CHAPITRE II
Continuation du même sujet. — Nouvelles preuves de la nécessité de la sainteté sacerdotale.
— En présence des graves et nombreuses considérations qui précèdent, faut-il s'étonner si les autorités les plus imposantes insistent avec une énergie toute particulière sur la nécessité de la sainteté sacerdotale ?
Si nous voyons en mille endroits de l'Ancien Testament tant de sainteté requise pour un sacerdoce figuratif, quelle perfection ne doit pas exiger le sacerdoce réel qui, de l'aveu de tout le monde, est autant au-dessus du premier que le ciel est audessus de la terre !
Aussi, que nous dit l'Esprit-Saint à cet égard? Saint Paul est son organe, et quel est son langage? Il nous ordonne d'être irrépréhensibles , comme étant les dispensateurs et les économes de Dieu ; il nous défend d'être orgueilleux, colères, sensuels, avides d'un gain sordide ; il nous prescrit au contraire d'être doux, affables, sobres, justes et saints ; il nous impose l'obligation d'édifier les fidèles dans nos discours, dans notre conduite envers le prochain, dans notre charité, notre foi, notre chasteté : il revient à la charge et nous rappelle avec toute la vigueur de son zèle la nécessité où nous sommes d'établir en nous le règne de la piété et de toutes les vertus, par ces énergiques
paroles : « Homme de Dieu, fuis ce que Dieu déteste : » Tu autem, ô homo Dei! hœc fuge ; sectare vero justitiarn, pietatem, fidem, charitatcm, patientiam, mansuetudinem . Craignant enfin que toutes ses recommandations ne soient regardées que comme des conseils, il fait entendre de la part de Dieu non plus le langage de l'apôtre qui exhorte, mais la parole du maître qui commande, et il nous dit avec une autorité toute divine et une solennité d'expressions qui ne lui est pas ordinaire : Praecipio tibi, coràm Deo [qui vivificat omnia, et Christo Jesu qui testimonium reddidit sub Pontio Pilato,
bonam confessionem Qu'allez-vous ordonner,
grand apôtre, à la suite de cet imposant début?
Prœcipio tibi ut serves mandatum sine macula,
irreprehensibile usque in adventum Donïini nostri Jesu Christi.
Quand F Esprit-Saint nous parle de la sorte, comment croire que nous sommes des prêtres selon le cœur de Dieu, si nous menons une vie tiède et languissante ?
— Héritiers de la doctrine du grand apôtre, que nous disent ou plutôt que ne nous disent pas les saints Pères et les docteurs sur l'indispensable nécessité de la sainteté sacerdotale ! Ici , nous aurions à citer des volumes, et jamais, en fait de citations, nous n'avons éprouvé l'embarras du choix comme nous l'éprouvons en ce moment.
Ces saintspersonnages, nos maîtres et nos guides, commencent par nous rappeler la suprême dignité de notre profession, avec cette énergie d'expressions qui montre la haute idée qu'ils s'en forment.
Saint Ambroise l'appelle une profession déifique, deificaprofessio, et il ajoute qu'elle surpasse infiniment toutes les grandeurs de ce monde : Nihilexcellentius in hoc saeculo. Il la met au-dessus non-seulement de celle des rois et des empereurs, mais même au-dessus de celle des anges : Prwtulit vos, sacerdotes, regibus et imperatoribus , prœtulit vos angelis.
Saint Grégoire de Nazianze dit, et saint Thomas l'a dit après lui, que les anges eux-mêmes vénèrent le sacerdoce : Sacerdotium ipsi quoque angeli venerantur ; et en effet, ajoute saint Liguori, tous les anges du ciel réunis ne peuvent pas absoudre d'un seul péché.
Saint Augustin, contemplant la dignité du prêtre à l'autel, a écrit ces paroles, que nous ne traduisons pas dans la crainte d'en altérer le sens, mais que nous recommandons au lecteur de peser avec attention : 0 venerabilis sanctitudo manuum ! ô felix exercitium ! Qui creavit me sine me, ipse creavit se mediante me. Quel langage et quelle hauteur il révèle dans le prêtre à qui il s'adres3e !
Le pape Innocent III, considérant les immenses pouvoirs du prêtre, ne balance pas à le placer, en ce point, au-dessus de la très-sainte Vierge ellemême : Licet, dit-il. beatissima Virgo exccllentior fuit apostolis, non tamen Mi, sed istis Dominus claies regni cœlorum commisit; et saint Bernardin de Sienne, si renommé pour sa tendre piété envers la divine Mère, ose s'adresser à elle-même, et lui dire : Virgo bcnedicta, excusa me, quia non loquor contra te, sacerdotium prœtulit super te (i).
(i) Voyez saint Clirysostome : de Sacerdotio ; — saint Grégoire : de Cura pastor ; — saint Bernard : de Considérât.
— Quand nos maîtres ont exalté la grandeur de notre auguste ministère, avec quelle puissance ne nous démontrent-ils pas la nécessité où nous sommes d'être des saints, et des saints éminents en perfection ! Tâchons de bien peser chacune de leurs expressions.
« Oui, dit saint Ambroise, la sainteté du prêtre » doit l'emporter de beaucoup sur celle des laïques; » bien plus, le prêtre, sur ce point, ne doit avoir » rien de commun avec la multitude : » Nihil in sacerdote commune cum multitudine. Vita sacerdotis prxponderare débet sicut prse pondérât gratia.
Saint Chrysostome, après avoir fait ressortir comme les autres la sublimité du sacerdoce et avoir placé le prêtre au-dessus des anges par sa dignité, ajoute ces paroles que nous ne saurions trop méditer : Nonne accedentem ad altare sacerdotcm, sic pur um esse oportet ac si in ipsis cœlis collocatus, inter cœlestes Mas virtutes médius staret ? Quœro ex te, dit-il ailleurs, quorum illum (sacerdotem) in ordine collocabimus ? quantam vero integritatem ab eo exigemus ? quantam religionem ? Considéra enim quales inanus haec administrantes esse oportcat, qualem linguam quae verba Ma eff undot !... quo solari radio non puriorem esse oportet manum carncm Chris ti dividentem? linguam quœ tremendo nimis sanguine rubescit ?...
Sacerdos, dit-il encore en un autre endroit, débet vitam habere immaculatam, ut omnes in illum, vcluti in aliquod exemplar excellens intueantur. Idcirco nos elegit De us ut simus quasi luminaria et magistri ceterorum, ac velut angeli versemur in terris.
Que doit penser le prêtre tiède en entendant ce langage?
Saint Augustin nous déclare positivement que tout clerc, en s'engageant dans la cléricature, fait profession de mener non une vie imparfaite, mais une vie sainte : Clericus duo professas est : sanctitatem et clericatum.
Saint Grégoire dans son Pastoral, qui devrait être le manuel du prêtre, prononce cette sentence : Xecesse est ut sacerdos, mortuus omnibus, vivat cita divinà.
Magna dignitas sacerdotum, s'écrie saint Laurent Justinien, sed magnum est pondus. In alto gradu positi, oportet quoque ut in virtutem culmine sint erecti.
— Terminons ces citations choisies entre mille et dix mille que nous pourrions produire encore, et bornons-nous à rapporter ici non plus les expressions des saints docteurs, que quelques lecteurs seront peut-être tentés de regarder comme des formules oratoires plutôt que comme des décisions rigoureusement exactes, mais les paroles graves et imposantes du prince des théologiens, de l'Ange de l'école. Nous prions instamment nos dignes confrères de ne pas lire ce qui suit avec une demi-attention.
« Les prêtres, dit saint Thomas (et n'oublions pas qu'il parle ici en théologien), ne doivent pas seulement être vertueux, ils doivent être parfaits en vert o s, Perfecti in virtute esse debent; » et, expliquant davantage sa pensée : Ordines sacri, dit-il, prœexigunt sanctilatem ; undè pondus ordinum ifïï-
ponendnm parietibusjamper sanctitatem dessiccatis,
id est, ab humore vitiorum. Pesons bien les deux raisons qu'il allègue pour appuyer sa décision. La première est que, « comme celui qui est ordonné » devient supérieur aux laïques par sa dignité, » ainsi doit-il leur être supérieur par sa sainteté : » Ad idoneam exscutionem ordinum non sufficit
BONITAS QUALISCUMQUE, SED REQUIRITUR BONITAS EX-
cellens, ut sicut Mi qui ordinem suscipiunt super plebem constituuntur gradu ordinis, ità et superiores suit merito sanctitatis. La seconde raison, c'est que « l'ordination donnant le pouvoir d'exercer les plus » hautes fonctions à l'autel, il est nécessaire que » celui qui les remplit ait plus de sainteté (re- » marquons bien ceci) qu'il n'en faut même pour » l'état religieux : » Quia pcr sacrum ordinem aliquis deputatur ad dignissima ministcria, quibus ipsi Chris to sermtur in sacramento altaris, ad quod
REQUIRITUR MAJOR SAXCTITAS INTERIOR QUAM REQUIRAT ETIAM RELIGIOXIS STATUS.
Nous le demandons, peut-on rien dire de plus précis ? Peut-on rien dire qui prouve plus péremptoirement et plus théologiquemcnt combien il est nécessaire pour le prêtre de mener une vie sainte, une vie qui soit en rapport avec l'éminence des fonctions qu'il remplit ?
— Au reste, nous avons, pour prouver lanécessité de la sainteté sacerdotale, une autorité plus imposante encore que celle des docteurs et des théologiens ; c'est celle de l'Église. Qui pourrait énumérer les conciles et les canons de conciles où la sainteté est prescrite à tous les membres de
notre auguste corporation ? Partout et toujours, sans se lasser jamais, elle se préoccupe de sanctifier les prêtres par les règles de perfection qu'elle leur trace, par les dangers qu'elle leur signale, par les obligations étroites qu'elle leur impose.
Qui sancti non sunt, dit le quatrième concile de Carthage, sancta tractare non debent.
Eam vos virtutcm induite, dit le quatrième concile de Milan, ut videant alii, quasi lumen aliquod, vestram sanctitatem elucere. Quse si magna in aliis vitœ christiame institutis requiritur, certè in vobis, qui mysteriorum Dei ministri divinseque gratiœ dispensatores estis, major inesse débet.
Mo?ieant episcopi, dit le saint concile de Trente, suos clericos in quocumque ordine fuerint, ut conversatione, sermone, scientià, Dei populo prxeant, memores ejus quod scriptum est : Sancti estote, quia ego sanctus sum. Et pour que l'on ne croie pas que cette sainteté exigée du prêtre ne consiste que dans l'exemption des péchés graves, le saint Concile ajoute ces mots, que nous devrions avoir sans cesse présents à la pensée : Lcvia etiam delicta, qu% in ipsis maxima essent, effugiant sacerdotes.
Decet omnino, nous dit encore l'Église par le même concile, clericos in sortem Domini vocatos, vitam moresque componere , ut habita, gestu,incessu, sermone aliisque omnibus rébus, nil nisi grâce, moderatum ac religione plénum prse se ferant.
Ailleurs, le saint concile, à propos de la plus auguste de nos fonctions, la célébration de la messe, nous rappelle ce qu'elle a de saint et de divin, et part de là pour nous faire voir quelle per-
fection elle exige du prêtre qui l'exerce : Necessarium fatemur, nullum aliud opus adeo sanctum et divinum tractari posse quàm hoc tremendum mysterium. Satis apparet omnem operam in eo esse jionendam, ut quanta maxime fieri potest, interiori
CORDIS MUNDITIA PERAGATUR.
On le voit, tout ce qu'ont dit les docteurs et les théologiens sur la sainteté du prêtre est exact et ne renferme aucun exagération, puisque leur langage est le même que celui de l'Église.
— Ne soyons plus surpris si cette sainte Église, étant animée de tels sentiments, ne se borne pas à les exprimer dans les canons de ses conciles, mais corrobore ses paroles par ses actes, et ne croit jamais en trop faire quand il s'agit de sanctifier ses prêtres et de les rendre de plus en plus dignes du ministère divin qu'elle leur confie.
Pourquoi les sépare-t-elle de la masse laïque en leur imposant des règles à part, en faisant pour leur sanctification des statuts et des ordonnances qu'elle ne fait point pour les simples fidèles, si ce n'est parce qu'elle veut que, chefs du troupeau de Jésus-Christ, ils atteignent un degré de sainteté plus élevé que celui des brebis qu'ils sont chargés de paître?
Pourquoi leur inculque-t-elle avec tant d'insistance le renoncement aux vains plaisirs et aux folles joies du siècle, auxquels elle leur fait dire adieu dès leur premier pas dans le sanctuaire en leur imposant le surplis, symbole de l'innocence, et en leur faisant dire quand ils le prennent qu'ils ne veulent que Dieu seul pour la portion de leur m. 2.
héritage : Domi?ius pars hœreditatis meœ et calicis met? Cette cérémonie, faite solennellement au pied des autels par un des princes de l'Église, n'est-elle de sa part qu'une formalité vaine, et n'annonce-telle pas le vif désir qu'elle a de travailler, dès le principe, à sanctifier ses ministres?
Pourquoi leur impose-t-elle avec une inflexibilité si ferme et si invariable la loi du célibat, cette loi qui fait la gloire du prêtre catholique et qui lui concilie l'estime du sauvage lui-même le plus abruti? Pourquoi cette loi, si ce n'est pour rappeler au prêtre qu'il n'y a plus rien de commun entre ses œuvres spirituelles et divines, et les œuvres charnelles ; que le sacrement de mariage, tout saint qu'il est, ne Test pas assez pour lui ; que sa chair ne doit être en contact qu'avec celle de Jésus-Christ; que la partie corporelle de son être est en quelque sorte spiritualisée, divinisée, depuis qu'elle est devenue le tabernacle vivant où Jésus-Christ s'enferme chaque jour, et dans lequel ce divin Sauveur ne veut voir ni souillure ni apparence de souillure ?
Pourquoi l'Église nous fait-elle porter un habit si différent de celui des laïques ? Pourquoi ne dédaigne-t-elle pas d'en prescrire elle-même la couleur et la forme? Pourquoi nous menace-t-elle de peines, quelquefois très-graves, quand nous déposons cet habit sans une raison suffisante? Pourquoi tout cela, si ce n'est pour que ce vêtement, auquel nul autre ne ressemble, soit en quelque sorte le signe particulier de notre sainteté, pour qu'il nous serve de moniteur perpétuel, et nous rappelle, par sa couleur lugubre, que nous sommes
morts au monde et à nous-mêmes, et par sa forme, que nous devons retracer en nos personnes la modestie de notre divin Sauveur et la faire éclater aux yeux des peuples : Modestia vestra nota sit omnibus hominibus? Oui, très-certainement, ce saint habit, dans les intentions de l'Eglise, doit être comme l'enseigne de la sainteté de celui qui le porte.
Pourquoi cette même Église possède-t-elle dans son sein ces établissements si vénérables, connus sous le nom de séminaires, et qui sont comme les pépinières du sacerdoce? Pourquoi, après les avoir fondés, les entretient-elle avec tant de zèle et exige-t-elle que tout aspirant à la profession cléricale passe dans ces saintes maisons trois années entières? Eh! nous le savons bien : son intention est évidemment que ceux qu'elle appelle au sacerdoce viennent puiser dans cette divine source la science et la vertu qui leur sont nécessaires.
L'Église n'établit point de séminaires pour ceux de ses enfants qui se destinent à des carrières profanes. Ils ne se séparent pas du monde ceux qui veulent étudier le droit, la médecine ou le négoce : non, c'est au milieu des villes les plus populeuses et les plus bruyantes qu'ils vont chercher les connaissances spéoiales dont ils ont besoin. Les moyens ordinaires suffisent aux enfants de la terre qui n'aspirent qu'à des fonctions communes.
Mais quand il s'agit de former un prêtre, la scène change : l'importance de l'oeuvre réclame la puissance des moyens. L'Église fonde des maisons spéciales ; elle y place les prêtres les plus recommandables par leurs talents et leurs vertus :
elle fait fleurir dans ces saintes retraites la piété, le recueillement, la régularité la plus édifiante ; et c'est là, c'est au fond de cette solitude si propre à féconder la semence sacerdotale, qu'elle forme à la vertu et à la science ses jeunes lévites, et les dispose à recevoir aussi dignement que possible les ordres sacrés qui les élèvent comme par degrés jusqu'au sacerdoce.
En vérité, chers et vénérés confrères, tout cela ne nous prèche-t-il pas éloquemment la sainteté? Tous ces moyens de sanctification ne sont-ils pas comme autant de bouches par lesquelles la sainte Église de Jésus-Christ nous crie sans cesse : Soyez saints î Sancti estote; purifiez-vous de plus en plus, vous qui prétendez à l'honneur de porter non-seulement les vases du Seigneur, mais le Seigneur lui-même : Mundamini, qui fertis vasa Domini.
— Qu'ils comprenaient bien ces hautes vérités, ceux qui, frappés de la grandeur du sacerdoce et de la sainteté suréminente qu'il exige, reculaient avec frayeur devant le lourd fardeau qu'on voulait leur imposer ! Qu'il était beau de voir des hommes, et quels hommes ! saint Cyprien, saint Athanase, saint Martin, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, saint Fulgence, prendre la fuite pour échapper aux sollicitations pressantes du peuple et du clergé î Qu'il était édifiant de voir un Alexandre, un Anatolius, un Augustin et tant d'autres, consacrés en quelque sorte malgré eux ! Ou m'a fait violence, s'écrie le grand évêque d'Hippone : Vis mihi farta est mérita peccatorum meorum.
Cette sainte frayeur était si grande chez quelques-uns, qu'elle les poussait à des excès vraiment étonnants. Ainsi nous voyons un Éphrem contrefaire l'insensé ; un Ambroise qui ne craint pas lui-même de porter atteinte à sa réputation en essayant de répandre des nuages sur la pureté de ses mœurs ; un Ammonius qui, après s'être coupé les oreilles, menace de se couper la langue si l'on insiste encore pour l'élever au sacerdoce.
Je ne trouve pas un seul saint, dit Cyrille d'Alexandrie, qui n'ait redouté le poids énorme du divin ministère : Omnes sanctos reperio, divini ministerii ingentem veluti molem formulantes.
Et ne croyons pas que de tels sentiments ne se soient manifestés que dans les beaux jours du christianisme, dans ces jours où la foi était aussi vive que les mœurs étaient pures : non, c'est dans tous les siècles que les saints ont frémi à la pensée de la dignité sacerdotale et de la perfection qu'elle demande. Qui ne connaît les étonnantes paroles de saint Vincent de Paul : « il était » si pénétré, dit le pieux Abelly, son historien, » des sentiments d'estime, de l'excellence et de » l'éminence du caractère sacerdotal et de Tobli- » gation indispensable qu'elle impose à ceux qui » l'ont reçu de mener une vie toute pure, toute » sainte et toute angélique, que, depuis, on lui a » souvent ouï dire : Si je n'étais pas prêtre, jamais » je ne pourrais me résoudre à le devenir, m'en » estimant très -indigne. »
— Arrêtons-nous : assurément nous n'avons pas épuisé la matière si importante qui vient de
nous occuper. Cependant, nous avons peine à nous persuader que ce que nous avons dit ne fasse pas, avec le secours de Dieu, quelque impression favorable sur nos pieux lecteurs. Nous aimons à croire que, s'ils sont déjà saints, ils s'appliqueront à devenir plus saints encore, et que, s'ils avaient le malheur de ne l'être pas, ils pousseront un profond gémissement sur le passé, et prépareront sans délai un avenir réparateur et vraiment digne de la sainteté de leur divine profession.
Placés sous l'œil de Dieu, en face de notre conscience ouverte devant nous comme un livre, interrogeons-nous , Lien- aimés confrères, et que chacun de nous se demande : Suis-je un prêtre selon le cœur de Dieu, si je languis nonchalamment dans les voies de la sainteté, au lieu d'y courir avec cette généreuse ardeur que Dieu me commande et que les peuples eux-mêmes veulent voir chez les pasteurs de leurs âmes?
Suis-je saint de cette sainteté vraiment sacerdotale dont la nécessité vient de m'ètre démontrée, si je suis immortifié, sensuel, avare, oisif, dissipé, amateur du jeu et de la bonne chère?
Suis-je saint au degré où je le dois être, si je me familiarise avec mes défauts au point de ne pas même penser à les combattre, ou si, loin de fortifier mes faibles vertus, je les voir s'affaiblir encore chaque jour davantage sans m'en émouvoir?
Suis-je saint de cette sainteté communicative et sympathique qui entraîne les populations dans la voie du salut, si, sous mes yeux, une multitude de pécheurs se précipitent dans les enfers sans que je semble m' inquiéter de leur perte éternelle?
Donnez-moi dix prêtres zélés, dit saint Philippe de Néri, et le monde est converti.
0 Dieu! versez, nous vous en conjurons, versez à flots vos grâces les plus abondantes sur votre sainte Eglise, et spécialement sur ses ministres qui en sont les colonnes, et qui, par leur sainteté, doivent en être F ornement et la gloire.