IV
— Mais tout cela demande des explications un peu plus détaillées et qu'il convient de donner actuellement. Disons d'abord que toutes les âmes pieuses, ou réputées telles, ne sont pas, à beaucoup près, également propres à employer avec succès le moyen de conversion que nous proposons. Encore qu'il faille recommander généralement à toutes les personnes qui font profession spéciale de dévotion, de travailler activement à la conversion des pécheurs, il est pourtant certain qu'il faut cultiver avec un soin particulier, et employer de préférence les âmes qui réuniront à un plus haut degré les qualités requises pour ce précieux ministère.
La bonne volonté, même vive et ardente, ne suffit pas toujours pour faire réussir cette œuvre de zèle; et quelquefois cet empressement, cette ardeur, au lieu d'attirer un pécheur, ne feraient que l'importuner et l'éloigner davantage.
— La première chose à faire pour employer avec succès les pieux fidèles à la conversion des pécheurs, c'est de leur inspirer le goût de cette œuvre si importante. Un prêtre zélé, un pasteur surtout, doit saisir toutes les occasions qui se présentent pour exhorter les âmes pieuses à travailler au salut de leurs frères.
Dans la chaire, dans le tribunal de la pénitence, dans les entretiens particuliers, il doit leur proposer, avec l'énergie et l'accent du vrai zèle, les raisons les plus fortes qu'il pourra trouver pour exciter leur ardeur.
11 leur dira, par exemple (1), que la conversion
(1) Ce qui suit, jusqu'à la lin de ce numéro, pourrait trèsl)ion servir de plan d'iuslruction sur cette utile matière. ;
crune âme est l'œuvre la plus excellente que nous puissions jamais entreprendre ; que Jésus-Christ, pour une œuvre de cette nature, n'a reculé devant aucun abaissement, aucun sacrifice, aucune souffrance ; qu'il n'a pas cru, lui qui connaissait si bien le prix des choses, qu'il fut indigne de sa majesté suprême de répandre des flots de sang divin pour le salut des pécheurs. Il leur dira que, peut-être, et probablement même, dans les desseins de Dieu, le salut de plusieurs âmes est attaché aux eff'orts qu'elles feront pour les convertir, aux bons exemples et aux pieux conseils qu'elles leur donneront pour les amener à la pratique de la vertu. Il ajoutera qu'en travaillant à sauver leurs frères, elles ont un espoir fondé de se sauver elles-mêmes, puisqu'il est écrit dans nos saints Livres que quiconque aura fait revenir un pécheur de son égarement, sauvera une âme qui courait à sa 'perte, et aura, de plus, V avantage d'obtenir de Dieu la rémission de ses propres péchés. 11 leur montrera tout ce qu'il y a de grand, de noble, de divin, pour ainsi dire, à sauver de la mort éternelle des âmes rachetées du sang d'un Dieu. Il leur dira que, ne penser qu'à soi, en dévotion comme en tout le reste, c'est un pur égoïsme, et quel'éçoïsme le plus coupable est celui qui nous empêche de rendre à notre prochain un immense service dont les conséquences sont éternelles. Il tâchera de leur faire sentir combien il serait honteux et humiliant que le démon fût plus empressé à perdre les âmes que nous à les sauver. Enfin, il leur proposera pour modèles tant d'hommes apostoliques qui se sont consumés dans les fatigues et les
travaux les plus pénibles, et qui ont avec joie sacrifié leur vie pour le salut de leurs frères.
Leur zèle étant stimulé par ces diverses considérations, on leur proposera les moyens les plus propres à faire fructifier leur apostolat. Exposons maintenant ces divers moyens.
— Un point fondamental et sur lequel on ne saurait trop insister, c'est de bien convaincre les bonnes âmes dont on veut se servir pour la conversion des pécheurs, qu'elles doivent s'appliquer constamment à donner l'exemple d'une piété solide, aimable, édifiante, telle enfin que les pécheurs les plus endurcis ne puissent s'empêcher d'en faire eux-mêmes l'éloge. Ce point est d'une importance extrême, et l'on voit qu'en faisant ce que nous recommandons, on sera utile, et aux pécheurs qui seront plus aisément convaincus, et aux âmes pieuses qui seront bien mieux en état de convaincre.
Quelle influence aura, par exemple, sur son mari, une femme qui sera à l'église quand elle devrait être au sein de son ménage où tout est en désordre quand elle est absente? Quel attrait lui inspirera-t-elle pour la dévotion, si, quand elle doit s'approcher des sacrements, il le devine à coup sûr en la voyant sombre, triste, taciturne, rêveuse? Quel fruit produiront ses exhortations à la vertu, si, malgré ses dévotions et ses petites pratiques, elle se montre, en toute occasion et à la moindre contrariété, vive, emportée, boudeuse, difficile a satisfaire, remplie de défauts, et vide de vertus solides et édifiantes?
Ce que nous disons de la femme à l'égard de son mari, il est clair que nous pouvons le dire également de la sœur à l'égard de ses frères, de la servante à l'égard de ses maîtres, et généralement de toute personne faisant profession de piété à l'égard des pécheurs qu'elle fréquente et dont elle veut entreprendre la conversion.
— Pour transformer des personnes pieuses en bons instruments de conversion, il faut leur donner des conseils appropriés à la position sociale et aux circonstances particulières dans lesquelles chacune d'elles se trouve.
Voici, par exemple, un jeune homme d'une haute piété ; il méprise le respect humain, il assiste régulièrement aux offices dé sa paroisse ; il approche fréquemment des sacrements ; il annonce par la modestie de son maintien que son cœur est à Dieu ; il est, au sein de sa famille et parmi ses condisciples, un ange de paix, de douceur et d'édification.
Le curé de ce charmant jeune homme, s'il a le zèle d'un bon pasteur, ne manquera pas de le regarder comme un coadjuteur que la divine miséricorde lui envoie ; et ce sera avec un vrai bonheur qu'il lui donnera les conseils nécessaires pour faire fructifier pleinement le travail d'apôtre qui lui confiera.
11 aura donc avec lui un entretien particulier à ce sujet. Dans cet entretien, on examinera de concert sur quels pécheurs de sa connaissance il peut exercer une salutaire influence. Le plus souvent, il pourra, au sein même de sa famille, entreprendre avec chance de succès la conversion d'un ou de plusieurs de ses frères, quelquefois même de son père,
avec les précautions convenables, souvent aussi de quelques parents plus éloignés qui ont pour lui une estime et une affection toutes spéciales. Enfin, il pourra encore s'employer très-utilement à la conversion de quelques condisciples, qui, quoique si différents de lui par leur conduite, le fréquentent cependant avec plaisir, à cause des aimables qualités qu'il possède.
Quand on aura examiné ainsi sur quels pécheurs il peut faire une tentative, on verra, toujours de concert, de quelle manière il convient de s'y prendre pour mieux réussir. C'est ici que les lumières du saint prêtre viendront puissamment en aide à l'inexpérience du jeune apôtre. Ses conseils seront appropriés aux dispositions d'esprit, de cœur, de caractère, en un mot aux circonstances particulières dans lesquelles se trouveront les pécheurs à convertir. Il fera savoir à ce bon jeune homme ce qu'il devra faire et ce qu'il devra éviter pour le plein succès de ses entreprises, et lui donnera toutes les instructions nécessaires, sans oublier jamais de l'engager à féconder, par la prière et les sacrements, les -semences de salut qu'il se dispose à répandre dans l'âme des pécheurs.
Oh ! que Dieu bénirait ce saint apostolat, s'il était exercé par ses ministres avec un vrai zèle, et dans la seule vue de procurer sa gloire et le salut des âmes !
— Les femmes peuvent être, en une foule de circonstances, d'excellents instruments de conversion. Combien n'en voit-on pas qui sont unies à des hommes sans religion 1 Plusieurs en gémis-
sent et s'en affligent ; d'autres considèrent avec indifférence le triste état de leurs maris ; comme elles voient une multitude d'hommes dans des dispositions pareilles, elles sont fort peu touchées d'un mal si universellement répandu. D'autres enfin font quelques tentatives, et ne réussissant pas comme elles le voudraient, elles finissent par se borner à faire et à demander des prières aux âmes pieuses de leur connaissance.
A toutes ces femmes, que manque-t-il pour obtenir souvent la conversion de leurs maris ? Il manque im directeur zélé qui stimule leur ardeur, et qui, en toutes rencontres, leur rappelle qu'elles doivent spécialement et constamment s'appliquer à convertir celui que le ciel leur a donné pour époux.
Mais, hélas I que de directeurs confessent la femme sans lui dire un mot, pendant des mois et des années, de la conversion du mari ! Et pourtant, s'il est une personne au monde capable de déterminer un pécheur à se convertir, c'est assurément celle que Dieu lui a donnée pour compagne. Quand deux époux sont unis par une étroite afTection ; quand le mari surtout a pour sa femme toutes les prévenances, les bontés et la tendresse possibles, il est certain que, si elle se sert de l'empire qu'elle a sur son cœur, elle finira par le rendre bon chrétien.
Voici, ce nous semble , les recommandations principales qu'il convient de faire à cette femme. Après avoir excité son zèle par les considérations .générales que nous avons proposées plus haut, il faut l'engager à redoubler de vigilance sur ellemême pour ne rien faire et ne rien dire qui puisse
tant soit peu déplaire à son mari. Non-sciilemciit clic doit éviter de le contrarier, mais elle doit s'appliquer à lui être agréable ententes choses, et aller sur ce point aussi loin qu'elle le pourra, sans enfreindre la loi de Dieu.
De cette manière, elle se fera chaque jour aimer davantage ; et ce redoublement d'aflection lui donnera, sans nul doute, un surcroît d'influence et d'ascendant. 11 faut lui dire aussi qu'elle doit profiter de toutes les circonstances favorables à la conversion de son mari ; par exemple, si elle le voit triste, abattu, à la suite de quelque revers ou adversité quelconque ; si elle le voit vivement affecté de la mort d'un de ses amis ; s'il manifeste, par certains mots qui lui échappent, quelques sentiments religieux ; s'il fait une maladie ; s'il assiste à une instruction qui l'ait un peu remué. Dans ces circonstances, et une foule d'autres, qui se présentent à chaque instant, une femme, pressée vivement par son curé ou son directeur, peut obtenir la conversion qui est l'objet de ses vœux.
11 faut encore lui recommander de ne pas insister quand une première ouverture est reçue avec un mouvement de brusque impatience ; car elle fatiguerait, elle importunerait et ne convertirait pas. On doit alors différer l'exhortation, attendre des dispositions plus favorables de la part de celui à qui on veut la faire. Un bon conseil à donner encore à une femme, c'est, lorsque son mari la priera de lui accorder ([uelque chose (|u'il désire vivement, par exemple, de l'accompagner dans un voyage, ou à une partie de plaisir innocente, ou toute autre faveur, de lui dire avec beaucoup de douceur et
(Taménité qu'elle le veut bien, pourvu qu'illui promette de se convertir.
Nous n'en finirions pas, si nous indiquions tous les moyens que le zèle suggère en ces occasions. L'essentiel est d'exciter vivement chez la femme le désir de convertir son mari, et de lui recommander de le gagner par le charme de sa douceur, de sa honte, de son aimable piété, et par des exhortations faites avec persévérance, mais toujours cependant avec tact et discernement.
— La femme est souvent mère; or, qui s'intéressera vivement au salut des enfants, si ce n'est celle qui leur a donné le jour ? Que fera-t-elle cependant, si on l'abandonne à elle-même ? Sans doute, il est encore, de par le monde, des femmes solidement vertueuses qui comprennent la haute importance d'une éducation chrétienne. Mais, hélas ! que leur nombre est restreint, surtout si on le compare à celui de tant de mères, sinon totalement irréligieuses , ce qui est assez rare , du moins inditTérentes et froides en fait de piété !
Une des grandes plaies du christianisme aujourd'hui, c'est, d'une part, rindifférence des mères pour l'éducation de leurs enfants; de l'autre, l'affection désordonnée qu'elles ont pour ces mêmes enfants, laquelle affection n'a jamais peut-être été portée aussiloin qu'elle l'est actuellement . C'est vraiment une espèce d'idolâtrie passionnée, aveugle et souverainement déplorable. Une mère ne voit que son enfant, ne pense qu'à son enfant, ne parle que de son enfant, ne veut qu'on s'occupe que de son enfant; bref, je le répète, son enfant est son idole; ïv. 19
ci à cette idolC;, tout est impitoyablement sacrifié.
Qui lui ouvrira les yeux à cette mère sur ce grave désordre? Hélas! elle en est si peu frappée, que peut-être elle n'en dit pas un mot au directeur de sa conscience. C'est donc à celui-ci qu'il incombe de lui donner les conseils qui lui sont si nécessaires, sans attendre qu'elle les lui demande.
Il faut insister, avec une ardeur qui lui montre l'importance qu'on y attache, sur la nécessité indispensable de donner, dès le principe, une éducation solidement chrétienne à ses enfants. Il faut l'interroger minutieusement sur ce point, afin de voir si elle remplit, comme elle le doit, les obligations rigoureuses qui lui sont imposées ; lui demander, par exemple, si elle ne se permet rien de repréliensible en leur présence, par paroles ou par actions ; si elle leur fait faire exactement leurs prières du soir et du matin ; si elle les fait assister à la sainte messe les dimanches et fêtes, et si elle veille à ce que leur tenue dans l'église soit pieuse et édifiante ; si elle ne transige pas avec leurs défauts, dans la crainte de les contrarier et de les rendre malades ; si elle leur interdit formellement la compagnie des jeunes gens légers et fort indifférents pour tout ce qui regarde la piété; si elle les fait approcher de temps en temps des sacrements; si elle leur fait observer fidèlement la loi de l'abstinence, etc.
On ne se figure pas combien il y a de mères qui ont, sur ces divers points, des reproches graves à se faire, et qui n'en parlent jamais àleurs directeurs. Ceux-ci de leur côté, craignant, il faut le dire, les explications un peu longues , et voulant abréger le plus possible les confessions, supposent charita-
bîomcnt que leurs pénitentes sont en règle sur ccl article, et s'al)tiennent de faire des interrogations qui seraient pourtant si salutaires en une foule d'occasions.
Ce qu'il faut bien faire sentir aussi aux mères que Fou dirige ou dont on est le pasteur, c'est de former le plus tôt possible, et dès le plus bas âge, leurs enfants à la piété ; car il arrive un temps où, malheureusement , elles perdent sur eux toute espèce d'autorité. Quand un jeune homme atteint sa quinzième ou sa seizième année, quel cas faitil des remontrances de sa mère, si surtout, ce qui n'a lieu que trop souvent, elle n'est pas secondée par le père, qui tient beaucoup plus à élever ses enfants pour le monde que pour Dieu ?
Qu'il est triste pour une mère de voir ses fils rompre avec toute pratique religieuse, dès l'âge de seize ans, et préluder, par ce relâchement, au libertinage et à l'impiété qui les attendent dans un avenir prochain 1 Qu'il est triste pour cette mère de les voir échapper si complètement à son autorité, qu'elle ne peut plus employer, pour les ramener à la pratique de la religion, que la voie des supplications et des larmes !
Pasteurs et directeurs, veillez, veillez; vous avez tous très-probablement, parmi les âmes qui vous sont confiées, bien des mères dans le triste état que nous venons de décrire ; armez-vous d'un saint zèle pour sauver leurs enfants et les sauver ellesmêmes.
Il va sans dire que les explications dans lesquelles nous venons d'entrer, s'appliquent également au cas où les maîtres et maîtresses de maison ont des
domestiques à leur service. Aujourd'hui encore, les pénitents et les confesseurs passent sur cet article avec une légèreté vraiment inexcusable. Et cependant, que de domestiques éloignés des sacrements pourraient, avec un peu de zèle de la part de leurs maîtres, rentrer dans la voie du salut qu'ils ont abandonnée depuis si longtemps î
— Les grands du monde, quand ils ont de la piété, peuvent devenir encore, par les soins et les conseils de leurs directeurs et de leurs curés, d'excellents instruments pour opérer la conversion de pécheurs des classes inférieures. Leur position sociale leur donne sur ces pécheurs une influence considérable, et il faut faire tourner cette influence au proflt de leurs âmes qui sont souvent, devant Dieu, clans un état si pitoyable.
Qu'un prêtre presse les pécheurs de se convertir, c'est tout naturel; il fait son métier, dit le peuple; mais qu'un grand du monde se fasse apôtre, et que connu déjà pour être très-pieux, il entreprenne de procurer aux autres la piété qu'il possède luimême, cela touche, cela édifie, cela entraine.
Que de pécheurs les pieux fidèles de la classe supérieure pourraient ramener à Dieu, s'ils faisaient pour cela quelques sérieuses tentatives ! Dans les campagnes, par exemple, quelle influence n'exerce pas un homme riche sur les fermiers qui labourent ses terres, sur les ouvriers qu'il emploie, et généralement sur tous les paroissiens qui l'aiment et le vénèrent quand il est bon chrétien, c'est-à-dire quand il est vertueux, charitable, et toujours prêt à leur rendre service I
Si un curé zélé veut se concerter avec un homme de cette classe, pour travailler le plus efficacement possible à la conversion des pécheurs, Dieu seul peut savoir jusqu'où ira Tabondance des fruits que produira leur zèle. Mais y a-t-il beaucoup de curés qui recourent à l'emploi de ce moyen? Ils les voient souvent, ces riches; ils prennent place à leur table; ils les reçoivent à la leur; ils sont leurs pères spirituels au tribunal de la pénitence ; que de bonnes occasions, s'ils voulaient en tirer parti pour le salut des âmes !
— On sera surpris d'abord de ce que nous al-. Ions dire; mais en y réfléchissant, on verra bientôt que l'expérience démontre l'importance de l'avis que nous allons donner. Si les grands peuvent, avec du zèle, travailler efficacement à la conversion des classes inférieures, on peut dire aussi que, quelquefois, il en est parmi ces classes qui peuvent contribuer à la conversion des riches.
Dans certaines grandes maisons, il y a souvent de vieux domestiques, dévoués à leurs maîtres, dont ils ont su gagner l'estime et l' affection par les qualités précieuses qu'ils possèdent. C'est, par exemple, une vieille servante qui a élevé successivement tous les enfants de la maison, et qui, quoique toujours respectueuse envers ses maîtres, est cependant assez libre avec eux pour leur faire bien des observations qui sont presque toujours favorablement accueillies. Entre les mains et sous la direction d'un prêtre zélé, une telle servante, si elle a une vertu solide et une piété bien comprise, si elle est aimée de ses supérieurs, si elle a
du jugement, du tact et une certaine délicatesse de sentiments, pourra souvent, quand elle se trouvera seule avec son m lître, ou avec quelques-uns des jeunes gens qu'elle a élevés, placer certains conseils, etsuggérer certaines réflexions, à l'égard de la conversion, qui produiront d'excellents cffjts. On ne se ligure pas l'impression que fait quelquefois sur un grand du monde, un petit mot d'édification dit avec l'accent de la piété par une bonne et sainte fdle. Que de fois Dieu s'est servi de faibles moyens pour opérer de grands résultats I Infirma mundi elcgit Doits ut confwidat furtia. Souvent, personne ne pourra dire un mot de conversion à un homme de la classe supérieure, sans qu'il ferme aussitôt la bouche à celui qui prétend lui donner des avis ; et, par une bizarrerie singulière, il les recevra sans s'en ofTenser, ces avis, de la partd'u.n vieux serviteur ou d'une vieille servante auxquels il a donné le droit de tout dire.
— C'est encore dans la classe inférieure que l'on trouve de bons instruments de conversion, au temps d'une maladie grave. Les âmes pieuses, les domestiques, les garde-malades, peuvent souvent faire, en ces circonstances, ce que tenteraient vainement les parents et les amis, lesquels d'ailleurs refusent presque toujours de faire au malade la plus petite ouverture, relativement à la confession.
Si le prêtre se présente sans qu'on ait préparé les voies, ou bien il ne sera pas admis auprès du malade, ou bien celui-ci le recevra mal et témoignera hautement qu'il est fort mécontent qu'on ait appelé un prêtre sans qu'il l'ait lui-même de-
mandé. Le plus souvent, il vaut donc mieux le déterminer à faire cette demande. Mais qui lui en donnera le conseil? Les parents n'en disent pas un mot ; les amis, encore moins ; les médecins s'éverluent à lui donner un espoir qu'ils n'ont plus.
Qui donc viendra au secours de cette pauvre âme suspendue sur l'enfer? Qui? Cette bonne et simple fille qui aime Dieu de tout son cœur ; cette pieuse servante, cette infirmière qui passe les nuits auprès du malade ; cette sœur de charité qui lui rend de fréquentes visites. Voilà les utiles auxiliaires d'un pasteur en ces pénibles et délicates rencontres.
Mais il ne doit pas les abandonner à elles-mêmes, ces saintes âmes ; il faut qu'il excite leur ardeur, qu'il leur fasse savoir le danger où se trouve le malade, danger que peut-être elles ignorent; il faut qu'il leur donne les conseils de sagesse et de prudence qu'il croit leur être plus ou moins nécessaires.
Voici quelques-uns de ces conseils : 1^ Montrer au malade un grand dévouement, une grande charité, une complaisance à toute épreuve; — 2** Lui dire que l'on va prier Dieu pour lui obtenir soulagement et guérison ; — S" L'engager à s'unir lui-même aux prières que l'on va faire et à se recommander à Jésus et à Marie ; — 4° Éviter de lui annoncer brusquement et sans préparation qu'il est en grand danger et qu'il faut qu'il se confesse ; mais arriver là tout doucement et par degrés, ne frappant le grand coup que quand des coups plus modérés sont insuffisants ; — 5"* Tâcher de savoir, après chaque visite du médecin, ce qu'il pense de l'état du malade ; — G*' Dire à ce dernier, avec pré-
caution, que souvent les malades que les remèdes humains ne guérissent pas, se trouvent soulagés, quand ils se tournent du côté de la religion ; — 7° Dire que plusieurs médecins ont vu des malades se trouver beaucoup mieux après une confession, par exemple, qui avait mis leur conscience en paix, ce qui leur procurait un bien-être moral qui contribuait efficacement à leur guérison ; — 8" Leur demander s'ils auraient de la répugnance à voir un ecclésiastique, et réfuter d'une manière douce et aimable les raisons qu'ils donneront pour motiver leur refus ; — Q'' Leur proposer le prêtre que l'on sait être le plus haut placé dans leur estime; — lO'' Leur peindre la joie qu'ils éprouveront quand ils seront en paix avec Dieu et avec eux-mêmes ; — 11<> Leur dire que peut-être Dieu ne leur a envoyé cette maladie que pour les faire rentrer en eux-mêmes ; et que, s'ils en profitent pour se convertir, il les guérira et prolongera leur existence, pour qu'ils puissent donner au monde l'exemple d'une vie chrétienne ; — 12" Ne pas donner coup sur coup ces divers avis, d'une manière agaçante et importune ; mais les donner de temps en temps, et à peu près dans l'ordre où ils sont placés, insistant plus ou moins, selon qu'ils sont reçus avec plus ou moins de faveur, s'arrêtant dès que l'on voit qu'ils font plus de mal que de bien, et revenant doucement à la charge, quand l'occasion semble plus favorable.
Tels sont les principaux conseils à donner aux personnes dont nous parlons. Du reste, nous croyons utile de recommander aux ecclésiastiques, et plus spécialement à MM. les curés, de ne pas attendre
le moment de la maladie poiirdomier ces conseils. Souvent, en ce temps-là, ils ne peuvent pas se rencontrer avec les personnes qui approchent le malade, ou, s'ils le voient, ce n'est pour ainsi dire qu'en courant, à cause du besoin pressant que l'on a de leur service.
Nous voudrions qu'un curé connût les personnes de sa paroisse, qui, par état ou par dévotion, obligeance et charité, assistent ordinairement les malades, et qu'il eût avec elles quelques entretiens particuliers dans lesquels il stimulerait leur zèle pour le salut des pécheurs, et leur donnerait les conseils que nous venons d'énumérer, ou tels autres qu'il jugerait convenables, faisant en quelque sorte leur éducation sous ce rapport. Gela produirait certainement de bons efTets, et contribuerait au salut de bien des âmes.
— Lorsque l'on emploie pour la conversion des pécheurs quelques personnes incapables de soutenir une discussion sur les matières religieuses, par exemple, des personnes de la basse classe, des jeunes gens, des femmes, il faut leur recommander de ne pas discuter avec des personnes plus instruites qu'elles, et surtout avec des impies qui ont lu des livres contre la foi, et qui croient leurs objections inattaquables. De tels impies triomphent quand ils ont fermé la bouche à une pauvre fille qui n'a jamais entendu parler des impiétés qu'ils lui débitent. On les voit alors, tout rayonnants de joie, se cramponner plus fortement que jamais à leur incrédulité, comme si l'ignorance de leur adversaire donnait une valeur réelle à leurs pitoyables arguments.
Dans ces circonstances donc, il faut que les bonnes âmes qui n'ont pas étudié à fond les matières religieuses s'abstiennent de discuter sur ce qu'elles ignorent. Elles doivent, dès le principe, dire ingénument qu'elles ne veulent pas argumenter; qu'elles n'en sont pas capables ; que d'ailleurs leur foi les rend tellement heureuses, qu'elles ne veulent pas s'exposer, par des discussions inutiles, cà la couvrir du plus léger nuage. Mais elles doivent ajouter que, si réellement ils veulent s'éclairer et connaître le pour et le contre en une matière aussi impor'ante, tel ou tel ecclésiastique instruit ne demandera pas mieux que de soutenir la lutte, et qu'elles s'engagent à procurer l'entrevue, s'ils veulent y consentir.
Si cette proposition n'est pas acceptée, il faut du moins exiger la promesse qu'on lira les livres qui réfutent les objections soi-disant insolubles.
Si ce second moyen est rejeté comme le premier, alors il faut tâcher de savoir quelles sont les objections principales qui sont faites par ces impies, et essayer de faire bien comprendre la réfutation de ces objections aux personnes que l'on emploie pour convertir ceux qui les proposent. Il faut surtout leur recommander de bien faire voir à ces incrédules que, s'ils étaient aussi surs qu'ils semblent l'être de la puissance de leurs arguments, ils ne refuseraient pas de discuter avec un homme instruit, ou de lire le livre qu'on offre de leur prêter.
Il y a aussi certaines raisons générales qu'il est bon de faire connaître aux âmes pieuses, pour que, sans entrer dans les détails d'une discussion en règle, elles les exposent cependant aux impies de leur connaissance.
Ainsi, par exemple, il est à propos de leur dire que la religion a toujours été attaquée par des impies, et que, depuis dix-huit cents ans, ils n'ont pas pu la détruire ; — que les impies ont presque toujours des passions et des vices qui les portent à regarder comme faux les enseignements évangéliques ; tandis que les hommes vertueux croient sans difficulté toutes les vérités de la foi ; — que celui qui se détermine à croire, fait le sacrifice de ses passions les plus chères, et que celui qui se détermine à ne pas croire, lâche au contraire la bride à ces mêmes passions, ce qui doit faire penser que la vérité est bien plus du côté du premier que du côté du second; — que l'on ne peut jamais être parfaitement certain que la religion est fausse ; et que dans le doute il faut, en une affaire aussi grave, prendre le parti le plus sur ; — que le vrai fidèle, après tout, ne risque rien pour l'autre vie en croyant ce qu'il croit, tandis que l'incrédule s'expose, s'il se trompe, à une éternité de supplices ; — enfin, que presque tous les impies abandonnent leur impiété dès qu'ils se sentent attaqués d'une maladie sérieuse ; ce qui prouve que leur incrédulité était plus apparente que réelle.
Ces raisons et autres semblables, auxquelles on ne peut rien opposer de solide, suffisent pour fermer la bouche aux impies; et tout prêtre zélé, tout curé surtout doit les apprendre aux pieux fidèles, quand il est en rapport avec eux, afin qu'ils s'en servent à l'occasion pour combattre des adversaires qu'il ne peut combattre lui-même.
— On voit par les divers détails qui précèdent,
combien sont fréquentes les occasions d'exercer le zèle. Un saint préti'e, animé du vif désir de sauver des âmes, trouve à chaque instant le moyen de satisfaire la pieuse ardeur qui le consume.
Entre-t-il dans une maison ? Il se demande aussitôt quel bien il va pouvoir faire à l'âme de ceux qu'il y va rencontrer ; quels conseils il va donner, quelles vertus il va recommander, quelles semences de sanctification il y va déposer.
Se rend-il auprès d'un malade ? Il prie Dieu, chemin faisant, de bénir les paroles qu'il va lui dire ; il pense d'avance aux exhortations qu'il va lui faire; il se dispose, par de pieuses réflexions, à lui parler avec cette onction pénétrante qui est comme le cachet de la sainteté ; il voit si, à l'occasion de cette maladie, il ne vapas pouvoir dire quelques mots de conversion aux parents et aux amis du malade.
Rencontre-t-il quelques personnes de sa connaissance, paroissiens ou autres, le long des chemins, par exemple , dans les champs ou ailleurs ? Il trouve à l'instant, sans nul effort ou application, quelques mots édifiants, quelques bons conseils, quelque exhortation douce et paternelle qui fait toujours une salutaire impression.
Entre-t-il à l'église? Il pense aussitôt qu'il va se trouver sous l'œil de Jésus et en présence de plusieurs fidèles ; qne par conséquent il faut leur donner l'exemple delà modestie, du recueillement, d'une dévotion fervente ; ce qui est une prédication, muette il est vrai, mais pourtant fort éloquente à sa manière.
Assiste-t-il à un repas? Là encore son zèle sait trouver le moyen d'empêcher le mal et de faire le
l)ieii ; il détourne adroitement une conversation qui menace de blesser quelque vertu; il saisit l'occasion de raconter une histoire édifiante ; il donne l'exemple de la modestie dans son maintien, de la douceur et de la charité dans ses paroles, de la sobriété dans l'usage des aliments.
Se met-il au travail? 11 prie Dieu de le bénir, et il implore les lumières nécessaires pour bien savoir quel est le genre d'étude qui contribuera le plus efficacement à la gloire de Dieu, par le moyen du salut des âmes. Quand il le sait, il s'applique avec une sainte ardeur, joyeux de penser que, même dans le silence de son cabinet, il est occupé du salut des pécheurs.
Bref, en toute circonstance, le prêtre zélé se montre le digne coopérateur de Jésus-Christ, le continuateur de son œuvre et l'exécuteur fidèle de ses volontés adorables. 0 mon Dieu ! quelle admirable et subite réforme on verrait dans votre sainte Éghse, si tous vos ministres étaient animés d'un tel zèle !