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et je crois d'une foi ferme tout ce que croit mon fervent confrère : d'où vient donc cette différence entre lui et moi, différence, au reste, que je suis forcé de reconnaître ?
La réponse à cette question nécessite une observation éminemment importante, et que nous recommandons spécialement à nos dignes lecteurs. Posséder la foi — et vivre delà foi, sont deux choses que l'on aurait grand tort de confondre. Que d'hommes perdus de vices et noirs de crimes tiennent encore renfermé au milieu de ces ordures le précieux don de la foi? Ils possèdent la foi ! cela n'est pas douteux, mais vivent-ils de la foi ? Est-ce d'eux que Dieu parle quand il dit par son apôtre : Mon juste vit de la foi ? Nous savons bien qu'ils sont exclus de cet heureux privilège.
On peut donc avoir la foi, et ne pas vivre de la foi. La différence entre ces deux états est exactement la même que celle qui se trouve entre deux grains de blé, dont l'un serait enfoui dans un tas de cendre, et l'autre déposé dans une terre bien préparée et propre à développer la fécondité de son germe. Ce sont deux grains de blé parfaitement semblables sous le rapport du poids, de la forme et de la qualité ; et cependant l'un ne produit rien dans son tas de cendre, et l'autre rapporte au centuple dans la bonne terre à laquelle on le confie. Ainsi en est-il du don précieux de la foi. Improductif dans l'Ame du prêtre tiède, il opère des merveilles dans celle du saint prêtre.
— C'est une chose bien frappante que cet immense variété d'effets que la foi produit dans les
âmes, selon que ces âmes se laissent plus ou moins influencer par l'action, par la vie de cette foi.
Voyez une foule nombreuse de chrétiens au jour d'une de nos grandes solennités : supposez que dans cette multitude il ne se rencontre pas un seul incrédule, mais que, à cela près, toutes les misères spirituelles comme toutes les richesses de la grâce, tous les vices comme toutes les vertus s'y trouvent réunis. Pas une de ces âmes qui ne croie ce qu'elle doit croire. Le formulaire de la foi à la main, allez de rang en rang ; interrogez-les toutes sur la foi qu'elles professent, vous serez édifié de leurs réponses. Ce que l'une croit, toutes le croient ; en fait de croyance, l'unanimité est complète.
Qui ne croirait que cette foi, parfaitement identique chez les divers individus dont la masse se compose, va produire sur chacun des effets uniques comme elle-même? Comment ne pas s'attendre à voir la même cause produire les mêmes effets? Qu'il est loin cependant d'en être ainsi ! Vous ne trouverez pas dans cette assemblée deux personnes qui exploitent leur foi d'une semblable manière. Les uns y puiseront des vertus sublimes ; les autres ne lui emprunteront pas même le courage d'attaquer sérieusement un de leurs vices ; et dans cette foule innombrable vous aurez, avec des nuances infinies, tout le bien et tout le mal, toute la perfection et toute la misère dont les pécheurs, les tièdes et les fervents nous offrent le spectacle. Et la foi réside dans toutes ces âmes ! Et les vérités les plus terribles sont admises par les pécheurs les plus endurcis comme par les âmes les plus saintes ; par les pécheurs que leur foi devrait faire frémir et qui
ne frémissent point; parles âmes saintes que leur foi devrait rassurer et qui vivent quelquefois dans les transes de l'épouvante î
— Que ces réflexions sont saisissantes relativement aux prêtres, et qu'elles devront être fécondes en bons résultats, si elles sont pesées avec la sérieuse attention qu'elles méritent !
Considérez, par exemple, cette multitude d'ecclésiastiques au temps d'une retraite pastorale. Voyez-vous cette masse compacte, groupée autour de la chaire d'où tombent les paroles graves de l'homme de Dieu qui évangélise ses frères ? Qui n'a pas la foi parmi tous ces prêtres? Oui d'entre eux voudrait s'arrêter avec une délibération formelle à rouler dans son esprit le plus léger doute sur un point dogmatique quelconque ? Personne assurément ; car ici, plus que partout ailleurs, la foi repose dans les âmes : oui, très-certainement, ces vénérables docteurs de la foi possèdent la foi qu'ils prêchent. Mais, hélas ! vivent-ils tous de la vie de la foi ? Tous sont-ils les justes de Dieu dont la foi est l'élément vital : Justus meus ex fide vivit ?
Cherchons dans leurs œuvres la réponse à ces questions. Ce que nous avons dit plus haut des simples fidèles, ne pouvons-nous pas le dire de cette assemblée cléricale? Y a-t-il, dans cette multitude, deux prêtres qui mettent leur foi en pratique de la même manière? identique chez tous, quant au simple point de la croyance, est-elle également identique dans les sentiments qu'elle inspire et dans les œuvres qu'elle produit ? Qui ne sait la variété infinie que présente, à cet égard, la con-
duite de chacun de ces prêtres ? L'un puise dans la foi le goût de la retraite, de la piété, de l'étude et de tout ce qui se rattache à l'exercice de son divin ministère ; l'autre, malgré sa foi, s'ennuie dans la retraite, languit dans la piété, renonce à l'étude et donne à l'ensemble de son ministère l'aspect d'une terre en friche.
D'où vient donc cette différence dans deux âmes de prêtre illuminées de la même foi? Cela ne saurait être douteux pour personne : il est clair que, quoique ces deux prêtres aient la foi, un seul a la vie de la foi : Jus tus meus ex fuie vivit.
— Celui qui vit pleinement de la foi est tout illuminé, tout pénétré des vérités éternelles ; il les voit en quelque sorte, il les approfondit, et le voile qui les couvre semble avoir disparu pour lui : Aufertur vclamen. Quand on a simplement la foi, on croit les vérités de la foi, on y pense, on les médite ; mais on n'en est point frappé comme l'est celui qui, outre la foi, possède à un éminent degré l'esprit de la vie de la foi. Le premier les voit de loin, vaguement, et au travers d'un épais nuage ; le second, au contraire, les voit de près ; il les voit en lui-même et pour ainsi dire sans ombre.
C'était dans cette heureuse disposition que se trouvait Moïse, de qui l'Esprit saint a dit ces belles paroles : Inmsibilem tanquàm viclens suslinuit. Si chacun- de nous était, au regard des vérités de la foi, comme Moïse, tanquàm viclens, nous serions tous des saints ; car cette vue perçante de l'invisible nous détacherait tellement de la terre, nous inspirerait un si profond mépris pour nous-mêmes,
et une ardeur si vive pour Dieu et pour son service, que rien ne nous coûterait pour arriver au degré de sainteté où nous sommes appelés.
Malheureusement il n'en est pas ainsi, du moins pour plusieurs. Nous croyons les vérités de la foi, nous ne les saisissons pas : nous les méditons sèchement et avec effort, nous ne les contemplons pas de c;' - > fixe el assuré qui semble les rap- ;er et les dévoiler : fnvisibilém tanquàm videns sitstinuit. Si nous pouvions voir l'enfer et ses tourments seulement quelques instants, nous renverserions avec facilité tous les obstacles au salut, et le martyre même ne nous effrayerait point. Mais comme nous nous bornons à le méditer froidement el à distance, nous en sommes peu touchés, et sa pensée n'opère pas en nous de notables réformes.
Les saints il est vrai, ne voient pas plus que nous, sur la terre, l'enfer en réalité ; mais par la foi vive dont ils sont animés, ils le voient d'une certaine manière lumineuse et pénétrante qui nous est inconnue.
Le P. Lallemant, dans sa Doctrine spirituelle, résume admirablement les réflexions qui précèdent : « Bans la méditation, dit-il, on ne voit les choses » que confusément, comme de loin, et d'une ma- » niere plus sèche. La contemplation les fait voir » plus distinctement et comme de près. Elles les » fait toucher, sentir, goûter, expérimenter dans » l'intérieur. Méditer sur l'enfer, par exemple, » c'est voir un lion en peinture ; contempler l'enfer, » c'est voir un lion vivant. »
Sans doute les vérités de la foi sont et seront
toujours mystérieuses et cachées ici-bas, mais le voile qui les enveloppe est si épais pour nous, et si transparent pour les justes de Dieu qui vivent de la foi, que cela explique la ferveur de leur àme et la froideur de la nôtre, — la générosité de leurs sacrifices et la lâcheté dont nous faisons preuve dès qu'il faut combattre.
Pourquoi la pensée de la douloureuse passion de Nôtre-Seigneur produit-elle en nous si peu d'émotion et pourquoi cette même pensée fait-elle éclater en sanglots saint François d'Assise ? Nous croyons ce qu'il croit , nous méditons ce qu'il médite : c'est vrai, mais cette vérité, que nous croyons et que nous méditons tous les deux, il la voit, lui, d'une vue profondément saisissante qui attendrit son cœur et fait couler ses larmes ; tandis que nous la voyons, nous, d'une vue confuse, affaiblie, effacée en quelque sorte, et incapable de produire une impression vive.
(l'est une grâce particulière, dit-on, à laquelle tout le monde ne saurait prétendre. — Oui., sans doute, c'est une grâce particulière ; mais cette grâce est la récompense d'une vie sainte : embrassons une telle vie, et nous verrons si Dieu ne la récompensera pas d'une semblable faveur. S'il croit devoir nous la refuser par une conduite secrète de sa providence, la vie sainte que nous mènerons nous permettra du moins de nous consoler de ce refus, en pensant qu'il est une épreuve et non un châtiment.
Ne nous abusons point : si nous ne voyons pas les vérités delà foi de cette vue claire et pénétrante que nous admirons chez les saints, c'est uni-
quement parce que nous mettons entre ces vérités et notre àme des frivolités qui nous distraient, des résistances à la grâce qui nous éloignent de Dieu, et une multitude de défauts que nous ne combattons point et qui nous aveuglent. Renversons courageusement tous ces obstacles ; travaillons sérieusement à devenir des saints, et les grandes vérités qui nous touchent si faiblement aujourd'hui agiront certainement alors sur notre àme avec une irrésistible puissance.
— Que conclure des considérations qui viennent de nous être soumises, sinon que nous devons, à quelque prix que ce soit, vivre constamment de la vie de la foi. puisque en dehors de cette vie, nous ne pourrons jamais remplir avec un plein mérite pour nous-mêmes, ni avec abondance de fruits pour les autres, les saintes fonctions de notre ministère.
Or, qu'est-ce vivre de la vie de la foi ? Écoutons et pratiquons.
Vivre de la vie de la foi, c'est ne regarder les choses que selon les vues que la foi en donne, n'en juger que par ses lumières, ne les estimer que selon le prix et la valeur quelle y attache.
Vivre de la vie de la foi, c'est mépriser ce que le monde estime, et estimer ce qu'il méprise quand il faut choisir entre le monde et l'Évangile : c'est, par exemple, se séparer des enfants du siècle qui s'écrient comme des insensés : Heureux les riches ! heureux ceux qui s'amusent ! heureux ceux que le monde encense ! et opposer à ce langage de la terre les béatitudes que Jésus-Christ proclame :
Heureux les pauvres ! heureux ceux qui pleurent! heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice !
Vivre de la vie de la foi, c'est n'entreprendre rien par un motif purement humain, mais toujours par une considération puisée dans Tordre surnaturel, en sorte que ce soit toujours une vue de foi qui fasse agir, dans les œuvres les plus communes comme dans les fonctions les plus relevées et les plus saintes.
Vivre de la vie de la foi, c'est enfin entretenir celte divine vie, la fortifier, la développer chaque Jour davantage, non-seulement en faisant tout ce qui vient d'être dit, mais encore en nourrissant son âme des vérités chrétiennes, les rappelant souvent à sa pensée, les choisissant pour sujet de ses méditations les plus ordinaires, et cherchant en elles seules les lumières, la force et les consolations dont on a besoin dans ses doutes, dans ses combats et dans ses peines.
— Voilà quelle devrait être la vie de tous les chrétiens, puisqu'ils sont tous régénérés en Jésus- Christ, que l'Évangile est leur régie, et qu'ils ont la foi pour étendard. Mais combien cette vie de foi n'est-elle pas plus obligatoire pour le prêtre qui la prêche en chaire, qui l'insinue au tribunal de la pénitence, qui en fait à chaque instant profession publique dans les fonctions toutes divines qu'il remplit î Où faudra-t-il chercher la vie de la foi si le prêtre lui-même ne la connaît point ?
Le prêtre n'est grand que par la foi; c'est d'elle qu'il tire tout Y i :lat de sa gloire ; c'est dans la sphère m. 5
de la foi que s'exercent tous les actes de son sacerdoce; il n'est rien que par la foi. Si, par impossible, la foi qu'il prêche n'était pas véritable, il devrait, dès qui rapprendrait, abjurer publiquement ses doctrines et renoncer à l'exercice de ses fonctions , sous peine d'être stigmatisé comme hypocrite et odieusement flétri comme imposteur public et sacrilège. Non, encore une fois, le prêtre n'est rien que par la foi.
Voyez les professions ordinaires dans le monde social : comme elles ne sont pas spécialement du domaine de la foi, ceux qui les exercent peuvent, rigoureusement parlant, en remplir les obligations sans avoir la foi.
Un juge peut être bon juge et ne rendre jamais un arrêt inique, quoiqu'il ait le malheur de n'être pas croyant.
Un jurisconsulte peut être très-habile et trèsdélicat en matière de justice, par un simple principe de droiture naturelle, et en dehors de la foi qu'il ne possède point.
Un médecin, et cela se voit tous les jours, peut être incrédule et incrédule jusqu'à l'athéisme, et rendre cependant d'éminents services à des milliers de malades qui profitent de ses lumières et de son expérience. Ainsi en est-il des autres professions dans l'ordre ordinaire et commun.
Mais s'il s'agit du prêtre, la scène change. La foi lui est si absolument nécessaire, que séparé d'elle, il ne peut sans crime remplir une fonction tant soit peu notable de son divin sacerdoce. Tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait est tellement du ressort de la foi, qu'il ne peut ni parler ni agir dans son minis-
tère sans faire acte d'imposture et d'hypocrisie, si la foi n'est pas la base de ses opérations ; car, ne nous lassons point de le redire, le prêtre n'est rien que par la foi.
Mais s'il doit tout à la foi, s'il n'est rien sans la foi, si tout son ministère s'exerce dans la sphère de la foi, s'il n'a de raison d'être que dans la foi, de quel esprit doit-il être animé si ce n'est de l'esprit de la foi? de quelle vie doit-il vivre si ce n'est de la vie de la foi ? Justas meus, et à plus forte raison, Saccrdos mens ex fide vivit*
— Que les saints, et les saints prêtres surtout, comprenaient bien cette indispensable nécessité de n'avoir que la foi pour règle, et de ne se conduire que par son mouvement et ses inspirations î Qui n'admirerait, par exemple, cet esprit, cette vie de foi qui animait saint Vincent de Paul? Ecoutons ce que nous en rapporte son pieux historiographe, Mgr Abelly.
« Outre la pureté, simplicité et fermeté de foi en laquelle M. Vincent a excellé, on peut encore dire qu'il en avait une plénitude ; vu que sa foi, nonseulement éclairait son esprit, mais aussi remplissait son cœur et animait ses actions, ses paroles, ses affections et ses pensées, et le faisait agir en tout et partout selon les vérités et les maximes de l'Evangile de Jésus-Christ : en telle sorte que ce que la plupart des chrétiens font ordinairement ou par les mouvements naturels, ou par des raisonnements humains, il le faisait par les principes de la foi, laquelle était, selon la parole d'un prophète, comme une lampe allumée qu'il tenait toujours en
main pour se conduire.... C'était sans doute un don très-particulier qu'il avait reçu de Dieu, de savoir appliquer les lumières de la foi à toutes sortes d'occasions et de rencontres, dans les affaires même purement temporelles et séculières, ne les entreprenant que par des motifs que la foi inspirait, ne s'y opposant que par ses lumières, et les référant toujours à des fins surnaturelles qu'elle lui proposait. »
C'était une des maximes ordinaires de ce grand saint, que le peu de progrès dans la vertu et dans les affaires de Dieu provenait de ce qu'on ne s'établissait pas assez sur les lumières delà foi, et qu'on s'appuyait trop sur les raisons humaines. « Non, » non. dit-il un jour avec un accent tout particulier n de conviction, il n'y a que les vérités éternelles » qui soient capables de nous remplir le cœur et » de nous conduire avec assurance. Croyez-moi , » il ne faut que s'appuyer fortement et solidement » sur quelqu'une des perfections de Dieu, comme >> sur sa bonté, sur sa providence, sur sa vérité, sur » son immensité : il ne faut, dis-je, que se bien étao blir sur ces fondements divins pour devenir par- » fait en peu de temps. »
« L'expérience nous apprend , disait-il encore pesons bien ceci ), que les prédicateurs qui prè- » client conformément aux lumières de la foi opè- » rent plus dans les âmes que ceux qui remplissent » leurs discours de raisonnements humains et de » raisons de philosophie, parce que les lumières » de la foi sont toujours accompagnées d'une cer- » taine onction toute céleste, qui se répand secrè- » tement dans les cœurs des auditeurs; et de là on
» peut juger s'il n'est pas nécessaire, tant pour notre » propre perfection que pour procurer le salut des » âmes, de nous accoutumer à suivre toujours et » en toutes choses les lumières de la foi. »
— Au reste, comment un prêtre pourrait-il balancer à vivre de la vie de la foi que nous avons fait connaître, puisqu'il faut de toute nécessité qu'il agisse dans ses augustes fonctions par des motifs de foi, ou qu'il agisse par des motifs purement humains que Dieu n'agrée pas, ou par des motifs coupables qu'il condamne ?
Yoici, par exemple, deux prêtres : l'un agit en toute chose selon les considérations de la foi qu'il a prise pour boussole ; l'autre ne se laisse diriger que par des considérations naturelles et humaines : ses goûts, ses inclinations, ses caprices, voilà toute sa règle, si l'on peut appeler règle un principe de conduite si variable. Yoyez-les à l'œuvre dans les fonctions les plus saintes, comme dans les actions les plus communes.
L'un se rend au saint tribunal parce qu'il y est attendu ; il y va froidement, à contre- cœur et peutêtre en murmurant. Les confessions qu'il entend se ressentent des dispositions dans lesquelles il se trouve; il est sec, froid, tranchant, sans zèle, sans piété, ne désirant qu'une chose : la fin d'une séance qui le fatigue. L'esprit de foi ne l'anime point; la vie de la foi lui est étrangère.
L'autre, au contraire, apprend avec bonheur que des pénitents l'attendent. Dès qu'il le sait, sa première pensée est qu'il va travailler à convertir ou à perfectionner des âmes ; cela suffit pour enflam-
mer son zèle. Plaeé sous une telle influence, chaque mot qu'il dit à ses prodignes est imprégné d'une charité miséricordieuse qui les pénètre et les attendrit. C'est l'esprit de foi qui le dirige, c'est la vie de la foi qui l'anime.
S'agit-il de préparer un sermon; c'est une œuvre sainte, une œuvre très-importante : comment celuici va-t-il l'accomplir? S'il est paresseux, il prêchera sans préparation; s'il est orgueilleux, il ne pensera qu'à plaire; s'il est mordant par nature et sans charité, il donnera dans des personnalités choquantes, et ainsi du reste. L'esprit de foi ne l'anime point, la vie de la foi lui est étrangère.
Celui-là, au contraire, ne se proposant que la gloire de Dieu et le salut des âmes , traite avec respect la divine parole et ne la prêche point sans une préparation convenable . Il choisit toujours le sujet qu'il sait être le plus utile à l'auditoire qu'il doit avoir; il le traite avec cette onction pieuse que la foi et l'amour communiquent aux saints prêtres. Une seule pensée l'absorbe pendant son travail : Que puis-je dire de plus propre à convertir ou à perfectionner mes auditeurs futurs? C'est l'esprit de foi qui le dirige, c'est la vie de la foi qui l'anime.
Dans des fonctions plus augustes encore, on retrouve la différence que nous venons de signaler. Uui. à l'autel, par exemple, il est aisé de la saisir.
L'un dira la sainte messe parce qu'il faut qu'il la dise ; voilà son principal , peut-être même son unique motif. De là , préparation supprimée ou réduite à une vaine et courte formule ; précipitation excessive pendant la célébration, cérémonies tronquées, extérieur sans modestie, intérieur plus
pitoyable encore, action de grâce de quelques minutes, absorption de la piété dans la routine : voilà ce qu'est le prêtre à l'égard du saint sacrifice si l'esprit de foi ne l'anime point, si la vie de la foi lui est étrangère.
L'autre, au contraire, n'est pas encore à l'autel que déjà son attitude recueillie et sa démarche mesurée ont édifié les fidèles. Vivement impressionné par cette pensée de foi que c'est la chair et le sang de Dieu qu'il va immoler, il monte à l'autel comme s'il montait au Calvaire. Pas un geste, pas un mouvement, pas une cérémonie qui ne soit l'expression saisissante des pieux sentiments dont il est pénétré. C'est l'esprit de foi qui le dirige, c'est la vie de la foi qui l'anime.
Qu'on examine l'un après l'autre les actes quelconques opérés par deux prêtres animés ou privés de la vie de la foi, et toujours la différence que nous venons de faire ressortir sera manifeste et palpable. Toujours on verra l'un, dépourvu de l'esprit de foi, traiter humainement les choses divines, et l'autre traiter divinement les choses humaines, tant il les rehaussera par la pureté de ses intentions et l'heureuse influence de la vie de la foi qui le dirige.
Le prêtre, vrai homme de foi, imprègne de sa foi ses pensées, ses jugements, ses paroles et ses œuvres. Tout cela passe au creuset de sa foi et en sort parfaitement pur et digne de Dieu. Il n'emploie point des heures à entretenir dans son esprit des pensées frivoles ; il ne juge jamais avec empressement; il est en garde contre tout ce qui semble suggéré par la passion ; il s'abstient pieusement et
prudemment de cette abondance de paroles qui n'est jamais sans péché et qui choque souvent les mondains eux-mêmes; il imprime à chacune de ses œuvres et même aux plus communes le cachet de sa foi. Il ne boit point, ne mange point, ne se délecte point, ne dort point comme la brute. La foi, qui est sa règle, relève, ennoblit, sanctifie même ces basses fonctions de la vie animale ; et si de tels actes sont sanctifiés par sa foi, combien plus ne le sont pas les œuvres si importantes qui se rattachent à son divin ministère !
— Donc, soyons des hommes de foi; pratiquons les premiers ce que nous prêchons aux autres. Imitateurs fidèles de Jésus-Christ notre chef, commençons par faire avant Renseigner. Humilions-nous d'apprendre aux simples fidèles à sanctifier leurs œuvres communes, et de ne pas apprendre nousmêmes à remplir dignement les divines fonctions de notre sacerdoce. Vivons de la vie de la foi, puisque c'est de la foi que jaillit notre gloire, et entrons clans les sentiments de cet homme vénérable, M. de Renty, pieux laïque, dont le savant P. Saint-Jure a écrit la vie, et qui disait dans l'épanchement de sa fervente piété : « Ah ! qu'il fait » bon vivre de la vie de la foi ! J'en connais la » grâce de jour en jour. Ceux qui sont établis dans » cette vie du juste, ainsi que dit l'Apôtre, s'affer- » missent enfin au comble de leur perfection et » ressentent les prémices de la gloire. »
« YoiLà la foi de cet homme de Dieu, dit le P. Saint-Jure ; c'est avec ses yeux qu'il regardait toutes choses, et avec ses mains qu'il faisait toutes ses
oeuvres et qu'ensuite il est monté au comble des vertus, nous apprenant par son exemple le chemin que nous devons tenir pour y arriver. »
Ne nous laissons pas faire la leçon par des laïques, nous qui sommes leurs pasteurs et qui les avons tous les jours pour auditeurs et pour disciples.