‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 17 sur 46 · UI. M · texte numérisé non relu

UI. M

exemple, à l'occasion de quelque nomination qu'on désapprouve, on faisait connaître publiquement sa désapprobation, comprend-t-on la gravité des conséquences qu'aurait une telle conduite? Outre l'affaiblissement de l'autorité et la diminution de respect envers elle, dont on serait cause, comment no pas voir que ce serait un vrai scandale d'entendre un prêtre blâmer ouvertement, et peut-être malignement, les actes administratifs de son auguste chef ?

Ce qui produirait encore un très-mauvais effet, ce serait d'aller trouver un prêtre qui vient d'être atteint par une décision épiscopale qui lui est fort pénible, et de fortifier, au lieu de l'affaiblir, la disposition où il est peut-être de murmurer contre son évêque. Le saint prêtre irait, lui aussi, visiter ce confrère et lui porter les consolations de la foi et de la vraie amitié ; mais quelle réserve dans ses paroles ! quel fond de respect pour l'autorité ! quelle pieuse exhortation à la patience et à une humble et paisible soumission ! et quel baume consolateur cet édifiant langage ferait couler doucement sur le cœur aigri du pauvre affligé !

]Sous recommandons très-spécialement ce qui précède à certains bons prêtres qui, n'ayant jamais rien connu de gravement répréhensible chez un de leurs confrères que l' évêque vient de frapper, s'indignent contre l'humiliation qui lui est infligée, le regardent comme victime d'une calomnie odieuse, blâment les supérieurs de l'avoir trop légèrement accueillie, et leur retirent une partie du respect et de l'attachement qu'ils avaient pour eux avant la décision sévère qu'ils leur reprochent.

En de telles circonstances, le saint prêtre se tait et respecte profondément des secrets qu'il ne connaît point. N'étant pas initié aux délibérations du conseil épiscopal, il regarderait comme une absurde inconséquence de critiquer ce qui s'y passe ; il aime donc mieux n'en rien dire, et remplacer les critiques que d'autres se permettent par ces charitables et respectueuses pensées, que les supérieurs sont sages, qu'ils n'ont nul intérêt à frapper sans motif, que la gloire de la religion , dont ils sont les premiers défenseurs, leur fait déplorer le scandale dont leurs châtiments sont quelquefois l'occasion, et que si, malgré tout cela, ils croient devoir punir, c'est qu'ils ont pour le faire de graves et solides raisons que n'atténuent point les clabaudages imprudents d'une critique aveugle.

Telle est la sage conduite du saint prêtre en ces tristes rencontres , et cette conduite il l'étend à tous les actes de l'administration de son évêque. Toujours il les environne de ses respects ; et lors même qu'il ne peut pas , malgré ses efforts , les approuver au fond, du moins il se garde avec un soin extrême de produire sa pensée intime, et même il aime à se dire, avec cette profonde humilité qui est sa vertu favorite, que sans doute il se trompe, et que c'est la faiblesse de son jugement qui F égare.

Ce principe, le saint prêtre l'applique, non pas seulement aux actes administratifs de son évêque, mais même à ses opinions théologiques ou autres sur tel ou tel point de controverse à l'égard duquel il est peut-être en dissentiment avec lui. Je ne suis point, se dit-il à lui-même, le juge de mon évêque.

Tant que je le verrai en communion avec le Saint- Siège, centre de l'unité, l'obéissance, le silence respectueux, la prière fervente et assidue pour mon premier pasteur, pour l'Église et pour le Souverain Pontife qui la gouverne , voilà la règle de ma conduite : Juravict statut custodire judicia justification} s tuœ, Domine.

— Peut-être n'est-il pas inutile de dire un mot, non plus de la personne sacrée de notre évêque, mais des dignes conseillers dont il s'entoure, et auxquels il confère des pouvoirs en quelque sorte illimités, par les lettres de vicaires généraux qu'il leur délivre.

Dans des temps regrettables à plusieurs égards, où l'indépendance n'avait pas encore arboré son drapeau, et où le respect et la soumission n'étaient pas de vains mots, la dignité de vicaire général était environnée d'une vénération toute particulière qui corroborait singulièrement l'autorité de ceux qui en étaient investis. On les honorait comme celui-là dont ils tenaient la place, et l'on ne s'affranchissait jamais envers eux des égards qui leur étaient dus. Que de fois nous avons été édifié en entendant les vieux débris de l'ancien clergé parler en termes toujours dignes et mesurés de Monsieur le grand vicaire ou du Seigneur évêque! Aujourd'hui ces locutions respectueuses sont surannées, et nous savons combien sont quelquefois légères et peu séantes les expressions qui les remplacent.

Chose étonnante I nous déplorons tous le progrès toujours croissant de l'indépendarce et de l'abaissement de l'autorité, et nous ne voyons pas que,

dans une foule de circonstances, nous cédons comme les autres à l'entraînement général, si même nous n'en accélérons pas la rapidité !

Habituons-nous, bien-aimés confrères, à respecter l'autorité de nos chefs, si nous voulons que nos inférieurs la respectent en nous-mêmes. Regardons le vicaire de l'évèque comme son lieutenant, son confident intime, son mandataire spécial, puisqu'il a réellement tous ces titres. Étudions plutôt nos devoirs à son égard que les défauts personnels qu'il peut avoir. N'applaudissons point à ceux qui le critiquent. Dans tous nos rapports avec lui, ne nous écartons jamais des plus strictes convenances. Fortifions son administration au lieu de l'affaiblir. Pas d'obséquiosité ni de flatterie, sans doute, mais toujours des témoignages de respect, de dévouement et de soumission. Rien de tout cela ne nous coûtera si nous sommes envers notre évêque ce que nous devons être ; car alors nous saurons qu'il regarde comme fait à luimême ce que nous faisons à celui qu'il honore de sa haute confiance.

— Au commencement de ce chapitre, nous avons dit un simple mot en passant sur lequel nous croyons devoir revenir avant de terminer la matière si grave que nous venons de traiter. Nous avons dit qu'il serait consolant pour un évêque d'apprendre de ses prêtres les succès qu'ils obtiennent dans le cours de leurs ministères respectifs. Il nous semble que les divers membres du clergé se tiennent trop isolés de leurs premiers pasteurs, et que le moyen de s'en rapprocher sein. 14.

rait de leur rendre compte de temps en temps des œuvres de zèle qu'ils entreprennent, des abus auxquels ils remédient, des saintes industries qu'ils emploient pour ramener les pécheurs, pour soulager les pauvres, pour dissiper les préventions des incrédules, en un mot, pour rendre leur ministère honorable et fructueux.

Rien ne serait plus doux pour un évêque que d'être initié de la sorte aux consolations de ses dignes coopérateurs. Quelle joie, par exemple, n'éprouverait-il pas quand il serait informé du plein succès d'une mission, d'une retraite, d'une station de carême, d'une Pàque et d'une foule d'oeuvres particulières entreprises pour procurer la gloire de Dieu et la sanctification des âmes ! Qui sait s'il n'apprendrait pas lui-même quelques moyens d'opérer le bien qu'il ignore encore, et qu'il serait heureux de propager à l'occasion dans certaines parties de son diocèse, où ils pourraient être mis en œuvre avec avantage? Alors il recevrait au moins quelques lettres consolantes, ce qui habituellement n'a pas lieu, puisqu'il n'est malheureusement que trop vrai que, pour une lettre agréable qui lui parvient, il en reçoit cent qui rembarrassent ou qui l'affligent. Alors, en retour de nos communications, nous recevrions nous-mêmes de notre évêque des lettres encourageantes qui stimuleraient notre ardeur, et nous feraient embrasser de nouvelles œuvres de sanctification avec un zèle plus fervent encore.

Nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que l'emploi de ce moyen resserrerait les liens qui doivent unir l' évêque avec son clergé, et produi-

rait avec abondance des fruits de salut dans le champ de l'Église.

— Puissent les divers conseils que nous avons pris la liberté de donner à nos pieux confrères être suivis par eux avec une exacte fidélité ! Les règles que nous avons rappelées nous ont été léguées par les saints prêtres de tous les siècles, et c'est en les observant qu'ils ont glorifié Dieu, édifié les peuples, et mérité l'éternelle félicité dont ils jouissent.

Soyons étroitement unis à nos évèques, chers et dignes collègues, puisque nous faisons partie du corps mystique dont ils sont les principaux membres et dont le Souverain Pontife est l'auguste chef; honorons nos évêques, puisqu'ils sont par excellence les oints du Seigneur ; soyons soumis à nos évêques, puisqu'ils sont nos supérieurs et nos maîtres, et que nous leur avons fait de cette soumission la promesse la plus solennelle ; respectons nos évêques, puisqu'ils ont sur nous une autorité divine, et que nous avons joint la promesse de notre vénération à celle de notre obéissance ; aimons enfin, aimons tendrement nos évèques, puisque nous avons le bonheur de les avoir pour pères et qu'ils se plaisent à nous bénir comme des enfants chéris.

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