‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 6 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Foi. — Vie et esprit de foi. — Pratique de la vie de foi. — Pureté d'intention.

— La foi, dit saint Àmbroise, est le fondement solide de toutes les vertus : Fidcs wrtutum omnium stabilc fundamentum. Si vous m'ôtez la foi, quelles vertus (chrétiennes surtout) me laissez -vous ? Comment espérerai-je en Dieu, comment l'aimerai-je si, avant tout, je ne crois pas en lui? Comment pratiquerai- je l'humilité, la mortification, la patience, la chasteté, si je ne crois pas fermement m. 4

que Dieu me fait de ces vertus un commandement formel, et qu'il me réserve des châtiments terribles si je les viole ?

Mais si en m'enlevant la foi vous m'enlevez les autres vertus, quel zèle puis-je avoir pour cultiver chez autrui ce que je néglige en moi-même ? Et si je ne travaille ni à ma sanctification propre, ni à celle des âmes qui me sont confiées, quel prêtre suis-je, et surtout quel pasteur ?

C'est la considération de ces vérités saisissantes qui nous a valu cette excellente maxime de saint Yincent-de-Paul : « Il est absolument nécessaire, » soit pour notre avancement, soit pour le salut » des autres, de suivre toujours en toutes choses » la lumière de la foi. »

— Nous croirions faire injure à nos vénérables confrères, si nous insistions davantage sur des vérités si évidentes. En matière de foi, ce n'est pas sur la nécessité de cette vertu qu'il peut s'élever des doutes dans rame des prêtres. Tous reconnaissent, en principe, cette impérieuse nécessité.

Nous dirons seulement avec Fauteur du Directoire du prêtre : « Ne vous commettez point avec les incrédules, mais, dans l'occasion, sachez défendre avec hardiesse et sans respect humain votre foi. Adoptez de confiance toutes les pratiques que l'Église recommande et obéissez avec une soumission filiale aux ordonnances qu'elle porte. Jamais de murmures sur la rigueur de la loi, de recherches inquiètes sur -son motif, de réflexions pleines de critiques sur son opportunité. Jamais de ces termes qui ne se retrouvent que sur les

lèvres des rebelles : C'est de la tyrannie, c'est du despotisme, c'est de l'arbitraire (1). »

Ceci posé, nous disons que c'est particulièrement sur l'exercice, sur la vie de la foi qu'il importe d'appeler l'attention de nos lecteurs, et c'est aussi ce que nous allons faire dans ce chapitre.

Nous venons de parler de la vie de la foi ; c'est que c'est effectivement le mot prbpre. Nous trouvons en quatre endroits de la sainte Ecriture cette sentence, qui mérite d'être approfondie : Le juste vit de la foi. Comme il est clair que c'est de la vie de l'âme qu'il s'agit ici, il faut donc croire qu'il y a pour l'âme un aliment spirituel propre à entretenir, sous un certain rapport, son principe vital. Or cet aliment, Dieu nous le déclare, c'est la foi : Jus tus meus ex fide vivit.

Considérons, pour nous en convaincre, ce qui se passe dans l'âme d'un infidèle, d'un pauvre sauvage, par exemple, qui n'a pas la moindre connaissance des vérités révélées. Le voilà forcément circonscrit dans les limites étroites de la raison ; c'est dans cette enceinte que s'exercent les actes de son intelligence ; c'est en lui-même, c'est dans ses instincts personnels qu'il trouve les motifs dirigeants de sa conduite. Mais Dieu survient ; il lui parle ou lui fait parler, il lui révèle des vérités, lui impose une loi, lui en fait connaître l'étendue,

(1) Directoire du prêtre, par le P. Valuy, de la compagnie de Jésus. Ce petit ouvrage est excellent, et nous ne saurions trop le recommander à nos lecteurs. C'est un compendium fort remarquable de tous les devoirs du prêtre, considéré dans sa vie publique et dans sa vie privée. Nous l'appellerions volontiers l'Imitation du prêtre.

lui propose son ciel pour récompense s'il Yéhserve, le menace d'un éternel châtiment s'il la viole, et, après lui avoir tracé la ligne de ses devoirs, lui offre les moyens assurés de les remplir. Voilà pour l'âme de cet infidèle comme un monde immatériel qui se déroule ; la voilà transportée dans les espaces infinis de la foi. Sa vie et les actes de sa vie s'exerçaient dans le domaine limité de la raison ; et maintenant la lumière admirable de la foi, comme l'appelle saint Paul, lui découvrant une terre nouvelle, des cieux nouveaux et d'immenses horizons, imprime à tous ses actes une direction suréminente. Elle subit en quelque sorte une seconde naissance. Elle puise en Dieu et dans la foi dont Dieu l'éclairé une vie sainte et saintement féconde, qui lui était totalement inconnue, et elle devient une créature nouvelle, selon ces belles paroles du grand Apôtre : Si quelqu'un est régénéré en Jésus-Christ, le voilà devenu une nouvelle créature : tout ce qui était du vieil homme est passé pour lui; il marche dans la nouveauté de la vie.

On le voit, si cette âme se laisse docilement conduire par le principe de foi qu'elle possède, tout est changé pour elle, tout jusqu'à ses actes les plus indifférents, jusqu'à ses sentiments les plus intimes. La vie de l'homme était sa vie, et maintenant la vie de Dieu même est la seule qui lui convienne : Vivo...., jam non ego, vivit vero in me Chris tus. Le naturel était son élément, le surnaturel prend sa place. In fide vivo Filii Dei. Elle vivait sur la terre, et maintenant c'est dans le ciel qu'elle s'épanouit : Regnum Dei intrà vos est. Oui ne recon-

naît qu'une vie nouvelle s'est emparée de cette âme, qu'elle en ressent la divine influence, et que, si elle le veut, cette vie va être la source de ses mérites et le germe de son éternelle gloire? Voilà la vie de la foi telle que nous l'entendons.

Malheureusement cette vie de l'âme est loin d'être la même dans les divers individus qu'elle anime. Chez les uns, elle a, comme la vie du corps, sa faiblesse au début, son accroissement de force et d'énergie dans le progrès ; puis elle a quelquefois ses langueurs, ses défaillances, ses maladies, et même trop souvent son extinction complète. Chez les autres, elle a son développement rapide, son ardente vigueur, ses généreux tressaillements, et cette constante plénitude de force qui annonce une santé parfaite.

D'où vient cette différence entre deux âmes parfaitement semblables par leur nature et par la foi qu'elles possèdent? D'où vient que l'une est faible, languissante, souffreteuse, maladive, épuisée, tandis que l'autre est saine et vigoureuse, ardente et toujours en action? C'est que l'une vit de la foi, et que l'autre n'en vit point. Pourquoi ce prêtre est-il tiède, apathique, négligent, peu soucieux de la perfection? Parce que la vie de la foi n'est point sa vie. Et pourquoi cet autre est-il zélé, pieux, fervent, et toujours appliqué aux œuvres de son divin ministère? Parce que son âme vraiment sacerdotale se retrempe sans cesse dans l'élément de la foi.

— Mais, dira peut-être un de ces prêtres tièdes dont nous venons de parler, j'ai la foi cependant,

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