CHAPITRE VII
Douceur. — Sa nécessité. — Sa pratique. — Ce qu'elle prescrit et ce qu'elle condamne.
— 11 y a tant de points de contact entre la douceur et la charité envers le prochain, qu'il semble pour ainsi dire superflu de traiter la première quand on vient de traiter la seconde. On peut, il est vrai, manquer de charité sans blesser positivement la douceur ; mais comment blesser la douceur sans blesser du même coup la charité envers le prochain ? Il sera aisé de se convaincre de cette vérité en revoyant le chapitre précédent, dans lequel sont énumérés plusieurs défauts qui offensent à la fois la douceur et la charité.
La vertu de douceur est si absolument nécessaire atout le monde, que Xotre-Seigneur Jésus-Christ a voulu en être tout particulièrement le docteur. C'est une chose bien remarquable que ce divin Sauveur, qui a recommandé toutes les vertus et qui a voulu nous les inculquer par sa doctrine et par ses exemples, se soit cependant réservé à lui-même renseignement spécial de la douceur et de l'humilité : Discite à me quia mitis sum et humilis corde.
Discite à me. « 0 mon Sauveur, disait à ce sujet » saint Vincent de Paul, quelle parole ! mais quel » bonheur d'être vos écoliers et d'apprendre cette » leçon si courte et si excellente, qu'elle nous » rend tels que vous êtes ! »
Au reste, nous croirions abuser de la patience de nos lecteurs en leur déroulant ici toutes les preuves de la nécessité de la douceur. Nous leur rappellerons seulement en peu de mots que cette vertu est bien plus nécessaire encore au prêtre qu'au simple fidèle. « Son zèle est stérile, avons- » nous dit dans la Pratique du zèle, s'il n'a pas » pour auxiliaire et pour appui la confiance, l'es- » time et l'affection des peuples. Quoiqu'il parle » avec une autorité vraiment divine ; quoiqu'il » tienne place de Dieu même et qu'il soit en droit » de menacer les pécheurs des plus terribles châ- » timents ; cependant, comme ces châtiments ne » sont pas actuellement sensibles, et que pour » punir ceux qui lui résistent, il n'a pas à sa dis- » position la verge et le fouet, la prison et les » amendes, on ne lui obéit que si l'on veut, et or- » dinairement on ne veut point lui obéir quand, » au lieu d'exhorter avec bonté, il commande avec » aigreur. S'il aliène les esprits et les cœurs par » ses brusqueries, ses vivacités, ses réprimandes » amères, quel bien pourra-t-il opérer ? Que d'ob- » stades ne rencontrera-t-ilpas à chaque instant! »
Ajoutons à cela le scandale que donnerait un prêtre si, fomentant, au lieu de le combattre, le vice opposé à la douceur, il laissait éclater le feu de sa colère. 11 est peu de vices qui s'excusent plus aisément que celui-là chez les personnes du monde, mais nul ne veut le voir chez un ecclésiastique. Un prêtre en colère ?..,. quel scandale ! Appliquons-nous donc à le combattre, et ne déposons les armes que quand nous aurons remporté la victoire, dussions -nous, comme saint
François de Sales, acheter cette victoire par dixliuit années de luttes et d'efforts.
— Voici quelques indices auxquels nous pourrons reconnaître si la vertu de douceur nous fait défaut.
Sommes-nous orgueilleux ? Prenons garde : 1 humilité ne sera pas toujours la seule vertu que blessera notre orgueil. La douceur, son amie de prédilection, sera souvent aussi la victime de ce vice. Qu'on y fasse attention, et Ton verra que c'est l'orgueil, l'estime de soi-même qui provoque ordinairement la colère.
L'homme vain et sottement infatué de sa propre valeur s'imagine que tout lui est dû ; si quelqu'un l'attaque, il sort de lui-même pour venger par la colère le mérite qu'il s'attribue.
L'homme vraiment humble, au contraire, est toujours modéré : comme il est profondément pénétré du sentiment de sa bassesse, il se place, par son humilité, au-dessous des humiliations qu'on lui inflige, et alors quelle prise la colère peut-elle avoir sur lui? Donc, soyons humbles, et par égard pour l'humilité, et par égard pour la douceur, son inséparable compagne.
— Sommes-nous ardents par nature et par tempérament ? Sentons-nous en nous comme un feu secret qui s'allume et jaillit à la plus petite opposition qu'on nous fait, comme l'étincelle jaillit de la pierre au frottement de l'acier? Prenons garde : cette chaleur naturelle, si nous n'avons soin de l'amortir, troublera notre raison, faussera notre
jugement, nous fera commettre bien des fautes, bien des imprudences qu'il nous faudra payer cher, et sera pour les peuples une occasion fréquente de mécontentement et de scandale.
Attaquons donc avec vigueur cette ardeur désordonnée. Ne parlons, n'agissons jamais quand nous sentons que le feu pétille dans nos veines, que notre figure s'illumine , que notre bouche s'entrouvre et que le volcan va faire éruption. Taisons-nous, taisons-nous, ou plutôt parlons, mais à Dieu seulement, pour lui dire : Adjuva me, Domine Vent, Domine Jesu, veni.
— Sommes-nous , par caractère , pointilleux , ergoteurs, /tommes d'opposition et crime humeur contredisante ? Prenons garde : les hommes de cette trempe sont passionnés pour les discussions. Si vous commencez par émettre votre opinion sur un point quelconque, à moins qu'il ne soit de toute évidence, vous pouvez être sur de les avoir pour contradicteurs. Ils dissèquent votre proposition jusqu'à la minutie; ils bâtissent une argumentation en règle sur un point auquel vous n'attachez nulle importance ; ils vous démontrent le faible de vos raisons et la puissance des leurs ; et tout cela se fait bien moins par zèle pour la vérité que par inclination pour la dispute et par entêtement à défendre son opinion. Tel homme de ce caractère, qui combat à outrance votre inoffensive proposition, eût attaqué peut-être avec la même chaleur la proposition contradictoire dont il se fait le champion, si vous laviez exposée dans le principe.
Nous en avons connu qui étaient tellement sujets
au défaut que nous signalons en ce moment, que, pour vivre en paix avec eux, les hommes sages et modérés prenaient pour règle de ne jamais rien dire les premiers. Dans les conversations qu'ils avaient ensemble, ils leur laissaient toujours prendre rinitiative, et à moins que la chose ne fût importante, ils souscrivaient, pacis causa, à toutes les opinions qu'ils émettaient.
On demandera peut-être en "quoi ce défaut peut blesser la vertu de douceur, puisque cet esprit de contradiction peut absolument se produire sans colère ? Nous répondrons qu'il la blesse très-fréquemment. En effet, comment est-il possible que, faisant de l'opposition en tout et toujours, on ne rencontre pas des interlocuteurs qui tiennent tête, et qui refusent de faire le sacrifice de leurs opinions quand ils les croient justes et raisonnables? Il y a d'ailleurs, chez les hommes dont nous parlons ici, je ne sais quoi d'agaçant qui provoque naturellement la résistance ; et quand elle a lieu, voici des flots de paroles qui heurtent d'autres flots; voici des discussions chaleureuses et passionnées ; voici enfin des expressions plus ou moins blessantes, et peutêtre un fonds d'aigreur qui dure longtemps encore après la fâcheuse discussion qui l'a fait naître.
Soyons en garde contre ce mauvais esprit de contention et de dispute. Jamais de discussion oiseuse ; dès qu'elle commence, cédons le terrain et passons outre. Si la discussion est nécessaire ou utile, exposons notre sentiment sans chaleur ni passion. La vérité veut être défendue avec gravité et modestie ; nous la défendrons de la sorte si nous ne voulons réellement que son triomphe.
Mais si, dans notre discussion, nous avons pour principal mobile la vaine gloire qui s'attache à une dissertation habilement soutenue , nous serons presque à coup sûr impétueux, arrogants, hautains, peut-être même violents et emportés.
— Sommes-nous susceptibles ? Prenons garde : rarement la douceur et la susceptibilité s'accordent entre elles. En fait de vices sociaux, nous n'en connaissons guère de plus insupportable que celui de la susceptibilité. Quoi de plus désagréable, en effet, que de vivre habituellement avec un homme qui vous croit toujours sinon tout à fait son ennemi, du moins animé de sentiments plus ou moins malveillants à son égard? Un homme susceptible n'a les yeux ouverts que pour vous trouver en défaut. Ayez pour lui un vrai fonds d'attachement et de bienveillance, s'il s'est une fois persuadé que vous ne le goûtez point, il ne vous saura aucun gré même de ce que vous pourrez dire ou faire pour lui être agréable. Yos démonstrations d'estime et d'affection seront taxées de flatteries, et vous ne saurez plus comment agir pour regagner ses bonnes grâces.
Ce défaut est d'autant plus persistant et tenace, que celui qui y est sujet ne pense presque jamais qu'il en est atteint. Il se croit infaillible dans ses appréciations, et tout ce que l'on peut faire pour le désabuser n'ébranle pas le moins du monde la fermeté de son opiniâtre conviction. Combien peutêtre liront cette page, en approuveront le contenu, et ne penseront pas même à se frapper la poitrine, en disant : Tu es Me vir !
Quand on est ainsi disposé, il est malheureusement vrai de dire que l'on vit dans un état permanent d'hostilité contre la vertu de douceur. En effet, on conçoit que la susceptibilité, quand on subit son influence, entretient tout naturellement au fond du cœur un mauvais levain d'aigreur et d'aversion, d'où naissent fréquemment des explications peu mesurées, des récriminations injustes, et quelquefois des scènes où la douceur et la charité sont sacrifiées.
— Sommes-nom naturellement peu disposés à l'indulgence et enclins au contraire à la sévérité? Prenons garde : cette inclination si opposée à ce fonds de bénignité , d'ineffable mansuétude qui caractérisait notre divin Sauveur, prédispose trèsprochainement à des écarts que la douceur condamne. Ainsi, par exemple, se sentir ému et presque indigné quand on a un peu à souffrir d'une faute que quelqu'un vient de commettre ; ne point admettre d'excuse ; ne rien attribuer à la légèreté et à la faiblesse, mais supposer toujours une malice réfléchie, reprendre avec emportement et ne pas permettre un mot de réplique, pour avoir le plaisir de dominer tout à son aise; punir enfin avec une sévérité outrée, ne proportionnant point le châtiment à la faute commise : qu'est-ce que tout cela, si ce n'est autant de fautes dont la douceur se tient justement offensée?
Ah ! si nous avions constamment sous les yeux notre divin modèle, quel changement cette simple vue n'opérerait-elle pas dans notre conduite ! Lui, qui était si bon, si doux, si indulgent et si tendre
à l'égard de tout le monde ! lui qui appelait Judas son ami, et qui ne retirait pas ses lèvres quand l'infâme apôtre y appliquait son baiser d'apostat ! lui qui, sans dire un mot ni témoigner la moindre émotion, s'entendait publiquement traiter d'insensé chez Hérode, et de blasphémateur chez Caïphe ! lui qui restait calme, patient et résigné sous la couronne d'épines qui ensanglantait sa tète, sous les fouets qui déchiraient son corps, sous la main qui le souffletait, sous les ignobles ordures dont on couvrait sa face divine î lui enfin qui, jusque sur la croix, mettait le comble à sa douceur et à sa charité en plaidant auprès de son Père la cause de ses bourreaux : Pater, ignosce illis, nesciunt enim quid faciunt !
Prêtre de Jésus-Christ, si peu indulgent à l'égard du prochain, ne te sens-tu pas humilié en voyant tant de douceur chez ton modèle, et tant de sévérité chez toi-même? Regarde et agis... Inspice et fac sccundù.m exemple ir.
— Mais pour dire quelque chose de plus pratique encore sur la vertu de douceur que nous voudrions voir implantée dans tout cœur de prêtre, faisons de ce qui précède quelques applications directes.
Ne sommes-nous point trop sévères à regard des enfants? Cette disposition est très-fàcheuse chez un ecclésiastique employé dans le saint ministère, ou chargé de l'éducation de la jeunesse dans les petits séminaires et les collèges.
Il y a des prêtres qui ont pour les enfants si peu d'inclination naturelle qu'ils ne peuvent en
quelque sorte les supporter. Tout les fatigue e les aigrit de la part de ces petits êtres ; ils vou draient les voir graves et sérieux comme ils le son eux-mêmes. La moindre légèreté est traitée pa eux comme une faute notable qui mérite chàti ment. Jamais un mot gracieux et aimable, jamai; un sourire prévenant et bénin ; toujours, au con traire, un air froid et sec, un ton tranchant e sévère, et des paroles impérieuses et vigoureuse ment accentuées. Ils appellent cela de la fermeté et ils disent qu'il est impossible de gouverner ci petit peuple d'une autre manière. Les prêtres qu se conduisent ainsi sont presque toujours de: hommes qui, outre le peu d'affection qu'ils on naturellement pour les enfants, veulent è{re par faitement tranquilles , toujours ponctuellemen obéis, et ne voir jamais autour d'eux le plus lége] désordre : ce sont souvent des hommes sériera par nature, et occupés d'études graves. Il y a tan de distance entre la disposition habituelle de leu: esprit et la légèreté folâtre des enfants, que de: chocs fréquents sont la conséquence de ce con traste.
Or, nous le répétons, ceci est très-fâcheux sou; bien des rapports. N'aimant point les enfants e ne pouvant souffrir leurs mouvements perpétuels on éclate vivement à la moindre occasion, et Toi inflige des châtiments sévères pour des peccadilles Quelquefois même on laisse échapper des parole: fort déplacées, et l'on en vient à de mauvais trai tements dont la charité et la douceur ont beaucou] à gémir. D'un autre côté, on indispose contre so ces petits enfants qui, dans un âge plus avancé,
conservent très-souvent dans un cœur aigri le souvenir des punitions excessives qui leur furent autrefois infligées. Et. puis, comment ne voit-on pas qu'on perd leur confiance, qu'on les éloigne au lieu de les attirer, qu'ils tremblent, d'aller se confesser à celui qui les traite si mal, et que s'ils le font, ce n'est que par contrainte et avec un fonds d'embarras et de timidité souverainement déplorable, puisque le sacrilège en est quelquefois le triste résultat?
Ce serait, en un sens, plus répréhensible encore si la sévérité que l'on déploie n'éclatait qu'à l'égard de certains enfants, quoiqu'ils ne fussent pas plus coupables que les autres. Si, par exemple, on ne manquait de douceur qu'envers des enfants peu favorisés du côté de la fortune, du talent, ou de la position sociale de leurs parents, leur montrant habituellement un visage sévère, et réservant ses faveurs pour les plus distingués du troupeau : oh ! alors on conçoit combien une préférence si marquée serait humiliante pour ceux qui auraient la douleur de n'y pouvoir prétendre.
Donc pas de partialité dans nos affections. Imitons notre divin Maître qui, sur tous les points, a voulu nous servir de modèle. Un jour, pendant une instruction très-grave qu'il faisait à une foule nombreuse, il se voyait à chaque instant interrompu par des mères qui venaient lui offrir des petits enfants pour qu'il les touchât de sa main. Ce que voyant ses disciples, ils en firent reproche aux personnes qui l'interrompaient de la sorte : Comminabantur offerentibus . Mais que dit et que fait Jésus ? Écoutons : Qicos quum videret Jésus, in-
digne tulit, et ait illis : Sinite parmdos venire a<
me : talium est enirn regnum cœloruni , et corn
plexans cas, et imponens manus super illos, benedi cibat cos. Un autre jour, il profite encore de 1 présence d'un i >ur nons apprendre cou
bien on lui est cher à cet âge : Accipiens puerum statuit eum in medio eorum : quem cian compiexu esset, ait illis : Quisguis unum ex hujusmodi pùerx receperit in nomme meo, merecepit; et quicumqu me s it, non me suscipit, sed eum qui misit mt
A qui celte instruction convient-elle mieux qu" ceux qui perpétuent le divin ministère de celi qui la donne ?
— Ne blessons-nous point la douceur au sah tribunal? S'il est une circonstance dans laquell cette vertu doive être nécessairement pratiquée c'est assurément quand on reçoit les pénibles aveu d'un pénitent qui tremble au pied de son confes seur. qui a été vingt fois peut-être tenté de n'y pii venir, et qui ne s'y est déterminé que parce qu' a eu l'espoir d'être accueilli avec une indulgent bonté. Quel malheur s'il était trompé dans so attente, et si, au lieu de la douceur sur laquell il comptait, il ne trouvait qu'une sévérité rebt tante, que des brusqueries, que de la précipitatio et des réprimandes acerbes !
Prenons bien garde à ceci, chers confrères : n croyons pas que la dureté et l'insensibilité de ne pénitents nous autorisent à user d'une dureté ps reille à leur égard. Eclairons, instruisons, repre nons même si cela est nécessaire, mais que 1 douceur soit toujours au fond de nos répréher
sions. Appliquons les règles, nous le devons ; mais tempérons toujours leurs exigences par l'aménité de notre langage : Suaviter in modo, fortiter in re.
— Ne blessons-nous point la vertu de douceur dans nos prédications ?C*est ce qui aurait lieu si notre zèle d'apôtre avait quelque chose d'amer qui rebutât les auditeurs au lieu de les gagner. C'est ce qui aurait lieu si nous aggravions le joug de Jésus par des exagérations qui lui enlèveraient son attrayante suavité, de manière à ne plus pouvoir dire : Jugum meum suave est. C'est ce qui aurait lieu si nous ne traitions jamais que des sujets terribles, et si, même en traitant des sujets plus doux, nous laissions encore percer je ne sais quoi de sec et d'austère dans le ton, le geste et le fond même du discours. C'est ce qui aurait lieu enfin si nous nous permettions des personnalités choquantes, sinon directes, ce que nous ne voulons pas supposer, du moins si peu voilées qu'il fût impossible de ne pas voir à qui nous faisons allusion.
Quelle atteinte publique nous porterions à la vertu favorite de Jésus, si nous nous conduisions de la sorte dans un ministère qui doit particulièrement briller par le zèle charitable et la douce onction de celui qui l'exerce !
— Ne manquons-nous point de douceur à regard des perso7i?ies, quelles qu'elles soient, qui ont besoin de nos services ou qui ont à traiter avec nous quelque affaire? Le prêtre étant le représentant de Jésus- Christ sur la terre, doit être toujours facilement
abordable comme Tétait cet aimable Sauveur; i doit avoir à l'égard de tout le monde un visagi affable, gracieux et prévenant, qui semble dire i tous : Verrite ad me omnes qui laboratis et onerat estis, et ego reficiam vos. Alors il est environn d'estime, de confiance et du plus tendre attache ment. Alors on voit en lui un père dans le seii duquel on aime à s'épancher. Alors les pécheur les plus endurcis, désarmés et gagnés par soi inaltérable douceur, finissent par le choisir pou le confident de leurs misères, et lui procurent 1 bonheur d'être à leur égard l'instrument de la di vine miséricorde.
— X' offensons-nous point la vertu de clouccu par notre conduite envers les personnes qui nou sont soumises? C'est peut-être dans nos rapport avec ces personnes que nous commettons le plu de fautes contre la douceur. Cela s'explique pa la fréquence de nos relations avec elles ; cela s'es piiquc aussi par la grande liberté de parole e d'action dont nous croyons pouvoir user envers des inférieurs : on s'observe à l'égard des grand que l'on ménage, mais on se met parfaitement l'aise avec des personnes sur lesquelles on exerc quelque autorité. Ceci nous semble exact; toute fois, pour mettre mieux encore le doigt sur L plaie, nous dirons que les fautes nombreuses qu nous commettons contre la douceur envers le personnes qui dépendent de nous proviennent sur tout du désir que nous avons d'être bien servis ponctuellement obéis, respectueusement traités e rarement contredits ; ce qui , bien traduit , veu
dire que nos manques de douceur s'expliquent tout naturellement par notre immortification. Saint François de Borgia, après avoir sonné plusieurs fois en vain à la porte d'un monastère, reste dans ia neige et sous la neige qui tombe à gros flocons ; Bt quand enfin le portier vient ouvrir, il lui parle avec une douceur charmante et ne lui fait pas le plus léger reproche : pourquoi? parce qu'il est doux, parce qu'il est mortifié. Nous, au contraire, nous nous impatientons pour une bagatelle, nous soulevons une tempête clans un verre d'eau ; nous faisons, au jugement de Dieu, beaucoup plus de mal quelquefois que n'en a fait la personne à qui nous infligeons une correction assez peu fraternelle : pourquoi cela? Disons-le, parce que nous n'avons pas tout à fait la douceur et la mortification de saint François de Borgia.
Le grand secret pour pratiquer la douceur, c'est le savoir souffrir. Apprenons à souffrir, et la douceur s'implantera d'elle-même dans notre âme, et mand elle sera la reine de ce petit empire, tout respectera son aimable autorité ; le cœur sera calme 3t modéré, la volonté sera soumise et bien réglée, toutes les facultés de l'âme concourront à rétablissement et à l'affermissement de la paix ; l'extérieur luimême annoncera que la douceur est la reine du lieu.
Les impatiences et les vivacités à l'égard des inférieurs devraient être réprimées avec un soin tout particulier, non-seulement parce que leur fréquence et la frivolité de leurs motifs donnent une faible idée de la vertu d'un prêtre à ceux qui dépendent de lui, mais encore parce que, quand les inférieurs qui lui sont actuellement soumis sont,
pour une cause quelconque , affranchis de soi autorité, ils ne se font pas faute de révéler se brusqueries, ses vivacités et la rudesse de soi caractère, ce qui lui fait une réputation peu édi fiante et toujours nuisible à son ministère.
Soyons donc doux et charitables à l'égard de ton ceux sur lesquels nous exerçons quelque autorité tels que domestiques, bedeaux, sacristains, ouvriers et autres personnes de cette classe. Traitons-le avec une bonté paternelle qui les gagne et qu les attache à celui qui la leur témoigne. Faison cela sans doute en vue de Dieu ; mais soyons sûr que Dieu, en récompense de notre douceur, dispo sera nos inférieurs de telle sorte que leur servie» nous sera beaucoup plus agréable que si nous le aigrissions par une rebutante sévérité.
Imitons saint François de Sales, notre modèL en tout, mais plus spécialement encore en fait di douceur. Il avait un domestique adonné au vin : m jour ce domestique revint an palais épiscopal dans m état déplorable et à une heure très-avancée dans 1; nuit. Le saint étant le seul qui l'entendit frappe et crier à la porte, se lève, va lui-même lui ouvrir et le trouve dans un état tel qu'il ne savait guéri ni ce qu'il faisait, ni ce qu'il disait. Son bon maîtretouche de compassion, le conduit par la main, li mène dans sa chambre, et porte la bonté jusqu'; l'aider à se déshabiller ; ensuite Tayaut mis tran quillement dans son lit, il se retire et va prie Dieu pour lui. Le lendemain, le domestique s< rappelant que c'était le saint évèque, qui l'avai reçu et si bien soigné, en était tout confus et crai gnait de le rencontrer ; mais le saint qui voulai
lui parler en secret, l'aborde et lui dit avec une douceur charmante : « Je crois , mon ami , que vous étiez un peu malade hier ; qu'en dites-vous ? » Ce mot, prononcé avec une ineffable bonté, fut un coup de foudre qui atterra cet homme ; il se prosterne devant son maître et lui demande mille fois pardon de sa faute. Il était aisé de fléchir le saint ; cependant il voulut lui donner à cette occasion des avis salutaires, et comment le fit-il? Admirons et imitons : « Oui, je vous pardonne, lui dit-il avec une douceur exquise ; mais faites attention au triste état où vous vous mettez ; il peut vous arriver mille accidents, vous pouvez tomber, ou peut vous insulter, vous ruinez votre santé ; mais ce qu'il y a de plus triste, vous perdez votre âme, vous offensez Dieu, vous causez du scandale ; et si vous aviez le malheur de mourir dans cet état, que deviendriez-vous, et en quel état paraîtriez-vous devant Dieu ? »
Le domestique, touché jusqu'aux larmes, promet de ne plus boire de vin de sa vie. « Non, répondit le saint, Dieu n'en demande pas tant de vous ; mais ce que je vous ordonne, c'est pendant un temps de ne boire que moitié vin et moitié eau. À présent, mon ami, pensez à vous réconcilier avec Dieu, et vivez désormais en bon chrétien. » Le domestique obéit, ne veut point d'autre confesseur que son bon maître, s'attache à lui toute sa vie comme à un tendre père, se corrige de son défaut, et remplit avec édification ses devoirs de domestique et de chrétien.
Il faudrait être bien aveugle pour ne pas voir combien une manière d'agir si douce et si patelin. ie
nelle est préférable à ces saillies si impétueuses et à ces réprimandes acerbes qui rebutent et ne corrigent point, qui repoussent et aliènent les cœurs au lieu de les attirer et de les gagner.
— Il est assez probable que, pour justifier ses vivacités, on voudra se persuader qu'on y est tellement disposé par nature, qu'il serait bien inutile de travailler à se vaincre en ce point. J'ai beau faire, dira-t-on peut-être selon l'expression vulgaire, c'est plus fort que moi.
Eh ! sans doute, c'est plus fort que vous, cher confrère, comme cent autres choses que Dieu nous demande à chaque instant et que nous ne pouvons pas faire par nos propres forces, mais dont nous sommes capables avec le secours de sa grâce, moyennant laquelle tout est possible : Omnia possum in co qui me confortât. Quelles passions pourrions-nous vaincre si nous cédions à leur entraînement en disant comme les lâches : Pourquoi résister ? c'est plus fort que moi.
Nous l'avons dit plus haut, l'acquisition de la vertu de douceur fut pour saint François de Sales le prix de dix-huit années de combats perpétuels. Fùt-il devenu le plus doux des hommes de son siècle, si, déposant les armes après quelques luttes, il eût dit, lui aussi : Toute résistance est inutile ; c'est plus fort que moi?
— Du moins, répliquera-t-on, si ce n'est pas absolument impossible, on doit convenir que, pour quelques-uns surtout, c'est excessivement difficile.
Difficile, soit ; mais si c'est nécessaire, il faut
bien se rendre. Que devient la difficulté quand elle a la nécessité en face ? Mais que devient surtout une difficulté quand dix nécessités majeures obligent de la surmonter ? Or il en est ainsi de la vertu de douceur : il est nécessaire de l'acquérir et de la pratiquer : — pour obéir à Dieu, — pour imiter Jésus-Christ, — pour édifier le prochain, — pour gagner les cœurs, — pour sauver les âmes, — pour aplanir les obstacles que la malignité suscite — pour désarmer ses ennemis, — pour faire bénir son ministère, — pour éviter une multitude de péchés, — pour se sanctifier enfin et arriver à la perfection que le sacerdoce impose.
En présence de ces considérations, armons-nous de courage, et puisque nous pouvons tout avec le secours de Dieu qui est notre force, allons chercher en lui ce que nous ne trouvons point en nous-mêmes.
Au reste, il ne faut pas s'exagérer la difficulté dont il est ici question, surtout quand on n'a presque rien fait, du moins de bien sérieux, pour la vaincre. Or, convenons -en, chers confrères, nous n'avons peut-être pas employé jusqu'à ce jour de moyen très-énergique pour réprimer les vives et brusques saillies de notre caractère. En nous repliant sur le passé, nous verrions probablement que nous avons remporté sur notre mauvaise nature des victoires plus difficiles et plus chèrement achetées que celle qui nous est aujourd'hui demandée. Pourquoi avons-nous tenu ferme, et sommes-nous demeurés maîtres de la place? Parce que nous savions positivement qu'il fallait vaincre ou être damnés. Et pourquoi, maintenant que nous
sommes pius forts et mieux armés, ne triomphonsnous pas du défaut opposé à la douceur ? Parce que nous croyons que nous pouvons absolument nous sauver malgré ce défaut. Yoilà pourquoi nous l'attaquons avec si peu de vigueur et par conséquent avec si peu de succès. Revoyons donc, pour stimuler notre courage, revoyons l'un après l'autre les puissants motifs énumérés plus haut ; faisons-en la matière d'une ou de plusieurs méditations, veillons sur nous-même pour arrêter les premiers mouvements de vivacité que nous sentirons dans notre âme ; prions beaucoup, et avec un vif et sincère désir d'être exaucés , et nous verrons si la difficulté dont nous nous faisons un épouvantail n'est pas comme ces objets qui font peur aux enfants quand ils les voient à distance, et dont ils rient quand ils les voient de près.
Saint Vincent de Paul était d'un naturel bilieux, d'un esprit vif et fort sujet à la colère. Or, il nous raconte lui-même, avec une grande simplicité, ce qu'il fit pour se corriger de ce défaut : « Je rnadres- » sai à Dieu, dit-il, et le priai instamment de me » changer de cette humeur sèche et rebutante, et )> de me donner un esprit doux et bénin ; et par la » grâce de Notre-Seigneur, avec un peu d'attention » que j'ai faite à réprimer les bouillons de la nature, » j'ai un peu quitté mon humeur noire. »
Ce moyen d'acquérir la vertu de douceur n'a rien assurément de bien effrayant. Il se réduit à trois points : « — Désirer sincèrement cette vertu; — la demander instamment à Dieu ; — et enfin veiller attentivement pour réprimer les mouvements qui lui sont contraires, dès qu'ils se font sentir, »
Usons de cet excellent moyen qui a opéré de si beaux effets en saint Vincent de Paul, et soyons sûrs que nous ne l'emploierons pas en vain pour nousmème. Mais ne nous faisons pas illusion ; ne prenons pas la velléité pour la volonté : désirons sincèrement, — demandons instamment, — veillons attentivement , — combattons résolument et ne déposons les armes que quand l'heure de la victoire aura sonné.
— On dira sans doute encore que la douceur poussée trop loin dégénère en lâcheté et en faiblesse, et que la fermeté est quelquefois nécessaire.
Cela est parfaitement exact et ne saurait être raisonnablement contredit. La vraie douceur n'est ni molle, ni lâche, ni indulgente à l'excès ; elle n'est nullement opposée à la fermeté dans le bien à laquelle même, dit le pieux Àbelly, elle est plutôt toujours jointe, par cette connexion qui se trouve entre les vraies vertus.
« Saint Vincent de Paul disait à ce sujet qu'il » n'y avait point de personnes plus constantes et » plus fermes dans le bien que ceux qui sont doux » et débonnaires ; comme au contraire ceux qui » se laissent emporter à la colère sont ordinaire- » ment fort inconstants, parce qu'ils n'agissent que » par boutades et par emportements : ce sont comme » des torrents qui n'ont de la force et de l'impé- » tuosité que dans leurs débordements, etquitaris- » sent dès qu'ils sont écoulés ; au lieu que les » rivières, qui représentent les personnes calmes » et débonnaires, coulent sans bruit, avec tranquil- » lité, et ne tarissent jamais. » En agissant de la m. 12.
sorte, on imite, autant que la faiblesse humaine le permet, cette haute sagesse de Dieu de laquelle il est dit qu'elle atteint fortement ses fins, tout en usant de ses moyens avec suavité : Attingit à fine ad finem fortiter, et disponit omnia suavitcr. Rapprochons ces deux mots, fortiter et suavitcr, et adoptons dans notre manière d'agir l'excellente règle de conduite qu'ils nous indiquent.
Ce qui nous trompe en ceci, c'est que nous confondons la fermeté avec la colère , au point que quand nous sommes emportés, nous croyons encore n'être que fermes. Si nous voulons examiner les choses avec attention, nous verrons que s'il est quelquefois nécessaire d'user de fermeté , ce que nous ne nions pas assurément, il est excessivement rare qu'il faille en venir à des saillies impétueuses pour procurer la gloire de Dieu et la sanctification du prochain. Saint François Xavier assure, dans plusieurs de ses lettres, que ce qu'on ne petit gagner par douceur et par humilité, jamais on ne l'emportera par colère, par trouble et par hauteur.
« Il ne faut quelquefois, disait saint Vincent de » Paul, qu'une parole douce pour convertir un » endurci, et au contraire une parole rude est capa- » ble de désoler une àme et de lui causer une amer- » tume qui peut lui être nuisible. Je n'aiusé, disait-il » encore, que trois fois dans ma vie de paroles de » rudesse pour reprendre et corriger les autres, » croyant avoir quelque raison d'en user de la sorte, » et je m'en suis toujours repenti, parce que cela » m'a fort mal réussi, et qu'au contraire j'ai tou- » jours obtenu par la douceur ce que j'ai désiré. »
Profitons, chers confrères, de ces précieux ensei-
gaements, et étudions-nous sans relâche à y conformer notre conduite.
— Pour moi, dira peut-être quelque saint prêtre, je ne viole pas, grâce à Dieu, la vertu de douceur par des éclats de colère ni même par des vivacités ipparentes ; mais dans certaines circonstances, je jens en moi des mouvements impétueux d'une vioence extrême qui m'humilient beaucoup, et qui ne font craindre de n'être pas aussi doux que je le voudrais être.
Heureuse disposition , qui non-seulement n'ofense pas Dieu, mais qui ravit son cœur ! Toute rertu, comme ce mot l'indique, suppose un etfort, m combat. Il y a des hommes si modérés par nature, [u'il leur serait presque aussi pénible de se mettre n colère qu'il l'est à d'autres d'en réprimer les ccès. Ceux-là n'ont pas, à proprement parler, la ertu de douceur; ils ont tout simplement un calme iaturel, une modération sans mérite. Mais il n'en st pas ainsi de ceux qui sont naturellement impéueux, et qui, pour plaire à Dieu, se font à chaque astant de nouvelles violences pour ne pas éclater, ieux-ci sont véritablement vertueux , et chaque aouvement désordonné qu'ils compriment est une ictoire que la douceur leur fait remporter sur euxaêmes. Ce sont des lions par nature, et des agneaux ar vertu. Voilà le vrai mérite : Rcgnwn cœlorum impatitur, et violenti rapiunt illud.
Saint François de Sales confirme admirablement ar son propre exemple ce qui vient d'être dit. .yant été un jour obligé de refuser une faveur qui îi était demandée par un homme de condition ,
celui-ci devint furieux et l'outragea de la manier la plus indigne; puis, s'étant retiré, le frère cl saint François de Sales, qui avait été témoin d la fureur de l'homme du monde et de l'impassibilit du bon évèque, lui dit qu'il aurait dû répondre cet insolent, et qu'il avait tort de laisser méprise et avilir son autorité. Comme le saint ne réponda rien, sonfrère, étonné de cette espèce d'insensibilité lui dit : a Nous sommes seuls; parlez-moi franche » ment, je vous en conjure. Yavez-vous rien res » senti dans le fond du cœur quand on vous a in suite » et avez-vous été aussi insensible intérieuremer » que vous l'avez paru au dehors ? — Youlez-vou » que je vous parle sincèrement? répondit le sainl » non- seule ment dans cette occasion, mais clan » bien d'autres, je sens la colère bouillonner dan » mon cerveau comme fait l'eau dans un pot sur 1 » feu; mais avec le secours du ciel, je mourrai pli » tôt que de faire ou de dire la moindre chose qi » puisse déplaire à Dieu. Je l'ai résolu, et ave » l'aide de la grâce j'y serai fidèle. »
— Quoique nous ayons déjà indiqué çà et h dans le cours de ce chapitre, divers moyens d combattre la colère et d'acquérir la douceur, noi croyons cependant devoir en faire une énumén tion exacte pour la plus grande utilité de nos vén râbles lecteurs. Yoici donc, selon l'enseignemei des saints et des maîtres de la vie spirituelle, ( que nous avons à faire pour remporter une vi< toire complète :
— Voir, sans nous flatter, si nous ne somme pas plus ou moins sujets à des impatiences, à d( vivacités et même à des mouvements de colère
nous rappeler la manière dont nous nous conduisons envers le prochain quand nous ne sommes pas contents de lui; prier Dieu de nous faire connaître, par la lumière de sa grâce, les fautes que nous commettons en ces circonstances contre la vertu do douceur , et même consulter quelque pieux confrère et le prier de nous dire, avec une grande franchise, ce qu'il a pu remarquer en nous de répréhensible à cet égard.
— Désirer sincèrement et fortement d'acquérir la douceur, quoi qu'il nous en puisse coûter. Si nous n'avons pas ce vif et sincère désir, nous croirons combattre, mais, par le fait, nous ne combattrons point. On ne fait bien que ce qu'on fait avec un vrai désir de réussir, Yoilà la cause de notre misère spirituelle, non-seulement sur le point qui nous occupe , mais sur tous les points en général; nous croyons vouloir et nous ne voulons point ; et la vie s'écoule sans qu'il s'opère en nous d'amélioration sensible.
— Nous bien convaincre de la possibilité d'acquérir la douceur , si nous en avons la ferme volonté. Ne pas même douter du succès, si nous employons les moyens indiqués, et si nous avons une parfaite confiance en Dieu, qui vient toujours en aide aux âmes de bonne volonté. Le jour où nous dirons : C'est fini, je ne pais pas..., nous ne pourrons pas en effet ; mais ce sera uniquement parce que nous manquerons de courage et de confiance en Dieu : Omnia possum in eo qui me confortât. Omnia, pesons ce mot.
— Etudier à fond les avantages de la vertu de douceur et les mauvais effets de la colère énumérés
dans ce chapitre. Nous représenter l'heureux éta dans lecpiel nous serons sous le triple rapport de Dieu — du prochain — et de nous-mêmes, s nous devenons doux comme des agneaux.
— Diriger toutes nos armes spirituelles contr le défaut que nous voulons détruire : prières par tieulières et souvent répétées pour obtenir la don ceur, — méditations fréquentes sur cette vertu, lectures spirituelles sur la même matière, — men tion toute spéciale , dans nos confessions , de moindres fautes contre la douceur, disant mêm à notre confesseur que nous voulons sérieusemen acquérir cette vertu, et que nous le prions de nou prêter une vigoureuse assistance : — enfin sup plier Notre-Seigneur avec de vives instances, dan nos actions de grâces après la sainte messe, d nous rendre de parfaits modèles de douceur et d< patience.
— Prévoiries occasions où nous avons coutum de manquer de douceur, afin de nous préparer i la résistance et au combat. S'engager dans ce occasions sans y avoir pensé, le pouvant faire, e sans avoir imploré le secours de Dieu par quelque aspirations ferventes, c'est aller sur le champ di bataille nu et désarmé : mais prévoir le danger exciter sa volonté pour lutter courageusement, e invoquer l'assistance divine, c'est se présenter i l'ennemi avec de bonnes armes, une épaisse cui rasse et Dieu pour appui : Si Deus pro nobis, qui contra nos ?
— Pratiquer des actes de douceur au momen de la colère, et faire des élévations de cœur à Diei pendant tout le temps de l'émotion. Nous recom
mandons particulièrement l'emploi de ce moyen ; une simple invocation fervente à Jésus ou à Marie dès que le premier mouvement se fait sentir et pendant qu'il dure, suffira pour amortir le feu de la colère.
— Cesser d'agir et de parler quand nous nous sentons agités par quelque mouvement impétueux ; nous étudier alors à comprimer tellement ce trouble intérieur, que personne ne puisse s'apercevoir de l'émotion que nous éprouvons.
— Faire notre examen particulier tous les jours pendant longtemps sur la vertu de douceur et sur le vice qui lui est opposé. Nous osons affirmer deux choses relativement à l'examen particulier : — D'abord, que nous ne nous corrigerons d'aucun défaut sans l'emploi de ce moyen ; — en second lieu, que nous ne nous corrigerons certainement de quelque défaut que ce soit, si nous ne sommes constamment fidèles à cette excellente pratique.
— Enfin, ne nous rien passer en fait de colère ; nous imposer toujours quelque pénitence après chaque manque de douceur, et surtout, si nous en avons le courage, faire excuse aux personnes que nos brusqueries auront pu contrister.
— Après avoir donné ces divers avis, nous pouvons dire avec assurance à chacun de nos pieux lecteurs : Hoc fac, et vives; faites cela et vous vivrez ; oui, vous vivrez delà vie de Jésus, si bon, si doux, si patient, si miséricordieux et si tendre envers tout le monde. Édifions, bien-aimés confrères, édifions les peuples par la douceur, désarmons nos ennemis par la douceur, gagnons les
plus endurcis par la douceur, sauvons, sauvoi les âmes parla douceur. Toutes les autorités, mên en dehors du christianisme, exaltent la douceur la regardent comme le seul moyen de gagner cœur des hommes.
Quand on demandait à Alexandre-le-Grand cor ment, si jeune encore, il avait pu fonder sa vas monarchie et gagner le cœur de ses sujets? • « C'est, répondait-il, en traitant si bien mes enn » mis que j'en ai fait des amis ; pour s'attach » ses conquêtes, il faut subjuguer les cœurs. »
« Ce n'est pas par les fouets et les chaîne! » disait Fabius, qu'on apprivoise les animaux i » roces, mais par les caresses et les bons trait » ments. Il n'y a que la douceur et les bienfai » qui puissent humaniser les caractères durs » intraitables. »
« Usez avec modération de votre puissance » disait Caton l'Ancien, si vous voulez en us » longtemps. La douceur entretient Vautorih
» LA RIGUEUR LA DÉTRUIT. » Ad VOS, Ô PastorCS !
Terminons ce chapitre par les lignes suivante que nous devons à saint Vincent de Paul.
« Si Dieu a donné quelque bénédiction à m premières missions, on a remarqué que c'ét? pour avoir agi aimablement, humblement et si] écrément envers toutes sortes de personnes ; s'il a plu à Dieu de se servir du plus misérab pour la conversion de quelques hérétiques, ils oj avoué eux-mêmes que c'était par la patience par la cordialité qu'il avait eues pour eux. L< forçats même, avec lesquels j'ai demeuré, ne t gagnent pas autrement ; et lorsqu'il m'est arrn
de leur parler sèchement, j'ai tout gâté ; el au contraire, lorsque je les ai loués de leur résignation, que je les ai plaints en leurs souffrances, que je leur ai dit qu'ils étaient heureux de faire leur purgatoire en ce monde, que j'ai baisé leurs chaînes, compati à leurs douleurs et témoigné affliction de leurs disgrâces , b'est alors qu'ils m'ont écouté , qu'ils ont donné gloire à Dieu, et qu'ils se sont mis en état de salut. »
Imposons-nous comme un devoir, chers et dignes confrères, d'imiter fidèlement les saints prêtres que Dieu nous a donnés pour modèles et pour guides.