‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 48 sur 51 · IV · texte numérisé non relu

IV

Traitez dans de ])oiis sermons, bien travaillés sur d'excellents auteurs, tous les points dogmatiques, et spécialement ceux que Tincrédulité attaque de préférence. Consultez quelque prêtre instruit pour savoir si vos preuves sont fortes, concluantes et habilement présentées.

Quant à la morale, le champ est immense ; mais tous les sujets ne sont pas, à beaucoup près, aussi utiles les uns que les autres. Choisissez toujours ceux que vous croirez, en conscience et devant Dieu, être les plus utiles à la masse du peuple qui vous entendra. Si un vice n'est pas commun dans la contrée que vous habitez, ne faites pas un sermon spécial contre ce vice. Nous avons entendu des sermons terribles contre le respect humain dans des églises où il n'y avait peut-être pas un seul fidèle qui en fût l'esclave. Ne dites donc pas : « Oh! le beau sujet ! Quels magnifiques dé- (' veloppements il comporte ! Je crois pouvoir le « traiter d'une manièrebrillante; écrivons. » Et moi je vous dis : N'écrivez pas si votre sujet n'est que beau, et si vous en avez une foule d'autres incomparablement plus utiles aux peuples. Parmi une grande quantité de pierres précieuses, prendriezvous la plus brillante si vous saviez qu'elle est la moins chère.

— Traitez, et traitez fortement les grandes vérités de la religion ; — le Péché, — le Délai de la conversion, — le Salut, — la Mort, — le Jugement, — l'Enfer, — le Ciel, — la Miséricorde de Dieu, etc. — Ne faites pas comme certains prédicateurs de nos jours qui croient que les flammes de l'enfer

doivent être, sinon éteintes, du moins mises do côté, comme si l'Évangile de notre divin Maître n'avait du être prêché dans toute la sévérité de ses dogmes que jusqu'au xix® siècle exclusivement. Prêchez donc hardiment et apostoliquement ces grandes vérités ; mais ne vous laissez pas emporter au-delà des bornes ; soyez exact, parfaitement exact. Les vérités dont nous parlons sont assez terribles en réalité sans que vous y ajoutiez des terreurs imaginaires.

— Faut-il écrire ou ne pas écrire? Oui et non ; cela dépend des circonstances.

Ètes-vous jeune? écrivez, écrivez, sans balancer un instant. Quels que soient votre talent , votre facilité d'élocution, écrivez. Croyez-moi, jeune confrère, c'est un ami qui vous parle ; vous avez plus d'imagination que de fonds ; ou plutôt vous n'avez pas , vous ne pouvez pas avoir encore de fonds ; vous n'avez, je vous le dis, qu'une facilité naturelle, de l'aptitude et de l'imagination. O^^^iiitl cette imagination perdra d'année en année son coloris et son feu, et que vous la verrez en quelque sorte s'effeuiller chaque jour, si vous n'avez pas écrit, au début de votre sacerdoce, vous serez réduit à une indigence pitoyable.

Mais (notez bien ces conditions), si vous avez déjà plusieurs années de ministère; si vous avez étudié beaucoup l'Ecriture sainte, la théologie, les ascétiques et les bons sermonnaires ; si vous avez acquis quelque expérience ; si vous avez mûri vos idées, discipliné votre imagination, étudié le monde sans pourtant le fréquenter, sondé le cœur humain,

sans en partager les misères ; si enfin, avec tout cela, vous avez une haute piété, que Dieu bénit toujours, et une grande facilité d'élocution, je vous dirai , non pas de renoncer entièrement à écrire, mais de vous contenter de prêcher par analyse. Ayez un plan détaillé dans lequel vous placerez, chacune en son lieu, toutes vos réflexions principales, l^our vous mettre en train et commencer votre sermon avec assurance, vous ferez bien peutêtre d'écrire votre exorde ; et pour entraîner votre auditoire par une péroraison bien frappée, vous ferez bien aussi de l'écrire en entier. Il semble encore que vous devriez faire la même chose, relativement à un ou deux passages du corps du sermon , desquels vous attendrez un efTet extraorclinairc , sauf pourtant à abandonner ces divers morceaux, si, pendant le débit, vous vous sentiez embrasé du feu sacré, et disposé à dire d'inspiration et de verve des choses préférables à celles que vous avez rédigées.

— Si vous n'avez pas le don de l'improvisation, ou si vous ne l'avez que fort peu, écrivez; autrement vous serez, en certains mauvais jours surtout, insupportable à votre auditoire. Vous ne direz que des banalités; vous ânonnerez même pour les dire, et puis vous rabâcherez sans cesse. Les redites, les redites ! fléau des auditeurs , vice malheureusement trop commun de l'improvisalion.

Chaque homme, quel que soit son talent, a un certain ordre d'i(b;es qui lui est propre et dont il ne s'écaite jamais. Dans des sermons de nature toute diirérente, il revient sans cesse, par un sen-

ticr on par l'autre, h ses détails ordinaires. Les anditenrs en sont extrêmement fatigués et, ce qui nous a souvent beaucoup surpris, la partie la plus ignorante de l'auditoire s'aperçoit elle-même de ces perpétuelles redites et en faitla matière de ses critiques.

— Quel genre faut-il adopter dans la manière de traiter ses sujets ? Est-ce le genre sévère , ou le genre doux? Est-ce le genre impétueux, ou le genre onctueux et pathétique? Il est clair que cela dépend beaucoup du sujet que l'on traiîe ; cependant cliacun a naturellement un genre qui. lui est propre, et dans tous ses sermons, quels qu'ils soient, on distinguera parfaitement la trempe de son caractère. L'homme doux ne traitera pas un sujet sévère comme l'homme naturellement austère ; et l'homme austère ne traitera pas un sujet onctueux comme le fera celui qui aura un grand fontls de douceur.

Chacun doit suivre sa trempe et être soi-même , c'est-à-dire parfaitement naturel.

Le prédicateur sévère qui veut faire de l'onction, ne sait comment s'y prendre; aussi le cœur des autres n'est-il pas plus ému que le sien propre. L'homme doux, au contraire, qui veut tempêter, fait sourire son auditoire; nul ne peut croire qu'il soit taché. Suivez donc, encore une fois la pente de votre naturel.

Cependant, nous dirons à ceux qui sont foncièrement austères, qu'ils feraient bien quelquefois, sinon d'être onctueux, du moins de donner des marques d'un intérêt bien prononcé à leurs auditeurs. Ceux-ci n'étant pas habitués de sa part à ces témoignages d'intérêt, n'en seront que plus touchés et plus reconnaissants.

De même, nous dirons à ceux qui sont naturellement pacifiques, de sortir quelquefois de leur douceur, et de prendre un ton plus énergique et quelque peu véhément, quand ce qu'ils diront demandera de la vigueur ; car l'auditoire les voyant ordinairement très-doux, jugera que les vérités qu'ils annoncent doivent être bien importantes, bien terribles même, puisqu'ils ne peuvent les exposer sans sortir de leur état habituel de modération, de calme et de douceur.

— On entend souvent dire : Tel prédicateur est profond... tel autre est superficiel... il n'a pas de corps de doctrine... les missionnaires ont pins de feu que de profondeur, etc. Expliquons-nous.

11 y a, ce me semble, trois ordres de prédicateurs bien distincts, qui traitent diversement les vérités évangéliques, parce qu'ils les considèrent sous divers aspects.

Les premiers approfondissent ces vérités ; ils les étudient dans ce qu'elles ont de plus secret, et les exposent savamment d'une manière philosophicothéologico-chrétienne.

Les seconds ne scrutent pas très-profondément ces vérités au flambeau d'une haute théologie ; mais ils les développent assez pour faire bien connaître aux peuples la doctrine dogmatique et morale du christianisme et la leur faire embrasser avec ardeur.

Les troisièmes, enfin, ne traitent pas, mais effleurent seulement ces vérités ; et après les avoir à peine indiquées, ils éblouissent leurs auditeurs par une éloquence frivole ; ou bien, ils présentent

à rimagiiiatiou toute une galerie de tableaux qu'ils trouvent séduisants ; ou enfin, ils essayent d'attendrir le cœur par des tirades sentimentales.

Que dire de ces trois genres ?

Le premier^ selon moi, n'est pas, en général, populaire. 11 ne convient qu'à certains auditoires spéciaux, composés, non de femmes, mais d'iiommes habitués à des études sérieuses, et doués d'une intelligence au-dessus du commun. Encore faut-il que, même en parlant à de tels auditeurs, on les transporte de temps en temps des profondeurs de la doctrine sur cette montagne sainte où Jésus-Christ prêchait aux peuples les plus sublimes vérités avec une simplicité toute divine. Exploité de la sorte, ce premier genre pourra procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. Rarement cependant il entraînera les masses ; le plus souvent elles seront opprimées par la doctrine.

Le second genre est éminemment populaire ; il est bon, très-bon, surtout s'il emprunte au premier l'exactitude et la méthode, et au troisième un peu de coloris, de verve et de sentiment. C'est le genre qu'ont adopté et qu'ont eu raison d'adopter les missionnaires. C'est à l'aide de ce genre qu'ils chassent devant eux des populations entières dans les voies du salut. Avec une nuance plus simple et plus familière, vous avez l'instruction pastorale, le prône.

Le troisième genre n'a rien de sérieux ni d'utile. C'estune binette, une phraséologie creuse, des fleurs à défaut de fruit.

— Quelque austère que vous soyez par caractère,

ne vous croyez jamais aiilorisé à offenser votre auditoire par des réprimandes amèrcs et caustiques, ou par des personnalités ofTensantes. Que d'églises, grand Dieu ! ont retenti péniblement de ces personnalités odieuses qui scandalisent les peuples et qui suscitent à un pastcnr des inimitiés indestructibles !

Jamais donc de personnalités directes ou indirectes ; soyons fidèles à cette règle comme si nous avions faille vœu de l'observer constamment ; ne faisons même pas d'observations sur un peiit désordre qui se manifeste dans l'église, avec un ton d'aigreur qui impressionne péniblement l'auditoire.

Nous avons été plus d'une fois choqué de voir un prédicateur, dans un moment où on le croyait fort attendri, s'interrompre tout d'nn coup pour faire une verte réprimande, et reprendre ensuite le ton langoureux de l'onction qui, cette fois, ne touchait plus personne. S'il y a un peu de bruit ou de mouvement désordonné dans l'église, ne dites rien, mais cessez un moment de parler ; tournez-vous vers l'endroit d'où vient le bruit, et, tout au plus, frappez deux ou trois petits coups de main sur le bord de la chaire ; très-certainement, cela suffira pour ramener le calme et le silence. Nous demandons grâce pour cette digression qui nous a fait rompre le fil de nos idées.

— Quelles qualités principales doit avoir le style ? Il doit être clair, extrêmement clair, de manière que vos discours soient parfaitement compris de tous vos auditeurs. « En chaque sermon que vous

)) composez, dit le P. Le Jeune, regardez toujours » quel profit en pourra tirer un artisan, une scr- » vante... C'est une grande erreur de vouloir con- » tenter par des discours relevés trente ou qua- » rante personnes doctes et laisser à jeun un grand » peuple qui vous écoute. Croyez assurément que » les grands et les doctes seront ravis d'entendre » im prédicateur qui, plein de zèle, instruit et tou- » che le peuple, quoique par un discours familier » et populaire. »

Le style doit être orné, mais sans que l'ornement nuise jamais à la clarté ; car, s'il était nécessaire qu'il n'eût que l'ornement sans la clarté, ou la clarté sans Fornement, il faudrait, sans hésiter un instant, sacrifier l'ornement à la clarté, comme le fit saint Augustin, qui employa un barl)arisme pour éviter le mot propre, qui eut été amphibologique.

Le slyle doit être naturel et sans oml)re de prétention ou d'affectation.

Le style doit être précis ; dire ce qu'il faut pour rendre parfaitement la pensée, et rien au delà. L'excès de concision nuit à la clarté, et donne au style quelque chose de sec et de sententieux qui rebute ; l'excès de détails , les explications longuement développées fatiguent et ennuient. Saisissez le milieu entre ces deux excès, et faites-en la règle de votre style.

— Et le romantisme, qu'en dirons-nous ? Nous dirons d'abord qu'en cette matière, il y a, chez certains esprits, beaucoup de confusion. Il est un romantisme détestable dont heureusement le bon sens public a fait justice à tel point qu'il n'ose plus

se montrer. C'est celui qui consiste à déguiser si artistement toutes ses expressions, à les barioler de tant de couleurs délicates, à les chamarrer de tant de soieries et de gazes, aies décorer de perles si chatoyantes, à les illuminer de tant de rayons qu'elles éblouissent tout un auditoire, font rire les uns, font gémir les autres, et sont cause que le pauvre peuple s'en va hochant la tète et disant qu'il ne sait vraiment en quelle sorte de langue on vient de le prêcher. Ne parlons pas de ce romantisme ; il est jugé, il est mort, et nous espérons bien qu'il ne ressuscitera jamais.

C'est bien, diront plusieurs lecteurs ; voilà le romantisme jugé comme il doit l'être. Attendez : il y a des prédicateurs que vous regardez peutêtre, vous et bien d'autres, comme des romantiques, et qui ralitieraient mot pour mot ce que nous venons de dire contre le romantisme que nous avons appelé détestable. Si réellement ces prédicateurs sont romantiques, il faut donc conclure qu'il existe un autre romantisme que celui que nous venons de combattre, et cela est vrai. Quel est cet autre romantisme, et à quels traits le reconnaître ? Essayons d'en donner quelque idée.

Ordinairement il n'est pas obscur, lui ; non certes ; il est clair, très-clair ; il n'affuble pas ses expressions de fades ornements ; non ; il vous les jette à son auditoire dans toute leur crudité native ; il veut peindre tout ce qu'il dit ; les comparaisons les plus communes, les suppositions les plus bizarres, les expressions les plus naïves, et qui jamais ne furent prononcées en chaire ; tout cela, si la pensée de l'orateur en sort telle qu'il la conçoit,

telle qu'il veut la peindre, la frapper, la mouler ; tout cela, dis-je, lui convient et fait parfaitement son affaire. Il est vif dans son allure, incisif dans son trait, original dans ses exposés , grotesque dans ses images, et, en somme, sous ce feu roulant d'excentricités, l'auditoire reste impressionné de je ne sais combien de sentiments différents qui se croisent et se heurtent dans les esprits sans pouvoir se mettre d'accord. Chacun interroge son voisin du regard et s'interroge lui-même en disant : Eh! mais, qu'est-ce donc que ce langage? Est-ce bon ou est-ce mauvais? Est-ce admirable ou ridicule? Faut-il applaudir ou censurer? Sans s'embarrasser de la réponse que l'auditoire peut faire à ces questions, l'orateur poursuit sa marche ; elle est rapide, brusque, saccadée ; rien ne lui fait obstacle ; s'il rencontre un précipice, il est content ; il jouit d'avance du plaisir que va lui causer une difficulté vaincue ; il va droit au but, et franchit l'abîme d'un bond, sans s'amuser, comme ferait un confrère delà vieille école, à tourner cet abîme en suivant des sentiers plus longs, mais plus siirs et plus unis !

Eh bien ! n'est-ce pas là un genre de romantisme tout différent du premier? Il doit le jour, celui-ci, à Victor Hugo, qui a, on ne peut le nier, bon nombre d'imitateurs, et qui en compte même quelques-uns dans nos chaires. Que faut-il en penser et en dire, de ce romantisme? Nous allons émettre timidement notre pensée ; puissent nos lecteurs la trouver juste et raisonnable ! Eh bien ! nous croyons que, dans ce romantisme, dont nous n'avons pas flatté le portrait, tout n'est pas mauvais ; et que si

Ton fait, à son égard, une sorte d'éclectisme littéraire, débarrassant le pnr métal de la masse d'alliage qui Fcnvcloppe, il restera quelque chose qui sera du goiïtde tout le monde.

Les romantiques dont nous parlons ont été choqués d'une chose en lisant leurs devanciers; ils ont vu que telle vérité, par exemple, qui était exposée, déroulée, minutieusement détaillée dans imepage entière et quelquefois dans deux ou trois, pouvait être présentée avec plus de clarté, de précision et d'énergie en quelques lignes, et souvent en deux coups de pinceau. Eh bien ! n'est-ce pas véritable? N'avons-nous pas bien des fois gémi de voir les longs détours d'un orateur pour arriver à une vérité qui nous sautait aux yeux dès les premiers mots? Sans doute, l'application de ce principe est difficile et demande un tact judicieux et délicat; mais la difficulté d'application d'un principe ne doit pas toujours le faire repousser.

Au reste, ce genre de romantisme n'est pas aussi nouveau qu'on pourrait le croire, et nous en trouverions bien des traits dans notre grand et sublime Bossuet. Citons-en seulement un exemple. Quand cet orateur incomparable, préchant la profession demadame de la Yallière, voulut peindrela difTéreucc immense qui se trouvait entre sa conduite passée et sa conduite actuelle, quel est l'homme qni eut entrepris de faire ce double tableau en dix mots? Est-ce 13ourdaloue? Est-ce Massillon? Disons plus : est-ce tout aulre que lîossuel? Non, c'est lui seul qni peut le faire, et comment le fera-t-il? l^uMiii de ces traits que Victor Hugo et tous ses élèves eussent applaudi pendant une lieure,

Madame de la Vallière, devenue sœur Louise de la Miséricorde, était dans une tribune à côté de la reine. Tous les yeux se tournèrent sur cette tribune quand Bossuet s'écria : « Qu'avons-nous vu? » Que voyons-nous? — Quel état ! et quel état !... »

Où trouver, nous le demandons, une description détaillée qui en dise autant et avec autant de force que ce peu de mots ? Dans les œuvres oratoires de Bossuet, il y a, et à profusion, des traits de cette sorte.

Disons-le donc, il y a du bon dans le romantisme mélangé de nos jours. Un triage est à faire. Le temps et le bon sens se chargent de la besogne. En attendant, n'allons pas vite, et prenons garde au grotesque et au ridicule.

— Revenons à nos petits avis. Quand vous voulez composer un sermon, voyez si vous êtes en verve. Si vous avez une grande répugnance à écrire; si vous sentez un malaise physique qui rejaillise sur rintelligence ; si vous tournez vingt fois la plume entre vos doigts sans qu'il vous vienne une bonne idée ; ou si, ayant ime bonne idée, vous no pouvez pas trouver une seule expression convenable pour la bien rendre ; croyez-moi, suspendez votre travail ; vous passeriez beaucoup de temps à faire peu de chose. Peut-être ètes-vous distrait ; peutêtre avez-vous quelque préoccupation qui fatigue votre esprit ; peut-être aussi n'avez-vous pas pensé à faire une fervente prière à Dieu pour obtenir ses lumières et la bénédiction de votre travail, point important que vous ne devez jamais omettre.

Si ce n'est aucune de ces causes qui produit votre

inaptitude momentanée, essayez de vous électriscr en lisant quelque morceau d'éloquence qui vous remue profondément. Quelques pages de Ijossuet ont souvent produit de fort bons résultats.

^— Le lendemain, la scène est changée ; à une froideur de glace succède une chaleur vive, un feu pétillant qui court dans les veines et arrive au cœur. La plume ! la plume î... Attendez : avant la plume, la prière ! la prière ! et toujours la prière ! Vous verrez que la plume n'en ira que plus vite, et n'en sera que plus éloquente.

Eh bien! composons maintenant, et d'abord, un texte ; car nous ne pensons pas que l'on doive encore y renoncer, quoique quelques-uns semblent en trouver l'usage suranné. Pourquoi ne pas mettre une épigraphe à nos discours, comme les écrivains à la mode en mettent au frontispice de leurs écrits? Faites en sorte que votre texte indique bien clairement sur quoi vous allez prêcher ; tachez même que votre sujet en sorte tout naturellement, comme le germe sort de la graine qui le contenait.

Guerre aux longs exordcs ! L'auditeur n'écoute pas encore parfaitement pendant l'exorde; il se prépare à écouter ; il se compose, il se tourne un peu à droite, un peu à gauche, pour jeter un deririer coup-d'œil autour de lui; puis enfin, il s'afïermit sur son siège, et ne prend au sérieux que ce que l'orateur va lui dire à partir de VAvc Maria. Pourquoi donc prolonger une partie de discours qui ordinairement produit si peu d'eiîet? Pourquoi, surtout, lui donner une étendue telle, que l'auditeur, finissant par la prendre pour le premier point, s'im-

— iol —

patiente et s'ennuie quand il entend annoncer VAvc Maria, sur lequel il ne comptait plus? Arrivez le plus vite possible à l'exposé de votre plan, et surtout ne tenez pas votre auditoire en suspens pendant les trois quarts de l'exorde, de manière qu'il ne puisse savoir sur quelle matière vous allez prêcher que quand le moment de la division est arrivé.

— A propos de divisions, en faut-il des divisions? Oui. En faut-il de très-nombreuses et de très-détaillées? Non. Ne vous perdez point dans ces inextricables labyrinthes où vos auditeurs ne vous suivraient pas. A qnoibon, je vous prie, cet énoncé de divisions, de subdivisions etde sub-subdivisions qui donnent à votre discours l'aspect d'un arbre généalogique, où les degrés sont comptés jusqu'au vingtième et au delà? Annoncez et exposez clairement deux ou trois bonnes réflexions qui embrassent parfaitement et très-adéquatement votre sujet; puis, développez chacune de ces réflexions, en suivant, si vous le voulez, l'ordre des divisions dont nous venons de parler, mais sans les énoncer expressément. De cette manière, tout se concilie, et les auditeurs sont satisfaits.

Quant aux péroraisons, prenez bien garde, surtout si vous improvisez, d'en coudre une demidouzaine à la suite les unes des autres ; ne parlez pas vingt minutes après avoir dit : Je termine ; rien ne fatigue plus un auditoire que cette annonce perpétuelle d'une fln qui n'arrive jamais. Tàcliez que votre péroraison soit chaleureuse, entrahianle et vigoureusement frappée.

— xirrivons au débit. Que do choses à dire, si noire cadre comportait plus de détails! N'anticipons pas. En allant à la chaire, recueillement profond, modestie parfaite, extérieur pieux, angélique, si c'est possible. Adorez le saint sacrement avec ferveur ; déposez votre cœur dans celui de Jésus, et joignez au vôtre ceux de tous vos auditeurs. Fendez la foule sans rien regarder. Arrivez lentement à la chaire et plongez-vous de nouveau dans les profondeurs de la prière.

Quand tout est calme, commencez. Mais quoi ! je vois remuer vos lèvres, et je n'entends rien ; parlez-vous ou ne parlez-vous pas? — Je parle. — Nous n'entendons rien, absolument rien. Est-ce qu'il est de rigueur qu'on ne doive pas entendre un mot derexorde?On le croirait vraiment en voyant le soin que l'on prend de baisser tellement le ton, que Ton ne peut saisir un seul mot, même à peu de distance de la chaire. Ce qui est le plus singulier, c'est que, quelquefois, le prédicateur qui parle si bas a une voix naturellement très-forte et qui va bientôt faire entendre des éclats de tonnerre. Evitons ce défaut. Cela n'est pas naturel.

— Nous l'avons dit pour la composition ; nous vous le répétons pour le débit : soyez naturel, soyez vous-même. Articulez parfaitement chaque mot, et surtout les derniers mots de vos phrases. Donnez à chaque expression la force qu'elle doit avoir; parlez avec assurance, mais sans audace; soyez plutôt lent que rapide; ne pensez pas à vos gestes, niiiis pourtant ne vous en permettez pas de ridicules; qu'ils soient naturels et dignes ; tenez-vous droit

sans roideur ; regardez voire auditoire cn'^hloc, et ne regardez pas un seul auditeur en particulier. Ne vous accoudez pas sur les bords de la chaire. Soyez assis quand vous exposerez quelque chose, ou quand vous disserterez; levez-vous quand le discours s'animera et que vous toucherez à un mouvemeni.

Yoilà les règles principales concernant le débit oratoire; mais on pèche si souvent contre ces règles que nous croyons devoir signaler leurs plus insignes infracteurs.

— Prenons garde d'abord à la monotonie. 11 n'y a guère de prédicateurs qui ennuient plus les peuples que ceux qni ont un débit monotone.

Les lins récitent leur sermon à peu près recto tono; pas d'inflexions, pas de mouvements variés ; c'est presque une lecture de réfectoire dans un séminaire.

Les autres ont deux ou trois inflexions ; mais comme ce sont constamment les mémos, et qu'elles reviennent à des intervalles à peu près égaux, cela produit une monotonie qui endort forcément ceux-là même qui avaient, avant le sermon, le moins de prédisposition au sommeil. Comment ne voient-ils pas qu'il n'y arien de moins naturel que de parler trois quarts d'heure sur le même ton ou avec deux ou trois inflexions qui ne varieiit jamais?

Tel homme qui prêche ainsi, discutera vivement et très-naturellement avec un ami; voyez-le : il s'empare de la conversation; il expose le sujet do la controverse; il dit quelle est son opinion; il ra.ppuie par des preuves solides, convaincantes IV. 28

ou du moins qu'il croit telles ; il les développe avec vigueur et précision, puis, il combat les objections de son adversaire avec une chaleur croissante, et tout cela se fait du ton le plus naturel et le plus varié; il est si animé qu'il oublie qu'il va falloir monter en chaire dans quelques instants; on vient l'avertir ; il quitte son ami, se rend à l'église ; le voilà en chaire ; adieu le naturel ! Yoilà la monotonie qui recommence ; voilà le recto tono, ou les trois inflexions périodiques ; n'est-ce pas inconcevable ?

— D'autres ont un débit langoureux ; c'est comme ime variété du genre monotone ; ils joignent à l'identité des sons, un ton élevé, suppliant, plaintif, langoureux en un mot, qui est antinaturel au suprême degré. Il y a quelque chose dans leur débit, il y a même beaucoup du ton pieusement suppliant de ces pauvres qui demandent l'aumône sur le bord des chemins : comme ces mendiants aussi, ils regardent le ciel ou tiennent continuellement la tète penchée sur l'épaule; et c'est de cette manière que tout le sermon se déclame, et que l'on dit des choses qui, quelquefois, exigeraient un ton véhément et saintement passionné.

— En voici qui ont plus de feu; ils en ont même beaucoup trop. On dirait qu'ils regardent un sermon comme manqué, quand on ne crie pas bien fort d'un bout à l'autre et qu'on termine sans extinction de voix. Les oreilles des auditeurs en tintent; on plaint le prédicateur que l'on suppose très-fatigué, mais on ne pense seulement pas à proliter de ce qu'il dit.

Un médecin distingué, entendant un jour un prédicateur qui avait le défaut de crier trop fort, nous dit, après le sermon, qu'il avait été beaucoup moins occupé du discours, que de la crainte des accidents que pouvait éprouver celui qui le débitait. De bonne foi, est-ce en parlant ainsi que l'on gagne les cœurs? Et n'est-ce pas plutôt ainsi qu'on les refroidit et qu'on les rebute?

— Quelques-uns vont encore plus loin dans la voie de l'impétuosité. Non-seulement ils crient, ce qui pour eux est tout naturel, mais leur corps et tous les membres de leur corps sont dans une agitation perpétuelle; on les dirait galvanisés; les pieds frappent le fond, en même temps que les mains ou plutôt les poings, frappent les bords de la chaire ; le corps se penche, se redresse subitement pour se pencher encore ; il semble qu'on lutte corps à corps avec son auditoire, et qu'on regrette de ne pas pouvoir broyer de ses mains cette masse de péchés contre laquelle on s'indigne avec tant de violence. C'est pitoyable! Jésus, mon cher confrère, Jésus parlait-il de la sorte?

— On en voit qui ne crient pas avec excès, qui ne s'agitent pas démesurément, mais qui ont un débit si rapide qu'il est presque impossible de les suivre. Quelquefois, leur grande précipitation fait qu'ils articulent mal plusieurs mots ; dès qu'ils s'en aperçoivent, ils répètent avec une grande vitesse les mots mal prononcés, ce qui fatigue singulièrement les auditeurs; c'est le bredouillement.

Pourquoi donc cette précipitation qui donne l'idée d'un écolier récitant sa leçon avec toute la volubilité dont sa langue est susceptible? Comment peuton se persuader qu'un sermon débité de la sorte touchera ceux qui l'entendent? Comment ne voiton pas qu'il n'y a rien de grave et d'imposant comme la parole de Dieu, annoncée dans le temple même de Dieu, sous les yeux et à quelques pas de Jésus vrai Dieu, par le ministre de Dieu, pour sauver toute une assemblée de pécheurs rachetés du sang- d'un Dieu? Et comment ne pas se dire à soimême que c'est avec une pieuse modestie, avec une sainte gravité, et même avec une imposante majesté, que le prêtre doit toujours annoncer aux peuples les divins oracles ?

— D'autres cependant se jettent parfois dans un excès opposé. Ils sont d'une lenteur capalde de refroidir et d'impatienter l'auditoire le mieux préparé. Ayant contracté riiabitude de cette lenteur excessive, et se persuadant que c'est la bonne méthode, ils la suivent constamment. Chaque mot est séparé de celui qui le précède et de celui qui le suit par un intervalle très-appréciable. Une phrase commence ; dès les premiers mots, on voit ce qu'elle va dire ; on devance l'orateur en aclicvant soi-même d'un trait cette phrase interminable ; mais vous avez beau faire, on ne vous fera pas grâce d'un seul mot. Il est clair qu'un tel débit n'ayant ni mouvement, ni chaleur, ni véhémence, ne peut qu'ennuyer un auditoire.

— Nous avons des prédicateurs hardis, et pour

ainsi dire audacieux. Sans s'en apercevoir, ils ont un air presque effronté. Ils n'ont pas encore commencé qu'ils regardent déjà leurs auditeurs en gros et en détail, avec une assurance et un aplomb qui semblent dire : je ne vous crains pas. En effet, ils ont l'œil ferme, le front haut, le verbe arrogant, et un ensemble si peu modeste et si peu composé que les auditeurs les plus indulgents en sont euxmêmes péniblement affectés. Est-ce là, nous le demandons, la dignité du saint prêtre, l'attitude pieuse de l'apôtre?

— D'autres se portent à l'extrémité opposée ; ils sont excessivement timides. Pauvres petits agneaux ! La chaire les impressionne presque autant qu'une sellette de cour d'assises. Leur visage pâlit, leurs lèvres tremblottent, leurs jambes fléchissent, et leurs genoux frappent à coups répétés le panneau de la chaire. Il est impossible que la parole ne se ressente pas de cet affaissement universel; aussi est-elle faible, lente, péniblement entrecoupée, et incapable assurément de produire sur l'auditoire un effet tant soit peu prononcé.

Rassurez-vous, jeune confrère, car ce sont presque toujours les jeunes prêtres qui sont atteints de cette timidité, rassurez-vous ; on en a vu, et plusieurs, plus timides que vous encore, et qui sont devenus d'excellents prédicateurs. Priez Dieu, priez-le beaucoup qu'il vous affermisse, et remplacez les petites idées de la peur par les sublimes pensées de la foi.

— Il y en a qui, ne se connaissant pas tels qu'ils

sont, veulent absolument passer pour onctueux, quoiqu'il n'y ait ombre d'onction clans leur manière de dire.

Rien n'est froid, en fait d'éloquence, comme une chaleur factice. Croire qu'on va toucher, émouvoir un auditoire, quand on n'est nullement touché ni ému soi-même, c'est une illusion complète. Yous avez beau lever les yeux et les bras vers le ciel, faire un appel à la divine miséricorde, donner à votre parole je ne sais quoi de doux et de mielleux, tous vos auditeurs, même les plus ignorants, voient ou plutôt sentent tout d'abord si votre cœur s'accorde avec vos paroles et vos gestes ; et quand ils reconnaissent que cet accord n'existe pas, ils sont d'autant plus froids que vous faites plus d'efforts pour les échauffer.

Ces prédicateurs sont aussi très-forts sur les prières adressées à Dieu, à Jésus ou à Marie ; ces pieuses apostrophes, quand on est saintement ému, produisent souvent d'excellents effets; mais quand ce n'est pas le cœur qui les produit, ou quand on les débite sur un ton faux et qui n'a rien de pénétrant, les cœurs se resserrent au lieu de se dilater, et le prédicateur est le seul qui ne s'aperçoive pas de l'insensibilité générale.

— Ne serait-il point à propos de faire ici mention de certains prédicateurs que le monde, toujours malin, appelle élégants? Nous avons quelquefois souffert, nous avons même senti poindre l'humiliation dans le fond de notre âme, en entendant des mondains exercer la malignité de leur langue aux dépens de certains prêtres qui don-

naient prise de ce côté, sans s'en douter, nous voulons le croire. Nos censeurs mordants faisaient remarquer l'élégance et la recherche affectées de ces prédicateurs avec une verve si caustique, avec une raillerie si piquante, qu'ils égayaient des sociétés nombreuses et faisaient même quelquefois adopter leurs idées à ceux qui leur prêtaient une attention bénévole.

Il faut en convenir, quelques ecclésiastiques, sans s'en apercevoir, encore une fois, semblent annoncer par leur extérieur cette élégance dont le monde lui-même leur fait un reproche. Leur costume , leur chevelure, leur regard, leur attitude, leurs gestes, tout en un mot respire une certaine recherche, une certaine élégance, à laquelle les peuples préféreront toujours la simplicité pieuse du saint prêtre et même l'abandon quelque peu négligé de l'apôtre.

Il y a plus encore ; on dirait que la manière de prononcer de ces prédicateurs se ressent elle-même quelquefois de cette élégance déplacée que nous combattons en ce moment. Les paroles, au lieu de sortir naturellement et sans apprêt, semblent glisser, légèrement comprimées et adoucies, entre des lèvres pincées, ce qui donne au débit je ne sais quoi de mou, d'efféminé, de doucereux, qui met un obstacle insurmontable aux grands effets de la divine parole.

Ce n'était pas ainsi que prêchait Jésus , notre chef et notre modèle. Ce n'était pas ainsi que prêchaient les Chrysostome, les Xavier, les Dominique, les Vincent Ferrier et tant d'autres, qui touchaient autant les peuples par la pieuse modestie

de leur extérieur que par leurs discours les plus véhéments.

— Enfui nous dirons un mot des prédicateurs mous et sans énergie. Ce n'est pas par timidité qu'ils sont ainsi ; autrement nous les rangerions parmi les timides. Non, la timidité n'est pas leur fait; mais ils sont par nature sans nerf et sans énergie. Rien ne les émeut, ou du moins rien ne met leur émotion en relief. Les vérités les plus terribles sont à peu près dites sur le même ton que les vérités consolantes. Ils ne savent pas chasser leurs paroles devant eux avec une mâle vigueur; non, la langue les forme tout doucement, et les amène posément sur le bord des lèvres où elles expirent. Tout au plus, dans les grands mouvements, tombentelles vivantes encore du bord des lèvres; mais c'est pour aller s'éteindre au pied de la chaire. Nous le répétons , ces prédicateurs ne savent pas chasser leurs paroles ; ils ne savent ce que c'est qu'une articulation nette et énergique ; et c'est un grand malheur ; car on ne se figure pas les heureux elfets que cette articulation, quand elle est bonne, produit sur un auditoire.

L'action! l'action! le bon débit, presque tout est là, en fait de moyens extérieurs de prédication. Une page do Rodriguez, parfaitement débitée, produira plus d'etret que le plus beau sermon de Bourdaloue et de Massillon prononcé mollement et sans énergie. Qu'il y a de prédicateurs auxquels convient ce que nous venons de dire! Puissent-ils profiter de nos observations et de nos avis !

A l'appui des réflexions qui précèdent, nous

croyons devoir raconter un fait qui est parfaitement à notre connaissance, puisque nous en avons été témoin.

C'était en 1821. Une société, dite des bonnes études, s'était formée à Paris dans le but de réunir les élèves des écoles de droit et de médecine qui, prenant au sérieux l'instruction qu'ils venaient chercher dans ces écoles, consacraient à un travail assidu le temps que plusieurs de leurs condisciples perdaient dans les cafés et les lieux de débauche. Le célèbre M. Berrj^er était préposé à la direction de la section de droit. Une fois par semaine, il nous réunissait à la Sorbonne pour nous donner des leçons théoriques et pratiques sur l'éloquence du barreau.

A l'ouverture de ce cours si intéressant, il nous annonça que, pour la pratique, ce qu'il essayerait de nous apprendre d'abord, ce serait à lire. Voyant dans son auditoire un mouvement de surprise et même quelques sourires, il nous dit :

« Je savais bien, messieurs, que je vous surprendrais et que je vons ferais rire, en vous disant que je vous donnerais des leçons de lecture. Cependant, je ne reculerai pas ; car, quoique je n'aie pas l'honneur de vous connaître', je suis convaincu qu'il y en a fort peu parmi vous qui sachent bien lire.

« Et d'abord, messieurs, vous comprenez qu'il n'est pas ici question d'une lecture matériellement faite recto tono ; non, c'est d'une lecture déclamée que je veux parler , de cette lecture préparée à l'avance, et qu'il s'agit de rendre intéressante, attrayante par la manière de la faire.

(( Je vais indiquer un sujet de lecture et nommer trois d'entre vous qui liront le morceau dési-

gné , à la prochaine réunion. Le morceau que je choisis est extrait d'un des plaidoyers de Linguet qui se trouve dans tel volume de ses Œuvres. J'ai fait choix de ce morceau, parce que je le regarde comme un chef-d'œuvre de finesse gracieuse et déhcate. S'il est hien lu, vous y saisirez une foule de traits qui vous raviront ; s'il est mal lu, vous ne saisirez rien ; au contraire, ce sera l'ennui qui vous saisira. Attention donc, messieurs, car tout ce que j'annonce, je le crois parfaitement exact, w

Cela dit, trois élèves sont choisis au hasard sur la liste; huit jours s'écoulent; la réunion est au complet. Nous étions bien prévenus; nous étions certains que ce qui allait être lu était beau, trèsbeau, merveilleusement beau ; nous pouvions nous dire, par conséquent, que la lecture, quoique mal faite, ne nous empêcherait pas de nous attacher au fond des choses, et d'y découvrir les beautés qui nous étaient annoncées. Eh bien! non; c'est une erreur ; un mauvais débit est une distraction tellement importune, tellement agaçante et rebutante, qu'elle couvre les beautés, au lieu de les faire ressortir. Nos trois condisciples vinrent successivement nous en donner la preuve. Leurs lectures nous parurent infmiment longues ; c'est dire assez qu'elles étaient mal faites.

M. Berryer, après avoir montré ce qu'il y avait de défectueux dans la manière de lire de nos collègues, prit le livre en disant : « Me serais-je trompé, » messieurs? Les beautés que je crois renfermées » dans ce morceau, n'y seraient-elles pas renfer- » mécs en effet? Yoyons-donc. »

Alors commence une lecture dont il nous est

impossible de donner ici la plus faible idée. Nous ne croyons pas que le sublime lecteur ait achevé une seule phrase sans provoquer des trépignements ' de plaisir et des applaudissements enthousiastes. Chaque mot disait ce qu'il devait dire ; quelques suspensions d'un instant annonçaient un beau trait, lequel venait à point et ravissait tout le monde. La main qui était libre (le livre était dans l'autre) semblait conduire les mots dans l'àme des auditeurs, et un coup d'oeil pénétrant les y enfonçait et les y gravait. Jamais nous n'avions aussi profondément senti tout ce qu'un bon débit renferme de puissance.

— Disons en terminant nos avis aux prédicateurs, qu'il faut, après le sermon, prier Dieu de tout son cœur qu'il en multiplie les fruits et qu'il le fasse tourner uniquement à sa plus grande gloire et à la sanctification des âmes.

Disons aussi qu'il faut s'abstenir de parler de ce sermon, avec la secrète intention de s'attirer quelques fades éloges ; vanité pitoyable et souverainement indigne du ministre de Jésus-Christ. Si un prédicateur se rend le témoignage qu'en parlant de son œuvre , ce n'est pas une vaine louange qu'il poursuit; si réellement il nen veut parler à un ecclésiastique instruit qui vient de l'entendre, que pour le prier de vouloir bien l'aider de ses conseils, rien de mieux assurément. Que de défauts n'avonsnous pas, et pour la composition, et pour le débit que tout le monde remarque et que nous sommes seuls à ne pas observer ! Prions-donc charitablement qu'on nous les fasse connaître, et tâchons, à l'aide des avis qui nous seront donnés, d'opérer eu

-- oOi —

nous une réforme qui dotera peut-être cVun supplément de fécondité notre divin minisièrc.

— Observons-nous sévèrement après avoir préclié, pour ne pas détruire, en particulier, les belles choses que nous venons de débiter en public. Nous avons été quelquefois péniblement affecté de voir des prédicateurs qui avaient provoqué les sanglots de leurs auditeurs et fait couler des flots de larmes, de les voir, disons-nous, presque aussitôt après le sermon, légers, badins, rieurs, dissipés, et cela à un festin auquel assistaient plusieurs de ceux que Ton venait d'impressionner si vivement à l'église. C'est un manque de tact et de discernement qui , malheureusement, pourrait bien faire croire que le prédicateur qui agit ainsi n'est pas profondément pénétré des vérités qu'il annonce avec tant de fracas, et que tout cela, pour lui, est une affaire de déclamation et pas autre chose. Veillons donc, veillons beaucoup sur nous-mêmes, et tachons que nos œuvres soient plus éloquentes encore que nos discours.

AVIS AUX COM'ESSEl lis

— L'œuvre dos oeuvres, dans le ministère du ])ré{re, est la confession. C'est à ce point, immensément important, qu'il doit faire converger tous ses actes. Si la confession n'est pas le but de tous les efforts de son zèle ; si ce n'est pas à ce résultat définitif qu'aboutissent toutes ses démnrches, il ne doit pas chanter victoire: la victoire ne sera

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remportée que quand il verra le pécheur h ses pieds, sollicitant par ses larmes le pardon qui rendra la paix à son âme agitée.

Dans la chaire nous parlons à la multitude, et souvent, dans tout un sermon, nous ne disons pas un mot qui convienne très-spécialement àtel ou tel auditeur en particulier. Yient-il nous trouver au saint tribunal? La scène change; ici, pas un mot qui ne lui convienne.

Dans la chaire, nous indiquons généralement les plaies des âmes, et nous y jetons tout au plus, et de loin, un regard vague et superficiel ; au saint tribunal les plaies sont sous nos yeux; nous eu sondons la profondeur ; nous en découvrons le venin, et le remède infaillible est entre nos mains.

Dans la chaii'e, nous montrons seulement, au travers de notre éloquence, l'enfer et ses supplices, le ciel et ses joies éternelles; au saint tribunal, nous faisons bien mieux ; en échange d'un aveu et d'une larme, nous fermons l'enfer et nous ouvrons le ciel.

Ranimons souvent notre foi et notre zèle par ces graves considérations, et convainquons-nous toujours de plus en plus de l'importance extrême du ministère que nous exerçons au tribunal de la pénitence.

— Nous aurions, sur cette matière si étendue, tant de recommandations à faire et d'avis à donner, que nou.s éprouvons au suprême degré l'cmliarras du choix ; nous prions nos chers confrères de ne pas s'en tenir au pou que nous allons dire, mais de lire et de relire souvent tant et de si bons traités IV. 29

sur la conduite des confesseurs, qu'ils ont sans doute entre les mains. Nous les prions seulement d'attacher une importance toute particulière aux conseils que nous prenons la liberté de leur donner.

— Et d'abord, nous vous recommandons, ce que, du reste, tout notre ouvrage vous dit à chaque page,, d'employer toutes les industries de votre zèle pour attirer, pour pousser les pécheurs à confesse (passez-nous cette expression). Soyez toujours armés contre le péché; et, comme ce n'est qu'au confessionnal qu'il expire, ne déposez les armes que quand vous y verrez le pécheur agenouillé et repentant.

Priez-vous? Demandez à Dieu qu'il convertisse les pécheurs et les fasse se confesser. Travaillezvous? Que ce soit dans la vue directe, ou au moins indirecte, de la conversion des pécheurs. Sortezvous dans la paroisse? (Jue ce soit pour aller trouver quelques pécheurs et leur fionuer rendez-vous au saint tribunal. Préchez-voi>R2 Quel que soit votre sujet, traitez-le de manière à parler toujours de la conversion, et à montrer à vos auditeurs le chemin du confessionnal. N'est-ce pas là que tout sermon doit conduire les pécheurs qui l'entendent?

— Permettez-nous, cher confrère, devons adresser une question. Avez-vous le goût du ministère de la confession? En présence des avantages immenses que procure aux âmes ce divin ministère, vous sentez-vous au fond du cœur un ardent désir de vous y consacrer? Enfin, vous rendez-vous le témoignage que c'est uniquement le motif de la

gloire de Dieu et du salut des pécheurs qui vous inspire le désir de vous installer au saint triijunal? Bénissez Dieu, cher collègue, hénissez-lc dans les plus douces effusions de votre âme, si, à ces questions, vous pouvez faire une réponse affirmative. Ah ! vous ne savez pas les milliers de pécheurs que vous êtes peut-être appelé à réconcilier avec Dieu!

Mais si vous ne l'avez pas ce goût; si vous avez même une inclination toute opposée, je vous plains, je vous plains heaucoup. Vous auriez hien fait de le dire au directeur de votre conscience et à vos supérieurs, quand vous étudiiez votre vocation dans un séminaire. Quoi qu'il en soit, voyez d'où peut provenir ce dégoût.

N'est-ce point le scrupule qui le produit? N'estce point la crainte excessive d'assumer une responsabilité, cfTrayante sans doute, mais en regard de laquelle il faut toujours placer l'infinie miséricor de deJésus, qui, en nous chargeant d'un ministère si grave, connaissait bien notre misère et notre faiblesse? Secouez votre scrupule, et comptez sur la bonté de Dieu qui ne vous damnera pas à l'occasion d'un ministère que vous n'aurez exercé que pour lui gagner des âmes.

Mais, hélas! votre dégoût ne viendrait-il point d'un relâchement général dans votre conduite? Les saints prêtres, les fervents missionnaires, les hommes vraiment apostoliques passent avec délices les jours et les nuits au confessionnal; mais en serait-il ainsi du prêtre léger, dissipé, mondain, amateur du jeu et de la bonne chère? Ah! que le confessionnal aurait peu d'attraits pour un prêtre de ce caractère! Quel chagrin, quand on lui an-

tioiicerait qu'il y est attendu! Quelle promptitude à expédier des pénitents qui retarderaient sa promenade, sa lecture frivole, ou sa partie de jeu ! Tirons le voile sur ces tristes misères.

Yoilà, cher confrère, ce qu'il faut que vous examiniez devant Dieu, afin de voir d'où vient le dégoût que vous éprouvez pour une fonction si sainte et si utile. Peut-être, au reste, ce dégoût n'est-il qu'une épreuve comme tant d'autres, que Dieu vous envoie pour que vous ayez un mérite de plus en exerçant ce divin ministère. Demandez dans vos prières, et demandez souvent, le goût de cette auguste fonction.

— Nous conseillons aux jeimes prêtres qui vont bientôt prendre place au saint tribunal, de faire une neuvaine d'exercices spirituels au sacré Cœur de Jésus et au très-saint Cœur de Marie, dans l'intention d'obtenir les grâces nécessaires pour s'acquitter saintement et avec fruit de la fonction de confesseur qu'ils vont avoir à remplir. Offrir une ou plusieurs fois, à celte même intention, le saint sacrifice de la messe, pendant cette neuvaine, serait une chose excellente.

— Un confesseur, surtout au début de sa carrière , mais généralement pendant toute sa vie, doit lire et relire sans cesse la théologie morale et spécialemeiit les traités les plus pratiques, la Pénitence, le Décalogue, la Justice et les Contrats, etc. 11 doit étudier aussi et revoir souvent les meilleurs ouvrages sur la manière d'exercer avec fruit le ministère de la confession. Enfin, il doit connaître

parfaitement les statuts de son diocèse, relativement anx cas réservés à la juridiction.

Quant aux principes à adopter pour régler des décisions tliéologiques qu'il devra donner à chaque instant au saint tribunal, il doit, sans arborer aucun étendard exclusif, les puiser, ces principes, dans des auteurs graves, généralement estimés, et qui, dans l'opinion commune, n'ont ni une réputation de laxisme, ni une réputation de sévérité outrée.

— Nous avons dit plus haut qu'il était très-avantageux d'avoir beaucoup de goût pour le ministère de la confession ; mais cela ne suffit pas encore ; il faut de plus convaincre les peuples que nous l'avons, ce goût, et que nous l'avons à un point tel que, quoique fatigantes pour le corps, les heures que nous passons au saint tribunal sont celles qui procurent à notre âme les plus douces consolations.

Dans la localité que nous habitons, tâchons de nous faire cette précieuse réputation. Si nous la possédons, les pécheurs viendront nous trouver non-seulement sans craindre de nous importuner, mais même avec la certitude qu'ils nous procureront une vive satisfaction. Que si au contraire nous étions connus pour ne pas aimer ce saint ministère ; si l'on savait que nous n'allons au confessionnal qu'avec répugnance et parce que la nécessité nous y contraint, les pécheurs ne viendraient nous trouver qu'avec appréhension, et plusieurs même, déjcà peu disposés à faire une démarche qui leur coûte beaucoup, fmiraient par l'ajourner à une

époque indéterminée ; déploral)le malheur, dont nous pourrions bien être responsaljles devant Dieu ! Disons donc, disons partout et toujours, /;?</* //r^ et j)cr domos, que nous sommes à la disposition des pécheurs ; que rien ne nous est plus agréable que de les voir environner notre confessionnal, et que nous serions désolés qu'ils craignissent de nous fatiguer et de nous importuner en venant nous prier de les entendre ; puis, quand ils viendront en effet, recevons-les avec joie ; entendonsles, si rien ne s'y oppose ; et si quelque raison légitime nous appelle ailleurs, témoignons-leur le regret que nous en éprouvons, et assignons-leur le moment où nous pourrons les entendre. En ces circonstances, jamais de brusquerie, de vivacité, ni de marques de mécontentement.

— Ayons cependant des heures réglées pour le confessionnal. C'est un désordre d'aller confesser, tantôt à une heure, tantôt à l'autre : les pénitents ne sachant quand ils pourront trouver leur confesseur, et craignant toujours de faire un voyage iinitile, se déterminent souvent à ne le pas entreprendre.

Quant à la fixation de l'heure, le confesseur ne doit pas toujours choisir celle qui lui convient le mieux ; il doit plutôt être à la disposition du public, que le public à la sienne. Que d'ouvriers, que de domestiques ne peuvent le venir trouver qu'à une certaine heure qu'il ne dépend pas toujours d'eux de changer! S'il arrive quelquefois qn'une affaire grave ou une autre fonction du ministère nous empêche d'aller confesser à notre licure or-

dinaire, tâchons do le faire savoir aux pénitents qni, sans cela, passeraient inutilement leur temps à nous attendre.

— Quoique nous ayons, pour la confession, des heures réglées et bien connues dans la paroisse, ce n'est pas une raison pour renvoyer absolument tous ceux qui nous appelleraient au saint tribunal à un autre moment de la journée. 11 n'est point de régie sans exception ; les hommes en général la méritent cette exception; un pécheur, quel que soit son sexe, la mérite plus encore, s'il est éloigné depuis longtemps des sacrements, et s'il se trouve tout à coup disposé à se confesser ; les infirmes, les vieillards, les femmes enceintes, les personnes qui vont partir pour faire un voyage, et plusieurs autres qui, évidemment, se trouvent dans un état tout exceptionnel, sont en droit de nous faire déroger à notre règle ordinaire.

— Il est plus important qu'on ne pense d'aller au confessionnal, libre de toute préoccupation. Si on a la conscience un peu embarrassée ; si l'on a un travail commencé auquel on s'applique avec une ardeur démesurée; si l'on se propose de faire visite à un ami ou de faire une promenade d'agrément; bref, si l'on a quelque chose qui occupe, qui embarrasse, ou qui fait désirer que la séance du confessionnal ne soit pas longue, toutes les confessions se ressentiront de la mauvaise disposition où l'on se trouve ; on interrogera moins, on précipitera la déclaration des péchés, on abrégera l'exhortation, on la fera avec froideur, avec sécheresse, d'un air

mécontent et agacé ; et si l'on voit de nouveaux pénitents se grouper autour du confessionnal, tout ce que nous venons de dire s'aggravera encore, et de là résulteront des inconvénients de plus d'un genre. N'oublions pas cette observation.

— Quand on se rend au confessionnal, il faut toujours s'arrêter au pied de l'autel, pour y faire la prière préparatoire dans un profond recueillement. Plusieurs se dispensent de cette prière si utile, ou bien la font d'un air si distrait et si préoccupé qu'elle n'est plus pour eux qu'un acte de routine et une vaine cérémonie. Les pénitents seraient très-édifiés, s'ils voyaient leur confesseur s'entretenir amoureusement avec Jésus-Christ avant de les entendre.

— Grande modestie en se rendant au saitit tribunal ; pas de précipitation dans la démarche; cela semblerait déjà vouloir dire que l'on a le désir d'aller vite en besogne. Ne regardons pas les pénitents et surtout les pénitentes qui entourent notre confessionnal; pas de préférences ni d'acception de personnes, surtout pour les riches ou pour les jeunes filles. Quant aux hommes, c'est une autre atîaire; si parmi plusieurs femmes on voyait quelques hommes placés aux derniers rangs, on pourrait leur dire sans crainte : Mes amis, montez plus haut. Nous approuvons beaucoup la conduite de certains confesseurs qui annoncent pul)liquement que tel côté de leur confessionnal sera toujours à la disposition des hommes, à quelque moment qu'ils arrivent pour se confesser.

— N'enchaînons pas les âmes h notre tribunal ; donnons-leur pleine et entière liberté d'aller se confesser à un de nos confrères, toutes les fois qu'elles croiront en avoir besoin. Plusieurs sans doute ont tort de courir de confesseurs en confesseurs, comme elles font quelquefois ; tant pis pour elles si elles abusent de la liberté que nous leur donnons; mais tant pis et mille fois tant pis pour elles et pour nous, si nous les retenons de force à notre tribunal, et si, par là, nous sommes causes des nombreux sacrilèges que la timidité leur fera faire.

Nous ne connaissons point d'aveuglement plus déplorable que celui d'un confesseur qui, se persuadant, comme on le fait souvent, que les pénitents ne peuvent pas craindre de leur confesser tous leurs péchés, les empêchent positivement de s'adresser à d'autres, leur font voir la peine qu'ils en ressentiraient, et leur font la réception la plus froide et quelquefois les reproches les plus amers, quand ils apprennent qu'ils ont fait une ou deux confessions à un confrère.

Nous le déclarons ici positivement, et nous prions nos lecteurs de croire que nous pesons théologiquement nos expressions : si un confesseur, averti de ce défaut et des graves conséquences qu'il peut avoir, refusait de se corriger et continuait de faire voir clairement, par un moyen ou par l'autre, qu'on lui fera beaucoup de peine en le quittant, même pour une fois ou deux, tenant ainsi ses pénitents dans une sorte d'esclavage, nous lui refuserions l'absolution.

Ah ! très-certainement, il la refuserait lui-même à un autre qui serait placé dans les mêmes circon- IV. 29.

stances, s'il avait vu ce que voient tous les jours tant (le missionnaires, c'est-à-dire une multitude d'àmes en état de sacrilège pour n'avoir pas osé déclarer des péchés graves à leurs confesseurs ordinaires. I^auvres âmes ! Avec quel empressement elles profitent d'une mission pour mettre leur conscience à l'aise, et retrouver la paix dont, depuis si longtemps, elles ne goûtent plus les douceurs !

Vous qui lisez ces lignes, prêtre de Jésus-Christ, qui que vous soyez, écoutez : Si vous avez une clientèle nombreuse ; si vous avez surtout bon nombre d'âmes appartenant à la classe vulgairement appelée dévote, tenez pour très-probable qu'il y eu a parmi ce nombre en état de sacrilège, surtout si l'on sait que vous ne voulez pas que l'on s'adresse à d'autres confesseurs, et si vous êtes un peu sévère dans votre manière de confesser.

Nous voulons fortifier ce que nous venons de dire par l'autorité imposante de saint Liguori.

« Quandlesmissions,dit-il, n'auraient pas d'autre » avantage que de remédier à tant de confessior.s » sacrilèges qui ont lieu par rhal)itude qu'ont l)eau- » coup de pécheurs de taire une partie de leurs » péchés par mauvaise honte, surtout de la pa .t » des femmes, se serait assez pour rendre les mis- » sions désirables. Cet inconvénient des mauvaises » confessions a lieu surtout dans les petites loca- » lités, soit parce qu'il y a peu de confesseurs, soit » parce qu'on les voit chaque jour comme parents )) ou comme amis, et qu'on rougit de les mettre )) dans la confidence de certaines fail)lesses; de sorte » que le pécheur, après avoir commis le péché, n'ose )) le déclarer, et reste en état de sacrilège toute sa

» vie. Il y en a qui, même en cas de mort, n'osent » pas rompre le silence. Or, l'un des fruits les plus » essentiels des missions, c'est de réparer tant de » confessions mal faites ; car les pécheurs savent » bien que les missionnaires sont des étrangers » qui ne les connaissent pas, et qui partiront dans » peu de jours sans qu'ils les revoient ; et tout » frappés qu'ils sont parles sermons, ils n'hésitent )) pas à s'aller purger par la pénitence de tous les » péchés qu'ils tenaient cachés. »

Concluons de là qu'il faut laisser à nos pénitents une pleine liberté, sur le point qui nous occupe ; disons et redisons-leur cela sur tous les tons possibles; faisons plus encore, pressons vivement ceux de nos pénitents qui viennent fréquemment à confesse d'aller, de temps en temps, ou du moins ime fois chaque année, se confesser à quelque confrère. Lors même qu'on n'userait pas de la liberté ainsi accordée; lors même qu'on résisterait à nos instances, il résulterait toujours de ce que nous recommandons un très-grand avantage : ce serait de faire voir que non-seulement on ne nous ferait pas de peine en se confessant à d'autres, mais qu'en le faisant, on irait au contraire au-devant de nos désirs; cela suffira pour mettre les âmes au large. Nous ne regrettons pas la longueur de cet article, tant nous sommes frappé de sa haute importance.

— Quand il vous vient un nouveau pénitent, ne le recevez pas tout à fait comme ceux qui s'adressent à vous depuis longtemps. Il a peut-être hésité beaucoup avant de se présenter à votre tribunal : peut-être est-il fort timide, et sa timidité

lui fait-elle craindre une réception froide et peu encourageante.

Dès que vous voyez que c'est un pénitent qui vient à vous pour la première fois, ne lui laissez pas déclarer un seul péché avant de l'avoir bien mis à l'aise par quelques mots doux et paternels. Aussitôt après le Confiteor, dites-lui de ne pas craindre, et de penser que c'est à un père qu'il parle. « Sans doute, pouvez-vous ajouter, vous » êtes comme tous les pénitents qui s'adressent » pour la première fois à un confesseur ; vous » éprouvez un peu de timidité et d'embarras, ne » sachant trop comment vous allez être reçu : :» mais soyez bien tranquille, ne vous troublez j) point ; je vais vous aider à faire une bonne con- )) fession, et je suis bien sur qu'avec le secours » de Dieu, je vais mettre votre âme parfaitement j) en paix. » Par ce langage doux et prévenant, on dispose le pénitent à se confesser sans timidité ni embarras, ce qui est fort important.

Il est bon aussi, après cette introduction, et avant la déclaration d'aucun péché, de dire à un nouveau pénitent que s'il avait quelque difficulté de conscience, relativement à ses confessions passées, il ferait bien de le dire immédiatement. « Croyez-moi , pouvons-nous dire , si vous avez » sur le passé quelque chose qui vous gêne , qui » vous inquiète tant soit peu , dites-le-moi sans » crainte, je vais vous aider à régler les affaires » de votre conscience ; je ne suis ici que pour » cela : eh bien ! avez-vous quelque chose qui » vous trouble dans le passé , voyons ? » Nous croyons que cette méthode est très-sage et que,

bien appliquée, elle ne peut que produire d'heureux résultats.

— Il y a des confesseurs, les jeunes surtout, qui veulent faire faire des confessions générales à tout le monde ; c'est un abus ; mais il y en a, et ceux-ci ne sont pas les plus jeunes, qui voudraient bien n'en faire faire à personne ; c'est encore un abus. Il est certain que la confession générale est souvent nécessaire ou du moins fort utile.

En principe, nous pensons qne lorsqu'un pénitent exprime positivement le désir de faire une confession générale, on doit la lui faire faire, à moins qu'il ne soit scrupuleux ou qu'il ne se fasse comme un jeu de faire des confessions générales sans motif raisonnable. Quand on ne voit pas clairement que la confession qu'il demande lui serait nuisible, il est avantageux de la lui faire faire.

Quelquefois, on adopte une espèce de moyen terme : on veut, pour abréger la besogne, faire quelques interrogations sur l'ensemble de la vie passée, ou bien partir seulement d'une certaine époque, et faire une revue de quelques années ; tout cela est un replâtrage qui ne satisfait pleinement ni le pénitent, ni même le confesseur ; on y passe presque autant de temps qu'à une confession complète ; et puis, quand on se croit à la fin, il arrive que cette revue , quoique très-imparfaite, découvre certaines choses qui , quelquefois, obligent à faire une confession générale en règle. Nous conseillons donc de suivre, dans la pratique, l'avis que nous donnons dans cet article.

— Nous recommandons spécialement aux confesseurs de ne pas user d'une indulgence excessive à l'égard des infracteurs des lois de l'Église. S'il est une chose déplorable aujourd'hui, c'est de voir ces saintes lois traitées comme si elles n'existaient pas, ou comme si elles n'étaient, en quelque sorte, que de conseil. Sans doute elles n'obligent pas sub notabili incommodo ; tout le monde le sait bien ; mais combien s'en affranchissent sans motif tant soit peu valable devant Dieu ! Combien de confesseurs aussi se contentent de ces motifs et ferment les yeux sur des infractions qu'il leur serait quelquefois possible d'empêcher !

On peut fort souvent, avec douceur dans les formes et fermeté dans les principes, obtenir bien des choses que plusieurs confesseurs avaient craint d'exiger de leurs pénitents. Qu'on essaye démettre en pratique la recommandation que nous faisons ici, et très-certainement on verra que cet essai ne sera pas toujours infructueux.

— On trouve bien des pénitents dont la conscience n'est nullement éclairée. Ils se font grand scrupule de certaines fautes assez légères, et se permettent, sans en être troublés, une foule de péchés beaucoup plus gi'aves. Les confesseurs, il faut bien le reconnaître, entretiennent quelquefois les pénitents dans cette ignorance déplorable ; ils effleurent les consciences au lieu de les sonder ; ils prennent ce qu'on leur donne, sans demander un mot d'explication ; ils n'instruisent jamais et n'éclaircissent rien. De là, bien entendu, l'aveuglement des pénitents et le mauvais état de leur conscience.

Combien, par exemple, n'en trouve-t-on pas qni, nu milieu de plusieurs péchés assez peu graves, disent, sans avoir l'air d'y attacher plus d'importance qu'aux autres fautes, qu'ils ont parlé mal de quelqu'un deux ou trois fois ? Celte déclaration se trouve placée entre des distractions dans les prières et de légères impatiences ; un confesseur routinier et peu exact reçoit tous ces péchés in globo, fait achever promptement le Confitcor, dit deux mots d'exhortation , impose la pénitence et donne l'absolution.

Mais que ce même pénitent s'adresse, par extraordinaire, à un confesseur exact, et qu'il lui fasse la même confession dont nous venons de parler. Sachant par expérience qu'il se commet souvent contre la charité, des péchés mortels, il ne se contentera pas de cette simple déclaration : « J'ai parlé mal de mon prochain deux ou trois fois. » Il voudra savoir si la médisance a été grave, et souvent il reconnaîtra qu'elle l'a été en etTet, et que même, au lieu de médisance, c'est de calomnie qu'on s'est rendu coupable. Poussant encore un peu plus loin SCS investigations, il reconnaîtra qu'il y a habitude, et habitude datant de fort loin. S'il veut faire ressortir la grièveté de ces fautes, on aura peine à le croire, et on dira froidement qu'elles ne peuvent pas être aussi graves qu'on le dit, puisque jamais le confesseur ordinaire n'avait eu l'air d'y attacher de l'importance.

Pour désabuser et éclairer de tels pénitents, il est souvent à propos de leur faire faire une revue, en appelant spécialement leur attention sur les fautes qu'on leur signale, et leur disant, pour les mieux

convaincre, que c'est précisément et uniquement à cause de ces fautes qu'on leur fait faire une revue du passé. L'attention ainsi appelée sur ce point spécial, prévient une foule de nouveaux péchés et en détruit l'habitude.

— Grande douceur à Tégard de tous ses pénitents. Nous disons de tous, car on m'qw manque pas à l'égard de quelques-uns, qui sont comme les enfants gâtés de la famille ; mais combien d'autres qui n'ont en partage que de la sécheresse, de la froideur et quelquefois de vertes réprimandes , faites sur un ton si élevé, que les pénitents qui environnent le confessionnal sont obligés de s'éloigner pour ne pas entendre la semonce du confesseur! Qui dirait, au bruit de cette tempête, que celui qui en est l'auteur tient la place de Jésus sur un tribunal de paix et de miséricorde? Ah ! qu'il a vite oublié, ce juge sévère, que le pauvre prodigue agenouillé près de lui l'a salué du doux titre de père, et lui a dit, la tète inclinée : « Mon père, bénissez-moi, parce que j'ai péché. »

Prenons garde, oh î prenons bien garde de scandaliser nos pénitents par nos brusqueries, et de leiu' fermer la bouche quand il serait nécessaire qu'ils l'ouvrissent, pour déclarer les pécbés graves qui pèsent lourdement sur leur conscience. Si nous sommes d'un caractère naturellement vif et emporté, veillons doublement sur nous-mêmes au saint tribunal, et n'y entrons jamais sans avoir demandé instamment à Jésus, par l'entremise de Marie, sa patience et sa douceur.

— Nous avons dit que la vivacité n'était pas pour toutes les brebis du troupeau, et qu'il y en avait de privilégiées sur lesquelles le pasteur laissait tomber les faveurs et les prédilections. C'est un point sur lequel nous ne saurions nous observer avec trop d'exactitude. N'usons jamais, mémo dans nos exhortations les plus pieuses, de ces expressions vives et énergiques qui viennent si naturellement se mettre au service d'un zèle trop expansif . Si surtout ce langage s'adresse à une personne de sexe différent ; si elle n'est pas avancée en âge ; si nous sentons en nous une certaine ardeur pour travailler au salut de son âme, ardeur beaucoup pbis forte que pour plusieurs autres, défions-nous de cette impétuosité de zèle ; répandons des cendres froides sur ce feu, qui n'en sera pas moins pur pour être un peu couvert, et abstenons-nous de ces démonstrations expressives de dévouement et d'intérêt qui ne servent pas ici à grand'chose, qui pourraient même être dangereuses, et qu'il vaudrait bien mieux reporter à cet indigent en baillons, à ce modeste artisan, à ce paysan grossier, ou mieux encore à ce pauvre prodigue dont nous parlions plus haut, que nous avons accablé du poids de nos reproches.

Veillons aussi non-seulement sur nos paroles, mais sur nos regards. En écoutant certaines personnes, ayons des yeux et ne voyons point. Nous avons souvent conseillé à nos jeunes élèves de séminaire, de tenir habituellement un petit crucifix dans leurs mains en entendant les confessions. On le baise dans les moments de fatigue, d'ennui ou de tentation, si la tentation osait aborder le saint

lieu qu'on occupe. On le baise encore en entendant la confession de certaines personnes, et, jusqu'à la fin de cette confession, on tient les yeux attachés sur les plaies adorables du divin Jésus. Oh! que l'on sort heureux et content du confessionnal, cjuand on s'y est conduit avec cette vigilance et cette chaste réserve !

— Ne prolongeons, pas sans de fortes raisons, la confession des femmes, surtout si elles sont jeunes. 11 serait bien fâcheux que Fou put s'apercevoir que nous donnons beaucoup plus de temps aux jeunes personnes qu'aux autres pénitents. La malignité ne manquerait pas de s'exercer à cette occasion, et ce serait toujours, plus ou moins, aux dépens de cette bonne réputation que tout confesseur doit s'efforcer de conserver parfaitement intacte.

Malheureusement, il arrive quelquefois qu'une jeune pénitente est scrupuleuse, et que ses confessions sont, par conséquent, plus longues que celles des péjiitents ordinaires. Si cette scrupuleuse était généralement connue pour telle, cehi n'aurait pas de grands inconvénients. Elle ennuierait ceux qui attendent, et voilà tout. Mais si elle n'était pas connue pour être scrupuleuse, ce serait différent ; dans ce cas-là, nous conseillerons d'abréger, autant que possible, la confession (sans brusquerie cependant), et même, quelquefois, de l'interrompre et d'en renvoyer la fm à un autre jour. On poui*rait, dans certaines circonstances, assigner une heure particulière à ces personnes, ou les obliger à laisser passer toutes les autres avant elles.

Si surtout, parmi les pénitents qui attendent leur rang, il se trouvait des hommes, il ne faudrait pas manquer de prendre l'un ou l'autre des moyens que nous venons d'indiquer pour se débarrasser de ces scrupuleuses qui, quelquefois, sont cause que les hommes se retirent et sont tentés de ne pas revenir. Il ne faut pas non plus permettre aux jeunes personnes de venir très-fréquemment à confesse, c'est-à-dire plusieurs fois par semaine; les autres pénitents ne faisant pas de confessions aussi fréquentes, le public ne manquerait pas de remarquer cette différence et d'en faire la matière de ses plaisanteries, peut-être même de ses mordantes critiques.

En de telles circonstances, il ne faut pas faire opiniâtrémeut tète à l'orage, et mépriser les coups de langue qui nous atteignent ; c'est malheureusement l'aveuglement de bien des prêtres sans jugement qui, se rassurant sur leurs bonnes intentions et sur les excellentes choses qu'ils disent à leurs pénitentes dans ces fréquentes confessions, ne veulent pas voir qu'il est bien plus important de maintenir intacte leur réputation, que de recevoir si souvent ces jeunes personnes à confesse.

— Ce serait bien mal interpréter notre pensée que de tirer pour conclusion de ce que nous venons de dire qu'il ne faut pas engager les pénitents, en général, à fréquenter les sacrements. Nous ne saurions trop exhorter les confesseurs à grossir de plus en plus le troupeau d'àmes fidèles qui viennent tous les huit jours h confesse. Ces âmes, bien dirigées, procurent aux saints prêtres les plus

douces consolations. Qii^nd on a pu leur donner nne juste idée de la vraie et solide dévotion ; quand on leur a suggéré de grands sentiments pratiques d'humilité, de charité, de douceur et d'abnégation, il n'est point de joie plus pure que celle que l'on éprouve en les voyant, chaque semaine, marcher avec une nouvelle ferveur sur les traces de Jésus, et saisir avidement tous les moyens qu'on leurpropose pour atteindre encore une perfection plus élevée.

Nous pensons qu'un confesseur plein de zèle pourrait aisément procurer à bien des âmes l'avantage de la fréquentation hebdomadaire des sacrements. Les pénitents n'osent pas, ordinairement, demander les premiers d'y être admis; ils ont besoin qu'un confesseur zélé les y détermine, et celui-ci aurait grand tort de ne pas faire du moins quelques tentatives. Qu'il essaye d'abord de les faire approcher des sacrements à toutes les fêtes principales de l'année ; qu'il les exhorte ensuite à venir régulièrement une fois le mois ; puis tous les quinze jours, puis enfin toutes les semaines. En s'y prenant bien, et en faisant ressortir les grands avantages de cette fréquentation des sacrements, nous sommes convaincu qu'il fera prendre cette habitude à plusieurs qui, sous la direction d'un prêtre sans zèle, ne l'eussent jamais contractée.

Les jeunes gens, surtout, sont généralement incapables de se maiatenir un peu de temps en grâce, s'ils ne sont attirés comme de force, et par toutes les industries du zèle, à la confession fréquente et très-fréquente. Tout prêtre, ayant exercé tant soit peu le ministère, doit reconnaître que nos observations à ce sujet sont parfaitement exactes,

— Nous signalerons ici aux confesseurs ces pénitentes, malheureusement trop nombreuses, qui, par le mélange qu'elles font d'œuvres extérieures de piété et de défauts très-réels, ont fini par faire attacher au mot même de dévotion un sens que, de sa nature, jamais il n'aurait du présenter à l'esprit.

Depuis nombre d'années, ces personnes ont l'habitude de communier tant de fois par semaine, et de faire chaque jour le nr petite couronne de pieuses pratiques. Ne pas manquer une seule communion ni un seul Ave Mario, voilà pour elles l'essentiel, le nec j^lus ultra, en fait d'importance. Quant à se corriger de ses défauts, à les attaquer du moins vigoureusement, c'est une autre affaire ; ceci est important, si vous voulez, mais d'une importance de second ou de troisième ordre. Bien plus, on s'avengle quelquefois au point de ne pas déclarer ces défauts à son confesseur, en sorte que celui-ci ignore ce qu'il serait si imporlant de lui faire connaître.

Nous appelons très-spécialement rattention des confesseurs sur ce point. S'ils parviennent à découvrir, ce qui n'est pas toujours aisé, l'aveuglement spirituel dont nous venons de parler, qu'ils ne manquent pas d'éclairer ces pauvres aveugles et de leur faire voir l'injure qu'ils font à la dévotion qu'ils professent. Qu'ils leur retranchent même quelquefois, pour un temps, les sacrements qui n'ont été reçus que trop souvent au passé ; et même, pour signaler mieux ce qu'il y a de grave dans leur conduite habituelle, qu'ils leur fassent faire une revue de quelques années, et qu'ils se

tiennent ensuite très-exactement en observation^ pour voir si ces divers moyens produisent Teffet qu'ils en attendent.

— Peut-on entendre les femmes en direction, hors du saint tribunal ? Si elles sont jeunes, jamais. Si elles sont âgées, rarement. Celte direction peut être utile, nous n'en disconvenons pas ; mais très-souvent, pour les femmes, c'est une perte de temps et pas autre chose. D'ailleurs, elle peut se faire au confessionnal, cette direction. En général, n'attirons point nos pénitentes chez nous, et ne nous laissons pas attirer chez elles. Nous y gagnerons beaucoup, et nos pénitentes n'y perdront pas grand'chose.

On ne dira jamais assez combien il est important pour un prêtre de ne pas donner la moindre prise à la malignité des langues, relativement aux visites habituelles et fréquentes qu'il reçoit de la part des femmes, ou qu'il a l'imprudence de leur faire lui-même. Que de fois nous avons profondément gémi, en voyant l'aveuglement inexplicable de certains prêtres, qui s'obstinaient, malgré les observations pressantes de leurs amis et les menaces même de leurs supérieurs, à recevoir des femmes chez eux ou à les visiter chez elles, sans s'inquiéter le moins du monde de la censure maligne que le public faisait de leur conduite ! De la part des mauvais prêtres qui ont levé le masque, hélas ! cela se conçoit; mais, de la part de prêtres d'ailleurs irréprochables, cela ne peut s'expliquer que par un travers d'esprit et un vice de jugement. Et pourtant, quoi de plus simple que cette réilexion ;

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il 11 est pas nécessaire que je fréquente cette personne, et il est dune absolue nécessité que ma réputation soit sans tache.

— Nous terminerons ces avis en recommandant tout spécialement aux confesseurs de prier et de prier beaucoup pour la nombreuse famille de pénitents que Dieu leur a donnée. Ah! s'il est une prière promptement exaucée, c'est assurément celle que fait un confesseur pour ses pauvres prodigues. Qu'il prie donc pour eux avec toute la ferveur de son âme ; qu'il prie surtout pour ceux qui sont aux prises avec des tentations violentes et en grand danger de succomber. Qu'il offre quelquefois à la même intention le saint sacrifice de la messe, et qu'il s'impose, à l'exemple des saints, quelques pénitences sévères pour fléchir la divine justice.

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