CHAPITRE IV
L'once divin. — Importance de cette action. — Conduite ordinaire des prêtres à cet égard. — Piègles pratiques.
— L'office divin, dit saint Bonaventure, est une imitation du concert des bienheureux dans le ciel : Divinum officium hnitatio cœlestis concentûs. 11 est en morne temps un lien qui unit entre eux tous les membre - de la tribu sacerdotale, par la récitation journalière d'une prière commune.
Ces ileux considérations doivent déjà nous donner une idée fort relevée du divin office ; mais si nous ajoutons qu'il est institué par l'Eglise, qu'il remonte à une antiquité très-reculée, qu'il se compose de prières excellentes, de la Sainte-Ecriture qui en fait le fond, des hymnes sacrées qui en rendent la forme gracieuse, et de la vie des saints qui, en nous rappelant leurs vertus, nous engage à marcher courageusement sur leurs traces ; si enfin nous pensons que nous avons contracté l'obligation rigoureuse de le réciter tous les jours sous peine de pécher mortellement par des omissions ondes distractions volontaires et notables, on devra convenir que cette œuvre est très-importante et qu'il n'est permis à aucun prêtre delà traiter avec légèreté.
C'était bien avec ces sentiments de foi et de religion que nous la considérions pendant les jours qui suivirent immédiatement notre initiation aux saints ordres. Quel désir de nous en bien acquitter! quelle crainte à l'occasion des moindres distractions! quelle préparation fervente pour les prévenir! quelle vigilance et quels efforts pour les repousser quand elles survenaient! quels élans de divin amour en chantant avec David les louanges du Seigneur? et malgré ces saintes dispositions, quels troubles de conscience là où la conscience n'avait à faire aucun reproche fondé ! et combien ne nous étaient pas applicables ces paroles mêmes que nous récitions sans croire qu'elles révélaient l'heureux état de notre âme : Trepidaverunt timoré ubi non crut timor!
Beaux jours, jours de ferveur et de tendre piété, qu'êtes-vous devenus? En quel métal obscur l'or
pur s'est-il changé? Où est cette délicatesse de conscience, où sont ces saintes alarmes qui faisaient concevoir de si riches espérances? L'obligation rigoureuse imposée par l'Église a-t-elle subi quelque altération? Pas la moindre : elle est ce qu'elle fut, elle est ce qu'elle sera jusqu'au dernier de nos jours. C'est nous, hélas! qui nous sommes altérés. Parfaits alors, tiédes et relâchés peut-être aujourd'huij nous sommes à peine l'ombre de nous-mêmes, si nous comparons à notre ferveur passée notre froideur actuelle.
Rien, selon nous, ne met mieux en relief la perfection du saint prêtre, rien n'en fait un si pompeux éloge que la récitation toujours fervente de son saint office après trente ou quarante années de sacerdoce. Quels combats il a du livrer à la routine, quelles précautions il a dû prendre contre l'entraînement et la contagion de l'exemple, quelle piété il a du opposer à la tentation du relâchement, quelle union intime il a dû perpétuellement entretenir avec Dieu, pour être aussi satisfait aujourd'hui des offices qu'il récite qu'il Tétait le lendemain de son sous-diaconat !
Voyons si nous marchons dans sa voie, et si, nous aussi, nous sommes aujourd'hui, relativement à cette œuvre sainte, ce que nous étions alors. Pour savoir si nous récitons convenablement l'office divin, nous avons trois points à considérer : la préparation avant de le commencer, — les dispositions extérieures, — et les dispositions intérieures pendant sa récitation.
Examinons à ces trois points de vue la conduite des différents prêtres à l'égard du saint office, afin
de connaître la catégorie dans laquelle nous devons être rangés.
— Le mauvais prêtre dit-il le bréviaire, et comment le dit-il? Il y a chez cet infortuné des abîmes insondables. Quand on se permet, et même sans remords, le crime des crimes, c'est-à-dire le sacrilège, il semble que l'obligation du saint office doit paraître frivole et minutieuse ; cependant l'expérience nous apprend que le mauvais prêtre, qui transige sans façon avec la profanation du corps et du sang de Jésus-Christ, respecte encore la loi de l'Église qui l'oblige au bréviaire. Plusieurs du moins se conduisent de la sorte, et ce n'est que d'eux qu'il est ici question.
Ils récitent donc le saint office, admettons-le; mais comment le récitent-ils ?
Quand ils se déterminent froidement et fastidieusement à cette récitation, font-ils quelque chose qui ressemble le moins du monde à une préparation? Ont-ils un sentiment même vague et général de foi et de piété? Ont-ils une intention quelconque de profiter de l'acte qu'ils vont faire pour apaiser la colère de Dieu et se rendre propice son infinie miséricorde? ont-ils seulement la pensée d'implorer les lumières et les grâces de l'Esprit-Saint, pour s'acquitter avec quelque valeur de ce qu'ils regardent encore comme une obligation rigoureuse? Non, rien de tout cela; depuis longtemps l'indispensable pratique de la préparation n'est plus à leur usage.
Quelle peut être, après un tel début, la disposition intérieure de leur âme pendant la récitation du saint office ?
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g-nemeiit, digne? Si cela était, ils se tiendraient sous le regard de Dieu avec crainte et tremblement, pensant qu'il les observe et qu'il lit clans leur aine les crimes qu'elle recèle ; ils béniraient son saint nom en se reconnaissant indignes d'être les instruments de sa gloire; ils seraient pénétrés d'un sentiment profond de respect et de vénération pour Celui à qui ils parlent et dont ils récitent les propres paroles. Qu'ils nous disent, hélas I si ces sentiments sont les leurs....
Le récitent-ils attentivement, attenté? Comment pourraient-ils se le persuader en voyant qu'ils ont une foule de distractions qui commencent avec l'office et ne finissent qu'avec lui, distractions qu'ils ne font aucun effort pour repousser, qu'ils accueillent même et qu'ils entretiennent dans leur esprit par un acte formel de leur volonté ?
Le récitent-ils dévotement, devotè? La dévotion c'est l'amour : quel amour ont-ils pour Dieu qu'ils outragent sans cesse? La dévotion suppose la ferveur : quelle ferveur il y a-t-il chez celui qui n'est pas même un prêtre tiède? quelle ferveur il y a-t-il dans l'àme d'un mauvais prêtre? La dévotion est accompagnée d'une sainte joie : quand est-ce que la récitation de l'office a produit chez lui ce sentiment si bien connu du saint prêtre? Quelle joie peut-il goûter clans une prière qui lui pèse, clans une prière qui ne dit rien à son cœur et rien au cœur de Dieu, bien plus, dans une prière qui est elle-même un nouveau péché par la manière dont il la récite : Oratio cjus fiât m peccatum, et qui lui attire ces foudroyantes paroles : Quarè tu enarras justifias meas, et assumis testamentum meum per os tuuml
Quel prière? quel état! quel prêtre !...
Si les dispositions intérieures sont si pitoyables, que peuvent être celles du dehors qui en sont le reflet? Récitation aussi rapide que la langue le permet , omission de quelque parties qu'on trouve toujours insignifiantes , interruption prolongée sans aucun motif ou pour des raisons frivoles, peut-être même pour se livrer à des œuvres de péché, changement notable dans l'ordre de l'office, fautes fréquentes contre les rubriques qu'on ignore et qu'on n'étudie jamais, renvoi de tout l'office à la fin du jour sans le moindre souci , immodestie dans les regards, dans l'attitude et dans tout l'extérieur : quel acte de religion ! quel désordre ! quel surcroit de péché dans l'action même où l'on devrait solliciter le pardon des crimes dont on est coupable devant Dieu !
Gémissons, chers confrères, gémissons sur celui qui ne sait plus gémir, et prions Lieu qu'il dissipe ses ténèbres et le convertisse.
— Le prêtre tiède et relâché dit-il le saint office, et comment le dit-il ? Oui, le prêtre tiède réeite
assidûment le saint office et ne s'en dispense point sans cause grave et légitime. Mais comment le récite-t-il? Ayant, ainsi que nous l'avons dit plus haut, en parlant de la sainte messe, le désir habituel de ne jamais descendre jusqu'au péché mortel, on pourrait croire qu'il prend quelques précautions sérieuses, qu'il s'observe avec soin, qu'il s'applique enfin beaucoup plus à la récitation de son office qu'aux autres prières vocales qu'il fait ordinairement avec si peu de ferveur et de piété. Car m. 25.
enfin , il sait bien, malgré l'aveuglement dont sa tiédeur le frappe, qu'il peut pécher mortellement en récitant le saint office, et ce seul trait de lumière devrait naturellement éveiller son attention et le précautionner contre le plus grand des malheurs, qui est la chute dans le péché grave.
Malheureusement ici ce n'est pas la raison, ce n'est pas la foi, c'est la routine qui triomphe. L'habitude est prise, elle l'est depuis longtemps; l'office du prêtre tiède est presque toujours le fruit des lèvres, et n'est presque jamais le doux épancliement delà vraie piété.
Quoi donc ! voulons-nous dire qu'il récite habituellement son office de manière à pécher mortellement par cette récitation? Dieu nous garde d'affirmer positivement rien de semblable ! Est-ce que nous pouvons savoir ce qui se passe entre Dieu et rame du prêtre tiède pendant les saints offices qu'il récite? Est-ce que nous sommes en état de juger s'il y a de sa part négligence assez grave, distractions assez volontaires et assez prolongées pour constituer une faute mortelle ? Ce n'est point là un de ces actes saisissables et saillants sur lesquels on peut théologiquement prononcer avec certitude : c'est un acte caché, c'est un acte intérieur, c'est, nous le répétons, un acte qui se passe entre Dieu et l'âme du prêtre tiède. Mais par cela même qu'il est caché, cet acte, par cela même qu'il il* est bien connu que de Dieu seul, nous disons qu'il exige . à cause de sa haute importance, de grandes précautions et une vigilance attentive de la part de celui qui l'opère. Or, comme nous ne voyons chez le prêtre tiède ni ces grandes précau-
lions ni cette exacte vigilance, nous craignons qu'il ne viole en matière notable la loi de l'Église relative à l'office, surtout en certains mauvais jours où la négligence est plus considérable, les distractions plus fréquentes et plus facilement accueillies. C'est une crainte que nous exprimons, crainte malheureusement trop fondée, mais ce n'est rien de plus.
Yoici une pensée que nous livrons au prêtre tiède et que nous le prions de peser avec attention. A quelque degré de relâchement qu'il soit parvenu, n'est-il pas vrai que s'il faisait le vœu de réciter aujourd'hui une prière vocale quelconque, il la réciterait avec attention, ou du moins sans distractions volontaires? Cela est incontestable. Pourquoi donc tant de fidélité à la loi qu'il se serait imposée à luimême par son vœu, et si peu de respect pour la loi de l'Église qui l'oblige à réciter pieusement le saint office? Nous en dirons autant de la pénitence sacramentelle. Quelque tiède et relâché que soit un prêtre, nous croyons qu'il s'acquitte sans distractions gravement coupables de la pénitence que son confesseur lui impose. Pourquoi donc craint-il d'offenser Dieu s'il s'acquitte mal de l'œuvre satisfactoire qui lui est prescrite, et pourquoi n'a-t-il point cette crainte à l'égard d'une obligation tout aussi importante que l'Église lui impose ?
Il dira peut-être que si la prière qu'il s'imposerait par vœu et celle qui lui a été prescrite par son confesseur étaient des prières perpétuellement obligatoires, tous les jours, comme l'est le saint office, il finirait par réciter les premières comme il récite le second. Malheureusement, il est plus que probable qu'il en serait ainsi ; mais qu'en peut-on conclure
si ce n'est qu'il deviendrait coupable sur les deux points comme il l'est déjà relativement à l'office? Ce n'est pas parce qu'on est longtemps sous le coup d'une obligation , qu'il est permis de s'en affranchir après un certain délai. Tant que l'obligation dure, lafidélitéàla remplir est impérieusement commandée. Pourquoi doue ne pas réciter aujourd'hui le saint office comme on le récitait dans le principe, puisque la lui qui le prescrit n'a pas un seul instant cessé d'être en vigueur ?
Nous prions instamment ceux de nos chers confrères qui languissent dans la tiédeur, d'ouvrir les yeux à la vérité qui leur est proposée, et de se placer sur un terrain plus solide que celui qu'ils ont choisi. La paix et le bonheur ne se trouvent point dans leur triste voie. Tout prêtre qui y marche est malheureux, et fait partager son malheur à bien d'autres. — Son intelligence s'est obscurcie au regard de ces obligations : Non est inteliigens ; la compagnie de Dieu n'est plus l'objet de ses recherches : Non est requirens Dcum ; les prêtres relâchés qu'il fréquente sont comme lui penchés vers l'abîme : Omnes declinaverunt ; leur vie, qui devrait être remplie d' œuvre s saintes, est une vie de désordre et d'inutilités : Sitnul inutiles facti sont; ils font le mal sans le compenser par quelque bien solide : Non est qui faciat bonum; la crainte de Dieu, qui les maintenait dans la ferveur au début de leur carrière, est remplacée par une confiance présomptueuse qui les aveugle et les endort : Non est timor Dei ont? oculos eorum; et, nous le répétons, une douleur secrète est leur partage et la paix véritable leur est inconnue : Infclicitas in
viis corum , et viam pacis non cognoverunt. Eh! comment l'auraient-il cette paix, en remplissant des obligations aussi graves que celle du saint office, par exemple, de manière à ne pouvoir presque jamais se dire avec une certitude morale qu'ils l'ont accomplie avec les dispositions rigoureusement requises ?
Nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que l'obligation de l'office divin est une de celles qu'enfreint le plus notablement le prêtre un peu avancé dans les voies de la tiédeur et du relâchement. Qu'il relise ce que nous avons dit des dispositions du mauvais prêtre dans cette sainte action, et il verra si presque toutes ces dispositions ne sont pas les siennes.
— Comment le bon prêtre récite-t-il le saint office? Nous sommes heureux de pouvoir dire que, généralement parlant, le bon prêtre ne pèche pas grièvement à l'occasion de la récitation de l'office divin. Il a l'intention et le désir de remplir convenablement cette obligation ; il se prépare plus ou moins parfaitement à cette œuvre sainte ; il renvoie les distractions quand il les aperçoit, et l'ensemble de ses dispositions lui donne un repos et une assurance que n'a pas ordinairement le prêtre tiède et relâché. Tout cela est vrai et nous nous réjouissons d'autant plus de le constater, que les prêtres que nous appelons bons forment la grosse masse, la masse commune du clergé.
Cependant n'avons-nous rien à dire à ces vénérables confrères relativement à la récitation du saint office ? Pouvons-nous les féliciter sur ce point
sans aucune restriction, et leur appliquer sans réserve ces consolantes paroles : Dicitc juste quoniam benè? Non, malheureusement nous ne le pouvons point, et, si nous le faisions, ils seraient les premiers à nous dire que nous exagérons leur mérite et que nos éloges sont mélangés d'un peu de flatterie. Nous nous permettrons donc de leur soumettre quelques observations dont ils reconnaîtront probablement la justesse.
Nous leur dirons, par exemple, que s'ils étaient habituellement plus vigilants, plus mortifiés et plus recueillis, s'ils travaillaient plus activement à se corriger de leurs petits défauts, s'ils employaient contre le péché véniel, quel qu'il soit, un peu de cette énergique vigueur qu'ils déploient contre le mortel, s'ils avaient une conscience plus tendre, une attention sur eux-mêmes plus exacte, des sens plus retenus et plus châtiés, ils seraient par là même plus étroitement unis à Dieu par le doux lien d'une ferveur habituelle, ce qui préviendrait la multitude de distractions qui les importune, qui les fait gémir, qui les inquiète même et les prive non-seulement du calme parfait de la conscience, mais encore de ce bonheur et de ces élans d'amour qui font les délices du saint prêtre pendant la récitation de l'office divin.
Nous leur dirons que s'ils ajoutaient à cette préparation éloignée une préparation prochaine plus attentive et plus pieuse, s'ils se recueillaient profondément devant Dieu avant de proférer le premier mot de leur office, pour implorer son assistance et ses grâces par quelques instants de préparation mentale, dirigeant parfaitement leur intention, et
se proposant toujours, pour briser la routine, d'obtenir une faveur spéciale par le moyen de l'œuvre sainte qu'ils vont faire, ils seraient incontestablement plus pieux et plus attentifs pendant l'office et plus certains de l'avoir bien récité.
Nous leur dirons que s'ils choisissaient toujours un lieu convenable qui portât de lui-même au recueillement, et non pas un de ces lieux où la dissipation est en quelque sorte inévitable, comme, par exemple, une sacristie souvent bruyante, la cuisine d'une presbytère, un chemin public ou un lieu de promenade et divers autres endroits de cette nature, ils seraient beaucoup moins distraits et bien mieux disposés à remplir la grave obligation que l'Eglise leur impose.
Nous leur dirons enfin que si, pendant l'office, ils modéraient un peu l'activité de leur langue, s'ils prenaient le temps de prononcer correctement chaque mot, s'ils ne récitaient, pas deux ou trois versets uno tenore, sans la moindre pose, ni à la médiante, ni à la fm de chaque verset, ne s'arrètant que quand la respiration devient nécessaire, et même, comme cela se voit quelquefois, prononçant, pour gagner du temps, en aspirant et en respirant, ce qui serait de la plus haute inconvenance dans une conversation ordinaire, Dieu bénirait leur pieuse lenteur et leur procurerait, en retour du sacrifice de quelques minutes qu'ils lui feraient, un supplément de grâces et de ferveur.
Que de bons prêtres négligent les pieux moyens que nous venons d'indiquer, et plusieurs autres que nous indiquerons encore un peu plus loin ! La routine, ce redoutable fléau de la prière vocale, la
routine les gagne, et malheureusement ils font peu
de chose pour la combattre. Aussi le bréviaire n'estil presque jamais pour eux une œuvre agréable ; ils le récitent parce qu'il le faut réciter, mais ils le récitent sans onction, sans ferveur, et pour ainsi dire sans mérite. Si la valeur de celte œuvre pouvait se mettre dans le plateau d'une balance, et si Ton pouvait mettre dans l'autre la valeur de la même œuvre accomplie parle saint prêtre, on serait étonné de la Légèreté de la première et du poids de la seconde.
Remédions à cet inconvénient, qui est beaucoup plus grave qu'on ne pense, et ne nous ménageons pas pour nos derniers moments des regrets tardifs et peut-être d'amères inquiétudes.
— Comment le saint prêtre récite-t -il l'office divin? Le saint prêtre a pour règle invariable de faire aussi saintement qu'il peut toutes les prières qui lui sont imposées ou qu'il s'impose à lui-même. Il ne dit jamais : Cette prière n'est pas obligatoire, elle est de surérogation; donc je puis la faire avec moins d'attention, de recueillement et de piété que si elle était rigoureusement commandée. Dès qu'il se dispose à faire une prière quelconque, la foi vive qui l'éclairé lui découvre aussitôt la majesté infinie de Dieu devant laquelle il va s'incliner, et, frappé de cette pensée, il prie aussi bien qu'il le peut faire, sans s'arrêter à considérer si la prière à laquelle il se prépare est ou n'est pas strictement obligatoire. Dès qu'il prie, par cela seul qu'il parle à Dieu, il regarde comme absolument nécessaires le respect, l'attention et la piété pendant sa prière.
Cependant sa ferveur s'enflamme quelquefois plus particulièrement à l'occasion de certains exercices quile touchent davantage, et, ce qui surprendra peutêtre plusieurs de ses confrères, le saint office est une de ces prières qui parlent tout spécialement à sou cœur. Oui, la récitation de l'office, qui se fait si souvent sans un sentiment de piété bien vive, et même avec froideur, est pour le saint prêtre une source intarissable d'ineffables consolations. Lapensée qu'il va chanter les louanges de Dieu, qu'il va s'unir pour cela àtoute la cour céleste et à toute l'Eglise aveclaquelle, au nom de laquelle et pour laquelle il va prier, agit déj à puissamment sur son cœur et l'attache à l'œuvre sainte qu'il va faire. Puis, quand il a préparé son àmc par une direction d'intention attentive et spéciale, chaque mot de la sainte Écriture le saisit et le pénètre, chaque élévation des psaumes est une étincelle qui rélectrice et l'embrase, ctle temps de l'office, qui parait souvent un peu long à plusieurs, s'écoule pour lui avec une rapidité qui fait l'éloge de sa ferveur.
Nous affirmerions bien que le prêtre qui aime la récitation de l'office divin, qui s'y prépare avec soin, qui le récite posément, respectueusement, amoureusement, qui se trouve heureux en le récitant, et qui est dans ces dispositions non pas une fois par hasard, mais régulièrement tous les jours ; oui, sans demander d'autres preuves, nous affirmerions que ce prêtre est un saint prêtre.
— Prenons ce digne confrère pour modèle en ce point comme en tous les autres, et observons fidèlement les règles suivantes, qu'il observe laimême avec une exactitude si digne d'éloges :
1° Que notre conduite, dans son ensemble, soit sainte et vraiment sacerdotale. Vivons habituellement clans la crainte et l'amour de Dieu, et faisonsnous une loi de correspondre fidèlement à sa grâce en toutes choses. Nos dispositions, relativement à l'office divin, seront en rapport parfait avec notre degré de sainteté et de perfection. Le mauvais prêtre le récitera toujours mal ; le prêtre tiède le récitera lâchement et froidement ; le bon prêtre le récitera avec pins de piété; le saint prêtre seul le récitera comme il doit être récité.
2° Ne regardons point le bréviaire comme un fardeau pénible ou, selon l'expression du P. Yaluy, comme un odieux pensum, mais comme un exercice qui a ses douceurs et ses joies quand on s'en acquitte saintement. Ne le regardons pas seulement comme une dette qu'il faut payer, mais considéronsle comme un moyen de sanctification pour nous et pour les autres. Nous ne l'envisageons pas souvent sous ce rapport, aussi est-il entre nos mains un instrument de perfection à peu prés inutile.
3° Rappelons-nous souvent la rigueur du précepte qui nous oblige à le réciter et à le bien réciter. Nous oublions trop vite ce qu'il y a de grave et d'imposant dans cette obligation. Après en avoir été vivement frappés dans les premiers jours qui suivirent notre entrée dans les saints ordres, nous n'en ravivons point la pensée, et nous traitons cette œuvre sainte comme une œuvre commune; d'où résulte l'insouciante froideur avec laquelle nous nous en acquittons.
\J Soyons perpétuellement en garde contre la routine. On ne se figure pas les fruits dont elle
prive les bons prêtres eux-mêmes dans la récitation de l'office. Le saint prêtre seul est, par sa vigilance et sa piété, à l'abri de ses ravages.
5° Pour la conjurer, cette routine, pour la briser et la détruire, recourons, avant de commencer l'office, à quelque pensée saisissante qui frappe notre esprit et en fixe la légèreté. Disons-nous, par exemple : Si j'avais fait le vœu de bien réciter la partie de mon bréviaire que je vais dire, ou si elle m'avait été imposée pour pénitence, ou si je devais mourir après l'avoir dite, ou si je la disais aux pieds de Jésus- Christ visiblement présent, comment la dirai-je?
6° Ne récitons point l'office aussitôt après une vive commotion produite par un sentiment de joie, de peine, d'inquiétude ou d'embarras, quand nous verrons que ce sentiment absorbe en quelque sorte toutes nos réflexions. Dans ces circonstances, nous dirions l'office dans un état perpétuel de distraction, machinalement et sans aucun mouvement de piété.
7° Choisissons pour dire le saint office un lieu solitaire et convenable : quelque retiré qu'il soit, nous aurons toujours assez de distractions sans aller en quelque sorte au-devant d'elles dans des lieux où nous savons que nous en sommes ordinairement plus assaillis.
8° Faisons toujours, avant de commencer, quelques courts instants de préparation mentale. La prière Aperi, Domine, os meum, généralement adoptée dans l'Eglise, est excellente assurément; mais presque toujours, à cause de l'habitude que l'on a delà réciter, elle se dit. elle-même sans attention et sans piété. Avant de la dire, préparons-nous donc mentalement quelques instants, et ayons toujours
une attention toute spéciale au commencement de
chaque office; et quand nous réciterons la prière Aperij efforçons-nous de la dire lentement et pieusement, nous appliquant à goûter chaque mot et à en saisir le sens.
9° lîeprenon s rhaljitiide de réciler comme au séminaire cette prière préparatoire à genoux. C'est une grande erreur de croire que l'attitude extérieure est sans importance, et l'on verra qu'on sera bien plus satisfait des offices pendant lesquels on aura eu continuellement une pose décente et respectueuse.
10 J Pour la même raison, évitons de dire le saint office dans le lit quand nous ne sommes pas malades, ou nonchalamment étendus sur un siège, ou la tète appuyée, ou les jambes croisées, ou enfin dans quelque posture immodeste que nous nous empresserions de corriger à l'arrivée d'une personne quelconque, même d'une simple servante.
1 1° Étudions avec soin nos rubriques, consultons toujours notre Bref, et n'interrompons jamais notre office pour des causes frivoles. Le mépris de ces règles annonce un fonds de légèreté qui ne doit pas se trouver chez un prêtre.
12° Soyons fidèles à dire le saint office aux heures marquées : les petites Heures le plus tôt possible dans la matinée : Vêpres et Compiies dans l'aprèsmidi ; Matines et Laudes le soir, dès qu'il est permis de les commencer. Ne dérogeons à cette règle que par exception, et n'admettons l'exception que pour des causes graves. Nous ne balançons pas à ranger parmi les prêtres tièdes et relâchés ceux qui, sans motif, renvoient presque habituellement toutes les parties de leur office à la fin de la journée.
13° Pas de précipitation dans la récitation de l'office. Comment avoir quelque sentiment de piété en, récitant une prière vocale avec toute la volubilité dont la langue est susceptible? Agir ainsi, c'est montrer qu'on s'ennuie ; et s'ennuyer de louer Dieu, se hâter do mettre fin à l'entretien qu'on a avec lui, comment qualifier cette inconvenance? Moyennant quelques minutes, l'office sera récité comme il doit l'être : Difjnè, attenté ac devotè.
14° Nous allons conseiller une chose qui, malheureusement, ne sera pas observée par le trèsgrand nombre de nos confrères : c'est de faire une toute petite pause à la médiante et à la fin de chaque verset. Nous prions instamment nos dignes lecteurs de vouloir bien s'imposer cette obligation pendant un ou deux offices ; ils verront si Dieu ne récompensera pas leur fidélité à cet égard par un surcroît notable de piété et de ferveur.
15° Guerre impitoyable aux distractions! chassons-les dès que nous les apercevons : si elles sont par trop importunes, arrêtons-nous un instant, fermons noire livre, implorons l'assistance de Dieu et reprenons notre intention primitive. Pour prévenir les distractions, faisons, outre ce qui précède, une attention particulière au sens littéral, convenons avec nous-mêmes de nous rappeler la présence de Dieu quand nous rencontrerons quelques mots plus saints que les autres, par exemple, les mots Jcsus- Christus, Dominas, Deus, et surtout Gloria Patri. Faisons à chacun de ces mois ou une inclinaison de té te, ou un petit signe de croix avec un des doi gts qui tiennent le livre. Ces divers moyens ou autres semblables pro luiront infailliblement d'excellents effets.
1G° Enfin, récitons à genoux et avec beaucoup d'attention les prières finales et surtout le Sacrosanctœ, avec l'intention d'obtenir le pardon des fautes commises pendant la récitation du saint oiïice.
Telles sont les règles qu'observe le saint prêtre dans cette œuvre si importante. Puissions-nous les observer tous avec fidélité, et réciter constamment l'office divin de manière qu'il soit agréable à Dieu, utile à l'Eglise et sanctifiant pour nous-mêmes !