‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 49 sur 51 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

— La tâche que nous nous étions imposée touclie à son terme. Nous l'avons entreprise avec un vif désir de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes; nous la terminerons en faisant des vœux ardents pour que nos faibles efforts soient couronnés de succès parle Dieu de toute miséricorde, qui, seul, peut donner aux œuvres de l'homme l'accroissement et la fécondité.

Chers et bien-aimés confrères, permettez qu'avant de déposer la plume, je vous conjure une dernière fois, au nom de Jésus-Christ dont vous êtes les ministres, et au nom de tant de pécheurs pour lesquels il a versé son sang, de vous lancer avec la plus vive ardeur dans les saintes voies du zèle où ce divin pasteur veut vous voir marcher sans relâche.

Jésus, chers collègues, Jésus nous a cédé sa place. Pendant qu'il a vécu sur la terre, les peuples l'ont vu se multiplier, en quelque sorte, pour instruire les ignorants, consoler les affligés et convertir les pécheurs. Mais, la veille de sa douloureuse passion, la veille de sa mort, il suspendit ses travaux ; et, prenant plus que jamais les pécheurs en pitié, il fonda le sacerdoce pour les sauver ; c'est-à-dire qu'il établit d'autres lui-même pour faire, en son lieu et en son nom, ce qu'il avait fait, pendant sa vie mortelle, pour le salut du monde. Ombres vivantes du Jésus-Christ, prêtres-sauveurs,

honorés du pouvoir ineffable de perpétuer son divin ministère, répondons à son appel, et méritons de plus en plus la haute confiance dont il nous honore.

Sauvons, sauvons les âmes, puisque c'est à nous que leur salut éternel est confié. Arrachons au démon les brebies chéries de Jésus; fermons sous leurs pieds la voûte infernale dilatée déjà pour les engloutir; ouvrons sur leur tête ce beau ciel d'où elles ont mérité d'être bannies à jamais et que la •divine miséricorde leur propose encore.

Déclarons une guerre impitoyable aux défauts qui ont plus particulièrement la funeste puissance d'amortir les ardeurs du zèle. Guerre donc, et guerre à outrance, à la dissipation qui nous refroidit et ■qui nous dessèche ; à la sensualité qui nous rend tout charnels ; à l'avarice qui enferme notre cœur •avec notre argent dans un coffre-fort ; à l'orgueil iqui nous fait usurper la gloire de Dieu dans un ministère où Dieu est tout, et l'homme si peu de chose ; à la tiédeur qui nous donne du dégoût pour les plus saintes œuvres; à l'oisiveté qui scandalise les peuples et quiesttoujours la source de mille misères .

Ne bornons pas là nos généreux efforts. Après avoir défriché , ensemençons et récoltons. Après avoir creusé les fondements, construisons l'édifice. Que les défauts s'effacent, et que les vertus paraissent. Foi vive, espérance ferme, charité brûlante, zèle divinement impétueux, humilité profonde, mortification sévère, piété tendre, aimable et solide, douceur inaltérable, désintéressement à toute épreuve, modestie pieusement entraînante; telles sont les vertus dont notre cœur de prêtre doit être le dépo- IV 30

sitairo, et sans lesquelles nous violerions, à coup sur, en mille rencontres, les rigoureux devoirs de notre saint état.

Le jour approche, vénérables confrères, jour de calamité et de misère pour le prêtre sans zèle, Dics calamitatis et misenœ, jour d'angoisse, où nous allons tomber aux pieds du souverain Juge, pour lui rendre compte de la manière dont nous avons rempli les redoutables obligations qui nous sont imposées. Quel affreux malheur si, quand Jésus- Christ va nous dire : Rcdde rationcm villicationis tiiœ^ nous n'avons à lui présenter qu'un amas d'œuvres frivoles, au lieu de ces œuvres pleines qui doivent former comme le tissu de toute vie sacerdotale !

Un jour, un saint prêtre apprenant qu'un de ses jeunes confrères venait de mourir après avoir offert, pour la première fois, le saint sacrifice de la messe, s'écria avec l'accent de la foi la plus vive : Qu'il est heureux de n'avoir à rendre compte à Dieu que de la célébration d'une seule messe 1

Notre compte, chers confrères, sera bien différent de celui de ce jeune prélre. Que de fois nous avons immolé la divine Yictimc ! Que de fois nous avons pris place au saint tribunal ! Que de fois nous nous sommes installés dans des chaires évangéliques! Que de fois nous avons introduit des âmes dans les régions éternelles! Et, au milieu de ces sublimes fonctions, quel poids de responsabilité a constamment pesé sur notre tète !

Encore, si nous avions apaisé notre juge par cotte multitude d'œuvres de zèle, si propres à désarmer sa divine colère ! jMais, hélas I que de lacunes peut-

être dans notre vie de prêtre ! qnc do conseils nons pouvions donner! que de salutaires remords nous pouvions inspirer ! que de travaux nous pouvions entreprendre ! que de démarches nous pouvions faire auprès des pécheurs ! que de prières nous pouvions adresser au ciel pour leur conversion ! que de pénitences nous pouvions offrir à Dieu pour le salut de nos prodigues ! que d'âmes en un mot nous pouvions sauver, et qui sont peut-être en enfer ou sur la pente fatale qui y conduit, parce que nous nous sommes endormis dans une vie lâche et tiède où les œuvres de zèle ont occupé si peu de place !

Réveillons-nous, chers confrères, Hora est jam nos de somno surcjere ; hâtons-nous de mettre un terme à ce qui pourrait être pour nous la source d'inutiles et d'éternels regrets.

Cœur adorable de Jésus, toujours dilaté par la miséricorde, toujours embrasé par l'amour, daignez agréer que je dépose dans vos sacrées profondeurs les pieux conseils que j'y ai puisés, et que j'ai pris la liberté de donner à mes bien-aimés confrères dans ce petit ouvrage. Bénissez-les, Seigneur, sanctifiez-les, ces conseils, et joignez-y, je vous en conjure, cette onction secrète et cette vertu toute divine qui en assurera l'exécution com.plète.

Je vous demande cette faveur, ô Jésus, par l'intercession de Marie, de cette bonne et tendre mère à laquelle vous ne savez rien refuser, surtout quand c'est pour vos ministres qu'elle intercède.

LAUDETUR JESUS CHRISTLS ! A3IEN.

Page 1