‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 27 sur 46 · SG · texte numérisé non relu

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sidératioo dont il doit jouir. Cependant il arrive quelquefois que c'est là et uniquement là qu'il se plaît. Il est plus à l'aise, il y parle plus librement, il y rit plus fort, il s'y livre plus rondement à son goût pour les épigrammes, les bons mots et la grosse gaieté. Mais est-il à sa place? L'œuvre de Dieu se fait-elle? le prochain est-il édifié? et le temps passé de la sorte est-il un temps saintement employé ?

Plaise au ciel que le mal ne s'étende pas plus loin, et que dans les maisons où l'on installe son oisiveté on ne rencontre pas l'occasion de dangers bien plus graves encore que ceux qui viennent d'être signalés !

Il existe, relativement aux visites, un autre désordre qui occasionne souvent une perte de temps très-considérable : nous voulons parler de celles que l'on s'attire par le grand nombre de connaissances que l'on fait. Quand on aime à se répandre dans les sociétés, quand on promène de tous côtés ses ennuis, quand on fait voir qu'on n'est nullement avare de son temps et qu'on se plaît à le passer en de vaines causeries, quand enfin on reçoit avec un air de satisfaction très-prononcé les personnes qui se présentent, on ne manque jamais de nombreux visiteurs. Il y a tant d'oisifs dans le monde, que toujours on en est assiégé quand on leur fait bon accueil. La réception gracieuse dont on les honore, les moyens qu'on emploie pour les retenir, le plaisir qu'on témoigne en les entendant raconter leurs petits riens : tout cela leur fait bientôt voir que ce sont des oisifs qui en visitent un autre; et autant ils ont de répugnance à fatiguer

un saint prêtre par leurs entretiens frivoles qu'ils savent n'être nullement de son goût, autant ils saisissent avec bonheur l'occasion de désennuyer le prêtre oisif en se désennuyant eux-mêmes.

Que de temps perdu avec des visiteurs et des visiteuses de cette nature !

— Et les jeux, et les festins, et les absences fréquentes, et les voyages, et les récréations prolongées soit chez des confrères, soit ailleurs, qui pourrait dire le temps que l'on y perd, quand malheureusement on prend le travail en dégoût et qu'on se fait de l'oisiveté une coupable habitude?

A voir la torpeur molle et langoureuse d'un homme oisif, on serait quelquefois tenté de croire qu'il n'est en quoi que ce soit susceptible d'ardeur et d'énergie; il n'en est pas ainsi. Cet homme que vous voyez si apathique et si lâche, quand une œuvre utile et sérieuse réclame son application, retrouve subitement une activité sans pareille quand il est à table, au jeu, en voyage, ou à quelque récréation de son goût; rien alors n'égale sa pénétration, sa vivacité, son enjouement, son abondance de paroles et la rapidité de ses mouvements. Pendant que l'homme de Dieu se tient sur la réserve, se renferme dans son aimable modestie, s'observe pour ne rien dire que de convenable, et laisse voir qu'il aimerait beaucoup mieux le repos de sa cellule ou le pieux silence du sanctuaire que cette société turbulente, l'homme oisif au contraire témoigne, sans qu'on s'y puisse méprendre, qu'il est là dans son centre et dans son élément.

Yoilà bien les deux hommes dont parle saint Paul

quaml il dit : Qui secundùm catnem sunt, quse carnis suntsapiunt; qui verà secundùm spiritum simt, quse sunt spiritus sentiimt.

C'est au sein de ces frivolités que s'écoulent les heures sans laisser trace de leur passage, tant elles sont futilement employées. C'est là que s'évapore l'onction de la piété et le parfum si précieux de l'esprit sacerdotal; c'est là que le goût du travail se perd de plus en plus; c'est là que le prêtre cesse d'être prêtre pour redevenir homme, au grand détriment des âmes dont il est chargé devant Dieu.

Qu'est-ce, nous le demandons, surtout dans les campagnes, qu'est-ce que le travail qui se fait le jour d'un grand dîner? Bien peu de chose le matin, rien du tout le reste de la journée, si ce n'est le saint office récité souvent à la hâte, à une heure avancée de la nuit, avec accompagnement de mille distractions, et dans un état de somnolence qui permet de douter si la rigueur du précepte a été observée.

Et si de tels dîners et de tels jeux étaient périodiques ! et si leur périodicité était à courts intervalles ! si toutes les semaines, et plusieurs fois la semaine on s'entre-invitait à perdre de la sorte un temps considérable, un temps précieux, un temps sacré, un temps dont Dieu demandera le compte le plus sévère, un temps qui n'appartient pas à ceux qui s'en montrent si prodigues, mais à une foule de pécheurs auxquels il devrait être scrupuleusement consacré ! Quelle vie ! quel abus de grâces 1 quelle perte ! quel désordre ! et combien ne faudrait-il pas plaindre celui qui, s'en voyant coupable, ne se hâterait pas d'y apporter remède!

— Nous savons qu'on se rassure en se disant que le capital du ministère est rempli, et que l'on a satisfait aux obligations essentielles de son état ; mais est-ce toujours bien vrai? Ne se fait-on point illusion sous plusieurs rapports? L'homme habituellement oisif, presque toujours absent, ennemi du travail, sans goût pour la piété, sans ferveur et sans attrait pour les œuvres de zèle, est-il et peut-il être parfaitement en règle sur tous les points qu'embrasse la somme si considérable des devoirs du sacerdoce? Qu'il consulte les auteurs qui en ont traité ; qu'il parcoure les canons de concile qui lui tracent ses règles de conduite ; qu'il interroge dans une bonne retraite ecclésiastique le prêtre pieux et exact qu'il choisira pour directeur; qu'il s'interroge lui-même dans cette retraite; qu'il s'interroge sans se flatter et comme s'il était au seuil de son éternité ; et il verra s'il a lieu d'être aussi tranquille qu'il affecte de le paraître.

Ah ! s'il exposait à son évêque tous les détails de sa conduite ! s'il lui déclarait avec une parfaite sincérité comment se passent ses jours, comment se font ses exercices spirituels, comment il catéchise, comment il prêche, comment il confesse, comment il visite ses malades ; s'il lui disait ce qu'il fait ou plutôt ce qu'il ne fait point pour la décoration de son église; s'il lui dépeignait la saleté qui s'y fait remarquer ; s'il lui avouait le peu de zèle qu'il montre pour la tenir au moins dans un état décent ; s'il lui désignait les moyens de sanctification qu'il néglige pour sauver les pécheurs dont il a la charge et perfectionner les âmes pieuses qu'il dirige ; si enfin il mettait sous ses yeux le m. 22.

tableau parfaitement circonstancié de sa vie pendant une année seulement, il verrait si son digne évèque lui décernerait le bill d'indemnité qu'il s'adjuge à lui-même !

Mais lors même qu'il serait vrai que l'essentiel du ministère fût rempli ; lors même que l'on serait rigoureusement en règle et que l'on pourrait se dire avec quelque fondement que les habitudes contractées ne sont pas mortellement mauvaises ; en vérité, chers confrères, pourrait-on bien rester calme et passer toute sa vie sur la ligne qui sépare de l'enfer, de manière à n'avoir qu'un pas à franchir pour tomber dans le gouffre ? Que faut-il, hélas ! pour s'y voir englouti quand on se tient avec une folle présomption sur ses bords ? Ne suffit-il pas, en ce triste état, qu'une occasion dangereuse se présente , qu'une tentation violente survienne , qu'un entraînement subit se déclare clans un moment de vertige, pour se trouver coupable d'une prévarication grave?

Et puis n'y a-t-il point autour de soi des prodigues qui n'attendent qu'un mot de leur tendre père pour se jeter dans ses bras? N'y a-t-il point dans le troupeau dont on a la garde, des brebis égarées qui n'attendent que les empressements de leur pasteur pour rentrer au bercail? N'y a-t-il point des pécheurs à visiter, des pauvres à assister, des affligés à consoler, et toute une paroisse à édifier par le spectacle d'une vie vraiment digne d'un prêtre? Nous verrons, nous verrons au flambeau de la mort si nous aurons autant d'assurances que nous en avons aujourd'hui !

Nous l'avons dit, si les prêtres fervents et zélés

tremblent encore, malgré la sainteté de leur vie, comment peuvent être tranquilles ceux qui n'ont avec eux presque aucun trait de ressemblance?

— C'est encore faire un emploi désordonné du temps que d'entreprendre une multitude d' œuvres trop considérables. Il n'est pas rare de voir des hommes aussi lâches dans l'exécution de leurs travaux qu'ils étaient ardents au début.

En fait d'oeuvres saintes, d'oeuvres de zèle surtout, la première idée que nous nous en formons est toujours plus ou moins attrayante. L'imagination, cette flatteuse hypocrite, nous représente tout d'abord ces œuvres comme déjà faites ; elle nous séduit par la peinture du bien qu'elles produiront, de l'édification qu'elles causeront, de la reconnaissance qu'elles nous attireront ; en un mot, elle montre le succès et elle cache les obstacles ; elle découvre une riche moisson, et elle dissimule les pénibles travaux de la culture ; elle nous dit : Commence; et nous commençons en effet; mais à peine avons-nous commencé que, rebutés par une difficulté souvent peu sérieuse, l'idée d'une œuvre nouvelle se présente à notre esprit, et nous l'entreprenons encore au détriment de la précédente, sauf à l'abandonner elle-même à la première pointe de découragement. Et ceux qui voient tant d'entreprises et si peu de résultats nous traitent comme fut traité cet insensé dont parle l'Évangile : Incipiunt illudere ei, dicentes : quia hic homo cœpit ccdificare et non potuit consummare ?

Si nous ne sommes pas aussi sensibles au découragement , si nous tenons a entreprendre

beaucoup d'œuvres et à les exécuter toutes jusqu'au bout, alors de nouveaux inconvénients se déclarent. La surabondance du travail que nous nous imposons nuit aux œuvres essentielles dont nous sommes chargés par la nature de notre emploi. Voulant tout exécuter, nous l'exécutons en effet, mais nous l'exécutons mal, par précipitation, par défaut de prudence et de maturité.

D'autres, il est vrai, donnent dans l'excès opposé et sont loin de faire du temps un emploi convenable. Ils font peu de chose, excessivement peu de chose, et le peu qu'ils font, ils le font avec une lenteur que rien n'égale. C'est entre ces deux défauts que nous devons nous tenir non-seulement à l'égard des œuvres de zèle extraordinaires, mais encore à l'égard des actes journaliers du saint ministère.

Guerre à la précipitation qui ne réfléchit point ! Guerre à la lenteur qui réfléchit trop !

Guerre à la précipitation qui ne veut pas de conseils ! Guerre à la lenteur qui en demande à tout le monde et qui ne sait lesquels suivre!

Guerre à la précipitation qui dit toujours : En avant ! Guerre à la lenteur qui dit à chaque pas : attendons !

Et pour appliquer ces principes à un fait particulier, guerre à la précipitation qui s'écrie : vingt confessions à l'heure ! guerre à la lenteur qui dit : Deux ou trois, c'est assez.

Pour résumer tout ceci en trois mots, que feronsnous ? Nous suivrons le conseil d'un de nos poètes :

Hàtez-vous lentement

Alors notre temps sera bien employé ; alors nos œuvres seront saintement faites, parce que nous aurons donné à notre zèle l'activité qui opère et la prudence qui dirige.

— Yoici encore, à l'occasion de remploi du temps, un désordre qui mérite assurément d'être signalé. On n'est pas oisif, on se reprocherait de l'être, on connaît le prix du temps, on veut travailler et réellement on travaille. C'est très-bien ; mais malheureusement on travaille sans fruit : pourquoi? parce qu'on ne suit dans le choix de ses travaux que son goût, son caprice, son inclination du moment. Ennemi de la règle, on croit que tout est bien quand la journée s'écoule sans que l'oisiveté y ait fait une lacune. Qu'arrive-t-il? c'est qu'on s'applaudit d'un travail presque totalement improductif. Comment cela? nous Talions voir par quelques exemples.

Un attrait passager pour l'Écriture sainte se fait sentir ; on trouve sa lecture bonne, utile, excellente à tous égards ; on se propose donc de lire les saints Livres, de les étudier, d'en nourrir son àme : c'est parfait! On prend la Bible, on en lit un chapitre, un second peut-être le lendemain. Le troisième jour, l'attrait disparait et fait place à un goût vif et prononcé pour l'histoire ecclésiastique : c'est l'étude propre du prêtre; qui doit savoir l'histoire de l'Église, si ce n'est celui qui en est le ministre? Fort bien! on fait une lecture, deux lectures, trois lectures peut-être dans quelque auteur grave dont on possédait depuis longtemps l'ouvrage comme ne le possédant pas, et puis après ces lectures on

en reste là, et Ton remet en place pour six mois on même pour une année le livre qu'on se promettait de lire régulièrement tous les jours. Ainsi se conduit-on à l'égard de l'étude de la théologie, des rubriques, du rituel, des sermonnaires et autres. Pas d'ordre, pas de méthode, pas de suite dans ses études, et par conséquent travail infructueux.

Les autres œuvres se font de la même manière : on va confesser quand on ne sent pas trop de répugnance pour cette fonction du saint ministère : aujourd'hui à une heure, demain à une autre : on va voir ses malades avec régularité pendant une ou deux semaines, et puis on les néglige pendant un mois : on fait une heure d'oraison, parce qu'on y goutte quelque ferveur , et le lendemain on ne lui donne que quelques minutes, parce qu'on y est froid : on dresse un plan d'instructions méthodiques et suivies sur toute la doctrine chrétienne, et à peine a-t-on commencé l'exécution de ce plan, qu'on l'abandonne pour revenir à des prônes d'une insignifiance complète.

Quand on interrompt ses bonnes œuvres, ce n'est pas pour leur substituer l'oisiveté; nous l'avons dit, on n'est pas oisif, on fait quelque chose ; mais ce qu'on fait est tellement décousu, tellement disparate, qu'on n'en retire à peu près aucun avantage.

Nous prions ceux qui se conduisent de la sorte de s'interroger sérieusement à la fin d'une année pour savoir, en fait d'étude, à quoi se réduit le fruit de leur travail; s'ils sont sincères, ils avoueront certainement que ce fruit est imperceptible. Ils ont beaucoup lu, mais ils n'ont rien retenu ; ils

ont beaucoup écrit, mais ils ne savent pas même ce que sont devenues leurs innombrables feuilles volantes; ils ont eu en tète beaucoup de plans et beaucoup d'idées, mais sans résultat appréciable.

Que manque-t-il à ces chers confrères? Il leur manque le zèle, nous avons failli dire la passion de l'ordre, l'esprit de suite, la ténacité de la méthode ; il leur manque de réaliser dans leur ministère, dans leurs projets, dans leurs travaux, dans leurs études et dans l'ensemble de leur conduite le conseil de l'Apôtre : Omnia.... secundùm ordincm fiant.

Qu'ils imitent le saint prêtre : il n'est pas peutêtre aussi fécond qu'eux en plans, en idées, en brillantes conceptions; il est même en garde contre le nombre et la séduction de ces belles choses ; mais en revanche il voit d'un regard de prudence et de solide piété ce qu'il peut et ce qu'il doit faire chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année.

Ses exercices spirituels sont parfaitement réglés quant à l'heure, à la manière et à la durée qu'ils doivent avoir.

Ses œuvres de ministère sont méthodiquement classées dans la journée, et si parfois il faut qu'elles subissent quelque déplacement, ce sont des exceptions qui laissent la règle intacte.

Quant à ses études, c'est au point de vue de Futilité, et non du plaisir ou du caprice qu'il s'y livre. Il voit , en ceci comme en tout le reste , ce qu'il doit plus particulièrement étudier pour procurer abondamment la gloire de Dieu et le salut des âmes. L'Écriture sainte, la théologie, l'histoire ecelésias-

tique et la rédaction d'un cours de prunes parfaitement suivis sur la doctrine chrétienne toute entière : voilà les riches matériaux de son travail de cabinet. Ces diverses études sont réglées, consciencieuses, rarement interrompues, et toujours reprises quand disparait la cause qui les avait forcément suspendues. Du reste, pour être plus sur que son travail ne sera pas inutile, le saint prêtre ne fait pas une lecture sans avoir sous sa main un précieux cahier de notes où il consigne , par ordre alphabétique, une multitude de choses excellentes dont il se servira très -avantageusement plus tard, et qu'il eût complètement oubliées sans cette ingénieuse méthode.

Que la piété est belle ! qu'elle s'entend bien à régulariser toutes choses ! Que ses inspirations sont fécondes en œuvres saintes! Que le prêtre qui la prend pour guide est utile aux autres et à lui-même ! Pictas ad omnia utilis est, promissionem habens vitas rjitae nunc est et futur se.

— Enfin si nous avons fait ce qui vient d'être dit, si nous avons évité les défauts qui viennent de nous être signalés, si nous faisons chaque jour et à chaque instant les œuvres qui nous sont prescrites, sommes-nous en règle? pouvons-nous être tranquilles? pouvons -nous nous reposer chaque soir comme le serviteur fidèle qui a rempli sa tache, et dire comme saint Paul : Cursum consummavi ; in reliquo reposita cstmihi corona justifias ? Oui, si nous avons fécondé nos prières, nos études, nos actions et nos peines par une intention pure et un continuel désir d'accomplir la volonté de Dieu pour

sa gloire. Car, nous le savons bien, ce n'est pas l'œuvre, quelque sainte qu'elle soit en elle-même, qui est méritoire devant Dieu, mais l'intention pieuse avec laquelle elle est faite. Que sont tous nos travaux, au point de vue de l'éternelle récompense, si un motif surnaturel n'en est pas le principe et la fin ?

Deux écueils à éviter sur ce point : agir sans intention, naturellement et par routine, — agir avec une intention mauvaise.

— Agir sans intention : que d'œuvres nous faisons par manière d'acquit , machinalement, par coutume, par entraînement et sans but! Qu'y a-til pour Dieu dans des actes qui ne lui sont ni directement ni indirectement référés. Quelle récompense doit-il à ceux qui ne pensent pas même à la mériter et à la désirer? S'ils étaient assez aveugles pour y prétendre, la mort les désabuserait bientôt en les jetant, les mains vides, aux pieds de leur juge, comme ces insensés dont parle le Prophète : Dormicrunt somnum suum, et nihil invenerunt in manibus suis.

— Agir avec une intention mauvaise : c'est ce qui aurait lieu si nous agissions uniquement pour satisfaire le besoin naturel d'agir, ou pour nous procurer du plaisir, ou en vue de quelque autre intérêt matériel, ou pour être agréables au prochain, ou par un motif d'orgueil ou de vaine gloire, ou enfin par des considérations quelconques que désavouerait la conscience et dont Dieu se tiendrait justement offensé.

Que d'œuvres seront gâtées par ces racines d'amertume si nuus ne sommes pas animés d'une m. 23

vraie piété, si nous ne sommes pas de saints prêtres ! Ici ce n'est pas seulement la récompense que nous manquons à gagner, c'est le châtiment que nous devons attendre.

Prenons garde, chers confrères, prenons bien garde : le penchant d'une mauvaise nature nous entraîne rapidement vers des intentions défectueuses : pas d'autre contre-poids qu'une piété solide. Nous croyons faire des merveilles, et si nous n'agissons pas par un pieux motif, Dieu ne daigne pas seulement honorer nos merveilles d'un regard de complaisance. « Ils font, dit-il, des œu- » vres grandes et belles en elles-mêmes, mais ils » ont la folie d'en faire hommage à Baal, et elles » n'arrivent point à mon cœur : » JEdificaverunt excelsa Baalim... nec ascenderunt in cor meum.

— Donc, vénérables confrères, soyons sages de la sagesse des saints ; agissons comme ils agissaient, et pour résumé de tout ce chapitre, adoptons les règles suivantes qui, bien observées, nous enrichiront pour l'éternité :

— Ne perdons jamais un seul moment, puisque chaque moment que nous sommes tentés de perdre peut être utilisé pour le salut des âmes ; oui, des âmes : de la notre d'abord, de celles de nos frères ensuite.

— Jamais d' œuvres mauvaises : sanctificateurs des peuples, lumière du monde, sel de la terre, exterminateurs du péché, ne violons pas la loi que nous prêchons, ne souffrons pas en nous-mêmes le péché que nous combattons chez les autres.

— Bannissons le désordre, que Dieu ne bénit

jamais; soyons des hommes de règle; faisons à chaque instant ce que nous devons faire ; obéissons à Dieu et non à nos caprices ; soyons esclaves de nos devoirs et non de nos plaisirs.

— Enfin travaillons, travaillons beaucoup, prions plus encore, mais travaillons et prions saintement; que Dieu et Dieu seul soit l'àme de nos œuvres ; que notre intention soit uniquement de lui plaire. Craignons de ressembler à cet infortuné dont parle l'Evangile, qui croyait avoir acquis le droit d'être oisif : son langage fait trembler; Dieu veuille que ce langage ne soit jamais le nôtre! Dicam animée meœ : Anima, requiesce, comede, bibe, epulare. Dixit autem Mi Dcus : Stulte, hâc nocte animam tuam repetunt à te : quss autem par asti, cujus crunt ?

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