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profonde qui fora dire quand il sera parti : « C'est vraiment un saint que nous avons pour pasteur! » Costume décent sans doute, mais sans l'ombre du luxe et de l'élégance ; conversation toujours digne d'un prêtre, sans sécheresse, mais sans épanehemeiit démesuré ; sans mutisme excessif, mais sans abondance de paroles recherchées, affectées, vaniteuses, ridicules chez tout le monde, mais particulièrement chez le prêtre. Voilà ce que sera le vrai homme de Dieu, et c'est l'humilité de Jésus-Christ qui lui prêtera ses charmes. Prenez l'inverse de cette conduite, et vous aurez celle du prêtre orgueilleux tel que le façonnerait la vanité, s'il en subissait les influences.
— Le prêtre humble aura nécessairement des rapports avec ses confrères, et c'est encore son humilité qui lui vaudra leur estime et leur affection. Qui n'aime pas le prêtre humble? Qui ne prend pas plaisir à l'admettre dans son intimité ! Ceux-là mêmes qui n'ont pas le courage de pratiquer l'humilité pour leur propre compte, aiment singulièrement à la retrouver chez les autres. Le prêtre humble sera donc recherché de ses confrères. Au fait, cela se comprend aisément : il ne les traitera point avec hauteur ; jamais une parole sèche et dédaigneuse n'effleurera ses lèvres; jamais un mot humiliant ne sera, de sa part, l'occasion d'une discussion blessante ; jamais il ne s'arrogera des airs imposants d'autorité et de domination; jamais il ne s'offensera d'une plaisanterie piquante ni même d'une humiliation que l'orgueil voudrait bien lui faire repousser par une parole incisive ,
mais que l'humilité lui persuade de digérer eu silence. Ce n'est point chez lui qu'on verra cette froideur, cet éloignément, cette rancune tenace, cette quasi-rupture avec un confrère , pour un simple manque de convenance ou d'égards dont son humilité ne tient aucun compte. Toujours aimable et toujours aimé, parce qu'il est toujours humble, il donnera de tous côtés des leçons d'humilité sans se douter qu'il les donne.
Quel sujet de remords pour le prêtre orgueilleux, s'il ne se reconnaissait point dans la simple ébauche du prêtre humble, crayonnée sur cette page ! Quelle secrète confusion s'il se voyait forcé de dire en gémissant : Yoilà bien ce que je ne suis point !
— Si le saint prêtre est un modèle d'humilité dans les simples relations de la vie sociale, que doit-il être quand il remplit les fonctions sacrées de son divin ministère?
Est-ce l'orgueil qui l'anime quand il monte en chaire pour y annoncer l'évangile de son maître ? son désir est-il de moissonner des applaudissements ? sa crainte est-elle d'essuyer un échec ? cherche-t-il sa propre gloire ou celle de Dieu qui l'envoie et dont il est l'organe? les misérables suggestions de la vanité remplacent-elles la préparation pieuse et l'intention pure que requiert l'acte important et solennel qu'il va faire ? Ah ! loin de lui des dispositions de cette nature, qui paralyseraient son œuvre et lui attireraient la malédiction de son Dieu ! Non, l'humilité remplit son àme et n'y laisse point de place pour les indignes spéculations de l'orgueil. Il s'humilie profondément, et
son attitude recueillie, et sa pose modeste, et son timide regard, et sa fervente prière en face du saint autel, sont comme le reflet de l'humble piété qui décore son âme.
Quand il a rempli ce saint ministère , va-t-il mendier des éloges? va-t-il critiquer son œuvre pour qu'on l'exalte ? va-t-il se repaître d'une vaine fumée, s'admirer lui-même et se faire hommage de son triomphe ? va-t-il oublier Dieu dont il vient d'annoncer la parole, et lui ravir la gloire qu'il réclame? Absit ! absit! Non; plus humble encore après avoir quitté la chaire qu'il ne Tétait avant d'y monter, il s'abîme dans les profondeurs de son néant, et son humilité ne lui insinue que deux choses : —s'oublier — et prier : s'oublier pour étouffer l'orgueil ; prier pour obtenir que la prédication qu'il vient de faire soit abondante en fruits de salut.
Puissions-nous imiter tous un si parfait modèle et méditer souvent ce que nous dit saint Vincent de Paul à ce sujet : « Celui-ci, dit-il, qui prêche » pour se faire applaudir, louer, estimer, faire » parler de soi, que fait-il autre chose qu'un sacri- » lége?Ehquoi, n'est-ce pas un sacrilège que de » se servir de la parole de Dieu pour acquérir de » l'honneur et de la réputation ? »
— Et quand le saint prêtre se rend au tribunal de la pénitence, est-ce que l'orgueil va s'y rendre avec lui î Quoi ! dans ce lieu mystérieux et sacré où se décident les destinées éternelles des infortunés prodigues dont il est le tendre père; dans ce modeste réduit où il s'enferme pour distribuer au
nom de Dieu des pardons aux pécheurs, il pécherait lui-même en effaçant les péchés des autres ! Est-ce qu'il peut y avoir en un tel ministère la moindre pâture pour la vanité? Hélas! l'homme est homme en tout lieu, et s'il prêtait l'oreille aux inspirations de l'orgueil, ce vice infecterait bientôt ses actions les plus saintes. Mais le prêtre humble a soin de veiller à la garde de son humilité, et ne souffre jamais que la vanité lui enlève son trésor.
Il ne brigue point un si grand nombre de pénitents pour le vain plaisir d'avoir une clientèle abondante. Il ne fait point parade de la multitude d'âmes qu'il dirige. Il ne se réjouit point ni surtout ne se vante point de compter parmi ses pénitents telles ou telles personnes plus distinguées que le vulgaire. Il ne s'afflige point quand quelques pénitents, choisissant un autre confesseur, diminuent par leur retraite le fardeau de sa responsabilité. Il n'ouvre point son cœur à des sentiments d'aigreur et d'envie contre le confrère qui accueille les transfuges.
Quand il se dirige vers le saint tribunal, son humble et modeste piété l'accompagne. Il n'oublie point de s'humilier devant Dieu et d'implorer sa grâce par une prière fervente au pied de l'autel. Il ne jette point des regards vains et curieux sur les pénitents qui l'environnent, pour voir de quelles sortes de brebis le troupeau se compose.
Quand les confessions sont commencées, il n'a point deux langages : l'un toujours doux pour ceux-ci, l'autre toujours ferme et sévère pour ceuxlà, il ne se laisse jamais influencer par la qualité des personnes, relativement aux décisions qui lui
sont demandées. Il n'accorde point, sans moiif légitime, de longues audiences aux uns et de fort courtes aux autres. S'il rencontre des difficultés qui rembarrassent, il est assez humble pour chercher chez autrui la lumière qui lui manque : il sait douter, il sait consulter, il sait mépriser le sot orgueil qui veut lui persuader que demander un avis c'est avouer son ignorance.
Enfin, quand la séance est terminée, oubliant tout ce qui s'est passé, il englobe dans une prière commune la famille spirituelle qu'il vient de sanctifier, et la recommande à Dieu avec la ferveur du zèle dont il est embrasé.
Sois béni, saint et digne prêtre, sois béni ! Ton humilité portera ses fruits. Laisse l'orgueilleux battre l'air de ses retentissantes cymbales ; pour toi, continue de sauver les âmes à petit bruit. Tu ne sais pas les prodiges qu'opère Jésus-Christ quand il a un prêtre humble pour instrument ! N'est-ce pas avec quelques pauvres pécheurs qu'il a soulevé le monde ?
— Et quand il monte au saint autel, faut-il demander si l'humilité y monte avec lui ? Immoler son Dieu ! Réaliser Abraham en sa personne, et avoir Jésus-Christ pour Isaac ! Appeler le Fils de Dieu du haut du ciel dans sa main par l'articulation de cinq paroles ! Le voir seul debout, dans l'attitude du commandement, environné d'un peuple incliné, et de légions d'anges qui adorent ! Bénir Jésus - Christ d'un signe de croix, le déposer sur sa langue, l'introduire dans son àme, le distribuer aux fidèles, accomplir enfin ce que jamais Marie elle-même
n'a pu faire, et n'être pas humble ! ! I Cela pourrait-il se concevoir ?
Le prêtre humble du moins ne le conçoit point. Voudrait-il, par exemple, quêter de vaines louanges par l'affectation étudiée de son chant ? Voudraitil lever les yeux pour savoir de quels assistants il est environné ? voudrait-il déployer une espèce de pompe dans sa démarche, dans son attitude et dans ses cérémonies ? Youdrait-il, en officiant devant une assistance nombreuse, afficher par orgueil une piété extérieure qu'il n'aurait pas dans l'âme? Non, assurément non, ni lui ni aucun prêtre ne voudra jamais incliner la majesté sacerdotale devant ces pitoyables manœuvres de la vanité.
Mais ce n'est pas assez d'être humble dans l'acte même du saint sacrifice ; ce n'est pas assez d'être humble à l'autel, il faudrait être démon pour ne l'y pas être. Que faut-il donc de plus ? 11 faut être habituellement humble pour être digne de consacrer tous les jours la chair adorable et le sang divin de Celui qui nous dit : Discite à me quia mitis sum et humilis corde. Comment ne pas voir qu'un prêtre, orgueilleux par habitude, montant chaque jour à l'autel pour y renouveler le sacrifice de la croix, trouverait, chaque jour aussi, sa condamnation dans le prodigieux abaissement de l'auguste Victime immolée par ses mains ?
Soyons humbles, chers confrères, soyons profondément humbles ; nous ne le serons jamais autant que nous le devons être.
— Nous ne pousserons pas plus loin l'investigation des divers actes dont l'humilité doit être le m. 18
principe. Contentons-nous de dire qu'il n'en est pas un seul qu'elle ne doive sanctifier. On discute bien en théologie pour savoir jusqu'où s'étend l'influence virtuelle de la direction d'intention, relativement à nos œuvres ; mais jamais on n'a mis en question si nous pouvions nous en attribuer quelqu'une. Cette question seule serait scandaleuse : Universa propter semetipsum operattts est Dominas. Tout est à Dieu, tout vient de Dieu, tout doit nécessairement retourner à Dieu ; et lui dérober par orgueil, avec délibération, non-seulement une action, mais encore une simple pensée, c'est lui ravir sa gloire qu'il n'a jamais cédée, qu'il ne cédera jamais à personne, comme lui-même nous le déclare : Gloriam meam alterinon dabo.
— La parole des saints ayant une grâce et une efficacité toutcsparticulières, nous ne croyonspas pouvoir terminer plus convenablement cet important chapitre qu'en rapportant quelques-unes des maximes qui nous ont été léguées par saint Vincent de Paul sur la vertu d'humilité, qui lui étaitsi chère. Ces précieuses maximes fortifieront singulièrement notre enseignement propre, et prouveront à nos pieux lecteurs que nous n'avons pas dépassé les bornes de la modération dans les règles que nous avons pris la liberté de leur proposer. Voici ces maximes.
— « L'humilité est la vertu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de sa sainte Mère et des plus grands saints ; elle réunit toutes les vertus, et quand elle est sincère, elle les introduit toutes dans un cœur. L'arme la plus puissante pour vaincre le démon, c'est F humilité. »
— « Chacun doit se dire à soi-même : Quand j'aurais toutes les vertus, si je n'ai pas l'humilité, je m'abuse ; et, tandis que je me crois vertueux, je ne suis qu'un Pharisien superbe. »
« Il n'y a que ceux qui ont une humilité profonde et un sincère mépris d'eux-mêmes qui puissent être propres aux œuvres de Dieu. »
a De tous les moyens de conserver l'union et la charité avec le prochain, le plus efficace et le meilleur, c'est la sainte humilité, c'est de se mettre au-dessous de tout le monde et de se regarder comme le plus méchant et le plus vil de tous. »
— a Un juste qui abandonne l'humilité est rejeté de Dieu et réprouvé malgré toutes ses bonnes œuvres ; ce qui paraît vertu en lui n'est que vice. »
— « Le savoir sans l'humilité a toujours été pernicieux à l'Église ; et comme l'orgueil a précipité les anges rebelles, il cause souvent la perte des hommes savants : le plus ignorant des démons en sait plus que le plus subtil philosophe et le plus profond théologien. »
— « Dans les discours publics, on doit retrancher tout ce qui ne servirait qu'à les rendre plus brillants et à procurer de plus grands applaudissements. On doit s'abstenir de pensées et d'expressions recherchées. »
— « L'humilité doit faire éviter toutes les vaines complaisances qu'on pourrait prendre, et surtout les emplois qui ont de l'éclat. »
— « Ceux qui n'ont que des talents médiocres et ordinaires sont ordinairement plus propres dans la main de Dieu pour procurer le salut des peuples, parce qu'ils se confient moins en eux-mêmes :
ils recourent à Lieu avec plus d'humilité, et ce n'est qu'à lui seul qu'ils attribuent le succès de tous leurs travaux. »
— « Dieu demande de nous que nous ne fassions jamais le bien pour nous faire considérer, mais que nous ayons sa gloire pour motif dans toutes nos actions, et que nous ne fassions rien par respect humain. »
— « Celui qui s'humilie profondément devient juste, de pécheur qu'il était. Au contraire, un homme de mœurs angéliques, qui serait orné des plus rares vertus, et qui les posséderait dans le degré le plus éminent, s'il n'a pas l'humilité, devient semblable à un réprouvé, parce que toutes les vertus qu'il possède manquent de fondement et ne peuvent subsister. »
— « Si l'orgueil nous sollicite de nous élever, nous devons nous abaisser ; s'il nous donne des pensées d'estime de nous-mêmes, nous devons penser à notre faiblesse et à notre incapacité ; s'il nous incite à nous faire connaître, nous devons nous abstenir de tout ce qui pourrait nous faire remarquer, et préférer les œuvres basses et viles à celles qui seraient grandes et honorables. »
— « Quand la vaine complaisance s'insinue dans les bonnes œuvres, elle en est le poison; c'est une peste qui infecte les actions les plus saintes et qui nous fait promptement oublier Dieu. C'est le vice le plus funeste atout progrès dans la vie spirituelle et dans la perfection. »
— « 11 vaudrait mieux être jeté pieds et mains liés dans le feu, que d'agir dans la vue de plaire aux hommes, »
Tels sont les enseignements précieux de l'un des plus grands serviteurs de Dieu qui aient paru dans l'Eglise . Méditons et surtout pratiquons les saintes leçons qu'il nous donne, et pour en obtenir la grâce, disons souvent avec un profond gémissement du cœur : Jesu mitis et humilis corde, miserere nobis.