‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 40 sur 51 · CHAPITRE XI II · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI II

Rapports avec les personnes aftligées.

— Voici un exercice de zèle qui, malheureusement, n'est pas assez souvent mis en pratique, et dont cependant nul ne peut contester les grands avantages.

Nous le disons souvent, et ce n'est que trop vrai, le monde et les amis que le monde forme à son école, n'aiment pas les gémissements et les larmes. Autant ces faux amis sont empressés de courir après les jeux et les plaisirs, autant ils sont froids, engourdis et glacés, quand il s'agit d'aller verser des consolations dans un pauvre cœur ulcéré.

Abandonné de tout le monde ; réduit à n'avoir plus un seul ami, lui qui croyait en avoir un si grand nombre; abattu sous le poids de la peine que lui cause l'accident qui vient de frapper; seul, tout seul, en face de la douleur qui le ronge sans un moment de relâche ; tenté peut-être de mettre fin par un crime à une existence que l'ennemi do son salut lui représente comme souverainement pénible et misérable, que va devenir cet infortuné? Ah! qu'il a besoin de trouver ce qui lui manque, c'est-à-dire une main amie qui serre affectueusement sa main défaillante, un cœur généreux et dévoué qui comprenne sa douleur et qui la soulage en la partageant î

Or, qui consolera la brebis désolée, si ce n'est le pasteur qu'elle a reçu de Dieu? C'est donc à lui qu'il convient de prendre la place de ces perfides amis qui ne pensent qu'à se réjouir, pendant que leur ami d'hier est dans les larmes. Allez, allez, miséricordieux pasteur, et soyez bien sur que vous n'aurez pas à regretter Fanivre de charité que le zèle vous dit d'entreprendre.

— Si, en ces circonstances, la voix de notre cœur ne suffisait pas pour nous déterminer à faire cette pieuse démarche, pensons aux admirables exemples que notre divin Sauveur nous a tant de fois donnés à cet égard pendant sa vie mortelle. Est-ce vers le palais des riches et des heureux du siècle qu'il tournait ses pas? Les jeux et les plaisirs du monde avaient-ils pour Ini quelque attrait ?

Ah! ces questions seules lui font outrage. Non, ce n'était pas le plaisir qui l'attirait; c'étaient les afflictions et les larmes qui entraînaient son cœur si plein de miséricorde. Ce bon, ce tendre Jésus, devinait la douleur et ne manquait jamais d'aller audevant d'elle avec des flots d'ineffables consolations. « En traversant les bourgades, dit Bossuet, chacun » disait : Eh! mais^ qu'est-ce donc? on ne rencon- » tre plus d'affligés, de sourds, de boiteux, de mala- » des. — Eh ! non, répondait-on, le débonnaire Jésus )) a passé par là : Pcrfransiit hcncfaciendo , »

Pourquoi donc ne nous réglerions-nous pas sur ce divin modèle , nous qui le suivons de si près dans les fonctions de notre auguste ministère, nous qu'il a voulu se choisir pour ministres, et qui devons être, par nos sentiments, nos vertus, nos paroles

et nos œuvres, ses imitateurs constamment fulMes?

— D'ailleurs , est-il donc pénible à remplir le devoir de cliarité que nous recommandons en ce moment? Ah! qui n'a pas senti jusqu'au plus intime de son cœur cette joie si délicieuse et si pure que l'on éprouve quand on va porter à une âme affligée des consolations inattendues? Dans cette agréable surprise que l'on cause, dans ces témoignages de reconnaissance que l'on reçoit, dans cet entretien si naturel, et dont la charité seule fait tous les frais, il se trouve je ne sais quel charme secret qui fait à l'âme un bien indicible.

Nous plaindrions du fond du cœur celui qui ne comprendrait pas notre langage, et qui ne connaîtrait pas le bonheur que l'on goûte en consolant les âmes affligées.

Et puis, n'est-ce pas le bon moment pour jeter dans le cœur la divine semence , la semence du salut? Jamais peut-être l'âme n'est mieux disposée à profiter des pieux avis qu'on lui donne que lorsqu'elle voit de près la vanité du monde et la faiblesse des appuis humains. Alors , elle reconnaît ce qu'elle n'avait jamais vu : qu'il n'y a de solide que la vertu, de consolant que la religion, d'imporlant que le salut éternel. Il est impossible qu'elle ne regarde pas son pasteur comme son ami véritable, puisqu'elle voit que c'est la douleur qu'elle éprouve qui lui vaut sa visite, et qu'il ne vient que pour la consoler et partager sa peine.

Mais ce n'est pas seulement à cette âme qu'il sera utile. S'il se fait dans la paroisse une réputation de consolateur et de père ; s'il s'empresse de visiter

ceux qui souffrent; s'il sait, comme l'Apotre le lui conseille, gémir avec ceux qui gémissent, pleurer avec ceux qui pleurent, quels excellents effels sa charité ne produira-t-elle pas au sein d'un troupeau témoin continuel de la tendresse de son pasteur?

— Concluons de tout ce qui précède que, dès que l'on apprend qu'un accident quelconque vient de frapper un des paroissiens, il est très-convenable et fort avantageux de lui porter le plus tôt possible les consolations dont son cœur a besoin. Nous disons un accident quelconque ; car on pourrait croire, sans cela, que nous n'avons guère en vue que la peine si vive que l'on éprouv e en perdant un parent tendrement chéri. Sans doute cette peine est une des plus accablantes que l'on ait à subir, et jamais un pasteur ne doit manquer, en ces tristes rencontres, de faire, un des premiers, la visite que réclament non-seulement le zèle et la charité, mais encore les plus simples convenances.

Sans parler donc de cet accident, à l'égard duquel la conduite du pasteur est toute tracée, combien d'autres afflictions viennent inopinément assiéger la pauvre humanité I — Perte de fortune ; — perte de réputation ; — infirmités graves, douloureuses et prolongées ; — déshonneur d'une famille ; — mauvaise conduite et ingratitude d'un fils ; — mélancolie profonde, dégoût de la vie, et tant d'autres misères dont l'énumération serait infinie.

Ah ! c'est dans ces diverses circonstances qu'un saint prêtre doit montrer qu'il a des entrailles de père, et qu'il sait compatir aux peines de la famille spirituelle que Dieu lui a donnée. Ne fit-il que

Recevoir les épaiichemeiits do douleur que lui feraient ces pauvres cœurs oppressés, ce serait déjà beaucoup ; car c'est une grande consolation de conter ses peines à un ami qui les partage. Mais si cet ami n'est pas seulement un auditeur attentif et bénévole ; s'il donne des témoignages d'intérêt et de commisération ; s'il joint à ces témoignages quelques exhortations douces et paternelles, toujours empreintes de cet esprit de charité qui l'anime, Dieu seul sait de quels heureux résultats seront récompensés les efforts de son zèle et les inspirations de sa charité.

— Ce que nous recommandons ici se pratique encore assez généralement à l'égard dos personnes de la classe supérieure. Il est peu de curés qui ne se croient obligés, quand un paroissien de cette classe éprouve quelque grande adversité, de lui faire une visite de condoléance; mais, pour l'ordinaire, cette visite est froide, courte et embarrassée, tandis qu'elle devrait avoir un caractèretout opposé.

Si Tonne fait que se soumettre à la loi générale de l'étiquette et delà civilité, le prêtre disparaît, et dans le pasteur on ne trouve plus que l'homme du monde.

Souvenons-nous bien qu'en ces occasions, c'est de nous et de nous seuls que l'on attend les consolations les plus douces elles plus salutaires. Cette joie toute parliculière que l'on manifeste en nous voyant arriver, cet épanchement plus cordial, ces instances pour nous retenir si nous somblons vouloir nous retirer, tout cela fait bien voir que nous avons grâce et mission spéciale pour exhorter, pour

consoler, pour fortifier, pour faire en un mot ce qui ne sera fait par personne si nous ne le faisons nous-mêmes.

Malheureusement, une certaine timidité, un certain embarras tient une foule de prêtres dans un état de contrainte et de malaise quand ils se trouvent en rapport avec les grands du monde, et les empêche de leur dire ce qu'ils sentent au fond de rame. Ils disent fort peu de chose, et le peu qu'ils disent est si vague, si banal, et exprimé d'une manière si gauche et si embarrassée que, malgré leurs bonnes intentions, leur démarche est à peu près infructueuse.

11 serait bon que les prêtres qui sont habituellement ainsi disposés à l'égard des personnes de la classe supérieure, s'étudiassent à vaincre celte timidité qui enchaîne leur langue et met obstacle aux fruits de salut qu'ils pourraient produire avec un peu plus d'assurance et de hardiesse.

Nous ne demandons pas, loin delà, que l'on soit grand parleur, que l'on s'attribue le monopole de la conversation, que l'on tranche et que l'on décide avec un certain air d'autorité qui, déplacé partout, le serait doublement en présence de personnes d'une classe élevée. ^h\is s'il ne faut pas se jeter dans cet excès blâmable, il ne faut pas non plus donner dans l'extrémité opposée. (Nous prions qu'on nous pardonne cette digression et qu'on nous la laisse achever.)

Parler peu, c'est modestie ; mais ne parler presque point, c'est taciturnité, mutisme excessif. Ne parlons pas beaucoup ; mais parlons assez pour ne pas laisser tomber ni même languir lu conversa-

lion. Si elle s'engage entre d'autres personnes de la société, nous pouvons ne pas y prendre part quand elle ne doit pas se prolonger; mais si elle se prolonge, il est convenable que nous y placions quelques mots, ne fut-ce que pour faire voir que nous la suivons et qu'elle nous intéresse. On peut, sans parler beaucoup, s'étudier à parler à propos ; il est une certaine liberté tempérée par un fonds de grave modestie et de candeur aimable, qui sied parlaitement à un prêtre.

Nous en avons connu qui certes ne brillaient pas par des talents supérieurs, mais qui, joignant à une haute piété cette liberté tempérée dont nous venons de parler, et rehaussant le tout par un certain parfum de modestie, de bonté, de simplicité naïve, étaient fort goûtés du monde même le plus raffiné, et ne paraissaient jamais dans ses réunions sans y laisser l'empreinte de leur aimable vertu. Voilà comme il faut être; avec un peu de tact, de discernement et d'attention sur soi-même, on peut en venir là sans trop de difficulté. Que d'obstacles plus sérieux que ceux qui nous arrêtent ont été surmontés par une volonté ferme et une application soutenue I

— Ce n'est pas seulement à l'égard des riches qu'il faut pratiquer l'exercice du zèle que nous con« sellions dans ce chapitre. La classe moyenne et la classe inférieure y ont également droit ; et même il est certain que les fruits de cette œuvre de dmrite seront bien plus abondants dans ces deux classes que dans la classe élevée.

Los riches ne seront que médiocrement surpris

de recevoir au temps de l'adversité la visite de leur pasteur; ils savent que la loi des convenances lui enfaitim devoir, et quoiqu'ils soient reconnaissants de cette prévenance , peut-être trouveraient- ils étrange et incivil qu'on s'en dispensât.

Mais il n'en est pas ainsi des classes inférieures; pour elles, la visite du curé est une faveur inattendue qui les honore et qui les flatte. Quand surtout il fait cette visite au temps de quelque grande affliction, et que l'on sait que c'est précisément à cause de ceUe affliction qu'il la fait, voulant consoler par lui-même une famille désolée, qui pourrait dire la joie qu'il cause et les témoignages de reconnaissance dont ilestaccablé? Or, ne l'oublions jamais, quand un bienfaiteur provoque une reconnaissance vivement sentie, il devient maître du cœur qui la lui témoigne.

Quels fruits de salul ne produira donc pas un pasteur vénéré qui se sera fait dans sa paroisse la glorieuse réputation de consolateur des affligés ! Qui voudra, qui pourra lui résister quand, aux brebis désolées de son troupeau, qui ne sauront comment le remercier de ses bontés, il dira dans l'épanchement de son saint zèle : « Ah ! mes bons » amis, voulez-vous me témoigner votre recon- » naissance d'une manière fort utile pour vous et » inflnimcnt agréable pour moi? Donnez-vous au )) bon Dieu de tout votre cœur; et, si vous êtes » affligés sous bien des rapports, procurez-vous » du moins à vous-mêmes cette joie de la con- » science que nul accident ne pourra jamais vous » ravir. »

— Voyons maintenant comment il faut s y prendre pour consoler les personnes affligées que Ton /isite.

La première cliose à faire est de leur exprimer 'a peine que Ton a ressentie, en apprenant Faccidcnt qui vient de les frapper, et le désir que l^oii a de les consoler un peu s'il est possible. Si celle première marque d'intérêt est accompagnée de je ne sais quoi de persuasif, qui annonce que le co:^.ur en dit bien plus encore que les lèvres, on ne manquera pas de témoigner déjà sa reconnaissance, et de confier toute sa peine à celui qui la partage avec tant de sollicitude. Bien loin de s'opposer à cet épanchementde douleur, il ne faut pas craindre de le seconder, de le provoquer même; car un des secrets mystères de l'àme affligée est de vouloir penser et penser sans cesse à la peine qui la ronge; et comme elle souffre horriblement quand elle ne peut en parler à un ami froid et iiisensible, elle se sent à l'aise au contraire quand elle peut toul dire et étaler en quelque sorte sa douleur devant un ami véritable et dévoué.

Après cette ouverture, après les larmes ajjondantes qui l'auront sans doute accompagnée, la raison sortant comme d'un nuage reprendra pro bablement un peu son empire, et ce sera le îuoment d'appliquer au coîur blessé le remède qui lui convient.

11 y a deux sorîcs de consolalions : les consolations humaines et les consolations divines. La raison suggère les premières; la foi propose b^s secondes. Le prêtre sans doute doit insister sur les consolations de la Foi; «'ependant il aurai! tort IV. 22

de rejeter celles qui sont du domaine de ïa raison. 11 doit donc employer les unes et les autres, et s'arrêter particulièrement à celles qu'il verra que Ton goûte davantage.

11 pourra dire par exemple : « Oh ! que je vois » bien toute l'étendue de votre douleur! Que votre )) affliction est profonde et que je partage sincère- » ment votre peine ! Que cette pauvre vie est mi- )) sérable! n'est-ce pas? Que l'Église a raison de » l'appeler la vallée des larmes! car, hélas! vous » n'êtes pas seuls à souffrir ; avant vous on a souf- » fert; en même temps que vous on souffre; et » tant qu'il y aura un cœur d'homme^ sur la- terre-, » la soulfrance sera plus ou moins- son partage. » CiOmbien, dans ce moment où la douleur vous » brise et vous consume, se débattent dans le^ )) convulsions et les angoisses du désespoir!' Gom- » bien arrosent de leurs larm-es- lie corp-s inanimé » d'un parent chéri, adoré, comme dit le monde! » Combien d'autres endurent les maladies alFrcu- )) ses qui leur font pousser jo'ur et nuit des cris » déchirants?

» Le monde a bien peu de chose à dire à ces in- » fortunés pour les consoler ; aussi son langage » est-il froid et ses consolations sans effet. Mais » nous, prêtres de Jésus-Christ, ah ! nous avons » dans les trésors de notre foi un baume salutaire » pour toutes les plaies, et des consolations pour » toutes les douleurs. Dans les principes de notre » sainte religion, les peines inséparables de notre » chélive existence sont consacrées, divinisées en » quelque sorte, quand on s'humilie sous hi main » de Dieu qui les envoie. Chaque pointe de dou-

leur, acceptée avec résignation, est un diamant de plus attaché à notre couronne ; et quand nous serons dans le ciel, si nous pouvions avoir un seul regret, ce serait de n'avoir pas souffert encore plus sur la terre, puisque nous aurions un degré de plus de gloire et de bonheur pendant l'éternité.

» Nous aimions peut-être le monde avec excès : oh ! comme l'adversité nous en détache ! Nous comptions sur des amis qui ne nous recherchaient que pour leur propre amusement : oh ! que nous voyons bien leur perfidie depuis qu'ils nous abandonnent, au lieu de venir nous consoler dans nos peines ! Nous ne pensions guère à nos devoirs religieux, emporté que nous étions dans le tourbillon de nos plaisirs : oh ! que nous voyons bien maintenant que les joies de la vertu sont les seules qui aient de la douceur et de la réalité !

» Et puis, si nous avons péché, ne faut-il pas expier nos offenses, ou en ce monde, par les peines qui nous arrivent, ou en l'autre, par des châtiments effroyables en comparaison desquels les peines les plus aiguës de cette vie ne sont que des ombres ? Après tout, qu'est-ce que la vie ? une vapeur qui fuit avec rapidité. Elle paraît longue à celui qui souffre ; mais à la mort, oh ! qu'on la trouve courte et promptement écoulée ! Nos peines passeront donc ; mais si nous les supportons avec mérite, elles nous vaudront,, une récompense éternelle.

» Qu'ils sont heureux, s'ils sont au cîe^, eeux qui ont souffert avant nous ! Comme, ))§ l^énis-

/) soiiL ios souffrancos qui purifièrent leur cœur ou » le torturant ! C'est vous, disent-ils avec enthou- » siasme, c'est vous , bienheureuses souffrances, » qui nous avez l'ait voir la vanité du monde, et » qui avez été le principe de notre conversion.

» D'ailleurs, ne sommes-nous pas chrétiens, c'est- » à-dire disciples de Jésus ? Conviendrait-il que » l'esclave fût dans la joie quand le maître est » dans les larmes ? Il n'a pas seulement souffert, » ce bon maître, mais il est mort de douleur pour » racheter nos âmes. Il était l'innocence et la sain- » teté même ; et nous qui sommes chargés de pé- » chés et qui avons contracté des dettes immenses » envers la divine justice, nous voudrions échap- » pcr à la souffrance ! oh î non ; rendons à Jésus » amour pour amour ; pleurons, souffrons, mou- » rons pour lui, puisqu'il a voulu pleurer, souffrir » et mourir pour nous ! »

Il va sans dire que notre intention n'est pas que l'on débite littéralement Tallocution dont nous venons de donner la formule ; on sent qu'il serait déplacé de faire une exhortation de cette longueur ; cela aurait l'air d'un sermon et ne conviendrait guère en une circonstance où il faut laisser dire, autant que parler soi-même. Nous avons voulu seulement suggérer les réflexions principales qu'il est ])on de proposer aux âmes affligées pour aHéger la peine qui les oppresse, et la leur faire supporter avec une douce résignation.

Du reste, on voit que nous nous sommes liorné à des considérations générales qui peuvent s'appliquer à toutes les souffrances ; il faudra bien que le prêtre consolaleur descende de ces généralités.

et donne h ses conseils un caractère de spécialité et d'à-propos qui variera nécessairement selon le genre de douleur, l'intensité de la peine, la position sociale et le caractère de la personne affligée.

— Le point essentiel et qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est de profiter de la circonstance pour déterminer ceux que l'on entreprend de consoler à revenir à Dieu, s'ils en sont éloignés, ou de s'attacher à lui plus fortement que jamais, si déjà ils le servent avec fidélité. Dans les desseins de la divine Providence, les peines ne nous arrivent que pour la sanctification de nos âmes ; et puisque tout prêtre est l'exécuteur des volontés de Dieu, il est clair qu'il manquerait à son devoir s'il se bornait à débiter quelques phrases plus ou moins sentimentales, sans résultat utile au point de vue du salut.

Il est d'ailleurs un fait incontestable, c'est que rien ne console une âme affligée et ne l'aide à porter le poids de sa peine, comme la réception des sacrements de pénitence et d'eucharistie. C'est dans ces sacrements, reçus avec des dispositions meilleures et dans un état de peine et d'angoisse qui touche de compassion le cœur si tendre de Jésus; oui, c'est dans ces sacrements que l'âme se retrempe et puise cette vigueur et ce courage qui lui sont nécessaires.

— Nous n'avons parlé jusqu'ici que des grandes adversités qui bouleversent l'âme, et qui réclament des consolations en rapport avec leur degré d'intensité. Le pasteur d'une paroisse, qui mettra fidèlement nos conseils en pratique , n'aura certainement qu'à s'en applaudir : mais s'il veut que son

troupeau le bénisse encore davantage, et exalte de plus en plus son zèle et sa charité, qu'il ne se borne pas à soulager les grandes afflictions.

Quelques degrés au-dessous de ces grandes épreuves, il y a, dans Féchelle de la douleur, des peines moins aiguës sans doute, mais qui ont bien aussi leur amertume. Ne rencontre-t-on pas à chaque instant dans la paroisse des personnes tristes, inquiètes, souffrantes, infirmes, embarrassées dans leurs affaires temporelles, etc. ?

Pourquoi donc un pasteur n'irait-il pas, à Foccasion, tantôt chez l'un de ces affligés, tantôt chez l'autre, porter des consolations et distribuer avec une charité miséricordieuse des encouragements et des conseils ? Quelle excellente réputation ne se fera-t-il pas au sein de son troupeau, s'il se montre en toute rencontre, bon, généreux, complaisant et toujours prêt à consoler et à rendre service, même quelquefois aux dépens de sa bourse ! Son éloge,, qu'il en soit certain, sera dans toutes les bouches, et plus que jamais en ces circonstances, la bouche parlera de l'abondance du cœur.

— Nous terminerons ce chapitre par une observation qui n'est pas sans importance. Rien n'est perfide comme le cœur, quand ou n'exerce pas sur ses mouvements une surveillance attentive. En lui se trouvent les germes de mille sentiments divers ; e bon y est placé à côté du mauvais, et telle inclination, d'abord innocente et même vertueuse, devient insensiblement défectueuse et coupable. Onl'a dit souvent, le canir de l'homme est un al)ime ; et nous pouvons ajouter que les profondeurs de

cet abîme échappent aux investigations les plus minutieuses : Etprofimdum abyssiqiiis dimoisus est ? Nous voulons donc dire à nos bien-aimés confrères que, dans Tapplication des règles que nous venons de poser, il ne faut pas s'engager trop loin sur le terrain des consolations, si c'est à des personnes jeunes encore et d'un sexe différent qu'on les propose. N'oublions pas que, si l'ennemi des âmes rôde sans cesse autour d'elles pour épier leur côté faible et les dévorer, c'est surtout contre l'âme d'un prêtre qu'il déploie les ressources de son zèle infernal.

Mais, dira-t-on peut-être, qu'y a-t-il a craindre de la part d'une personne accablée sous le poids d'une douleur qui exclut tout autre sentiment que celui de son amertume? Illusion perfide, qui malheureusement pourrait faire plus d'une victime I 11 est si naturel de laisser aller son cœur au-devant du cœur qui partage nos peines ; il est si doux de trouver un consolateur dévoué quand on est affamé de consolations ; il est si bon de rencontrer sur le chemin de la douleur un ami véritable, surtout quand les autres nous abandonnent ; lout cela, disons-nous, remplit le cœur d'une émotion si tendre, que le sentiment, le noble sentiment de la reconnaissance pourrait bien, si l'on n'y prenait garde, attirer après lui un autre sentiment moins pur et moins légitime. Si, des deux côtés, le cœur était naturellement sensible et facile à émouvoir, la bouche pourrait bien, hélas ! traduire le sentiment intime en paroles trop fortes et trop expansives.

0 Dieu ! quel malheur si, pour vouloir guérir,

charitablement une plaie douloureuse, on en faisait une autre plus profonde et plus grave 1

Attention donc sur nous-mêmes en ces circonstances délicates ! Ne soyons pas seuls avec les persomies dont il est ici question ; donnons à nos exhortations un cachet bien marqué de gravité modeste, et retenons certains épanchements un peu trop expressifs, qui ne sont que relativement déplacés, et que peut-être on pourra se permettre sans inconvénient avec des femmes plus âgées ou avec des hommes. De cette manière, tout sera dans l'ordre, et Dieu qui est l'ordre même et la souveraine sagesse, bénira sans aucun doute le zèle charitable et discret de son ministre fidèle.

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