‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 38 sur 51 · IV · texte numérisé non relu

IV

— Nous permettra-t-on d'aller encore un peu plus loin? Pourquoi non? Ah ! quand c'est la cause des pauvres de Jésus-Christ que l'on plaide, il ne faut pas se laisser enchaîner par une vaine timidité.

S'il est dans l'Église de Dieu un moyen de salut assuré, un levier puissant, irrésistible pour soulever les âmes les plus appesanties, c'est certainement, ou une grande mission, ou du moins une mission abrégée, connue sous le nom de Retraite. Il faut en avoir fait pour savoir l'immense bien .qui en résulte. Tenez pour certain que ceux qui dépriment ces œuvres éminemment apostoliques, ne méritent pas plus d'être crus que l'aveugle de naissance, quand il pérore, disserte et prononce sur les couleurs dont il ne peut pas même se former une idée tant soit peu exacte.

Rien de plus utile, disons-nous, qu'une retraite prôchée. De tous côtés on en fait pour les diverses classes de la société : dans la ville épiscopale, pour les prêtres ; dans les grands et petits séminaires ; dans les communautés religieuses ; dans les pensionnats des deux sexes ; dans des maisons de retraite, pour les hommes ; dans des maisons de retraite, pour les dames ; dans les hospices ; dans les églises ordinaires, pour le commun des fidèles ; dans les prisons même où, depuis quelques années, des prêtres zélés se transportent d'un bout de la France à l'autre pour évangéliserles détenus ; partout, nous le répétons, et à toutes les classes de la société, des retraites spirituelles sont données et elles produisent des fruits merveilleux.

Pourquoi donc les pauvres, qui en ont peut-être plus besoin que tous les autres, seraient-ils les

seuls qui n'en jouiraient pas? La chose est certainement possible, et nous garantissons le succès. Le matin de bonne heure, et le soir un peu tard, on les réunirait seuls dans l'ég-lise. De cette manière, leurs travaux ne seraient pas interrompus.

Du reste, il serait bon de taire quelque temps avant cette retraite un appel aux riches, afin de ponvoir faire chaque jour, ou du moins deux ou trois fois pendant la retraite, une petite aumône à chaque pauvre.

Il serait utile d'appeler pour cette bonne œuvre un ou plusieurs missionnaires ; mais si cela n'était pas possible, on pourrait entreprendre cette retraite soi-même, en s'adjoignant quelques confrères pour la prédication et la confession.

Se figure-t-on les instructions détaillées et parfaitement appropriées que l'on pourrait faire à ses pauvres pendant une telle semaine? Se figure-t-on les conversions qui s'opéreraient et les consolations que procureraient au pasteur ceux-là mémo qui ne lui donnent que de la fatigue et des peines? Se figure-t-on le redoublement de zèle des pieux fidèles pour secourir des pauvres qui, au lieu de vices, ne leur montreraient plus dans leur conduite que des vertus édifiantes? C'est alors que l'on pourrait se rendre le doux témoignage d'avoir fidèlement rempli son devoir de pasteur, et que l'on pourrait paraître avec une juste confiance au tribunal du souverain Juge.

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