‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 40 sur 46 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Retraite annuelle. — Retraite du mois. — Préparation a la mort. — Règles et avis pratiques concernant les retraites.

— Le suprême moyen de renouvellement et de sanctification pour un prêtre, en quelque état qu'il

se puisse trouver, est incontestablement la grâce d'une retraite. Malheur à celui qu'elle laisse dans l'état où elle le trouve quand il y entre ! Sur quoi eomptera-t-il pour devenir meilleur, si les prodiges de grâce dont la divine miséricorde le comble pendant ces saints jours n'opèrent en lui aucun changement appréciable? Comment des moyens ordinaires produiront-ils ce qu'un moyen extraordinaire et pour ainsi dire irrésistible n'aura pas effectué ? Comment un fil soulèvera-t-il une masse que le puissant levier de la retraite n'aura pas ébranlée?

C'est une pensée qui doit nous frapper vivement quand cette faveur insigne nous est accordée. Chacun de nous doit dire alors avec certitude : Je vais savoir au juste de quoi je suis capable. Si je sors de la retraite tel à peu près que j'y suis entré; si je n'en sors pas renouvelé comme l'aigle, qui a quitté toutes ses vieilles plumes au temps de la mue pour en prendre de nouvelles, renovabitur ut aqui- Ix ; si je me rengage dans mon train de vie habituel, n'ayant ni plus de vigilance, ni plus de goût pour la prière, ni plus d'éloignement pour ma vie frivole et dissipée, ni plus d'ardeur à combattre mes défauts, ni plus de zèle pour ma sanctification et pour celle des âmes qui me sont confiées ; quelle est ma ressource, quel est mon espoir? Si les prêtres qui profitent d'une retraite autant qu'ils le peuvent ont une peine extrême à en conserver parfaitement les fruits jusqu'à la retraite prochaine, que devrais-je penser de moi-même si celle-ci s'écoule sans laisser dans mon âme des traces de son passage ?

Heureusement, nous aimons à le croire, il n'en

est point ainsi. Les efï'cts de la retraite sont trèsvariés, il est vrai; mais il n'est pas un prêtre qui n'en subisse, à un degré plus ou moins éminent, les bénignes influences.

Le mauvais prêtre, quand il y assiste, sonde quelquefois la profondeur de ses plaies, se réveille au tonnerre de la parole évangélique, s'humilie à la vue de sa hideuse misère, et laisse tomber quelques larmes aux pieds du fervent confrère qui lève la main pour l'absoudre.

Le prêtre tiède et relâché se reproche sa langueur, considère dans le recueillement de la retraite les infidélités sans nombre dont la dissipation lui dérobait la vue, reconnaît le mal qu'il a fait, le bien qu'il a omis, le peu de fruits de son ministère, et, sortant de sa torpeur, s'applique ces paroles qui ne lui conviennent que trop : Charitatem tuam prima m reliquisti. Memar esta undè excideris ; et âge pœnitentiam, et prima opéra fat : sin autem venio tibi, et movebo candelabrum tuam de loco tuo, nisi peenitentiam egeris.

Le bon prêtre ranime une ferveur qui s'était assoupie, combat des défauts dont il se dissimulait la grièveté, pose les bases d'une vie plus sainte, ravive le feu de son zèle, prépare dans sa pensée les bonnes œuvres auxquelles il va se livrer après la retraite, et médite avec fruit ces paroles du grand Apôtre : 'Attende lectioni, exhortationi et doctrime. Noli negligere gratiam qux in te est, aux data est tibi... cum impositione manuum presbyteri.

Le saint prêtre enfin, mieux disposé que tous les autres , reçoit aussi des grâces plus abondantes. Pas une inspiration qu'il n'accueille, pas un pieux m. 29.

désir qu'il ne réalise, pas un conseil qu'il ne convertisse en précepte. Déjà fervent, il devient bien plus fervent encore, et, saintement avide de la perfection sacerdotale qui fait ses délices, il sort delà retraite avec ces mots de saint Paul pour devise : Profectus meus manifestas sit omnibus.

— Puisque la retraite produit des fruits si étonnants, ne devons-nous pas nous imposer l'obligation de la faire tous les ans avec une inviolable exactitude? C'est la volonté de Dieu, c'est le vœu formel de l'Église, c'est l'ardent désir de nos vénérables pontifes, c'est la pratique des saints, c'est l'usage général du clergé, c'est le grand et souvent l'unique remède aux blessures que nous recevons de nos ennemis visibles et invisibles : que de raisons pour nous d'aller chaque année nous retremper dans la retraite !

Ne nous en dispensons jamais , et soyons convaincus que moins nous nous y sentons attirés , plus elle nous est nécessaire. C'est le manque de piété qui nous en détourne; et où retrouver la piété, si nous n'allons la chercher dans la retraite qui en est la source? Un prêtre qui n'estimerait pas ce salutaire exercice, qui s'en dispenserait sans scrupule , qui se réjouirait de s'en voir privé par un obstacle inattendu, et qui verrait, sans l'envier, le bonheur de ses confrères quand ils reviennent de la retraite tout brûlants de ferveur, devrait conclure à-coup sur qu'il en avait un immense besoin et que son état réclame d'importantes réformes.

Donc, prenons la ferme résolution de consacrer tous les ans quelques jours à la retraite. Si une im-

possibilité majeure ne nous permet pas de la faire en commun, sous l'œil de notre évèque, dédommageons-nous de cette privation par une retraite particulière soit dans une maison religieuse, soit chez quelque saint prêtre qui voudra bien nous procurer ce précieux avantage.

— Assistons à la retraite pastorale de notre diocèse, si des raisons très-graves n'y mettent pas obstacle, (l'est là que la volonté de Dieu nous appelle ; c'est là que nous trouvons les grandes grâces qu'il nous destine.

On dira peut-être qu'on aime mieux une retraite particulière qu'une retraite générale. C'est une mauvaise raison ; ce n'est pas ce qui nous plaît davantage que nous devons choisir, mais ce qui plaît à Dieu; or c'est à la retraite commune que Dieu nous appelle par l'organe de nos supérieurs.

On dira qu'on est plus recueilli dans une retraite particulière, qu'on y est mieux disposé et qu'on en tire plus de fruit. C'est encore une mauvaise raison ! on est recueilli partout quand on veut l'être. Dans les retraites pastorales, on voit une multitude de saints prêtres aussi recueillis que des trappistes ; venez en grossir le nombre, et puisque le recueillement vous plaît tant, soyez sur que l'exemple de votre récollection ne sera pas stérile. Quant aux fruits que vous croyez plus abondants dans une retraite particulière que dans une retraite générale, Dieu seul les connaît : vous prenez peut-être pour fruit an certain contentement que vous procure une retraite plus profonde ; mais qui vous a dit que Dieu ne voit pas en cela un goût personnel satisfait plu-

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tôt qu'un fruit réel ? Nous ne savons qu'une chose, c'est que Dieu qui nous appelle à la retraite commune, attache à cette retraite, et non pas à une autre, les grandes faveurs qu'il nous destine.

Il est regrettable et très-fàcheux de ne pas voir aux retraites pastorales les prêtres du diocèse qui, pouvant y venir, vont faire de préférence des retraites particulières. Souvent ces prêtres sont des modèles de ferveur et de régularité qui ne savent pas assez que leur présence seule dans les retraites générales est une prédication muette qui touche quelquefois plus la masse des retraitants que les prédications proprement dites. Si dans les retraites les instructions sont nécessaires, le bon exemple des saints prêtres Test peut-être encore davantage.

D'ailleurs, il estun autre service éminemment important que ces dignes ecclésiastiques sont peut-être seuls en état de rendre : nous voulons parler de la confession des prêtres pendant les retraites. Quels confesseurs choisiront ceux qui ont besoin de saints prêtres pour devenir saints eux-mêmes, si ceux qui leur conviendraient mieux qu'aucun autre ne fréquentent point les retraites communes? Nous dirons à cette occasion qu'un saint prêtre qui, sans raison légitime, refuserait de confesser ses confrères pendant la retraite, serait un prêtre égoïste qui, quelque irréprochable qu'il fut sur les autres points, ne le serait pas assurément sur celui-ci.

— Nous devons aller à la retraite avec des intentions saintes et un vif désir d'en profiter pour devenir meilleur.— Aller en retraite par curiosité, seraitce une intention sainte? — Y aller par un sentiment

dé plaisir, pour rompre la monotonie de ses habitudes ordinaires, pour y jouir d'un spectacle inaccoutumé, pour y retrouver d'anciens amis qu'on n'a pas vus depuis longtemps, serait une intention sainte? — Y aller parce que les autres y vont, et qu'on ne veut pas se singulariser et se faire remarquer par ses confrères, serait-ce une intention sainte? Y aller parce que les supérieurs exigent qu'on y aille et que l'on craint de perdre une partie de leur estime en n'y allant point, seraitce une intention sainte? — Y aller sans but, sans motif bien précisé, poussé en quelque sorte par le flot, serait-ce une intention sainte ?

Nous ne répondons pas à ces diverses questions, la réponse s'y faisant d'elle-même. Allons tous en retraite avec un désir ardent et sincère de nous corriger de nos défauts, de nous affermir dans le bien, de nous renouveler dans la ferveur et de devenir plus saints et plus parfaits. Puisque la retraite ne se fait que pour opérer en nous ces heureux effets, nous devons donc y porter une intention conforme aux desseins que la divine miséricorde se propose en nous offrant ce puissant moyen de salut.

Il est fort convenable de se préparer de longue main à la grâce de la retraite par un recueillement plus profond , par des prières mieux faites , par quelques pratiques de piété extraordinaires, et par des réflexions sérieuses sur les points principaux qui appellent une prompte et radicale réforme. On doit aussi prévoir , autant que possible , quelque temps à l'avance ce qui pourrait préoccuper et distraire pendant la retraite, mettre sa correspondance au courant , régler ses affaires domestiques , se

débarrasser de tous les soins de famille, visiter et confesser les malades, et prendre toutes ses mesures pour que le salut des âmes ne soit pas compromis pendant les jours d'absence,

Quand on a fait ainsi toutes ses dispositions et que le moment du départ est arrivé, c'est une bonne pratique d'aller quelques instants adorer le Saint- Sacrement et solliciter la bénédiction du divin Sauveur. On dépose à ses pieds toutes les pensées de pays, de famille, d'affaires, et même les craintes et inquiétudes relativement aux accidents qui pourraient survenir pendant la retraite.

— Un des grands obstacles aux fruits des retraites, c'est assurément la dissipation, comme nous le dirons bientôt. Or, avant qu'elle commence, avant même d'être arrivé au lieu où elle se donne, la dissipation est à craindre : nous voulons parler du voyage. Les voitures publiques étant encombrées d'ecclésiastiques qui se rendent à la retraite de tous les points du diocèse, il est assez naturel, si l'on n'est pas sur ses gardes, de se livrer à certains épanchements bruyants qui n'édifieraient guère, et qui seraient assurément une triste préparation à la grande grâce qu'on se dispose à recevoir.

Prenons garde, chers confrères, que le conducteur de la voiture où nous nous installons ne dise malignement aux gens du monde que, de tous les voyageurs qu'il conduit, ceux qui parlent le plus et qui rient le plus fort sont les prêtres qui vont en retraite. Nous avons souvent été témoin de la bonne tenue des ecclésiastiques en ces circonstances. La conversation était narfaitement convenable et les

exercices <le piété se faisaient avec une édifiante régularité. Mais quelquefois les choses se passaient d'une autre manière, et l'on prêtait un peu le flanc à la malignité des conducteurs. Evitons ces légèretés en quelque occasion que ce soit, mais bien plus spécialement quand nous sommes à la veille d'une retraite.

— Le moment de l'arrivée dans le local assigné pour les exercices de la retraite est encore une occasion de dissipation. Il règne toujours alors une agitation et un tumulte inévitables. Cependant les saints prêtres, qui doivent toujours être nos modèles, font le moins de bruit possible dans tout ce pêle-mêle ; ils se glissent modestement, humblement, furtivement en quelque sorte jusqu'aulieu où l'on fait connaître à chaque retraitant la cellule qu'il doit occuper, et dès qu'ils ont pris possession de la leur, ils vont sans délai où le cœur les conduit, c'est-à-dire au pied de l'autel pour y adorer le divin Maître et lui demander sa bénédiction. Quand ils se sont acquittés de ce pieux devoir, ils font avec diligence toutes leurs dispositions, saluant cordialement, mais sans bruit, quelques amis qu'ils rencontrent, et se plongent ensuite dans la retraite avant même qu'elle soit commencée.

Imitons ces fervents confrères, et plongeonsnous comme eux dans un profond recueillement sans lequel il n'y a point de retraite. 11 serait grandement à désirer que dès que le Veni Creator est entonné, on se fit scrupule, jusqu'au Te Dcum, d'un seul mot inutile. Si tous étaient observaveurs fidèles de ce pieux silence, il en résulterait une édifica-

lion générale, qui contribuerait beaucoup plus qu'on ne pense au succès de la retraite.

Malheureusement, cela n'est ni senti, ni compris par quelques-uns aux yeux desquels nos observations sur ce point sembleront peut-être minutieuses, quoiqu'elles soient réellement importantes. Ceux qui ne se reprochent point de manquer de recueillement ( ordinairement c'est le très-petit nombre ) sont habitués, chez eux, à parler tant qu'ils veulent sans le moindre contrôle, de sorte que , tout en rompant fréquemment le silence, ils se croient encore très-recueillis. Nous osons affirmer qu'ils profitent moins que tous les autres des grâces de la retraite. Encore s'ils étaient seuls à n'en pas profiter; mais en se dissipant, ils en dissipent d'autres qui peut-être, sans eux, observeraient le silence. Ce qu'il y a quelquefois de plus choquant en ceci, c'est que tandis que les anciens du sacerdoce, ces prêtres vénérables qui édifient tout le monde par leur ferveur, sont recueillis comme des religieux, ce sont de jeunes prêtres qui donnent l'exemple de la dissipation.

Si, par malheur, le prédicateur de la retraite n'était pas frappé lui-même de cet inconvénient et s'il n'insistait pas tout particulièrement et à diverses reprises sur la nécessité du recueillement, la retraite serait pour tout le monde beaucoup moins fructueuse que s'il en faisait vivement sentir la haute importance.

— Quand les exercices sont commencés, un des premiers soins, pour chaque retraitant , doit être de choisir un confesseur et de préparer sa confes-

sion. Ce choix, comme nous l'avons fait observer ailleurs, est un point d'une extrême gravité. Ses supérieurs voulant donner une grande latitude pour mettre les consciences parfaitement à l'aise, accordent des pouvoirs à un grand nombre de prêtres ; mais il s'en faut beaucoup que tous conviennent également à chacun.

Nous prions nos lecteurs, quand ils en seront là, de revoir les règles que nous avons posées dans le chapitre précédent, à l'article : Choix d'un confesseur, et de s'en faire une application exacte et consciencieuse ; il est plus que probable que, pour eux, le fruit de la retraite dépend de ce choix important. Nous ajouterons seulement à ce que nous avons dit au lieu que nous venons d'indiquer, que, toutes choses égales d'ailleurs, ils feraient bien de choisir pour confesseur quelque fervent directeur de séminaire, qui, ayant des habitudes de règle, de retraite et & étude, convient généralement mieux que bien d'autres pour rappeler ces trois grandes bases de la vie ecclésiastique à des prêtres qui les ont quelquefois fortement ébranlées.

Quant à la confession, aux qualités qu'elle doit avoir, aux points principaux sur lesquels on doit insister, et aux autres détails qu'elle embrasse, nous ne pouvons encore que renvoyer nos lecteurs au chapitre précédent que nous les engageons à relire en entier dès le commencement de la retraite. Du reste, s'ils ont le sincère désir de se corriger de leurs défauts, de se renouveler dans la ferveur et de ressusciter la grâce assoupie dans leur âme , selon l'expression de saint Paul, ils choisiront certainement un confesseur tel qu'il le leur faut, et leur

confession sera excellente. Qu'ils se souviennent que ce n'est pas seulement d'une absolution qu'ils ont besoin, mais qu'une direction approfondie et très-détaillée leur est strictement nécessaire.

On demandera peut-être s'il est à propos de faire des confessions générales ou des revues pendant la retraite. A cela nous répondrons que, si Von a choisi un excellent confesseur, et si l'on s'est ouvert à lui avec une sincérité parfaite, lui ayant fait connaître l'état de son âme aussi bien que possible, il faut s'en rapporter à sa décision. On peut dire que, pour l'ordinaire, une confession générale plus ou moins complète, ou du moins une revue depuis la dernière, si celle-ci a été bonne, est très-utile pendant le saint temps de la retraite. Nous conseillons seulement de faire cette confession générale ou cette revue dès les premiers jours, et de ne pas s'en occuper tellement qu'on ne donne presque aucune application aux exercices communs; car alors il arriverait, comme le disait un jour un saint et savant religieux, qu'on Jferait une confession, mais qu'on ne ferait pas de retraite.

— La fidélité ponctuelle à tous les exercices du règlement de la retraite est une condition essentielle de son succès. Il n'y a point d'exercice peu important dans une retraite ; ils forment un tout complet auquel il faut éviter de faire la moindre brèche. La grâce majeure et décisive dans ces saints jours est quelquefois attachée à un point du règlement qui semble peu considérable en lui-même.

On ne doit jamais, sans une raison très-grave, se dispenser d'un exercice qui se fait en commun.

Il n'est pas ('(liftant de voir un grand nombre de

prêtres réciter le saint office en se promenant dans les jardins pendant que tous les autres le récitent dans l'église. Il serait bien moins édifiant encore de les voir se réunir après cette récitation pour causer et rire comme s'ils étaient en récréation. Dieu ne parle point au cœur de ceux qui se licencient de la sorte : Non in commotione Dominus.

— Les prédications doivent être entendues avec le respect qui est dû à la parole sainte. Une seule pensée doit occuper notre âme pendant que Dieu lui parle par l'organe de son ministre : c'est de profiter de chaque mot pour notre avancement spirituel et de nous en faire immédiatement l'application pratique.

Si nous voulons juger le prédicateur au point de vue de la science et du talent, si nous nous livrons au transport de l'admiration, si nous nous permettons la causticité de la critique, si nous négligeons le fond pour ne penser qu'à la forme, si nous ne rentrons pas en nous-méme après chaque instruction, si nous en attendons une nouvelle avec impatience, ne goûtant pour ainsi dire dans la retraite que des discours éloquents du prêtre qui la prêche, et ne trouvant rien à faire dans notre intérieur pendant les intervalles qui séparent les prédications, nous sommes en retraite sans y être; nous y sommes de corps, nous n'y sommes pas d'esprit et de cœur ; les grâces coulent à flots devant nous, mais sans aucun profit pour notre âme.

Toute prédication, qu'elle qu'elle soit, même la plus simple, la plus commune, la moins remarqua-

Lie sous Le rapport du style et des pensées, est excellente pour nous si nous en voulons profiter ; toute prédication, au contraire, quelque éloquente, quelque sublime qu' elle puisse être, nous est inutile si nous ne descendons pas dans notre âme après Favoir entendue, pour y opérer les réformes dont elle uous a découvert la nécessité. Que de discours infructueux dans les retraites ecclésiastiques, quand on n'est pas profondément convaincu de ces vérités ! Donc , allons entendre le prédicateur comme si c'était Jésus-Christ lui-même qui nous parlât. Demandons à Dieu par une prière fervente, avant chaque instruction, la grâce de mettre à profit toutes les paroles qui vont nous être adressées ; et cette grâce, demandons-la également pour tous nos confrères. Après l'instruction, repassons-la dans notre esprit, méditons-la soigneusement devant Dieu et gravonsla pourravenirdanslemémorialde notre retraite. Il arrive souvent que des prêtres disent après ces saints jours : « Quelle excellente retraite nous avons eue ! » quele prédicateur qui nous l'a donnée est profond ! » qu'il est éloquent ! qu'il connaît bien le cœur hu- » main ! qu'il traite bien les affaires ecclésiastiques ? » Jamais nous n'avions eu une si bonne retraite ! » Tout cela peut-être vrai à ne considérer que le prédicateur et les bonnes choses qu'il a dites : mais n'oublions pas que c'est nous, autant et plus que lui, qui faisons les bonnes retraites. Il a bien fait son devoir, que Dieu en soit béni ! Mais avons-nous fait le nôtre? Voilà l'essentiel. Il a prêché une bonne retraite, c'est fort bien; mais elle n'est réellement bonne que si nous en avons tiré tous les fruits qu'il attendait des ressources de son talent, des efforts de son zèle.

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— Les récréations sont périlleuses dans un temps de retraite. C'est là qu'on est exposé à perdre en quelques instants, par la dissipation, les grâces qu'on avait amassées dans le recueillement; c'est là qu'on se permet la critique du prédicateur; c'est là qu'on cesse de parler à Dieu pour se repaître de mille frivolités et de mille petits riens qui remplissent l'àme et dont le souvenir se représente pendant les exercices spirituels : c'est là qu'on apprécie , qu'on discute et que l'on censure même les mesures disciplinaires proclamées par l'évéque.

On a vu quelquefois des retraites avorter totalement à l'occasion de semblables mesures publiquement annoncées. Quand elles n'étaient pas du goût de plusieurs, quand on prévoyait qu'on aurait à en souffrir, quand, pour telle ou telle cause, on les désapprouvait, alors on émettait avec chaleur son opinion personnelle, on s'évertuait à la faire prévaloir, on combattait ceux qui se faisaient les apologistes des règlements épiscopaux, on entraînait les indécis, on revenait sur cette matière pendant les récréations suivantes et quelquefois hors hors des récréations, et la retraite, commencée dans le recueillement, finissait dans une espèce de dissipation générale. Pour cette raison, nous sera-t-il permis de prier humblement nos vénérables pontifes de renvoyer, autant que possible, à la fin des retraites les communications qu'ils auront à faire à leur clergé, surtout quand ils pourront prévoir qu'elles rencontreront dans certains esprits quelques mauvais germes d'opposition ?

Dans les récréations, imitons le saint prêtre. Il est saint dans cet exercice comme partout ailleurs;

il y porte une douce gaîté, une charité qui ne se dément jamais, et un respect pour l'autorité qui édifie ceux-là mêmes qui s'en écartent. S'ilserelàche un peu de la rigueur de son recueillement, c'est pour débander l'arc et non pour le rompre; s'il parle du prédicateur, c'est pour rappeler les bons conseils qu'il donne et non pour porter sur ses discours un jugement académique ; s'il s'entretient avec ses confrères des nouvelles mesures adoptées parle prélat, c'est pour en faire ressortir l'utilité et jamais pour en faire l'objet de ses censures. Aussi sort-il de ses récréations dansl'étatdc ferveur où il était avant d'y erïtrer, et tout aussi disposé à reprendre la chaîne de ses pieux exercices que s'il ne les eût pas interrompues par une heure de délassement et de repos.

— L'adoption d'un règlement de vie est, dans la retraite, un point essentiel. L'un des plus grands fléaux que les prêtres aient à redouter est incontestablement le défaut d'ordre. Quand un ecclésiastique renonce à la vie de règle, il n'a presque plus pour boussole que le caprice et l'inspiration du moment. Il commet une foule d'infidélités et ne fait en quelque sorte le bien que par hasard ; souvent même le bien qu'il fait n'est pas à sa place. Si donc nous voulons perpétuer les fruits de la retraite, nous n'en devons pas sortir sans y avoir adopté un règlement de vie, ni sans avoir promis formellement à Dieu et à notre confesseur, qui en tient la place, d'y être inviolablement fidèle jusqu'à la retraite prochaine.

Ne l'oublions pas : une retraite qui ne produit de fruits que pendant quelle dure est une retraite man-

ôlL —

rjiiée. Ce n'est pas pendant la retraite, ni même le dernier jour de la retraite, que nous pouvons voir si elle est bonne; c'est quand elle est passée que nous savons à quoi nous en tenir sur son mérite. Or, pour que l'avenir ne vienne pas démentir le présent, il faut quenous formulions un règlement et que nous nous l'imposions comme une loi sévère. Dans ce règlement, nous devons fixer l'heure du lever, le temps que nous voulons donner à la méditation, l'heure habituelle de notre messe, des confessions, de la visite des malades, de l'examen particulier, de la lecture spirituelle et des autres exercices que pratiquent les saints prêtres ; nous devons marquer quand nous nous confesserons et comment nous nous confesserons ; nous devons noter spécialement ce qui regarde le jeu, la promenade, les voyages et les festins ; nous devons mentionner tout particulièrement notre défaut principal et les moyens à prendre pour le détruire. Enfin il est trèsconvenable que nous communiquions ce règlement à notre confesseur de la retraite, pour qu'il l'approuve ou le modifie comme il lui plaira, et à notre confesseur habituel après la retraite, pour qu'ilnous aide de tout son pouvoir à l'observer avec fidélité.

— En retournant dans nos paroisses, nous retrouvons encore le danger d'un voyage. Il va sans dire qu'étant renouvelés parla grâce de la retraite, nous devons annoncer ce renouvellement par un surcroit de modestie, de recueillement et de réserve dans nos paroles et dans tout notre extérieur. La dissipation, qui n'était rien moins qu'édifiante quand nous allions à la retraite, serait scandaleuse

quand nous en revenons. Veillons donc sur nousmêmes avec beaucoup d'attention et faisons voir à tous nos confrères que, comme saint Paul, nous avons mis à profit la grande grâce qui nous a été accordée : Gratin Dci in m? vacua non fuit.

Une fois rendus à nos habitudes ordinaires, mettons-nous à l'œuvre avec un saint zèle. Exécutons dès le premier jour notre règlement. Notons comme une faute la plus légère infraction que nous aurons à nous reprocher, et ne manquons pas de nous en confesser comme d'un péché réel. Prions notre confesseur de nous prêter main-forte et d'appuyer particulièrement sur tel ou tel point dont la lumière de la retraite nous aura découvert l'importance. Imposons-nous quelque pénitence, même assez sévère, quand nous avons violé sans cause légitime un des articles de notre règlement. Figuronsnous que nous sommes encore en retraite et efforçons-nous d'en prolonger la ferveur. Souvenonsnous que si nous changeons, nous, les vérités qui nous auront frappés resteront immuables : Veritas Domini manet in&tcrnum. Puisque la retraite uous a fait goûter un bonheur pur et sans mélange, perpétuons la retraite pour que la même cause continue de produire les mêmes effets. Enfin rendons compte de temps en temps, tous les mois, par exemple, à notre confesseur de la retraite, de l'état de notre âme depuis que nous en sommes revenus .

Cette pratique est excellente, mais elle est malheureusement très-rarement observée. Quand, sous la direction d'un saint prêtre, nous avons fait une bonne retraite, il ne demanderait pas mieux assu-

rément que de nous aider à en conserver les fruits par des rapports épistolaircs ; ce serait pour lui une douce consolation, et pour nous un avantage inappréciable. Quel bonheur si, vivant de la sorte jusqu'à la prochaine retraite, nous venions y puiser de nouveau des grâces plus abondantes encore !

— Le temps étant bien long d'une retraite à l'autre, et pendant cet intervalle, la pente au relâchement se faisant bientôt sentir, les maîtres de la vie spirituelle ont conseillé, et les saints prêtres observent avec fidélité une pratique très-avantageuse que nous croyons devoir indiquer en terminant ce chapitre. Cette sainte pratique est connue sous le titre de Retraite du mois, et l'on s'y propose non-seulement de se retremper dans la retraite, mais encore de se préparer à la mort. Voici la. manière dont elle se fait, telle qu'elle est consignée dans un ouvrage lithographie, intitulé : Plan (rime vie sacerdotale.

« La veille du jour que j'aurai choisi pour la retraite du mois, avant le souper, visite au Saint- Sacrement pour demander à Notre-Seigneur la grâce de bien faire cette retraite; récitation du Veni Creator et de Y Ave Maria; prière à l'Ange gardien et au saint protecteur que j'aurai choisi ; récitation du chapelot dans la môme intention.

» — Le lendemain, me lever avec promptitude et ferveur en union des réveils de Jésus-Christ.

» — A la sainte messe, communiou en esprit de viatique ; pendant l'action de grâces, rénovation des promesses cléricales et méditation sur la principale cause de mon relâchement.

» — Pendant la journée, une plus grande fidélité dans les exercices de piété ; la lecture spirituelle dans ce Plan de vie (c'est l'ouvrage d'où nous avons extrait cette méthode). Je déterminerai après cette lecture quelque point particulier auquel j'aurai été plus infidèle et auquel je m'appliquerai pendant le mois suivant. Enfin visite au Saint- Sacrement et préparation à la mort.

» Voici les principaux actes de cette préparation, à laquelle je ne manquerai jamais, tels à peu près qu'ils se trouvent dans le Manuel de piété à V usage des séminaires, où je trouverai en même temps des règles plus détaillées pour la retraite mensuelle :

» 1° La méditation pendant une demi-heure ou une heure des points suivants : Qu'est-ce que la mort? — Quelle a été ma vie passée par rapport à la mort? — Comment voudrais-je avoir vécu à l'heure de la mort ? — Quels moyens dois-je prendre pour me procurer une sainte mort?

» 2° L'acceptation de la mort par les motifs de soumission à la volonté divine, de pénitence, do religion, etc., qui sont propres à cet acte.

» 3° Une prière fervente pour demander à Dieu la grâce de bien mourir.

» i° La lecture de quelque partie au moins des prières de l'Extrème-Onction et de la recommandation de l'âme. »

Daigne le Dieu de toute miséricorde répandre la plénitude de ses dons sur ceux qui liront ce chapitre, et leur accorder la grâce de s'en souvenir avec fruit pendant les retraites qu'ils auront le bonheur de faire !

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