, mais qui veulent persuader aux autres et se persuader à euxmêmes qu'ils l'ont perdue ; ou enfin, s'il est simplement inditrércnt et apathique, mais plein de foi malgré les vices auxquels il est sujet.

Il est évident que, quoique ces différents pécheurs aient besoin de conversion, il ne faut cependant pas leur parler à tous de la même manière.

L'impie voudra sans doute entamer une discussion et faire valoir ses arguments ; il faudra donc qu'on se prépare à ce genre d'attaques, et que, pour mieux réussir, on tâche de savoir par quelques-uns de ses parents ou amis, quel est son système d'incrédulité, s'il en a un, ou quelles sont ses objections favorites, s'il n'a pas autre chose.

Quant au pécheur qui a la foi, mais qui est indifférent, apathique, insouciant, et qui dit froidement : J'ai la foi, moi, et je ne veux certes pas mourir comme la bête ; mais rien ne presse, j'ai le temps, j'ai des afTaires, etc., il est clair qu'il lui faut des raisons appropriées à son état, et qu'il faut aussi se tenir prêt à lui proposer de forts arguments tirés de la foi qu'il professe, afin de combattre victorieusement les frivoles prétextes qu'il allègue.

Ainsi donc, on le voit, la première chose h faire est de se rendre bien compte de l'état et des dispositions du pécheur que l'on entreprend de convertir.

— Maintenant, que fera-t-on? Les préparatifs sont terminés; les informations sont prises; les parties sont en présence. Donnera-t-on des conseils, et quels conseils?

Nous pensons que, en général, aux personnes de la haute classe, on ne peut guère donner des conseils directs. L'orgueil de ces personnes s'y oppose.

Donner un conseil, cela sent un peu l'autorité ; le père donne plutôt des conseils h son fils que le fils à son père ; et quand le fils croit devoir en

donner, il croit devoir aussi, s'il est sage et respectueux, user de précautions et de ménagements.

D'un autre côté, recevoir un conseil qui tend à la réforme de nos habitudes et de nos défauts ; le recevoir sans froncer le sourcil, cela suppose un certain fonds d'humilité. Or, il faut bien le dire, dans la haute classe, surtout quand la piété n'est pas là pour rectifier les sentiments, diriger les actes, et dissiper le vain prestige de l'élévation, l'orgueil prend ordinairement au fond du cœur la place de l'humilité, et l'orgueil n'aime pas beaucoup les donneurs de conseils.

Donc, en général, il ne faut pas aborder de front, avec un grand, l'article de la conversion. Nous disons : en général ; car il est des cas particuliers où cela se peut faire sans le moindre inconvénient, par exemple quand on sait positivement que le conseil sera parfaitement reçu, que l'on s'y attend même, et que d'ailleurs on est avec celui qui va le recevoir sur le pied d'une certaine liberté qui permet d'agir directement et sans détour.

— Sauf les cas particuliers dont nous venons de parler, il faut donc prendre une voie détournée.

Gagner le cœur de ces personnes par une grande douceur, des prévenances, de la bonté et cet ensemble de qualités qui sert comme de passe-port aux conseils que l'on pourra donner plus tard ; voilà, ce nous semble, un excellent moyen, quoique indirect, d'arriver au but que l'on se propose. Souvent aussi, quand l'occlusion se présente d'ellemême, il est bon d'exposer comme siennes quelques doctrines qui, sans aller jamais contre les

principes, font voir cependant que Ton n'a pas une piété étroite et rebutante. Cela fait tomber souvent bien des préventions et contribue puissamment à aplanir les voies de la conversion.

Quelques traits d'histoire à la gloire de la religion, quand ils trouvent naturellement place dans la conversation ; la conversion de quelques grands pécheurs; le succès étonnant d'une mission, ou bien la mort subite de quelque endurci, frappé dans l'acte même du crime ; tout cela raconté, sans aucune allusion directe, et comme simple aliment de la conversation, peut faire faire bien des réflexions et donner naissance à de salutaires remords .

D'autres fois, on peut avec avantage, et tout naturellement encore, peindre vivement, quand on nous parle de nos fatigues, les joies et les consolations de notre saint ministère, Tineffable bonheur que nous cause la conversion d'un pécheur, la douceur exquise des larmes que nous répandons et qu'il répand lui-même. Oh ! que cela bien dit, bien senti surtout, dispose favorablement les auditeurs à se convertir !

Quelquefois, les pécheurs de cette classe font, sur le ton de la plaisanterie, les premières avances. D'un air aimable, mais enjoué, ils parlent de la confession, des difficultés qu'elle présente, ou de quelqu'autre point de religion dont îa conversation leur offre l'occasion de dire un mot. Ce mot, il ne faut jamais manquer de s'en emparer et de l'exploiter ; non pas sans doute en l'adoptant comme point de départ d'une discussion en règle soutenue d'un ton sérieux qui contrasterait trop crûment avec l'enjouement de son adversaire ; mais il est

fort à propos de répondre avec une aimable gravité à l'objection badine qui vient d'être faite. Cette réponse peut se faire avec beaucoup de fruit, quoique les traits du visage ne portent pas l'empreinte d'un grand sérieux. Avec du tact, on peut, le sourire sur les lèvres, dire de graves et utiles vérités.

11 n'est pas rare non plus, dans les maisons où les femmes ont de la religion, de les voir amener sans détour la conversation sur le terrain religieux. Si elles n'y pensaient pas, ce serait une idée qu'il serait fort bon de leur suggérer. Une sœur à l'égard de son frère, une mère à l'égard de son fils, une femme à l'égard de son mari, peuvent avec une grande facilité profiter de la présence d'un ecclésiasti quepour engager une discussionsérieuse. Oh ! alors, l'occasion est excellente, et. Dieu aidant, on peut sinon déterminer une conversion subite, du moins réfuter bien des objections, détruire bien des préjugés, exciter bien des remords, inspirer de pieux mouvements et préparer en un mot les voies d'une conversion prochaine.

Il est encore une circonstance favorable qui se présente quelquefois sans qu'on l'ait provoquée, et dont il ne faut jamais manquer de profiter ; c'est lorsque l'on se trouve avec quelque pécheur de cette classe, au moment où il est en proie à une violente douleur.

Un prêtre, dans le ministère, est souvent témoin de ces scènes déchirantes. Quand une mère, une sœur, une épouse, viennent de rendre le dernier soupir, il n'est pas rare que les parents éplorés de ces êtres chéris, égarés par la violence de l'affliction.

se laissent tomber dans les bras du prêtre qui partage leur peine ; et alors se font, par paroles entrecoupées de sanglots, des épancliements, des réflexions sur la brièveté de la vie, sur la vanité du monde et des plaisirs, et mille autres choses que l'exaltation de la douleur fait dire et qu'on ne dirait jamais en temps calme.

Oh ! c'est alors qu'un saint prêtre peut déployer toutes les ressources de son zèle pour opérer la conversion de ce pauvre affligé. Dans ces moments, il peut tout lui dire ; il peut le presser, le conjurer de se donner à Dieu afin de retrouver dans le ciel la personne si chère qu'il ne possède plus sur la terre. 11 peut lui exposer, avec le zèle et l'énergie dont il est capable, tout ce qu'il y a de frivole dans les vanités mondaines, et tout ce qu'il y a de solide et de consolant dans les enseignements de la foi. Qu'il parle avec un saint transport ; qu'il réponde à l'exaltation de la douleur par l'exaltation du zèle et de la foi ; on ne pensera pas même à se formaliser de ce langage qui, en toute autre circonstances, serait sur-le-champ réprimé.

— Telles sont les circonstances ordinaires dans lesquelles on peut pratiquer, àl'égard des pécheurs de la haute classe, l'exercice de zèle que nous recommandons dans ce chapitre.Arni de mieux réussir, dans l'emploi de ce moyen de conversion, il est très-avantageux d'avoir préparé de longue main les raisons les plus fortes, les arguments les plus convaincants auxquels on est obligé d'avoir recours en ces occasions. Ce serait une petite étude à faire qui n'anrait rien de pénible et que Dieu bénirait.

Les incrédules, réels ou apparents, n'ontpas, ordinairement, raisonné profondément leur incrédulité. Otez-leur quelques objections banales contre l'enfer, la confession, la divinité de Jésus-Christ, et leur répertoire est épuisé. Si donc on prépare avec soin la réfutation victorieuse de ces objections ou autres semblables, qui se font le plus communément, il est clair que le succès sera beaucoup plus assuré.

Quant aux pécheurs qui ont conservé la foi, il faudrait préparer aussi les raisons si puissantes et si fortes que l'on peut opposer aux frivoles prétextes qu'ils allèguent pour différer leur conversion. Quelques écrivains, le P. Judde, par exemple, dans ses Œuvres spirituelles ; Bourdaloue , dans ses Pensées, leur fourniraient des arguments courts, incisifs et serrés sur les grandes et terribles vérités de la religion qui produiraient dans la discussion des effets excellents. Il serait fort bon aussi de faire provision de quelques traits historiques bien choisis. La relation de certaines conversions éclatantes, de quelques morts affreuses, ou d'autres châtiments visibles de la justice de Dieu, ne manque jamais de faire une impression plus ou moins profonde sur ceux qui l'entendent, quand surtout, comme nous le supposons ici, le flambeau de la foi rayonne encore dans leur âme.

— Passons maintenant aux pécheurs de la seconde classe, de la classe moyenne. Nous comprenons dans cette catégorie tous ceux qui tiennent le milieu entre les grands de la première classe et les simples paysans, les ouvriers et les pauvres qui composent la troisième.

Page 1