II
Od l'entreprend, on le combat, on le dépiste, on
Faccable sous le poids de raisons péremptoires pour le forcer à reconnaître son tort, et tout ce qu'on obtient, c'est de lui faire répéter isa phrase favorite : Si j'étais à le faire, je le ferais encore.
Un jour, un homme du monde nous dit avec naïveté ces mots qui nous frappèrent : « Je suis bien heureux d'être catholique croyant ; car si j'étais né protestant, je sens que rien n'aurait pu me déterminer à embrasser le catholicisme. » Cet homme devait être entêté, et nous savons qu'il l'était en effet.
Un séminariste opiniâtre résiste à ses supérieurs comme à ses égaux. Ils auront beau défendre une chose ou en prescrire une autre : tous obéiront, lui seul résistera. Tout au plus dissimulera-t-il prudemment ses rébellions comme un enfant insoumis qui se cache pour faire ses fredaines.
L'obéissance silencieuse et passive, qui faisait la gloire des saints, lui semble une lâcheté. Si on ne lui démontre pas la raison du commandement, ou si cette raison lui semble frivole, il se cabre, il murmure, et s'il craint les suites d'une désobéissance ouverte, il se venge de l'autorité qui le comprime, parla critique amère qu'il eu fait dans des entretiens secrets avec ses condisciples.
Ses confesseurs eux-mêmes ne le convainquent pas toujours. S'ils exigent de lui des sacrifices qu'il ne veut pas faire, il les taxe d'exagération et les considère comme de petits esprits dont on n'est pas toujours obligé de suivre les lumières.
Rentré dans la maison paternelle pendant les vacances, ses parents qu'il a tant de fois fait gémir
par les entêtements de son jeune âge, gémissent encore, et plus amèrement que jamais, de voir que le séminaire même ne l'a pas corrigé de son défaut. Ils concluent, non sans raison, qu'il portera dans l'exercice du saint ministère l'opiniâtreté dont il fait preuve à chaque instant, et son avenir, l'avenir d'un fils chéri', leur apparaît gros de tempêtes et de disgrâces. Dans la famille, comme partout, il faut qu'on lui cède ; il excite lui-même des discussions qu'il devrait calmer, et provoque des vivacités qui sont loin de faire son éloge.
Les compagnies du monde où il paraît, sont aussi le théâtre de ses dissertations obstinées. La plus légère contradiction lui fait ombrage, et là encore il se montre tenace et opiniâtre, au lieu d'édifier ceux qu'il fréquente par une douce et aimable condescendance.
Quelquefois sa conduite pendant les vacances laisse à désirer sur certains points assez délicats. Peu de piété, amour du jeu, absences continuelles, fréquentations inconvenantes ; tout cela lui attire des traits malins qui font souffrir ses amis : mais c'est assez qu'ils lui en disent un mot pour qu'il perpétue obstinément ses légèretés et ses imprudences. Rien ne le touche, rien ne l'ébranlé, et sur ce point comme sur tous les autres, il s'attache éperdument à son sentiment propre, en dépit de celui des hommes prudents qui l'éclairent.
Pauvre jeune homme ! où vas -tu ? et quelles seront les suites de cet entêtement qui t'aveugle? En réponse à ces questions, écoute et retiens bien ce que l'expérience va Rapprendre.
Rien ne nous inspire plus d'inquiétude que l'état d'un jeune prêtre qui sort du séminaire sans y avoir déposé sa suffisance, sa vanité, son caractère entier, sa confiance en lui-même et son entêtement. Ses premiers pas dans le saint ministère seront des chutes, et ces chutes l'endurciront de plus en plus au lieu de l'avertir et de le corriger.
Les prêtres de ce caractère mettent le trouble dans les paroisses, et toujours ils cherchent ailleurs qu'en eux-mêmes la cause des désordres dont ils sont les auteurs.
Prenez au hasard, dans le champ de l'Église, un troupeau où les brebis sont insurgées contre le pasteur : nous ne croyons pas nous tromper en disant que, très-probablement, ropiniâtre ténacité de celui-ci est le principe du mal. Il nous prouvera sans doute que ses prétentions sont fondées ; mais nous lui prouverons, nous, qu'il a tort de les pousser aussi loin qu'il le fait, et qu'il devrait en rabattre quelque chose pour le bien de la paix ; nous lui prouverons, en outre, qu'au lieu d'imposer sa volonté comme un ordre, il devrait la faire accueillir comme une supplique et méditer ce mot de saint Paul : Omnia mihi licent, sed non omnia expedinnt.
On ne résiste guère à un prêtre toujours doux, conciliant, humble, et sachant sacrifier ses vues personnelles quand le plus grand bien l'exige. Au contraire, tout est obstacle à l'orgueilleux, tout s'arme contre lui quand il parle et agit en despote, et que, toujours ferme, il refuse de plier à propos
pendant la tempête pour se relever intact quand elle est passée.
Mais venons à vous, jeune et tendre ami, et voyons les fautes que votre opiniâtreté vous fera commettre .
Quel que soit le ministère que vous exerciez, ne croyez pas qu'il sera sans épines et sans contradiction. Ayez des intentions pures, un zèle ardent, une application constante à vos devoirs, des mœurs irréprochables et autres qualités fondamentales ; l'ien de tout cela ne vous préservera de certaines oppositions qui viendront fréquemment entraver votre marche. Si donc vous voulez impérieusement que toujours votre volonté s'exécute ; si vous ne savez pas la faire fléchir pour éviter des conflits, vous serez à chaque instant dans un état de lutte, et vous ruinerez votre autorité précisément par les moyens que vous emploierez pour la faire prévaloir.
Dès le premier jour peut-être, votre curé élèvera des prétentions qui seront en désaccord avec les vôtres, et votre volonté revêche s'insurgera contre celle de votre bupérieur hiérarchique. Yous insisterez pour l'emporter, il insistera plus que vous encore pour maintenir son dire, et vous subirez l'humiliation d'une défaite.
Le lendemain, nouvelle scène et nouvelle preuve d'entêtement de votre part : discussions animées, paroles inconvenantes, échange de raisons à l'appui de vos sentiments respectifs : tels sont les préliminaires de la rupture. Céderez- vous ? Non. Résisterez-vous ? Oui ; mais alors plus de paix, plus d'harmonie, plus de confiance mutuelle ; état
de malaise par conséquent, état de guerre et de souffrance que votre obstination perpétuera, et qu'un petit grain de condescendance ferait aussitôt disparaître.
Vous ne serez plus au séminaire où tout pliait devant vous, et où, n'ayant affaire qu'à des séminaristes qui vous épargnaient pour ne pas vous irriter , vous teniez le sceptre des discussions. L'humble déférence de vos condisciples vous aura gâté, et vous voudrez traiter avec votre curé comme vous traitiez autrefois avec vos égaux. C'est de sa part que vous viendra la leçon de l'obéissance ; mais, hélas ! ne sera-t-il point trop tard pour en profiter, et ne reviendrez-vous point à votre maxime qu'il vaut mieux rompre que plier?
Nous l'avons dit au chapitre de la Désobéissance, rien de plus fréquent dans la vie d'un vicaire que les occasions de discuter avec un curé. Les goûts et les habitudes ne sont pas les mêmes; les opinions théologiques, politiques, etc., offrent des divergences ; les plans d'administration plaisent à l'un et déplaisent à l'autre ; le partage des fonctions du ministère n'accommode guère que celui qui le fait; les moyens de réforme, en matière d'abus, semblent excellents à celui-ci et pitoyables à celuilà; les œuvres de zèle et la manière de les conduire sont diversement appréciées. Or, tout cela revenant à chaque instant, suscite inévitablement des débats perpétuels; débats dont on verrait à peine l'ombre, si le vicaire savait fléchir et se borner à de simples observations sans vivacité ni amertume ; mais débats chaleureux, passionnés peut-être, si le vicaire est opiniâtre par nature et veut usurper le com-
mandement ou du moins l'exercer à l'égal de son curé, ce qui est impraticable.
Si encore les suites de votre entêtement ne se faisaient sentir qu'au presbytère, le bon esprit de votre curé et celui de la servante, en la supposant charitable et discrète, concentreraient le feu dans son foyer : mais, violemment comprimé comme vous le serez par une autorité que vous trouverez insupportable, vous voudrez vous accorder comme dédommagement la satisfaction de trouver des approbateurs de vos idées, et vous communiquerez à des confrères et même à des laïques qui l'ignoreront, ce qu'il serait important qu'ils ignorassent toujours.
Du reste, votre entêtement ne sera bientôt plus im secret pour personne. Chaque jour vous en donnerez de nouvelles preuves. Le monde luimême sera témoin de vos discussions impétueuses. Sur des matières quelquefois insignifiantes, vous émettrez des opinions qui, n'étant pas toujours partagées, provoqueront votre vivacité et mettront en relief votre obstination. Les hommes grossiers se fâcheront tout net, et les hommes polis diront entre eux que vous ne l'êtes guère et que vous blessez autant la civilité que l'Évangile.
Et que sera-ce donc, grand Dieu, quand vous serez curé ! C'est alors que votre caractère entier paraîtra dans tout son jour ; mais c'est alors aussi que vous en recueillerez les mauvais fruits.
Pour qu'un curé opiniâtre et inflexible fit quelque bien dans la paroisse qu'il gouverne, il faudrait que tous les habitants de cette paroisse fussent doux, charitables, pieux, obéissants et pleins de
respect pour leur pasteur, quelque sévère qu'il fût dans l'exercice de son autorité. Mais où trouver un troupeau si harmonieusement composé? Croyeznous, jeune ami, une telle paroisse n'existe dans aucun diocèse. 11 en est assurément un grand nombre dans lesquelles la paix règne et le ministère est fructueux ; mais, même dans celles-là^ il y a des éléments cachés de troubles et de divisions ; éléments qui se produiraient bientôt s'ils n'étaient pas comprimés par l'esprit de douceur, de charité et d'humble condescendance du pasteur qui les administre. Encore, malgré les heureuses qualités de son caractère, n'est-il pas toujours à 1 : 1,^1 de certaines oppositions auxquelles il semble qu'il ne devait pas s'attendre. Que sera-ce donc de vous, qui ne saurez pas souffrir une contradiction sans prendre feu, et qui vous en attirerez une multitude par votre esprit dominateur et votre volonté absolue et inflexible !
En quel état sera votre paroisse quand vous direz : Je veux, et qu'elle dira : Je ne veux pas? Reviendrez-vous sur une mesure que vous aurez adoptée et peut-être solennellement proclamée du haut de la chaire, si elle rencontre une opposition vive qui "vous fasse voir qu'il est plus avantageux d'y renoncer que d'en poursuivre l'exécution? C'est ce que ferait un curé sage qui chercherait bien plus la gloire de Dieu que le triomphe de son opinion personnelle. Mais vous n'agirez pas ainsi, vous qui aimerez mieux rompre que plier. Tout épris de l'utilité de votre mesure, et plus épris encore du désir de maintenir votre autorité, que vous croirez toujours compromettre par une con-
cession, vous lutterez, vous tiendrez ferme et vous gâterez tout.
Quand, à la suite d'une discussion très-animée avec un de vos paroissiens, Vous vous retirerez tous les deux froids et plus que froids, repassant l'un et l'autre au fond d'un cœur aigri les paroles mordantes que vous aurez échangées dans l'ardeur du débat, vous rappellerez-vous, pour la mettre en pratique, la leçon de l'Apôtre : Sol non occidat super iracundiam vestram. Nolite locum dare diabolo ? C'est ce que ferait un curé qui mettrait la charité au-dessus de son amour-propre ; mais c'est ce que vous ne ferez point, vous qui ne voulez jamais reconnaître vos torts et qui regardez comme une bassesse de faire des excuses.
Quand vous aurez centriste, humilié, découragé peut-être un pénitent par une réprimande blessante ou par l'application d'une règle imposée avec rigueur au lieu d'être proposée avec bonté, l'accueillerez-vous, s'il revient, avec une charité indulgente qui lui fasse oublier la peine que vous lui aurez causée dans la confession précédente? C'est ce que ferait un bon père à l'égard de ce pauvre prodigue, s'il mettait le salut d'une âme que la rigueur peut compromettre, au-dessus des malignes inspirations d'une dureté opiniâtre. Mais c'est ce que vous ne ferez point, vous qui ne sortez jamais de la voie dans laquelle vous avez mis le pied.
Quand vous aurez encouru l'animadversion d'un maire, d'un instituteur ou de quelque personnage influent de la paroisse, par certains actes ou certains discours imprudents, arrêterez-vous dès le
début les dissensions, toujours si nuisibles, dont vous serez menacé ? Aurez-vous assez de courage pour changer d'allure, et assez d'humilité pour faire quelque démarche conciliante? C'est certainement ce que ferait un digne curé qui saurait le mal incalculable que produisent dans les paroisses les divisions qui y éclatent en de telles rencontres ; mais c'est ce que vous ne ferez point, vous qui tenez à honneur de faire tète à l'orage et qui prétendez que toute autorité s'affaisse devant la vôtre.
Quand un ami, un confrère, un pieux laïque, apprenant que vous fréquentez certaines compagnies, ou que vous c ^mmettez quelques légèretés et imprudences don ils redoutent pour vous les conséquences fâcheuses, hasarderont timidement et avec précaution un charitable conseil, le recevrez-vous de bonne grâce et même avec reconsaissance, ce conseil salutaire? C'est ce que ferait un pieux curé qui tiendrait avant tout à conserver sa réputation intacte sur un point où elle n'est jamais impunément attaquée ; mais c'est ce que vous ne ferez point, vous qui ne voulez jamais vous régler par l'avis des autres, mais uniquement par vos propres lumières.
Bref, en toutes circonstances, vous n'écouterez, vous ne consulterez que vous seul. Parents, amis, confrères, supérieurs même, tous parleront en vain quand ils ne ratifieront pas ce que vous aurez décidé. Votre veto une fois prononcé, vous ne le retirerez jamais. Les entreprises les plus inopportunes, les inconséquences les plus choquantes, les procédés les plus indélicats, les discours les plus irritants, rien ne vous coûtera pour soutenir ce
que vous vous serez mis en tête d'accomplir. Le mécontentement sera dans tous les esprits, la désaffection gagnera tous les cœurs, quelques flatteurs seulement allumeront le feu au lieu de l'éteindre, et la place ne sera plus tenable, et Ibs supérieurs vous la feront quitter, et la paroisse sera longtemps à se remettre de ses agitations, et en vous retirant vous blâmerez l'autorité de ne pas vous avoir soutenu, et vous persisterez à croire que vous aviez raison de tenir ferme, et vous accuserez tout le monde excepté vous-même, qui serez pourtant la principale cause de tous ces désordres. Ne croyez pas, jeune ami, que tout ceci soit le rêve d'une imagination exaltée ; non : c'est, n'en doutez point, le récit fidèle des sottises d'un esprit opiniâtre qui n'a pas appris au séminaire à maîtriser sa volonté rebelle. Pendant qu'il en est temps encore, tarissez donc la source d'un si grand mal, et mettez en pratique les règles qui vont vous être assignées pour vaincre votre obstination.
— Si vous êtes entêté, commencez par vous bien convaincre que vous l'êtes en effet. Ce n'est pas toujours chose aisée, car la fermeté d'esprit, qui est une qualité précieuse, se confond souvent avec l'opiniâtreté, qui est un vice. Que de gens se glorifient d'être fermes, et qui devraient s'humilier d'être opiniâtres !
L'homme ferme, mais qui unit la prudence à la fermeté, s'entoure, avant de prendre un parti, de toutes les lumières de la sagesse pour voir s'il a
raison de l'adopter : l'homme entêté, croyant toutes ses idées bonnes, s'attache sans discernement aux
premières qui se présentent.
L'homme ferme prévoit les obstacles et renonce à son projet quand il les croit insurmontables : l'homme entêté méprise les obstacles et se croit toujours assez fort pour les renverser.
L'homme ferme accueille les sages conseils et ne dédaigne pas même de les provoquer ; l'homme entêté n'admet que ceux qui favorisent ses vues et rejette impitoyablement tous les autres.
L'homme ferme poursuit l'exécution de ses plans avec dignité et convenance : l'homme entêté pousse sa pointe avec une vigueur passionnée et remplace la raison par la colère.
L'homme ferme, enfin, ne l'est pas au point de continuer d'agir quand il reconnaît qu'il est bon de s'arrêter : l'homme entêté, au contraire, ne recule jamais et s'expose sans balancer à une déroute complète plutôt que de subir l'humiliation d'un désistement.
Jugez-vous d'après ces règles.
— Pour réformer votre caractère opiniâtre, interrogez vos souvenirs. Vous avez vu peut-être des paroisses divisées, des luttes déplorables entre le sacré et le profane : voyez si la douceur et la condescendance des pasteurs n'eût pas éteint le feu dont leur obstination entretenait l'ardeur, et si, au moyen de quelques concessions, le calme n'eût pas sur-le-champ succédé à la tempête.
— Mais rentrez en vous-même et considérez, sous l'œil de Dieu, si les emportements de vos parents, les châtiments de vos maîtres, les disputes
et les ressentiments de vos condisciples n'ont pas eu votre opiniâtreté pour cause, et si, par une humble soumission, vous n'eussiez pas conjuré les chagrins et les peines que vous attirait votre entêtement.
— Yous détestez l'orgueil ; voyez si l'opiniâtreté n'est pas un de ses plus mauvais fruits. « L'homme obstiné, dit saint Laurent Justinien, » est inconsidéré, désordonné dans ses paroles, » déréglé dans ses affections ; il s'ignore lui-même » et hait toute autre inspiration que les siennes » propres. » Quel orgueil insoutenable !
— Yous avez Jésus-Christ pour chef et pour modèle ; comment reconnaître en vous son disciple si vous êtes aussi opiniâtre qu'il était humble et soumis? « Quelle impudence, s'écrie saint Ber- » nard, que l'homme, un petit ver de terre, ose )) s'enfler d'orgueil et refuser de se soumettre, » tandis que Jésus-Christ, le Dieu de majesté, s'est » soumis à un pauvre artisan I »
— Yous frémissez quand on vous contredit, la moindre opposition vous irrite ; comment ne voyezvous pas les peines que vous occasionnez à ceux qui vous fréquentent, vous qui, à tout moment, vous faites un jeu de les contredire? Yous voulez qu'on accepte humblement toutes vos idées, et vous n'acceptez celles d'aiitrui que quand elles cadrent avec les vôtres : quelle injustice !
— Instruit par le passé, devancez et prévoyez l'avenir. Nous vous le déclarons, jeune et tendre ami, avec l'autorité d'une expérience que nous vous conjurons de ne pas mépriser, vous ferez le malheur des autres et votre malheur propre si
vous ne domptez pas votre esprit opiniâtre. Vous n'aurez pas un jour de calme dans votre vie de prêtre; vous soulèverez des discussions au lieu de les prévenir et de les éteindre ; vous aigrirez les cœurs au lieu de les consoler ; vous vous ferez haïr au lieu de vous faire aimer ; vous stériliserez votre ministère au lieu de le faire respecter et bénir ; vous croirez quelquefois triompher, et vos prétendus triomphes seront mille fois pires que des défaites ; vous sèmerez enfin la division dans les paroisses qui vous auront pour pasteur, et vous vous attirerez la haine de Dieu même, selon ces pa rôles de nos saints Livres \ Il y a six choses que Dieu hait, et il y en a une septième qu'il déteste : cest celui qui sème la discorde entre ses frères. (Prov.)
— Comment lire avec esprit de foi ce qui précède et ne pas se dire à soi-même : C'en est fait ; je veux, à partir de ce jour, combattre à outrance le mauvais fonds d'opiniâtreté que je reconnais en moi ? Combattez-le donc, jeune ami, et soyez inflexible envers vous-même comme vous l'avez été jusqu'ici envers les autres. De grâce, ne vous épargnez point, et soyez sur que la destruction du défaut qui vous est signalé est une des plus belles victoires que vous puissiez remporter.
— Pour que le succès soit complet, ne vous contentez pas de quelques attaques isolées. La ténacité de la propre volonté n'est pas ordinairement vaincue par quelques grandes résistances en des occasions d'éclat ; ce sont les combats de détail qui la détruisent. Appliquez-vous donc à vous vaincre sur les points les plus insignifiants en apparence. Broyez sur-le-champ votre volonté
quand vous voyez qu'un commencement d'obstination semble l'endurcir, et habituez- vous à respecter celle des autres.
— Dès le début d'une discussion, rappelez-vous votre plan d'attaque. Allez droit à la vérité et n'ambitionnez que son triomphe. Soyez digne, charitable, prudent et toujours modéré. Si votre adversaire s'échauffe, restez calme ; s'il s'échauffe plus encore et si la discussion prend un caractère violent, rompez-la et faites le sacrifice de votre opinion en disant : Je puis me tromper en ceci, n'en parlons plus.
— Quand ce que vous serez sur le point de dire ne sera pas incontestablement vrai, ne l'affirmez jamais d'un ton tranchant et magistral ; proposezle plutôt sous la forme du doute et de l'incertitude. De cette manière, vous vous ménagerez une retraite honorable et facile si la lumière du débat vous fait voir que vous vous étiez trompé ; tandis que si vous faites tout d'abord une affirmation formelle et vigoureusement accentuée, l'amourpropre, mis en jeu par cette affirmation, vous inspirera tout naturellement de résister à la vérité même que vous aurez en face.
— Écoutez toujours avec attention et bonne foi tout ce que dit votre adversaire, et ne faites pas comme ceux qui ne pensent qu'à chercher des arguments à l'appui de leur opinion, au lieu d'écouter les raisons qu'on leur oppose.
— Quelle que soit la nature de la discussion et à quelque degré de chaleur qu'elle soit arrivée, soyez toujours disposé à sacrifier sans ménagement toutes vos prétentions et à embrasser la vérité dès
que votre interlocuteur la fera briller à vos yeux. Votre opiniâtreté sera vaincue et radicalement détruite si vous agissez constamment ainsi : Nolle aliis acquiescer e, dit Flmitation, cùm id ratio postulat aut causa, signum est superbise et pertinaciae ,
— Ne craignez jamais de reculer non-seulement dans vos petits débats, mais encore dans vos actions, quand vous vous verrez engagé dans une mauvaise voie. Eussiez-vous dit formellement : Je ne ferai jamais ceci ou cela, faites-le sans hésiter dès que vous verrez que vous le devrez faire. Le vrai honneur consiste non pas à faire toujours ce qu'on a dit qu'on ferait, mais à revenir humblement sur ce qu'on avait d'abord avancé, quand on reconnaît qu'on doit agir autrement.
— Vous manquerez sans doute quelquefois et même souvent, dans les commencements, aux règles que nous venons d'assigner ; mais soyez ferme et ne vous découragez jamais. Après chaque victoire , quelque petite qu'elle soit , remerciez Dieu de vous l'avoir fait remporter et priez-le de vous accorder la grâce d'en remporter de nouvelles. Après chaque défaite, quoique sur des points de peu d'importance, humiliez-vous, condamnez-vous, punissez-vous même pour témoigner à Dieu votre repentir et obtenir de son infmie bonté la grâce de ne plus tomber.
— Ayez un moniteur particulier à qui vous confierez le projet que vous aurez formé de combattre votre entêtement, et priez-le de vous avertir soit formellement, soit par un signe de convention quand il vous verra commettre quelque infidélité.
. — Appelez tout spécialement l'attention de votre
confesseur et de votre directeur sur le défaut que vous voulez détruire ; demandez-leur des règles de conduite appropriées à vos besoins particuliers, et recourez, pour vaincre votre ennemi, aux armes si puissantes de la méditation, des examens, de la communion et des visites au saint sacrement.
— Enfm, quand vous quitterez le séminaire, redoublez de vigilance et d'ardeur ; rendez-vous humblement au poste que vos supérieurs vous auront assigné et entrez en fonctions avec un esprit de parfaite soumission à votre curé , de douceur, d'humilité et de charité envers tout le monde. Amen.