CHAPITRE II
Le séminariste désobéissant.
Le nouvel ennemi que nous allons coinbattre ne dissimule guère son attrait pour la liberté ; il se produit et s'avance, enseignes déployées, comme un sujet qui proclame son indépendance.
On connaît bientôt dans un séminaire celui qui se soustrait à l'obéissance. Il n'est point nécessaire pour découvrir son faible de sonder son cœur; d'interpréter ses sentiments, de lui arracher des aveux : ses actes de rébellion étant trèsfréquents, quelque soin qu'il prenne de les cacher, ils ne tardent pas à le trahir.
Ce n'est pas au séminaire que ce défaut se fait jour pour la première fois. Il avaitpris naissance au sein de la famille, et, en se repliant sur sonpassé, le séminariste désobéissant est forcé de convenir qu'il irrita bien des fois ses parents, ses premiers maîtres et tous ses supérieurs en général par des actes habituels de désobéissance.
Plus tard, quand il entra dans un petit séminaire avec le désir de tendre au sacerdoce, il se corrigea, ou à peu près, de certains vices grossiers qui lui semblaient incompatibles avec sa sainte vocation ; mais, en comparaison de ces vices^ la désobéissance étant fort peu grave à ses
yeux, il ne s'appliqua guère à la combattre. Fier des victoires qu'il avait remportées sur des colosses, il regarda ce dernier ennemi comme un pygmée avec lequel il pouvait vivre en paix sans le moindre danger. De là une habitude d'insubordination plus ou moins grave, et peut-être, par son exemple, r entraînement de quelques condisciples dans la mauvaise voie qu'il parcourait.
C'est dans ces dispositions qu'il s'installa dans le grand séminaire ; et c'est là aussi que nous allons spécialement observer sa conduite, pour en faire ressortir les points les plus saillants.
Le séminariste désobéissant est assez régulier pendant les quelques jours qui suivent son entrée. La timidité, la contrainte, le saisissement que produit l'aspect imposant du séminaire ; tout cela comprime son indépendance. Mais, hélas ! cette compression n'est pas de longue durée ; elle lui pèse beaucoup, et il lui tarde de s'en affranchir. Peu à peu donc il s'émancipe, et bientôt il remplace la timidité par la hardiesse, la contrainte par l'aisance, et le saisissement par un air plus décidé et des manières plus libres.
Le règlement a été proclamé ; il eu a entendu la lecture, et ce qui lui plait le mieux dans celte loi gênante, c'est la déclaration formelle qu'elle
n'oblige pas sous peine de péché.
Protégée par cette clause, son indépendance
éclate. 11 parle quand il devrait observer le silence;
il est en un lieu quand il devrait être en un autre ;
il va au parloir ou à la porte de la cellule de ses
condisciples sans en avoir obtenu la permission ;
il obtient des faveurs sur des faux exposés ; il
arrive le dernier à tous les exercices ; il trouve même quelquefois que l'heure de la méditation vient trop vite, et il la fait dans son lit.
Sa conscience, il est vrai, fait entendre quelques murmures ; elle lui dit tout bas que sa volonté et celle de Dieu sont perpétuellement en guerre ; elle met en regard de sa conduite désordonnée celle des pieux séminaristes si édifiante et si régulière ; elle ajoute que si tous les élèves se permettaient ce qu'il se permet, le désordre et la confusion remplaceraient la régularité qui fait le charme d'un séminaire : mais il glisse à côté de ces représentations importunes, et, pour s'y soustraire, il rappelle la clause qui lui est si chère : Le règlement n oblige pas sous peine de péché.
Est-ce tout ? Non vraiment. Quand on n'aime pas le commandement, on n'aime guère ceux qpii l'imposent : aussi n'a-t-il point pour ses supérieurs cette déférence empressée, ce tendre attachement et ce respect filial que professe le séminariste régulier. Il les regarde moins comme des pères dévoués que comme des maîtres exigeants ; il trouve leur autorité lourde et accablante : comme il est souvent en faute et qu'ils lui reprochent ses infractions continuelles, au lieu de profiter de leurs avertissements, il les taxe de sévérité excessive, il qualifie leur vigilance d'espionnage, et il soupire après le jour où il sera débarrassé de leur joug incommode.
Il va même plus loin : dans le secret intime de l'amitié, il fait part à ses familiers des peines que lui cause l'obéissance ; il parle contre ses supérieurs et les appelle sévères quand ils ne sont que n. 8
justes et même charitables. Il étend sa critique sur d'autres points encore, et au lieu de fortifier l'autorité, qui est le principe de l'ordre et de la règle, il l'affaiblit dans l'esprit de ses condisciples par la censure qu'il en fait.
Les élèves indisciplinés sont ceux dont il fait sa compagnie favorite. Trouvant chez eux un écho fidèle, il leur parle librement comme à d'autres lui-même, et s'affermit ainsi dans sa mauvaise voie comme il les affermit dans la leur.
Quant aux séminaristes exacts et réguliers, au lieu de les admirer et de les imiter, il regarde leur conduite comme la condamnation de la sienne, ce qui n'est que trop vrai; puis, ouvrant son cœur à la jalousie, il fait de leurs petits travers, sur certains points insignifiants, la matière de ses railleries, et peut-être va-t-il jusqu'à les accuser sans motif de cajoler l'autorité.
Est-il en vacances? Il parle contre le séminaire et contre ceux qui le gouvernent ; il se plaint de leur rigueur, et bien loin de reconnaître qu'il la mérite, il en rejette tout l'odieux sur eux seuls.
C'est pendant ce temps encore qu'il se dédommage de la contrainte que la règle du séminaire lui imposait. Affranchi de cette règle, il vit à Tabandon, dédaignant d'imiter ses pieux collègues qui s'imposent la douce loi d'un règlement particulier, pour se maintenir dans la ferveur et mériter encore les grâces de l'obéissance.
Ainsi s'écoule le temps le plus précieux de sa vie sans aucune comparaison ; et, chose tristement remarquable 1 la dernière année qu'il passe au séminaire est ordinairement la pire, quoiqu'elle
touche au sacerdoce. Quand il a pris son aplomb dans ce saint asile, il affecte des allures dégagées ; il se pose comme un vieil habitué qui a droit à des licences, et il viole à chaque instant la règle sans le moindre scrupule. Or, comme les nouveaux séminaristes se moulent sur les anciens, bientôt ils deviennent eux-mêmes désobéissants à leur exemple, et ainsi se perpétue l'habitude de Tinsubordination dans le lieu où l'obéissance la plus ponctuelle devrait seule être en règne.
Toute autorité étant insupportable à cet élève désobéissant, respectera-t-il au mxoins celle de Dieu même ? Cela nous répugne à dire, mais l'expérience nous démentirait si nous disions qu'il est fidèle en ce point. Qui ne sait, en effet, que le séminariste qui s'est fait une hal^dtude de l'insubordination, a presque toujours une conscience dure et émoussée qui transige sans façon avec tout péché dès là qu'il n'a pas un caractère marqué de difformité ; tandis que le séminariste, observateur fidèle de la règle du séminaire, a une conscience tendre et délicate qui s'alarme à l'idée non-seulement du péché, mais même de l'imperfection la plus légère?
Tels sont les traits auxquels le séminariste désobéissant pourra se reconnaître. Montrons-lui maintenant où le conduira son esprit d'indépendance quand il sera prêtre.
Quelque répréhensible que soit la désobéissance dans le séminaire, il semble, pour ainsi dire, qu'elle n'y est qu'en germe, si Ton considère les
vastes proportions qu'elle prend quand on l'emporte avec soi dans l'exercice du saint ministère. Peut-être , jeune ami , avez-vous peine à nous croire. Habitué à regarder comme des peccadilles vos désobéissances du séminaire, vous ne pouvez sans doute vous persuader que leurs funestes efTets se feront sentir dans le cours de votre vie sacerdotale. Voyez au flambeau de Fexpérience quelle est votre erreur !
En quittant le séminaire, vous chanterez l'hymne de votre délivrance et vous direz dans l'épanouissement de la joie : Je suis libre ; le temps de l'esclavage est passé : Laquetis contritus est! Illusion.
Vicaire d'abord, suivant l'usage, vous apporterez au presbytère votre fondg d'indépendance. N'ayant pas cherché le bonheur dans la pratique de l'obéissance ; n'ayant pas appris à plier et à briser même votre volonté, vous souffrirez beaucoup et vous ferez souffrir plus encore le vénérable curé dont vous partagerez les travaux.
Comptant sur une complète liberté, vous serez désappointé dès les premiers jours quand l'autorité pastorale se fera sentir. Les attributions qui vous seront dévolues n'étant pas tout à fait au gré de vos désirs, vous murmurerez déjà contre le curé qui vous les imposera.
S'il vous donne trop de travail, vous serez mécontent, et vous le serez plus encore s'il vous en donne peu. Dans le premier cas, vous direz qu'il vous écrase ; dans le second, vous direz qu'il vous jalouse.
Vous verrez des réformes à opérer, des abus à détruire, el si, choqué de ces abus, vous essayez,
woprio motiij d'y apporter remède, une autorité îupérieure à la vôtre comprimera les élans de ^otre zèle, et votre volonté propre sera péniblenent mortifiée.
Les habitudes de votre curé n'étant pas les nôtres, et vous voyant forcé, en mainte circonstance, de subir les siennes, vous gémirez amèrement et vous ne murmurez pas ouvertement.
Son caractère, difficile peut-être , exigeant de v^otre part des précautions et des ménagements, vous ferez vos sacrifices de mauvaise grâce ; et ce qui ne serait rien pour un vicaire maniable et flexible, sera comme une montagne à soulever pour votre esprit indépendant et rebelle.
Yous croirez pouvoir entreprendre une bonne oeuvre^ une œuvre de zèle dans la paroisse, et, Qe pensant pas même que votre curé puisse désapprouver cette pieuse entreprise, vous vous mettrez en voie d'exécution sans l'avoir consulté. Mécontent de votre liberté d'action, et ayant peut-être d'ailleurs quelques raisons pour ajourner l'œuvre que vous aurez en vue, il vous ordonnera d'y renoncer, ce qui vous blessera certainement au vif.
Yous aimerez le jeu peut-être, et votre curé qui ne l'aimera point, vous verra de mauvais œil et vous fera même de vertes réprimandes qui ne seront probablement que trop méritées, mais contre lesquelles votre esprit indépendant ne manquera point de regimber.
Yous aurez un goût prononcé pour les courses, les voyages, les repas de confrères ; et votre curé qui ven'a les graves inconvénients de ces fréquentes absences, après les avoir tolérées quelque
temps, apposera son veto, au risque de provoquer de nouveau vos murmures, peut-être même votre ressentiment.
Yous aurez peu de goût pour le travail, et votre négligence à cet égard se tmhissant dans vos catéchismes, vos prônes, votre éloignement du confessionnal, votre curé vous en fera de vifs reproches, et vous menacera même d'en référer, si cela continue, à l'autorité épiscopale : de là de nouveaux tiraillements, des scènes peut-être, où votre indépendance entravée se fera jour avec éclat et même parfois avec quelque scandale.
Les détails dans lesquels nous pourrions entrer seraient infinis : car que n'aurions-nous pas à dire de vos rapports avec le curé que Dieu vous réserve peut-être en punition do vos désobéissances passées ! curé vif et irascible, curé défiant et soupçonneux , curé pointilleux et susceptible , curé jaloux de vos succès, curé sombre, mélancolique ou d'une humeur acariâtre et contredisante. Que d'occasions dans lesquelles le respect de l'autorité et l'humble obéissance vous viendraient en aide, et dans lesquelles, au contraire, votre habitude d'insoumission et votre manque de respect habituel envers vos supérieurs, vous feront commettre des faates graves et vous rendront la vie amère et presque insupportable !
Encore si vous concentriez en vous-même vos plaintes et vos murmures : mais en sera-t-il ainsi ? Oui peut-être dans les premiers temps ; mais ennemi, comme vous le serez de vieille date, de tout assujettissement et de toute contrainte, bientôt vous chercherez dans la paroisse le contrepoids
les peines du presbytère, et n'ayant jamais eu )our l'autorité le respect et les égards qui lui sont lus, vous colporterez de tous côtés vos chagrins lomestiques ; puis vos plaintes amères trouvant le l'écho chez vos partisans, vous organiserez ces coteries et ces divisions qui ruinent le ministère )i scandalisent les peuples.
Tôt ou tard sans doute le bruit de ces désordres )arviendra jusqu'à votre vénérable pontife, et il ^ous arrivera une de ces lettres fermes, et même )lus que fermes, où votre conduite sera vivement lensurée comme elle méritera de l'être.
Au lieu de vous incliner devant l'autorité de votre )remier supérieur, votre esprit d'insubordination 'ousferaleverlatête, et englobant dans votre resseniment évêque, grands vicaires et curé, vous récrininerez amèrement contre les uns et les autres, maédifiant par des critiques acerbes ceux que vous ievriez édifier par une humble et respectueuse ibéissance.
Du reste, ce ne sera pas seulement en ces cironstanccs que vous manquerez de respect à l'égard de vos hauts supérieurs. Toujours influencé ar vos mauvaises dispositions envers l'autorité, si uelquefois l'administration épiscopale est blâmée ar quelques confrères, s'ils désapprouvent ses ctes, s'ils prennent parti pour un prêtre qu'ils roient injustement frappé, s'ils -critiquent cerlines nominations qui n'ont pas leur agrément, ous serez le chef de fde de ces censeurs témélires, et au lieu de contenir leur coupable oppo- Ltion, vous la rendrez, par vos malignes impruences, plus ardente et plus vive.
N'ayant jamais voulu voir la volonté de Dieu dans celle de vos supérieurs, vous n'accepterez les emplois qu'ils vous proposeront que quand ils seront selon vos goûts, et pour vous y soustraire quand ils ne vous plairont pas, vous alléguerez de vains et faux prétextes, vous intriguerez, vous agirez dans l'ombre, vous mettrez sur pied des intercesseurs complaisants, sans vous inquiéter le moins du monde de déranger par vos calculs les plans de la divine Providence, et de vous priver des grâces qu'elle vous destinait dans tel poste et qu'elle vous refusera dans tel autre que vous aurez obtenu par vos secrètes manœuvres.
Et que sera-ce, grand Dieu ! quand l'administration d'une cure vous sera confiée ! Plus vous aurez fait souffrir votre curé par votre insubordination, plus vous serez intraitable à l'égard de vos vicaires : c'est un fait constaté tous les jours par l'expérience. Moins pliant que jamais et pouvant d'ailleurs, avec quelque apparence de raison, user pleinement de votre autorité, vous serez exigeant, sévère, inflexible envers vos jeunes collaborateurs.
Yous régirez votre troupeau in virgâ ferreà, et l'ombre seule d'une opposition vous fera prendre feu. A la moindre occasion, vous vous élèverez contre l'autorité civile ; vous romprez même avec elle et, par cette rupture, vous attirerez sur vous et sur votre paroisse des tempêtes furieuses. Toujours, toujours votre volonté propre voudra dominer, et vous compromettez votre ministère par les excès de la sévérité, au lieu de le faire bénir par les condescendances légitimes du vrai zèle.
Eh bien ! jeune et tendre ami , eussiez- vous
jamais cru que votre habitude de désobéissance et d'insubordination au séminaire, vous eût conduit au déplorable terme que vous avez en ce moment sous les yeux ? Ce que vous traitiez de minutie quand vous étiez séminariste ne vous semblerat-il encore que minutie quand vous serez un prêtre tel qu'il vient de vous être dépeint? Mais, hélas ! il sera bien tard alors de vous faire petit sous la main de l'autorité, si, dès le principe, vous n'avez pas appris à captiver votre volonté sous le joug salutaire de l'obéissance. Employez donc, sans plus tarder, les moyens qui vont vous être proposés pour vous corriger de votre défaut.
— Nous ne vous dirons pas de vous étudier pour voir si vous reconnaissez en vous le défaut de la désobéissance. Ce n'est point là un vice subtil et caché. Si vous êtes désobéissant, vous ne devez pas l'ignorer : mais nous vous dirons d'examiner si vous regardez l'obéissance comme une vertu très-importante, et si vous vous reprochez vivement les plus légers manquements à son égard.
— Pour estimer cette vertu selon sa valeur, considérez souvent, en détail et devant Dieu, les grands biens qu'elle procure et les abîmes profonds dans lesquels on tombe quand on s'en affranchit.
— Méditez fréquemment sur la vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui a été le plus parfait modèle des vrais obéissants et duquel saint Bernard a dit ces belles paroles : Pour obéir à son Père, il a mieux aimé perdre la vie que de perdre
l'obéissance : Perdidit vitam, ne perderet obedientiam.
— Pensez que la volonté propre de l'homme est Tennemie jurée de l'obéissance et qu'elle est la source de tous les maux en ce monde et en l'autre, selon ces paroles que dit encore saint Bernard : Toile propriam voluntatem et infernus non erit.
— Ne regardez jamais la plus légère violation de l'obéissance comme peu de chose. Si vous ne respectez cette vertu que dans les grandes occasions, ces occasions étant rares, vous ne serez jamais un vrai obéissant ; tandis que si vous pratiquez habituellement l'obéissance dans les plus petits détails, vous briserez par là même à chaque instant votre volonté propre et vous atteindrez votre but.
— Faites-vous une loi d'obéir en tout temps, en tous lieux et en toutes choses. Si vous n'obéissez qu'en quelques circonstances, ce sera toujours en celles où vous n'aurez presque aucun sacrifice à faire, et ainsi votre obéissance même sera, pour ainsi dire, encore un acte de propre volonté.
— Obéissez de bonne grâce et non à contrecœur ; étouffez vos murmures et vos répugnances. Pour mettre vos supérieurs à l'aise dans le commandement, laissez-leur ignorer que ce qu'ils vous prescrivent vous contrarie ; usez comme les saints d'une pieuse hypocrisie, en montrant un certain contentement lors même que naturellement vous ne l'éprouvez pas : Hilarem datorem diligit Deus. Â.gir ainsi, c'est exterminer la désobéissance.
— Purifiez vos vues en obéissant : pas de respect humain, pas de crainte servile, pas de consi-
dératioû d'intérêt propre : voyez Dieu dans vos supérieurs et n'obéissez que pour lui plaire.
— Obéissez promptement : jamais de délais ni d'ajournements. L'obéissance a ses traînards comme les armées. Les séminaristes qui disent toujours : j'ai le temps, rien ne presse, je puis bien finir ceci ou cela, et qui n'arrivent jamais qu'après les autres , sont des traînards et des làcbes. Imitez les anges : dès que Dieu leur intime sa volonté, ils l'exécutent à l'instant même : qu'il dise à l'un d'être pendant quatre-vingts années le gardien du flls d'un pauvre charbonnier qui vient de naître au fond d'une forêt, ou qu'il dise à l'autre de garder le flls d'un roi dans un riche palais, le premier ne balance pas plus que le second à remplir sa mission : Fidelis obediens, dit saint Bernard, nescit moras, fugit crastinurriy ignorât tarditatem. '
— Jamais un mot contre vos supérieurs : le bon séminariste aimerait mieux mourir que de blâmer ou même de désapprouver l'autorité ; il a toujours devant les yeux cette sentence du divin Sauveur : Qui vos audit me audit, qui vos spernit me spemii.
— Ayez pour le règlement du séminaire un respect inviolable ; considérez-le comme la parole de Dieu même : si vous le gardez, il vous gardera. Le séminariste, violateur habituel du règlement, est en voie de perdition; il sera certainement plus tard un prêtre indépendant, c'est-à-dire un pauvre prêtre. Le démon le sait bien quand il lui dit à chaque instant qu'il peut enfreindre sa règle sans péché.
— Confessez-vous des moindres violations du
règlement. Appelez l'attention de votre confesseur sur ce point capital ; priez-le de vous prêter mainforte pour vous aider à acquérir T obéissance parfaite, et punissez-vous toujours des plus petites fautes que vous commettrez contre cette vertu.
— Pour acquérir plus sûrement encore j 'amour de la règle, faites-vous à vous-même un règlement particulier en sus du règlement commun. Déterminez dans ce règlement l'ordre précis de vos travaux de chaque jour, afm d'être sans cesse dans l'exercice de l'obéissance. N'oubliez pas surtout votre règlement des vacances, et soyez fidèle à l'observer depuis le premier jour jusqu'au dernier.
Que vous serez heureux, jeune et tendre ami, si vous suivez ces règles ! Ah ! soyez-en sur, vous ne serez jamais un de ces prêtres immortifiés qui ne veulent que ce qu'ils veulent, qui reculent devant un sacrifice et qui désolent leurs- supérieurs par des actes de rébellion dont quelquefois les journaux retentissent, actes après lesquels vient une rétractation qui ne répare jamais qu'à demi le scandale de leur révolte.
Soyez obéissant, jeune et digne ami, soyez-le en tout et toujours, et Jésus qui aura été votre modèle, sera lui-même votre récompense.
'(Voyez le Saint Prêtre, chapitre de l'Obéissance, page 203.)